Article L1411-1 · En vigueur

Article L1411-1 — Conseil de prud'hommes : mission et compétence

L'article L1411-1 confie au conseil de prud'hommes deux missions : régler par voie de conciliation les différends nés d'un contrat de travail entre employeurs et salariés, et juger les litiges si la conciliation échoue. C'est la juridiction exclusivement compétente pour les litiges individuels du travail.

Ce que dit l'article L1411-1

Texte officiel en vigueur depuis le 01/05/2008 :

Le conseil de prud'hommes règle par voie de conciliation les différends qui peuvent s'élever à l'occasion de tout contrat de travail soumis aux dispositions du présent code entre les employeurs, ou leurs représentants, et les salariés qu'ils emploient.

Il juge les litiges lorsque la conciliation n'a pas abouti.

Source : Légifrance

Nature
Partie législative
Partie IV
Santé et sécurité au travail
Livre
Livre IV
Titre
Titre Ier : Conseil de prud'hommes
Chapitre
Chapitre Ier : Mission et organisation

L'article L1411-1 du Code du travail définit la mission du conseil de prud'hommes : régler par voie de conciliation, puis par jugement, les différends individuels qui s'élèvent à l'occasion de tout contrat de travail. C'est la juridiction exclusivement compétente pour les litiges salariés-employeurs en France, sans seuil financier minimum.

Texte officiel

« Le conseil de prud'hommes règle par voie de conciliation les différends qui peuvent s'élever à l'occasion de tout contrat de travail soumis aux dispositions du présent code entre les employeurs, ou leurs représentants, et les salariés qu'ils emploient.
Il juge les litiges lorsque la conciliation n'a pas abouti. »

En clair

Le conseil de prud'hommes est une juridiction paritaire composée à parts égales de conseillers salariés et conseillers employeurs, élus pour 4 ans. Sa double mission est inscrite dans l'article L1411-1 : essayer d'abord la conciliation (étape obligatoire), puis juger si elle échoue. Présent dans chaque grande ville, il est saisi par requête simple (gratuite jusqu'à 5 000 € en 2026).

Compétence du conseil de prud'hommes

Litiges relevant du CPH
  • Licenciement (motif, indemnité, procédure)
  • Rappel de salaire, heures supplémentaires
  • Harcèlement moral ou sexuel
  • Discrimination, inégalité de traitement
  • Requalification de CDD ou d'intérim en CDI
  • Inaptitude et reclassement
  • Rupture conventionnelle (contestation)
  • Prise d'acte / résiliation judiciaire
  • Travail dissimulé (indemnité forfaitaire)
Litiges hors CPH
  • Accident du travail / maladie pro (Pôle social du tribunal judiciaire)
  • Allocations chômage (Tribunal administratif)
  • Litiges collectifs (référé, tribunal judiciaire)
  • Élections professionnelles (tribunal judiciaire)
  • Fonction publique (Tribunal administratif)
  • Travailleurs indépendants, gérants non salariés

Les 5 sections du CPH

Le conseil est organisé en 5 sections spécialisées (art. L1423-1) :

  1. Encadrement — Cadres et assimilés
  2. Industrie — Ouvriers et ETAM de l'industrie
  3. Commerce et services commerciaux
  4. Agriculture
  5. Activités diverses — Personnels de maison, professions libérales, associations…

La procédure prud'homale en 4 étapes

ÉtapeDurée moyenneActeurs
1. Saisine par requête (formulaire CERFA 15586*02)Salarié ou employeur
2. Bureau de conciliation et d'orientation (BCO)3-6 mois1 conseiller salarié + 1 employeur
3. Bureau de jugement+ 6-18 mois2 conseillers salariés + 2 employeurs
4. Départage (si décision impossible)+ 6-12 mois+ 1 juge professionnel (président)

Durée moyenne d'une procédure prud'homale : 12 à 30 mois selon la complexité et le ressort.

Procédure accélérée : le référé prud'homal

Le référé permet d'obtenir une décision rapide en cas d'urgence (R1455-5 à R1455-12) :

  • Salaires impayés, indemnités non versées, remise de documents (certificat de travail, attestation Pôle Emploi)
  • Trouble manifestement illicite ou dommage imminent
  • Décision en quelques semaines, exécutoire de plein droit
  • Limites : pas de débat sur le fond, demandes purement conservatoires

Délais de saisine (prescription)

Type d'actionDélaiArticle
Contestation d'un licenciement12 moisL1471-1, al. 2
Exécution ou rupture du contrat de travail2 ansL1471-1, al. 1
Rappel de salaire, primes, heures sup.3 ansL3245-1
Discrimination (action en réparation)5 ansL1134-5
Harcèlement (action en réparation)5 ansL1471-1 / 2224 Cciv
Accident du travail (faute inexcusable)2 ansL431-2 CSS

Représentation devant le CPH

Pas d'obligation d'avocat. Le salarié ou l'employeur peut se défendre seul ou se faire assister par : (1) un avocat, (2) un défenseur syndical (gratuit pour le salarié, art. L1453-4), (3) un conjoint, parent ou allié, (4) un autre salarié de la même branche. En appel devant la chambre sociale de la cour d'appel, la représentation par avocat ou défenseur syndical est en revanche obligatoire (art. R1461-1).

Articles connexes

Vulgarisation à but informatif. La procédure prud'homale, son délai et la stratégie probatoire dépendent étroitement de la nature de l'action. Avant toute saisine, consultez un avocat en droit social ou un défenseur syndical : la rédaction des demandes et le respect des délais conditionnent l'issue du dossier.

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Cas pratiques

Cas 1 — Licenciement sans cause réelle et sérieuse

Un salarié est licencié pour « insuffisance professionnelle » sans aucune trace de manquements documentés. Il a 12 mois à compter de la notification du licenciement pour saisir le CPH (art. L1471-1, al. 2). La procédure : requête + BCO sous 3 mois + bureau de jugement sous 12-18 mois. Indemnités possibles : barème Macron L1235-3 + indemnité de licenciement légale + préavis non effectué.

Cas 2 — Rappel de salaire en référé

Une opératrice n'est pas payée depuis 2 mois. Sans attendre 6 mois pour un BCO, elle saisit le CPH en référé (procédure accélérée, art. R1455-7). Audience en 3 semaines. Le juge rend une ordonnance condamnant l'employeur à verser les arriérés sous astreinte de 100 €/jour de retard. Exécutoire immédiatement.

Cas 3 — Requalification d'intérim en CDI

Un intérimaire enchaîne 22 missions sur 3 ans dans la même entreprise utilisatrice, sur le même poste. Il saisit le CPH (section Industrie) pour requalification de la relation en CDI directement avec l'entreprise utilisatrice (art. L1251-40). Procédure accélérée devant le bureau de jugement (1 mois selon L1245-2). Si la requalification est obtenue, indemnité de requalification ≥ 1 mois + ancienneté reconstituée + indemnités de licenciement.

Cas 4 — Action prescrite

Une ancienne cadre apprend 15 mois après son licenciement qu'elle aurait pu obtenir des dommages-intérêts en plus du barème. Elle saisit le CPH. Action irrecevable : la contestation du licenciement est prescrite par 12 mois (art. L1471-1, al. 2). La cour rejette la demande sans examen au fond. Importance du conseil juridique précoce.

Cas 5 — Conciliation réussie

Un salarié réclame 25 000 € au titre d'heures supplémentaires sur 3 ans. Au BCO, l'employeur reconnaît partiellement les heures et propose une transaction à 18 000 € avec quitus définitif. Le salarié accepte. Le bureau homologue : accord de conciliation, force exécutoire (art. R1454-10). Dossier clos en 4 mois au lieu de 24, sans aléa judiciaire.

Cas 6 — Discrimination syndicale

Un délégué syndical n'a pas eu d'augmentation depuis 5 ans alors que ses collègues sans mandat ont été augmentés régulièrement. Il saisit le CPH (section Encadrement) pour discrimination syndicale (art. L2141-5). Délai : 5 ans à compter de la révélation de la discrimination (art. L1134-5). Charge de la preuve allégée : il présente des éléments laissant supposer la discrimination, à charge pour l'employeur de prouver le contraire (art. L1134-1).

Conseils stratégiques avant de saisir

Trois réflexes-clés : (1) vérifier les délais de prescription dès le premier rendez-vous (12 mois pour licenciement, 2 ans pour exécution, 3 ans pour salaires, 5 ans pour discrimination/harcèlement) ; (2) cumuler les demandes dès la saisine pour bénéficier de l'unicité d'instance (toutes les demandes liées au contrat doivent être présentées en une seule procédure) ; (3) évaluer la conciliation : un accord à 70 % du chiffrage théorique en 6 mois vaut souvent mieux qu'un jugement à 100 % en 30 mois.

Questions fréquentes

Deux missions selon L1411-1 : (1) régler par voie de conciliation les différends nés d'un contrat de travail entre employeurs et salariés, (2) juger ces litiges si la conciliation n'a pas abouti. La conciliation est une étape obligatoire devant le bureau de conciliation et d'orientation (BCO) avant tout passage devant le bureau de jugement.

Tous les litiges nés d'un contrat de travail soumis au Code du travail : licenciement (motif, indemnité, procédure), rappel de salaire, heures supplémentaires, harcèlement moral ou sexuel, discrimination, requalification de CDD ou d'intérim en CDI, inaptitude, contestation de rupture conventionnelle, travail dissimulé. Compétence exclusive.

Les litiges concernant : les accidents du travail/maladies professionnelles (Pôle social du tribunal judiciaire), les allocations chômage (Tribunal administratif), les élections professionnelles et les litiges collectifs (Tribunal judiciaire), les agents de la fonction publique (Tribunal administratif), les travailleurs indépendants ou gérants non salariés.

12 mois pour contester un licenciement (art. L1471-1, al. 2), 2 ans pour les actions liées à l'exécution ou à la rupture du contrat (al. 1), 3 ans pour les rappels de salaire et heures supplémentaires (art. L3245-1), 5 ans en cas de discrimination ou de harcèlement (art. L1134-5 et 2224 Code civil).

Non en première instance. Le salarié peut se défendre seul ou se faire assister par : un avocat, un défenseur syndical (gratuit, art. L1453-4), un conjoint/parent/allié, ou un autre salarié de la même branche. En appel devant la chambre sociale de la cour d'appel, la représentation par avocat ou défenseur syndical devient obligatoire (art. R1461-1).

12 à 30 mois en moyenne pour une décision au fond : 3-6 mois pour le BCO, 6-18 mois pour le bureau de jugement, +6-12 mois si départage (intervention du juge professionnel). Le référé prud'homal permet une décision en quelques semaines pour les cas urgents (salaires impayés, remise de documents, trouble manifestement illicite).
Cet article a une vocation pédagogique. Pour toute application concrète à votre situation, référez-vous au texte officiel sur Légifrance et, si nécessaire, consultez un professionnel du droit social.
Page mise à jour le 29/05/2026.