Sauveteur Secouriste du Travail

Le rôle du SST et le cadre légal

Module 1 / 4

Module 1 : Rôle & Cadre légal 18 min de lecture

1.3 Responsabilités et limites du SST

Que peut faire — et ne pas faire — un SST ? Connaître ses limites, c'est protéger la victime, se protéger soi-même et garantir la qualité de la chaîne de secours. Voici un guide concret, illustré d'exemples et d'erreurs classiques.

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Ce que le SST DOIT faire

La fonction de SST se résume à quatre verbes d'action appris en formation INRS, organisés en chaîne stricte :

Protéger

Sécuriser la zone, supprimer le danger, éviter le suraccident.

Examiner

Bilan rigoureux : conscience, respiration, signes vitaux, plaies.

Alerter

Message structuré aux secours (lieu, nature, victimes, état, risques).

Secourir

Gestes adaptés à la situation, dans l'attente des secours.

Les 6 actions concrètes du SST en intervention
  1. Sécuriser la zone d'accident pour éviter le suraccident (couper l'énergie, baliser, éloigner les autres salariés).
  2. Examiner la victime selon le bilan SST (saigne / étouffe / conscience / respiration / plaies, brûlures, traumatismes).
  3. Alerter les secours en transmettant un message structuré ; désigner nominativement un témoin pour appeler s'il y en a un.
  4. Pratiquer les gestes appris en formation : compression manuelle, garrot (si formé), PLS, RCP, DAE, manœuvre de Heimlich, refroidissement de brûlure.
  5. Surveiller en permanence la victime jusqu'à l'arrivée des secours (conscience, respiration, comportement). Lui parler, la rassurer, la couvrir.
  6. Faire un retour au CSE / employeur pour analyser l'accident et améliorer la prévention. Renseigner le registre approprié.
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Ce que le SST NE DOIT PAS faire

Limites strictes : sortir de son rôle peut aggraver la situation, compromettre les secours et engager la responsabilité du SST en cas de faute lourde.
InterditPourquoi
Diagnostiquer la pathologieLe SST observe et transmet, il n'établit pas de diagnostic médical. Une douleur thoracique peut être une crise d'angoisse… ou un infarctus. Seul le 15 décide.
Donner un médicament (même un comprimé)C'est un acte médical réservé. Exception unique : aider la victime à s'auto-administrer son traitement personnel sous prescription (stylo d'adrénaline, broncho-dilatateur, sucre rapide chez un diabétique conscient).
Faire boire / manger une victime inconscienteRisque de fausse route mortelle. De même, ne pas faire boire en cas de traumatisme abdominal (chirurgie probable) ni d'AVC suspecté (troubles de la déglutition).
Mobiliser une victime traumatiséeSauf suraccident imminent (feu, électrisation, gaz toxiques). Toute mobilisation peut aggraver une lésion médullaire et provoquer une paralysie irréversible.
Retirer un casque moto / chantier, un harnais, des EPISauf nécessité absolue (RCP impossible avec). Le retrait du casque est un geste à 2 sauveteurs minimum, en maintenant la tête en rectitude.
Improviser un geste non maîtriséFaire ce qu'on a appris, rien d'autre. Préférer la simplicité (compression manuelle, PLS, RCP) à la complexité aléatoire.
Retirer un corps étranger empaléCouteau, lame, barre métallique : ne JAMAIS retirer. L'objet bouche la plaie et limite l'hémorragie. Comprimer autour, immobiliser, alerter.
Entrer dans un espace confiné, ATEX, zone toxique sans EPI adaptés50 % des décès en espace confiné = sauveteurs improvisés. Le SST mort ne sauve personne.
Promettre à la victime que tout va bien se passerNe pas mentir. Préférer : « les secours arrivent, je reste avec vous, je m'occupe de vous » — tout en restant honnête sur la gravité si elle questionne.
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Les 7 erreurs les plus fréquentes des SST

Les retours d'expérience des formateurs INRS pointent régulièrement les mêmes erreurs. Les connaître à l'avance, c'est s'en prémunir.

  1. Foncer sur la victime sans regarder la scène. Premier réflexe émotionnel, mais peut tuer (câble électrique, machine en mouvement, gaz). Toujours 10 secondes d'observation avant.
  2. Confondre les gasps avec une respiration normale. Erreur fatale n°1 : les respirations agonales sont irrégulières, bruyantes, espacées. Si la victime est inconsciente et que la respiration n'est PAS clairement normale → RCP.
  3. Pencher la tête en arrière en cas de saignement de nez. Le sang est avalé, la victime vomit. Toujours pencher en avant et comprimer les ailes du nez.
  4. Mettre du gras / huile / dentifrice sur une brûlure. Cela emprisonne la chaleur et favorise l'infection. Uniquement de l'eau tempérée (règle des 3×15) puis pansement stérile.
  5. Donner un verre d'eau « pour calmer ». En cas d'inconscience, de traumatisme, d'AVC, c'est une fausse route assurée. Ne pas faire boire.
  6. Ne pas oser appuyer assez fort en RCP. Profondeur 5-6 cm chez l'adulte. Mieux vaut casser une côte que laisser mourir un cerveau. Les côtes se réparent, pas le cerveau.
  7. Raccrocher le 15 trop tôt. C'est le régulateur qui décide quand l'appel se termine. Restez en ligne tant qu'il n'a pas dit « vous pouvez raccrocher ».
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Travailler en équipe : SST, témoins, secours pro

Le SST n'est presque jamais seul. Bien gérer les autres acteurs présents fait gagner du temps et augmente les chances de la victime.

Si plusieurs SST sont présents
  • Le premier arrivé prend la direction de l'intervention (« leader »). Il garde la voix calme et donne les instructions.
  • Les autres assument des rôles précis : 1 alerte, 1 va chercher le DAE et la trousse, 1 dégage la zone, 1 attend les secours à l'entrée.
  • Se relayer toutes les 1-2 minutes en RCP pour conserver la qualité du massage.
Si seul un témoin est présent
  • Désigner nominativement : « Vous, en chemise bleue, appelez le 15 et revenez me dire ce qu'ils vous ont dit ».
  • Préférer un message clair : « Restez avec la victime, parlez-lui, ne la laissez pas seule pendant que je vais chercher le DAE ».
  • Éviter les phrases vagues type « quelqu'un appelle ! » : effet du biais du témoin (chacun pense que l'autre va appeler).
À l'arrivée des secours professionnels
  1. Présentez-vous rapidement : « Je suis SST, voici ce qu'il s'est passé ».
  2. Donnez le bilan en 5 points : nature de l'accident, état de la victime, gestes effectués, évolution depuis l'alerte, antécédents connus.
  3. Restez disponible pour aider (parler à la famille, dégager le passage, fournir la FDS d'un produit chimique).
  4. Ne quittez pas les lieux sans avoir noté le nom du médecin / chef d'équipe pompier — utile pour l'analyse a posteriori.
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Et après l'intervention ?

Une intervention SST, surtout grave, est un événement marquant qui ne s'arrête pas avec le départ de l'ambulance. L'employeur doit organiser l'après-intervention sur 4 axes.

1. Traçabilité administrative

Inscription dans le registre des accidents bénins (si pas d'arrêt) ou DAT (Déclaration d'Accident du Travail) sous 48h ouvrées pour les accidents avec arrêt. Compte-rendu à l'employeur, au CSE, au médecin du travail.

2. Soutien psychologique

Le SST peut développer un stress post-traumatique après un accident grave (cauchemars, flashbacks, évitement). Le médecin du travail et la cellule d'écoute (si elle existe) doivent être mobilisés. Certaines mutuelles offrent un soutien psy gratuit.

3. Analyse causale

Méthode arbre des causes en CSE pour identifier les défaillances et éviter la récidive. Le SST y participe — il a vu de ses propres yeux comment l'accident est survenu. Mise à jour du DUERP en sortie.

4. Réapprovisionnement

Vérifier le contenu de la trousse de secours, les électrodes du DAE (à usage unique), la batterie et signaler tout matériel utilisé. Une trousse de secours vide après accident, c'est un nouveau drame potentiel.

Le « SST déstabilisé » : il est normal et humain qu'un SST se sente mal après une intervention où la victime a décédé, malgré tous ses efforts. Le rappeler à votre management. Ce n'est pas un échec personnel : la médecine elle-même perd des patients chaque jour. Le seul échec serait de ne pas être intervenu.
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Mises en situation : que feriez-vous ?

Trois scénarios issus de cas réels INRS. Réfléchissez avant de lire la solution.

Scénario 1 — Le collègue qui « ne veut pas qu'on appelle »

Situation : Un collègue se cogne fortement la tête contre un châssis métallique. Il saigne légèrement, semble OK mais répète plusieurs fois la même phrase. Il refuse qu'on appelle les secours « pour ne pas inquiéter sa femme ».

Voir la conduite à tenir

Les répétitions sont un signe d'alerte de traumatisme crânien. Vous devez insister pour appeler le 15, expliquer calmement pourquoi (« le 15 va décider, pas vous, pas moi »). Le SST ne demande pas la permission de la victime pour alerter — son devoir prime sur le confort. Le 15 peut décider d'envoyer une ambulance ou simplement de donner des conseils. Ne JAMAIS laisser une victime traumatisée crânien repartir seule.

Scénario 2 — La crise d'angoisse… ou autre chose ?

Situation : Une assistante administrative de 45 ans, sujette aux crises d'angoisse, se plaint d'oppression, de sueurs et de douleur thoracique. Son chef dit « c'est encore son anxiété ».

Voir la conduite à tenir

Les femmes ont des présentations d'infarctus atypiques. Sueurs + oppression + douleur thoracique = appel 15 immédiat, sans discussion. Le SST n'est pas médecin et ne fait jamais de tri. Toujours alerter, c'est le 15 qui trie. Position demi-assise, surveillance, pas de médicament.

Scénario 3 — Le geste qu'on ne sait pas faire

Situation : Un opérateur s'effondre, vous démarrez la RCP. Le DAE indique « pas de choc nécessaire, continuez la RCP ». Votre collègue (non-SST) veut faire les insufflations bouche-à-bouche mais vous n'êtes pas sûr de la technique.

Voir la conduite à tenir

Si l'un de vous deux maîtrise les insufflations, faites 30/2. Sinon, continuez les compressions seules (« hands only »). Recommandation officielle European Resuscitation Council 2020 : le massage seul vaut mieux qu'un cycle 30/2 mal exécuté avec des interruptions longues. Mieux vaut bien faire le 30 que mal faire le 2.

À retenir
  • Le SST observe et transmet, il ne diagnostique pas.
  • Il ne donne jamais de médicaments (sauf aide à l'auto-administration prescrite).
  • Ne JAMAIS retirer un corps étranger empalé, ni mobiliser un traumatisé.
  • Toute intervention doit faire l'objet d'une traçabilité (registre, DAT) et d'une analyse causale.
  • Le SST peut bénéficier d'un soutien psychologique après un accident grave.
  • Désigner nominativement un témoin pour alerter (effet biais du témoin).