Sécurité Incendie

L'exploitation au quotidien et l'intervention

Module 4 / 5

Module 4 : L'exploitation au quotidien et l'intervention 22 min de lecture

4.1 Rondes, surveillance et tenue du poste de sécurité

Avant le moindre départ de feu, le travail de l'agent de sécurité incendie est un travail de prévention silencieuse : parcourir le site, voir ce qui ne va pas, tenir le poste de sécurité (PC) et garder une trace écrite de tout. Ce chapitre vous donne les réflexes de la ronde et de la surveillance — ce que je vérifie à chaque tour avant qu'un incident ne survienne.

Un parcours de ronde, point de contrôle par point de contrôle

Dégagements

Issues et circulations libres.

Moyens de secours

Extincteurs, RIA accessibles.

Locaux à risque

Chaufferie, stockages, archives.

Main courante

Je note ce que j'ai vu.

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À quoi sert une ronde de sécurité

La ronde n'est pas une promenade. C'est l'outil principal de la surveillance préventive : sortir du poste de sécurité, parcourir le site et détecter, avant l'incident, tout ce qui pourrait dégénérer.

Une ronde poursuit plusieurs objectifs simultanés :

  • Détecter les départs de feu et les sources de risque : odeur de brûlé, point chaud, matériel en surchauffe, stockage dangereux mal rangé.
  • Repérer les anomalies : équipement de sécurité indisponible, porte coupe-feu bloquée en position ouverte, éclairage de sécurité défaillant.
  • Vérifier que rien n'entrave les issues : dégagements et circulations encombrés, sorties de secours condamnées, balisage masqué.
  • Repérer les intrusions et les présences anormales, en lien avec la sûreté du site.
Le réflexe terrain : je regarde d'abord ce qui peut tuer — une issue bloquée, un extincteur disparu, une porte coupe-feu calée ouverte. Ce sont ces points-là qui transforment un petit feu en drame.
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Types de rondes et fréquence

Les rondes se déclinent selon le moment et l'objectif. Leur organisation est définie par les consignes propres à l'établissement.

  • La ronde de prise de poste : au début du service, pour faire le tour de l'état du site et reprendre la main sur ce que la relève signale.
  • Les rondes périodiques : tours réguliers au fil du service, qui maillent l'ensemble des zones sensibles.
  • Les rondes de fermeture / de nuit : après le départ du public ou des occupants, quand les locaux sont moins surveillés et les départs de feu plus tardifs à être repérés.
  • Les rondes de surveillance après travaux : tout particulièrement après des travaux par points chauds (voir chapitre 4.3).

La fréquence et les horaires sont adaptés à l'activité, aux risques et aux consignes de l'établissement. L'important n'est pas seulement de faire la ronde : c'est de la faire réellement et complètement, sans raccourci.

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Les points de contrôle à passer en revue

Chaque ronde balaie un ensemble de points fixes. Trois familles méritent une attention particulière.

  • Les locaux à risque : chaufferie, locaux techniques, stockages de produits, archives, zones de charge. Ce sont des points de départ d'incendie privilégiés.
  • Les dégagements et issues de secours : circulations dégagées, portes manœuvrables, balisage visible, escaliers libres. Une issue, c'est la vie des occupants en cas d'évacuation.
  • Les moyens de secours : extincteurs en place et accessibles, robinets d'incendie armés (RIA) dégagés, organes de coupure repérables, désenfumage non entravé.

À chaque point, le réflexe est le même : je vérifie que c'est en état et accessible avant de poursuivre. Une anomalie ne se garde pas pour la fin de la ronde : elle se note et, selon sa gravité, se traite immédiatement.

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Contrôler que la ronde a bien été faite : les points de passage

Une ronde n'a de valeur que si elle est complète. Pour s'en assurer, des dispositifs de contrôle de ronde matérialisent le passage de l'agent à des endroits précis du parcours.

Le principe : à chaque point de passage, l'agent enregistre son passage à l'aide d'un bâton de ronde ou d'un pointeau (notion générale) qui horodate le contrôle. La lecture des enregistrements permet ensuite de vérifier que tous les points ont bien été couverts, dans l'ordre et aux horaires prévus.

Pour l'agent, ce n'est pas un dispositif de surveillance hostile : c'est la preuve que le site a réellement été parcouru. Cette traçabilité protège l'agent comme l'établissement, et fiabilise la couverture des zones à risque.

Exemple de main courante de ronde (schéma de principe)
HeurePoint de contrôleConstatAction
21:05Issue de secours niveau 1Carton entreposé devant la porteDégagé immédiatement, occupant informé
21:18Local archivesPorte coupe-feu calée en position ouverteCale retirée, porte refermée
21:32Extincteur hallPrésent, accessible, plomb intactRAS
21:40ChaufferieAucune odeur, organes de coupure repérablesRAS
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Tenir la main courante : tout se trace

La main courante est le registre dans lequel l'agent consigne, au fil du service, tout ce qui se passe : rondes effectuées, anomalies constatées, actions menées, événements, consignes reçues et transmises.

Une bonne main courante est factuelle, datée et horodatée : on écrit ce qu'on a vu et ce qu'on a fait, sans interprétation hasardeuse. Une anomalie notée, c'est une anomalie qui sera traitée ; une anomalie gardée en tête, c'est une anomalie oubliée à la relève.

Cette traçabilité a plusieurs vertus : elle assure la continuité entre les équipes, elle constitue une preuve en cas d'incident, et elle alimente l'amélioration de la prévention.

Pour formaliser un constat marquant (anomalie, situation dangereuse, presque-accident) : Rapport d'incident / presque-accident
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Tenir le poste de sécurité (PC), exploiter les alarmes et assurer la relève

Le poste de sécurité (PC de sécurité) est le point de pilotage. C'est là que sont reportées les informations de détection et que se prennent les premières décisions. L'agent qui tient le PC ne le quitte pas sans s'assurer que la surveillance reste assurée.

Quand une alarme apparaît au tableau, le réflexe n'est jamais l'attente passive ni l'évacuation aveugle : c'est la levée de doute. L'agent vérifie sur place ce qui a déclenché la détection pour distinguer un déclenchement réel d'une fausse alarme, puis applique la conduite à tenir (voir chapitre 4.2).

À la fin du service, la relève est un moment clé : l'agent sortant transmet à l'agent entrant l'état du site, les anomalies en cours, les consignes particulières et tout événement non clôturé. Une relève bâclée, c'est une information qui se perd au pire moment.

Une alarme se traite, elle ne s'ignore pas. On ne neutralise jamais une détection « parce qu'elle sonne souvent ». On lève le doute, on note, on transmet. Une détection inhibée par confort est une détection qui ne protégera plus personne.
À retenir
  • La ronde est l'outil de surveillance préventive : détecter départs de feu, anomalies, entraves aux issues et intrusions, avant l'incident.
  • Plusieurs types de rondes (prise de poste, périodiques, nuit, après travaux) selon les consignes de l'établissement ; l'essentiel est qu'elles soient faites réellement et complètement.
  • Points de contrôle prioritaires : locaux à risque, dégagements / issues, moyens de secours. Je vérifie état et accessibilité avant de poursuivre.
  • Les points de passage (bâton de ronde, pointeau) tracent et prouvent que la ronde a bien été faite, sans raccourci.
  • La main courante consigne tout, de façon factuelle et horodatée : continuité entre équipes, preuve, amélioration de la prévention.
  • Au PC de sécurité, toute alarme déclenche une levée de doute, jamais une inhibition ; la relève transmet l'état du site et les consignes en cours.