2.1 Cas pratiques : la méthode pour répondre aux mises en situation
L'épreuve de cas pratiques est la plus lourde des écrits du concours externe : deux heures, coefficient 4, et une note éliminatoire. Elle ne demande pas de connaître le droit pénal par cœur, mais de comprendre une situation professionnelle, d'en tirer l'essentiel et de l'écrire clairement. Ce chapitre part du texte officiel, puis propose une méthode de travail et un exemple entièrement fictif.
L'épreuve en quatre chiffres
Durée de l'épreuve écrite
Coefficient, le plus élevé des écrits
Note sur 20 éliminatoire (arrêté, art. 7)
Capacités évaluées : rédaction, compréhension, analyse, synthèse
Ce que dit exactement l'arrêté
Les épreuves du concours sont fixées par l'arrêté du 8 mars 2022 relatif aux concours de gardien de la paix de la police nationale, modifié par les arrêtés du 29 janvier 2024 et du 18 mars 2024. L'ancien arrêté du 20 janvier 2020 est abrogé : les descriptions d'épreuve qui s'y réfèrent, encore nombreuses sur internet, ne correspondent plus au concours actuel.
Pour le concours externe, la première épreuve consiste en la résolution d'un ou plusieurs cas pratiques :
« résolution d'un ou plusieurs cas pratiques consistant en des mises en situation guidées par des questions » ; l'épreuve vise à « évaluer les capacités rédactionnelles, de compréhension d'une situation professionnelle, d'analyse et de synthèse ».
— Arrêté du 8 mars 2022 modifié, épreuves du concours externe
Trois mots de cette définition orientent toute la préparation. « Mises en situation » : le sujet décrit une scène que pourrait vivre un gardien de la paix, pas une question de cours. « Guidées par des questions » : on ne rédige pas une dissertation libre, on répond à une série de questions posées sur cette scène. « Situation professionnelle » : le correcteur attend un regard de futur policier, c'est-à-dire factuel, mesuré et respectueux des personnes.
La durée est de deux heures et le coefficient de 4. Sur un total de 16 coefficients notés pour l'ensemble du concours (4 pour les cas pratiques, 2 pour le QCM de culture générale, 1 pour le QCM de langue, 4 pour les exercices physiques, 5 pour l'entretien), cette épreuve pèse donc à elle seule un quart de la note finale. C'est aussi l'épreuve écrite qui compte le plus : à elle seule, elle pèse plus que les deux questionnaires réunis.
Les épreuves écrites sont anonymes. Le correcteur ne connaît ni votre nom ni votre parcours : il juge uniquement ce qui est écrit sur la copie. Une idée juste mais mal exprimée, ou noyée dans un paragraphe confus, rapporte peu.
Une note éliminatoire à ne jamais sous-estimer
L'article 7 de l'arrêté fixe les notes éliminatoires du concours. Pour l'écrit, une seule épreuve est concernée :
« Sont éliminatoires : toute note inférieure à 5 sur 20 […] à l'épreuve écrite de résolution d'un ou plusieurs cas pratiques ; […] »
— Arrêté du 8 mars 2022 modifié, article 7
Les deux questionnaires à choix multiples (culture générale et langue étrangère) n'ont pas de note éliminatoire. Les cas pratiques, si. Un candidat très à l'aise en culture générale, sportif et convaincant à l'oral peut donc être écarté par une seule copie de cas pratiques en dessous de 5 sur 20.
Cette épreuve se prépare donc comme un entraînement régulier, avec des copies rédigées en temps limité, plutôt que par des lectures. Les autres notes éliminatoires du concours (entretien, exercices physiques) et le calcul complet de la note sont détaillés dans le chapitre coefficients et notes éliminatoires.
Une méthode possible en cinq temps
L'arrêté ne prescrit aucune méthode : ce qui suit est une façon de travailler, à adapter à votre rythme. Elle repose sur une idée simple : ne pas écrire avant d'avoir compris, et ne pas comprendre sans avoir relu les questions.
- Lire les questions avant la situation. Savoir ce qui sera demandé permet de lire le texte « avec un crayon » : on repère d'emblée les éléments utiles à chaque réponse.
- Lire la situation une première fois, sans rien noter. Le but est d'avoir une vue d'ensemble : où, quand, qui, que s'est-il passé, que vous demande-t-on de faire.
- Relire en repérant. Soulignez ou relevez sur le brouillon les faits (ce qui est constaté), les acteurs (qui est impliqué, avec quel rôle), les enjeux (danger immédiat, personne vulnérable, conflit qui peut dégénérer) et les contraintes (délai, moyens disponibles, consignes reçues).
- Préparer chaque réponse au brouillon en quelques mots-clés, dans l'ordre des questions. C'est à ce moment qu'on vérifie qu'aucune question n'est oubliée et qu'une même idée n'est pas répétée dans trois réponses.
- Rédiger au propre, puis relire. Des phrases complètes, un paragraphe par idée, et quelques minutes gardées à la fin pour corriger l'orthographe et vérifier la numérotation des réponses.
Sur deux heures, une répartition indicative consiste à consacrer environ un quart du temps à la lecture et au brouillon, l'essentiel à la rédaction, et une dizaine de minutes à la relecture. Si le sujet comporte plusieurs cas, répartissez le temps selon le nombre de questions de chacun, et notez l'heure de fin prévue pour chaque cas en haut du brouillon.
Le piège le plus fréquent en entraînement est de passer trop de temps sur la première question, souvent jugée facile, et de bâcler les dernières. Mieux vaut une réponse correcte à toutes les questions qu'une réponse brillante à la moitié d'entre elles.
Écrire comme un policier : des faits, avec fidélité et précision
La rédaction d'un compte rendu n'est pas un exercice scolaire isolé : c'est une obligation déontologique du métier. Le code de déontologie de la police nationale et de la gendarmerie nationale, intégré au Code de la sécurité intérieure, le dit expressément :
« Dans les actes qu'il rédige, les faits ou événements sont relatés avec fidélité et précision. »
— Code de la sécurité intérieure, article R. 434-5, II
Dans une copie de cas pratiques, cette exigence se traduit par quelques règles d'écriture simples :
| À éviter | À préférer | Pourquoi |
|---|---|---|
| « L'homme était visiblement ivre et agressif. » | « L'homme parlait fort, tenait des propos confus et sentait l'alcool. » | On décrit ce qui est constaté, on ne pose pas de conclusion non vérifiée. |
| « Il a menti sur son identité. » | « Il a déclaré s'appeler X ; aucun document d'identité n'a été présenté. » | On distingue ce qui est déclaré de ce qui est établi. |
| « Vers le soir, il y a eu une bagarre. » | « À 21 h 15, deux personnes se sont échangé des coups devant l'entrée du bâtiment. » | Heure, lieu, nombre de personnes : la précision rend le récit exploitable. |
| « Cette personne est un voisin pénible. » | « Le requérant signale des nuisances sonores répétées. » | Pas de jugement de valeur sur les personnes. |
Le même code demande au policier de faire « preuve de discernement » et de tenir compte « de la nature des risques et menaces de chaque situation » pour choisir « la meilleure réponse légale » (article R. 434-10). Dans une réponse, cela revient à montrer que vous hiérarchisez : d'abord la sécurité des personnes, ensuite le rétablissement du calme, enfin les suites à donner.
Enfin, l'impartialité (article R. 434-11) et la dignité (article R. 434-12) s'appliquent aussi à l'écrit : aucune remarque sur l'apparence, l'origine ou les convictions supposées d'une personne n'a sa place dans une copie, sauf si elle est nécessaire à un signalement précis. Ces règles sont développées dans le chapitre code de déontologie de la police nationale.
Exemple fictif : un différend de voisinage
Situation
Un mardi, vers 22 h 30, votre équipage est appelé dans un immeuble d'habitation. Mme A., locataire au 2e étage, signale que son voisin du dessus, M. B., fait du bruit depuis plus d'une heure. À votre arrivée, vous entendez de la musique forte dans la cage d'escalier. M. B. ouvre après plusieurs coups à la porte ; il est énervé et reproche à Mme A. de « tout le temps appeler la police ». Mme A., sur le palier, pleure et dit qu'elle travaille tôt le lendemain. Un enfant d'une dizaine d'années apparaît derrière M. B.
Questions
- Quels éléments de la situation retenez-vous en priorité, et pourquoi ?
- Comment vous adressez-vous aux deux personnes pour faire retomber la tension ?
- Rédigez le compte rendu de l'intervention destiné à votre hiérarchie.
Proposition de réponse structurée
Question 1. Trois éléments ressortent : un conflit entre deux voisins, déjà ancien selon les propos de M. B., qui peut dégénérer ; une personne en détresse sur le palier ; la présence d'un enfant dans le logement, qui impose de veiller à ce que l'échange reste calme devant lui. La nuisance sonore est le motif de l'appel, mais la priorité est d'éviter une escalade entre les deux personnes.
Question 2. Séparer physiquement les deux interlocuteurs, par exemple en demandant à Mme A. de regagner son logement pendant qu'un équipier recueille ses explications. S'adresser à M. B. en le vouvoyant, sur un ton posé, en expliquant le motif du passage sans prendre parti. Lui demander de baisser la musique, écouter ses griefs puis lui indiquer les voies de recours existantes s'il estime lui aussi subir un trouble. Le code de déontologie impose une relation « empreinte de courtoisie » qui « requiert l'usage du vouvoiement » (article R. 434-14).
Question 3. Un compte rendu peut suivre le plan : cadre (date, heure, lieu, motif de l'appel, composition de l'équipage) ; constatations (musique audible depuis la cage d'escalier, état des personnes décrit sans jugement, présence d'un enfant) ; déclarations (ce que dit chacun, présenté comme déclaré) ; actions (séparation des parties, demande de faire cesser le bruit, résultat obtenu) ; suites (situation au départ de l'équipage, éléments transmis ou à signaler selon les consignes du service).
Ce qui est valorisé dans une telle réponse, c'est moins la connaissance d'un texte précis que la capacité à ordonner les faits, à rester neutre et à proposer une conduite réaliste. Évitez d'inventer des qualifications pénales ou des procédures dont vous n'êtes pas certain : une réponse prudente et exacte vaut mieux qu'une référence approximative.
S'entraîner efficacement avant le jour J
Parce qu'elle évalue des capacités plus que des connaissances, l'épreuve se prépare surtout en écrivant. Quelques pistes d'entraînement, à adapter :
Ce qui fait progresser
- Rédiger chaque semaine une copie complète en temps limité.
- Transformer un fait divers lu dans la presse en compte rendu factuel de dix lignes.
- Faire relire ses copies par une personne extérieure, qui signale ce qu'elle ne comprend pas.
- Travailler l'orthographe et la ponctuation en parallèle : elles comptent dans les « capacités rédactionnelles ».
Ce qui fait perdre des points
- Recopier la situation au lieu de l'analyser.
- Répondre à côté de la question posée.
- Mélanger opinions personnelles et constatations.
- Citer un article de loi ou une procédure inventés pour « faire sérieux ».
Le français écrit est un levier transversal : il sert aux cas pratiques, à la compréhension des questions du QCM et à la présentation de l'entretien. Pour faire le point sur les accords, les homophones et la conjugaison, le portail propose un QCM de français pour les concours, corrigé et expliqué.
La connaissance du métier aide aussi à « comprendre une situation professionnelle ». Les missions et l'organisation du corps sont présentées dans le chapitre le métier de gardien de la paix, et un planning d'entraînement sur plusieurs mois est proposé dans le chapitre planning de révision.
De la lecture du sujet à la copie rendue
1. Questions
Lues en premier
2. Situation
Vue d'ensemble
3. Repérage
Faits, acteurs, enjeux
4. Brouillon
Mots-clés par question
5. Rédaction
Phrases complètes
6. Relecture
Orthographe, numérotation
Une méthode indicative : l'arrêté fixe la durée et les capacités évaluées, pas la façon de s'organiser.
Pour aller plus loin sur la méthode commune aux épreuves rédigées (lecture d'un dossier, plan, style administratif, remarques publiées par les jurys), voir la formation méthode du cas pratique, de la note et du rapport.
Sources
- Arrêté du 8 mars 2022 fixant les règles d'organisation générale et la nature des épreuves des concours de gardien de la paix de la police nationale, modifié par les arrêtés du 29 janvier 2024 et du 18 mars 2024 : épreuves du concours externe et article 7 — Légifrance
- Code de la sécurité intérieure, articles R. 434-5, R. 434-10, R. 434-11, R. 434-12 et R. 434-14 (code de déontologie de la police nationale et de la gendarmerie nationale) — Légifrance
- Police nationale, page « Nous rejoindre » (inscriptions et informations sur les concours) — police-nationale.interieur.gouv.fr
À retenir
- L'épreuve consiste à résoudre un ou plusieurs cas pratiques, des mises en situation guidées par des questions (arrêté du 8 mars 2022 modifié).
- Durée 2 h, coefficient 4 : un quart des coefficients notés du concours.
- Toute note inférieure à 5 sur 20 est éliminatoire (article 7) ; les deux QCM, eux, ne le sont pas.
- Quatre capacités sont évaluées : rédaction, compréhension d'une situation professionnelle, analyse et synthèse.
- Une copie de policier relate les faits avec fidélité et précision (CSI, R. 434-5) : constatations, déclarations et jugements ne se mélangent pas.
- Priorité en entraînement : répondre à toutes les questions dans le temps, puis gagner en qualité de rédaction.