Concours gardien de la paix
Déontologie, révisions et après le concours

Module 4 / 4  ·  Sommaire complet de la formation

Module 4 : Déontologie, révisions et après 18 min de lecture

4.1 Code de déontologie de la police nationale : les règles à connaître

Un candidat au concours de gardien de la paix n'est pas encore policier, mais le jury attend de lui qu'il sache ce que l'uniforme engage. Les règles de comportement des policiers et des gendarmes sont réunies dans un texte précis : le code de déontologie, inscrit dans le code de la sécurité intérieure. Ce chapitre en présente la structure, les articles qui reviennent le plus souvent dans les mises en situation, et la façon de s'en servir aux cas pratiques comme à l'entretien.

Le code de déontologie en quatre sections

Section 1

Dispositions générales

R434-1 à R434-3 : objet du code, missions, fondements

Section 2

Principes généraux

R434-4 à R434-13 : autorité, obéissance, protection, devoirs

Section 3

Dispositions communes

R434-14 à R434-27 : relation avec la population, contrôle de l'action

Section 4

Dispositions propres

R434-28 à R434-30 pour la police, R434-31 à R434-33 pour la gendarmerie

1

Un texte réglementaire, commun à la police et à la gendarmerie

Le code de déontologie n'est pas une charte interne ni un simple guide de bonne conduite. Ce sont les articles R434-1 à R434-33 du code de la sécurité intérieure, issus du décret n° 2013-1113 du 4 décembre 2013. Le premier article en fixe l'objet :

« Les dispositions du présent chapitre constituent le code de déontologie de la police nationale et de la gendarmerie nationale pour l'exécution de leurs missions de sécurité intérieure. »

— Code de la sécurité intérieure, article R434-1

Le texte est donc commun aux deux forces. L'article R434-2 rappelle pourtant leur différence de nature : la police nationale est une « force à statut civil », la gendarmerie nationale une « force armée ». Les deux sont soumises « à des règles déontologiques communes et à des règles propres à chacune d'elles », regroupées dans la dernière section du code.

Le même article R434-2 donne la définition des missions que le jury peut vous demander de citer : assurer « la défense des institutions et des intérêts nationaux, le respect des lois, le maintien de la paix et de l'ordre publics, la protection des personnes et des biens ». Il ajoute la manière de les accomplir : policiers et gendarmes exercent leurs fonctions « avec loyauté, sens de l'honneur et dévouement ».

L'article R434-3 précise d'où viennent ces règles et jusqu'où elles s'appliquent. Elles « procèdent de la Constitution, des traités internationaux, notamment de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, des principes généraux du droit, et des lois et règlements de la République ». Elles valent « pendant ou en dehors du service », et elles font l'objet d'une formation initiale et continue.

Point de vocabulaire : au sens du code (R434-3, II), le terme « policier » désigne tous les personnels actifs de la police nationale, mais aussi les personnels qui exercent dans un de ses services. Un agent administratif affecté dans un commissariat est donc concerné.

Pour un candidat, retenir ces trois articles d'ouverture suffit souvent à structurer une réponse : l'objet (R434-1), les missions (R434-2), les fondements (R434-3).

2

Autorité, obéissance et ordre manifestement illégal

La police est une organisation hiérarchisée. L'article R434-4 décrit le rôle de l'autorité : elle « prend des décisions, donne des ordres et les fait appliquer », veille à ce que ses instructions soient précises et « assume la responsabilité des ordres donnés ». Il impose aussi au policier de signaler sans délai à sa hiérarchie tout fait, survenu en service ou en dehors, susceptible d'entraîner sa convocation par une autorité de police, juridictionnelle ou de contrôle.

L'article R434-5 pose le principe d'obéissance et sa seule limite :

« Le policier ou le gendarme exécute loyalement et fidèlement les instructions et obéit de même aux ordres qu'il reçoit de l'autorité investie du pouvoir hiérarchique, sauf dans le cas où l'ordre donné est manifestement illégal et de nature à compromettre gravement un intérêt public. »

— Code de la sécurité intérieure, article R434-5, I

Les deux conditions sont cumulatives : l'ordre doit être à la fois manifestement illégal et de nature à compromettre gravement un intérêt public. Un ordre simplement discutable, ou qui déplaît, doit être exécuté. La même formule figure à l'article L121-10 du code général de la fonction publique pour tous les agents publics.

Le texte décrit ensuite la conduite à tenir, étape par étape :

  1. le policier fait part de ses objections à l'autorité qui a donné l'ordre, ou à défaut à la première autorité qu'il peut joindre, en mentionnant expressément le caractère d'illégalité manifeste ;
  2. si l'ordre est maintenu, il peut en demander la confirmation écrite lorsque les circonstances le permettent, et il a droit à ce qu'il soit pris acte de son opposition ;
  3. même avec une confirmation écrite, s'il exécute l'ordre, « l'ordre écrit ne l'exonère pas de sa responsabilité ».

Le garde-fou joue dans les deux sens. Invoquer à tort l'illégalité manifeste pour ne pas exécuter un ordre régulier expose le subordonné à voir sa responsabilité engagée. Et la responsabilité du subordonné « n'exonère pas l'auteur de l'ordre de sa propre responsabilité ».

Le II de l'article ajoute une règle très concrète pour l'épreuve de cas pratiques : le policier rend compte de l'exécution des ordres reçus, et « dans les actes qu'il rédige, les faits ou événements sont relatés avec fidélité et précision ». C'est exactement ce que l'on attend d'une réponse écrite : des faits, dans l'ordre, sans interprétation plaquée (voir le chapitre cas pratiques : la méthode).

3

Les devoirs du policier : secret, probité, discernement, impartialité, dignité

La sous-section « Devoirs du policier et du gendarme » (R434-8 à R434-13) tient en six articles courts. Ce sont ceux que l'on cite le plus volontiers à l'entretien, à condition de savoir ce que chacun recouvre.

ArticleDevoirCe que dit le texte
R434-8Secret et discrétionNe rien divulguer « à quiconque n'a ni le droit, ni le besoin d'en connaître », sous quelque forme que ce soit.
R434-9ProbitéNe pas se prévaloir de sa qualité pour un avantage personnel ; n'accepter « aucun avantage ni aucun présent » lié aux fonctions ; n'accorder aucun avantage pour des raisons d'ordre privé.
R434-10DiscernementTenir compte des risques, des menaces et des délais pour agir, « pour choisir la meilleure réponse légale ».
R434-11ImpartialitéMême attention et même respect à toute personne ; aucune distinction constituant une discrimination au sens de l'article 225-1 du code pénal.
R434-12DignitéEn tout temps, dans ou hors du service, « y compris lorsqu'il s'exprime à travers les réseaux de communication électronique sociaux ».
R434-13Se consacrer à sa missionPas d'activité privée lucrative hors des cas prévus par les lois et règlements.

Deux points méritent d'être compris plutôt que récités. Le discernement (R434-10) n'autorise pas à s'affranchir de la loi : le texte parle de choisir « la meilleure réponse légale ». Et le devoir de dignité (R434-12) s'étend aux réseaux sociaux : un propos publié hors service peut nuire « à la considération portée à la police nationale ». Un candidat qui a des comptes publics a intérêt à relire ce qu'il y a publié avant l'entretien : c'est un conseil de prudence, pas une règle du concours.

Juste avant ces devoirs, les articles R434-6 et R434-7 fixent les obligations de l'institution envers le policier : le supérieur veille à l'intégrité physique et à la santé physique et mentale de ses subordonnés (R434-6), et l'État défend le policier contre « les attaques, menaces, violences, voies de fait, injures, diffamations et outrages » dont il peut être victime du fait de ses fonctions, et lui accorde sa protection juridique en cas de poursuites pour des faits sans caractère de faute personnelle (R434-7).

— Publicité —
4

La relation avec la population et le respect des libertés

La section 3 s'ouvre sur une phrase qui résume l'esprit du texte : « Le policier ou le gendarme est au service de la population. » L'article R434-14 en tire des conséquences de comportement : la relation « est empreinte de courtoisie et requiert l'usage du vouvoiement », et le policier se comporte « d'une manière exemplaire, propre à inspirer en retour respect et considération ».

Les articles suivants encadrent les gestes du quotidien :

  • Uniforme et identification (R434-15) : les fonctions s'exercent en uniforme, sauf dérogation propre à chaque force, et le policier se conforme aux prescriptions sur son identification individuelle.
  • Contrôle d'identité (R434-16) : le policier « ne se fonde sur aucune caractéristique physique ou aucun signe distinctif » pour choisir les personnes à contrôler, sauf signalement précis ; le contrôle se déroule sans atteinte à la dignité.
  • Palpation de sécurité (R434-16) : « exclusivement une mesure de sûreté », elle « ne revêt pas un caractère systématique » et vise à vérifier l'absence d'objet dangereux ; elle est pratiquée à l'abri du regard du public chaque fois que possible.
  • Personne appréhendée (R434-17) : placée sous la protection des policiers, préservée de toute violence et de tout traitement inhumain ou dégradant ; les menottes ou entraves ne se justifient que si elle est dangereuse pour autrui ou pour elle-même, ou susceptible de tenter de s'enfuir.
  • Emploi de la force (R434-18) : dans le cadre de la loi, « seulement lorsque c'est nécessaire, et de façon proportionnée » ; usage des armes « qu'en cas d'absolue nécessité ».
  • Assistance (R434-19) : même hors service, le policier intervient de sa propre initiative, avec les moyens dont il dispose, notamment pour porter assistance aux personnes en danger.
  • Victimes (R434-20) : attention particulière, qualité de la prise en charge tout au long de la procédure, confidentialité de leurs propos.
  • Vie privée et fichiers (R434-21) : consultation et alimentation des fichiers « dans le strict respect des finalités » propres à chacun.
Piège fréquent : ces articles ne donnent pas au policier des pouvoirs nouveaux. Le contrôle d'identité s'exerce « lorsque la loi l'autorise », l'usage de la force « dans le cadre fixé par la loi ». Le code de déontologie dit comment se comporter ; les pouvoirs eux-mêmes viennent d'autres textes, notamment du code de procédure pénale. En cas pratique, mieux vaut ne pas affirmer un pouvoir que l'on n'a pas vérifié.
5

Qui contrôle la police, et ce qui est propre aux policiers

La sous-section « Contrôle de l'action de la police et de la gendarmerie » énumère plusieurs niveaux de contrôle :

Autorité judiciaire
Pour les missions judiciaires, conformément au code de procédure pénale (R434-23).
Défenseur des droits
Rôle conféré par l'article 71-1 de la Constitution ; il peut saisir l'autorité disciplinaire (R434-24).
Hiérarchie
L'autorité hiérarchique contrôle l'action de ses subordonnés (R434-25).
Inspections générales
Le policier facilite le déroulement des contrôles et inspections (R434-25).

Lorsque le Défenseur des droits l'y invite, le policier lui communique les informations et pièces utiles, défère à ses convocations et peut être assisté de la personne de son choix (R434-24). Les policiers de tous grades sont « dépositaires » du code et veillent à son respect « à titre individuel et collectif » (R434-26). Tout manquement expose à une sanction disciplinaire, « indépendamment des sanctions pénales encourues le cas échéant » (R434-27).

La section 4 contient trois articles propres à la police nationale :

« Gardien de la paix, éventuellement au péril de sa vie, le policier honore la mémoire de ceux qui ont péri dans l'exercice de missions de sécurité intérieure, victimes de leur devoir. »

— Code de la sécurité intérieure, article R434-28
  • Neutralité (R434-29) : en service, le policier s'abstient de toute expression ou manifestation de ses convictions religieuses, politiques ou philosophiques. Hors service, il s'exprime librement « dans les limites imposées par le devoir de réserve et par la loyauté à l'égard des institutions de la République ».
  • Disponibilité (R434-30) : « Le policier est disponible à tout moment pour les nécessités du service. » Le jury peut vérifier que le candidat a mesuré cette contrainte sur sa vie personnelle.
— Publicité —
6

Code de déontologie et statut du fonctionnaire : deux étages

Le gardien de la paix est un fonctionnaire. Il est donc soumis, en plus du code de déontologie, aux obligations du code général de la fonction publique (CGFP), en vigueur depuis le 1er mars 2022. L'article R434-3 le prévoit : les règles déontologiques s'appliquent « sans préjudice des règles statutaires et autres obligations ».

Les deux textes se recoupent souvent, avec des formulations proches :

ThèmeCode général de la fonction publiqueCode de déontologie (CSI)
PrincipesL121-1 : dignité, impartialité, intégrité et probitéR434-9 à R434-12
NeutralitéL121-2 : neutralité et laïcitéR434-29
Secret et discrétionL121-6 (secret) et L121-7 (discrétion)R434-8
ObéissanceL121-10 : sauf ordre manifestement illégal et de nature à compromettre gravement un intérêt publicR434-5
GrèveL114-3 : les fonctionnaires actifs de la police nationale « ne jouissent pas du droit de grève »—

Deux précisions évitent des erreurs fréquentes. D'abord, l'ancienne loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 a été codifiée dans le CGFP : ne la citez plus comme le texte en vigueur. Ensuite, l'obligation de réserve n'est pas écrite dans le CGFP pour l'ensemble des fonctionnaires ; elle est d'origine jurisprudentielle. Pour les policiers, le « devoir de réserve » apparaît en revanche dans l'article R434-29 du code de déontologie.

Pour vérifier vos connaissances sur le statut (neutralité, secret, conflits d'intérêts, cumul d'activités), le portail quiz propose un QCM sur les droits et obligations du fonctionnaire, corrigé article par article.

7

Mise en situation d'entretien (exemple fictif) et analyse

L'entretien avec le jury (25 minutes, coefficient 5) vise à « évaluer l'aptitude et la motivation du candidat à occuper les fonctions de gardien de la paix ». Les questions de déontologie servent souvent à cela. Voici une situation inventée pour l'exercice, qui ne reproduit aucun sujet de session.

Question du jury (exemple)

« Vous êtes en patrouille. Le gérant d'un commerce où vous êtes intervenus la veille pour un vol vous offre deux cafés et vous propose une remise sur ses produits, “pour vous remercier”. Que faites-vous ? »

Une réponse construite

  • Remercier poliment, avec le vouvoiement (R434-14).
  • Refuser la remise : aucun avantage lié aux fonctions ne s'accepte (R434-9).
  • Expliquer calmement la raison, sans faire la leçon.
  • Rendre compte à sa hiérarchie si la proposition se répète.

Les faiblesses à éviter

  • « J'accepte, ce n'est qu'un café » sans réflexion sur le principe.
  • Une réponse sèche ou méprisante envers le commerçant.
  • Citer un article au hasard, sans lien avec la situation.
  • Inventer une procédure ou une sanction précise.

Le texte vise « aucun avantage ni aucun présent » lié aux fonctions : la remise entre clairement dans le champ. Le café, lui, peut donner lieu à un échange avec le jury ; l'essentiel est de montrer que l'on connaît le principe, que l'on sait l'expliquer au commerçant sans le froisser et que l'on sait à qui en parler. Le jury ne cherche pas une récitation, mais un raisonnement : identifier le principe, l'appliquer avec discernement (R434-10), garder une relation courtoise avec la population.

La même grille de lecture sert pour d'autres questions classiques : un collègue qui tutoie une personne contrôlée, une photo d'intervention publiée sur un réseau social, un ordre qui paraît illégal. Chaque fois : quel principe est en jeu, quel article le pose, comment agir concrètement. Le chapitre entretien avec le jury détaille la préparation de l'épreuve.

Face à un ordre : le raisonnement de l'article R434-5

Je reçois un ordre de l'autorité hiérarchique
Est-il à la fois manifestement illégal ET de nature à compromettre gravement un intérêt public ?

Non

J'exécute loyalement et fidèlement, puis je rends compte. Un refus injustifié engage ma responsabilité.

Oui

J'exprime mes objections en mentionnant l'illégalité manifeste ; si l'ordre est maintenu, je peux demander une confirmation écrite. Exécuter malgré tout ne m'exonère pas.

Sources

  • Code de la sécurité intérieure, articles R434-1 à R434-33 (code de déontologie de la police nationale et de la gendarmerie nationale), issus du décret n° 2013-1113 du 4 décembre 2013 — Légifrance
  • Code général de la fonction publique, articles L114-3, L121-1, L121-2, L121-6, L121-7 et L121-10 — Légifrance
  • Arrêté du 8 mars 2022 modifié fixant la nature des épreuves des concours de gardien de la paix (entretien avec le jury) — Légifrance
  • Constitution du 4 octobre 1958, article 71-1 (Défenseur des droits) — conseil-constitutionnel.fr

À retenir

  • Le code de déontologie, ce sont les articles R434-1 à R434-33 du code de la sécurité intérieure (décret n° 2013-1113), communs à la police et à la gendarmerie.
  • Missions (R434-2) : défense des institutions et des intérêts nationaux, respect des lois, maintien de la paix et de l'ordre publics, protection des personnes et des biens.
  • Obéissance (R434-5) sauf ordre manifestement illégal et de nature à compromettre gravement un intérêt public : les deux conditions sont cumulatives.
  • Devoirs : secret et discrétion, probité (aucun avantage ni présent), discernement, impartialité, dignité y compris sur les réseaux sociaux.
  • Relation avec la population : courtoisie et vouvoiement (R434-14), palpation non systématique, force nécessaire et proportionnée, armes en cas d'absolue nécessité.
  • Propre à la police : neutralité (R434-29), disponibilité à tout moment (R434-30) ; le CGFP s'ajoute, dont l'absence de droit de grève (L114-3).

Sommaire de la formation