Module 1 : Cadre ICPE & nomenclature Seveso · Sommaire complet
1.2 Nomenclature ICPE & statut Seveso
La nomenclature ICPE est un répertoire technique de plusieurs centaines de rubriques (1xxx à 4xxx) qui décident du régime applicable. Au sommet de cette pyramide, la directive Seveso III (2012/18/UE) catégorise les sites les plus à risque en deux niveaux — seuil bas et seuil haut — avec des obligations radicalement différentes.
Les 4 grandes familles de la nomenclature ICPE
Substances
Inflammables, toxiques, comburants, explosifs (loi 1976)
Activités
Industrielles : combustion, surface, agroalimentaire
IED
Émissions industrielles, directive 2010/75/UE (transposée 2013)
Seveso
Substances dangereuses au sens directive 2012/18/UE
Structure de la nomenclature : décret 53-578 modifié
La nomenclature ICPE est fixée par le décret du 20 mai 1953 (n° 53-578), modifié des dizaines de fois pour s'adapter aux évolutions techniques, réglementaires et européennes. Elle est annexée à l'article R.511-9 du Code de l'environnement et accessible publiquement sur aida.ineris.fr (référentiel de l'INERIS, géré pour le ministère).
Chaque rubrique de la nomenclature suit une logique unique :
- Un numéro à 4 chiffres qui identifie la famille (1xxx, 2xxx, 3xxx, 4xxx).
- Un intitulé décrivant la substance ou l'activité.
- Un tableau de seuils (quantités, capacités) déterminant le régime (D, DC, E, A).
- Le cas échéant, une mention « S » ou « SH » indiquant le seuil Seveso correspondant.
Décoder un classement : exemples concrets
| Rubrique | Intitulé | Seuils | Régime |
|---|---|---|---|
| 1510 | Entrepôts couverts de matières combustibles | 5 000 à < 50 000 m³ / 50 000 à < 900 000 m³ / ≥ 900 000 m³ (ou évaluation environnementale systématique) | DC / E / A |
| 2910-A | Combustion (chaudières) | Gaz naturel, GPL, fioul domestique, biomasse… : 1 à < 20 MW / 20 à < 50 MW (au-delà : rubrique IED 3110) | DC / E |
| 4734 | Stockage produits pétroliers (gazole, fioul) | Stockages hors cavités et enterrés : ≥ 50 t / ≥ 100 t d'essence ou 500 t au total / ≥ 1 000 t ; ≥ 2 500 t (seuil bas) / ≥ 25 000 t (seuil haut) | DC / E / A / Seveso |
| 4718 | Gaz inflammables liquéfiés de catégorie 1 et 2 (y compris GPL) et gaz naturel | Hors bouteilles : ≥ 6 t / ≥ 50 t (et seuil bas Seveso) / ≥ 200 t (seuil haut) ; bouteilles transportables : A dès 35 t | DC / A + Seveso bas / Seveso haut |
| 3120 | Raffinage de pétrole et de gaz (activité IED) | Toutes capacités | A (autorisation IED) |
Le passage à un seuil Seveso déclenche les obligations renforcées de la section 9 du chapitre V, titre Ier du livre V du code de l'environnement (articles R.515-85 à R.515-100) et de l'arrêté du 26 mai 2014 : recensement des substances, politique de prévention des accidents majeurs, POI, étude de dangers — auxquels s'ajoutent, au seuil haut, le système de gestion de la sécurité, le PPRT et le PPI.
Directive Seveso III : héritage de trois accidents fondateurs
La directive européenne Seveso doit son nom à la catastrophe de Seveso (Italie, 10 juillet 1976) : sur un réacteur de trichlorophénol de l'usine ICMESA, un disque de rupture taré à 3,5 bar cède et laisse échapper pendant une vingtaine de minutes un nuage chargé de TCDD (dioxine). Les autorités britanniques (HSE) retiennent une estimation de 450 grammes à 3 kilogrammes de TCDD dispersés sur la zone la plus contaminée, soit environ 249 hectares. Aucun décès humain n'a été attribué à la dioxine, mais la ville de Seveso — environ 17 000 habitants — a vécu des évacuations, de nombreux cas de chloracné chez les enfants, l'abattage de milliers d'animaux, et un suivi épidémiologique toujours en cours cinquante ans après.
Trois directives européennes se sont succédé :
- Seveso I (directive 82/501/CEE) — création du dispositif après Seveso et Flixborough (UK, 1974, 28 morts par UVCE d'un nuage de cyclohexane).
- Seveso II (directive 96/82/CE) — renforcée après Bhopal (Inde 1984, ~ 20 000 morts par fuite de méthyl-isocyanate) et Toulouse AZF (21/09/2001, 31 morts par explosion de nitrate d'ammonium).
- Seveso III (directive 2012/18/UE) — alignement sur le règlement CLP (1272/2008), renforcement de l'information du public, exercices triennaux. Transposée par décret 2014-285 du 3 mars 2014.
Selon le bilan de l'inspection des installations classées sur l'année 2025, la France compte 1 299 établissements Seveso : 702 en seuil haut et 597 en seuil bas. Ils se concentrent dans les grands bassins industriels historiques — vallée de la chimie lyonnaise, basse Seine, Dunkerque, étang de Berre et Fos-sur-Mer, bassin de Lacq — mais chaque département en compte au moins quelques-uns.
Seveso bas vs Seveso haut : quelles obligations en plus ?
| Obligation | Seveso bas (SB) | Seveso haut (SH) |
|---|---|---|
| Politique de Prévention des Accidents Majeurs (PPAM) | Obligatoire | Obligatoire |
| Système de Gestion de la Sécurité (SGS) formalisé | Non | Obligatoire |
| Étude de dangers (L.181-25) | Proportionnée aux risques | Complète + scénarios majorants |
| POI (plan d'opération interne) | Obligatoire depuis le 1er janvier 2023 | Obligatoire |
| PPI (Plan Particulier d'Intervention) | Non | Obligatoire |
| PPRT (Plan de Prévention des Risques Technologiques) | Non | Obligatoire (loi 2003) |
| Test du POI | Au moins tous les 3 ans | Au moins tous les 3 ans ; le ministère retient une périodicité annuelle |
| Information du public (L.515-34) | Éléments fournis au préfet | Campagne d'information des riverains du périmètre PPI |
| Réexamen de l'étude de dangers (R.515-98) | 5 ans | 5 ans |
Cette graduation reflète une logique de proportionnalité du risque : plus le potentiel de danger est élevé, plus les obligations administratives, organisationnelles et techniques sont renforcées.
IED — La directive « Industrial Emissions »
Parallèle à Seveso (qui porte sur le risque accidentel), la directive IED 2010/75/UE traite des émissions chroniques (air, eau, sols, déchets, énergie). Elle est transposée par les rubriques 3xxx de la nomenclature et concerne 6 364 sites en France en 2025, dont 3 535 élevages — le reste étant composé de raffineries, sidérurgie, cimenteries, chimie et agroalimentaire de grande taille. La directive (UE) 2024/1785 du 24 avril 2024 la révise en profondeur : élargissement du champ, renforcement des valeurs limites et création d'un droit à indemnisation des personnes lésées.
Les principes IED majeurs :
- BREF / MTD (Best Available Techniques) : meilleures techniques disponibles, décrites dans des documents sectoriels élaborés par le bureau européen IPPC (EIPPCB), à Séville.
- VLE associées aux MTD : les valeurs limites d'émission issues des conclusions MTD deviennent opposables dans un délai de 4 ans après leur publication au Journal officiel de l'Union européenne.
- Rapport de base sol/eaux : avant mise en service, état zéro pour pouvoir mesurer une éventuelle dégradation à la cessation d'activité.
- Réexamen quadriennal obligatoire de l'arrêté préfectoral après chaque nouvelle conclusion MTD publiée.
Un même site peut être à la fois Seveso et IED (toutes les raffineries, certaines usines chimiques majeures). Les deux régimes s'appliquent cumulativement.
Géographie des sites Seveso en France
La répartition territoriale des sites Seveso n'est pas homogène. Elle reflète l'histoire industrielle française et la logique de zones industrialo-portuaires (ZIP) :
- Vallée de la chimie (Rhône) — Lyon Sud, Feyzin, Pierre-Bénite, Saint-Fons : concentration chimie et pétrole héritée des années 1920-1960.
- Basse Seine (76, 27) — Le Havre, Rouen, Port-Jérôme, Gonfreville-l'Orcher : pétrochimie, raffinage, logistique pétrolière.
- Étang de Berre et Fos-sur-Mer (13) — raffinage, sidérurgie, pétrochimie, gaz industriels.
- Dunkerque et littoral nord (59, 62) — sidérurgie, gaz industriels, chimie.
- Bassin de Lacq (64) — ancien complexe gazier reconverti en chimie de spécialité.
- Agglomération toulousaine — tissu recomposé après 2001, avec un PPRT structurant.
Cette concentration géographique est un héritage de l'urbanisme du XIXᵉ-XXᵉ siècle : les industries dangereuses étaient initialement implantées à l'écart des villes, puis la croissance urbaine les a rattrapées. Le PPRT (article L.515-15 du Code env., loi Bachelot 2003) tente de gérer l'inconciliable héritage en imposant délaissements, expropriations et prescriptions sur le bâti existant.
Matrice de cumul Seveso × IED
Ex : entrepôt 1510 sans seuil Seveso
Ex : verrerie, fonderie, papeterie
Ex : stockage GPL moyen, dépôt pétrolier moyen
Ex : grosse chimie de spécialité
Ex : grand dépôt pétrolier, usine pyrotechnique
Raffineries, pétrochimie majeure
Sources de ce chapitre
- Nomenclature des installations classées (annexe à l'article R.511-9 du code de l'environnement) — base AIDA de l'INERIS, rubriques 1510, 2910, 3120, 4718, 4734.
- Directive 2012/18/UE du 4 juillet 2012 (Seveso III) et articles R.515-85 à R.515-100 du code de l'environnement.
- Arrêté du 26 mai 2014 relatif à la prévention des accidents majeurs, modifié par l'arrêté du 24 septembre 2020 (POI seuil bas au 1er janvier 2023).
- Bilan de l'action de l'inspection des installations classées sur l'année 2025 — ministère de la Transition écologique.
- Accident de Seveso du 10 juillet 1976 : étude de cas du Health and Safety Executive britannique.
À retenir
- La nomenclature ICPE (décret 53-578) classe les installations en 4 grandes familles : 1xxx substances, 2xxx activités, 3xxx IED, 4xxx Seveso.
- La directive Seveso III (2012/18/UE) distingue seuil bas (597 sites) et seuil haut (702 sites) : 1 299 établissements en France (bilan de l'inspection 2025).
- Le POI est obligatoire aux deux seuils depuis le 1er janvier 2023 ; le seuil haut ajoute le système de gestion de la sécurité, le PPI et le PPRT.
- La règle de cumul (annexe I § 4) peut classer Seveso un site même si aucune substance ne dépasse individuellement son seuil.
- La directive IED (2010/75/UE, révisée par la directive (UE) 2024/1785) traite des émissions chroniques via les BREF/MTD : 6 364 sites en France ; elle se cumule avec Seveso.
- La géographie Seveso française se concentre sur la Vallée de la Chimie, la Basse-Seine, Fos-sur-Mer, Dunkerque, Lacq et Toulouse.
Sommaire de la formation
Contenu relu par le Pôle HSE & Risques industriels · Politique éditoriale