Arrêt cardiaque et risques spécifiques
Module 4 / 4
4.3 Risques spécifiques en entreprise
Électrisation, intoxication chimique, espace confiné, machine, hauteur, écrasement : la conduite à tenir change selon le risque. Les erreurs classiques peuvent tuer le sauveteur. Ce chapitre détaille les particularités de chaque risque industriel et les protocoles précis associés.
Risque électrique
Comprendre l'accident électrique
Le passage du courant dans le corps provoque, selon la tension et la durée :
- Tétanisation musculaire : la victime ne peut pas lâcher prise (les muscles fléchisseurs sont plus puissants que les extenseurs).
- Fibrillation ventriculaire : le courant désorganise le rythme cardiaque → arrêt cardiaque.
- Brûlures électriques profondes (entrée et sortie du courant) avec lésions internes graves.
- Arrêt respiratoire par paralysie des muscles respiratoires.
Conduite à tenir BT (basse tension < 1000 V)
- COUPER le courant en priorité (disjoncteur, sectionneur, prise débranchée).
- Si impossible : utiliser un objet isolant sec (manche en bois, balai en plastique, vêtement sec) pour éloigner la victime du conducteur.
- Une fois la victime hors danger : bilan, RCP si nécessaire (souvent en arrêt cardiaque suite à fibrillation).
- Toujours alerter le 15 et faire examiner même si la victime semble bien — risque de troubles cardiaques différés (fibrillation jusqu'à 24h après).
Conduite à tenir HT (haute tension > 1000 V)
- Évacuer la zone à 5 m minimum.
- Si vous devez vous éloigner d'une zone potentiellement sous tension : marcher à petits pas rapprochés (réduit la différence de potentiel pied-pied).
- Ne JAMAIS utiliser de l'eau pour éteindre un feu d'origine électrique avant coupure.
Foudroiement
La foudre tue 10 à 20 personnes par an en France (SST en activité extérieure : BTP, agriculture, événementiel). Particularité : la victime n'est pas électrifiée après l'impact (pas de risque pour le sauveteur). RCP immédiate, alerter, hospitalisation systématique.
Risque chimique
Identifier le produit avant tout
L'identification rapide du produit conditionne toute la prise en charge. Sources :
- Étiquetage CLP sur le contenant (pictogrammes oranges puis losanges rouges depuis 2009).
- Fiche de Données de Sécurité (FDS) obligatoirement disponible (article R4411-73 du Code du travail). Le SST doit savoir où elles sont rangées.
- Numéro CAS et nom IUPAC pour le centre antipoison.
Conduite selon la voie d'exposition
Projection cutanée
Retirer les vêtements imprégnés (sauf collés à la peau), rincer abondamment 20-30 minutes à l'eau tempérée. Pour les bases (soude, ammoniac) : prolonger jusqu'à 60 minutes. Surveillance des signes de choc.
Projection oculaire
Rincer 15 min minimum à la douche oculaire, paupière retournée. Garder l'œil ouvert sous le jet. Tourner la tête de côté (œil atteint vers le bas) pour ne pas contaminer l'œil sain.
Inhalation
Évacuer en zone aérée IMMÉDIATEMENT (pas de discussion). Position d'attente assise ou demi-assise si gêne respiratoire. Surveillance constante. Le toxique peut continuer à diffuser depuis les poumons même après évacuation.
Ingestion
Ne pas faire vomir, ne pas faire boire (ni eau, ni lait, ni huile). Garder l'emballage et alerter le 15 ou le centre antipoison. Faire vomir un produit caustique double les lésions de l'œsophage.
Cas particuliers redoutables
- Acide fluorhydrique (HF) : extrêmement toxique, pénètre la peau et fixe le calcium → arrêt cardiaque. Rincer + appliquer du gluconate de calcium en gel (présent dans les industries qui l'utilisent). Hospitalisation immédiate.
- H2S (hydrogène sulfuré) : odeur d'œuf pourri à faible dose, INODORE à forte dose (saturation des récepteurs olfactifs). Inhalation = arrêt respiratoire en quelques secondes. Espaces confinés et industries pétrochimiques.
- CO (monoxyde de carbone) : inodore, incolore, mortel. Suspect dans tout incendie ou panne de chaudière. Symptômes : céphalées, vertiges, troubles digestifs, troubles de la conscience. Évacuer + 15 + oxygénothérapie.
- Cyanure : présent dans les fumées d'incendie (combustion de plastiques, mousse polyuréthane). Antidote spécifique (hydroxocobalamine - Cyanokit).
Espaces confinés et atmosphères toxiques
Définition d'un espace confiné
Un espace confiné est un volume partiellement ou totalement fermé, non conçu pour une occupation humaine permanente, où une atmosphère dangereuse peut s'accumuler. Exemples :
- Cuves, silos, citernes, fosses, regards.
- Égouts, canalisations, chambres de visite.
- Salles techniques mal ventilées.
- Cales de navires, soutes, conduits.
Les 4 dangers atmosphériques
| Risque | Mesure | Seuil critique |
|---|---|---|
| Manque d'oxygène | Détecteur O₂ | < 19,5 % (mortel < 10 %) |
| Excès d'oxygène | Détecteur O₂ | > 23 % (risque incendie majoré) |
| Gaz toxiques | Détecteurs spécifiques (H2S, CO) | VLE / VME selon produit |
| Atmosphère explosible | Détecteur LIE (Limite Inférieure d'Explosivité) | > 10 % de la LIE |
Conduite à tenir SST devant une victime en espace confiné
- NE JAMAIS DESCENDRE sauf si formation espaces confinés (CATEC ou équivalent) + ARI + harnais + ligne de vie + surveillant extérieur + détecteur 4 gaz validé.
- Alerter le 15 / 18 immédiatement (pompiers GRIMP).
- Ventiler mécaniquement si possible (ventilateur extracteur).
- Baliser et empêcher d'autres salariés d'entrer.
- Garder un contact visuel ou vocal avec la victime depuis l'extérieur.
- Préparer l'arrivée des secours : indiquer la position de la victime, le risque atmosphérique présumé, l'historique d'intervention.
Machine, hauteur, écrasement
Personne coincée dans une machine
Arrêt d'urgence + consignation LOTO obligatoire avant de toucher (cadenas + clé en poche). Ne pas tenter de désengager au risque d'aggraver les lésions ou redémarrer accidentellement la machine. Alerter les pompiers (désincarcération industrielle - GRIMP).
Garder le contact verbal, rassurer, surveiller la conscience. Si hémorragie : compression manuelle de la zone accessible.
Chute de hauteur
Cas particulier : suspension dans un harnais > 15 minutes = syndrome du harnais (compression artérielle des membres inférieurs). Position semi-assise après libération (jamais allongée immédiatement), 15 même si la victime semble bien.
Écrasement / ensevelissement
Alerter, surveiller, garder le contact verbal. Si dégagement nécessaire : préparer perfusion si médecin disponible. Le SST seul attend les secours.
Brûlure étendue (> 10 % surface)
Refroidissement limité à 10 min adulte / 5 min enfant (risque d'hypothermie). Couvrir avec un drap stérile sec ou couverture de survie. Ne pas couvrir directement les zones brûlées avec un tissu adhérent. Alerter immédiatement.
Hypothermie / gelures
Évacuer en zone tempérée, retirer les vêtements humides, couvrir (couverture de survie). Réchauffement progressif, jamais brutal (eau chaude, brasero) : risque de choc cardiaque. Pas de sucre ni alcool. 15 si troubles de la conscience.
Coup de chaleur / hyperthermie
Évacuer en zone fraîche, retirer les vêtements, asperger d'eau, ventiler, donner à boire si conscient. Température corporelle > 40°C = urgence vitale (15). Fréquent en BTP, fonderie, agriculture l'été.
Risques biologiques et morsures
Le SST peut être confronté à des situations rares mais à risque biologique :
- Piqûre / coupure avec un objet souillé (seringue, lame). Saigner la plaie quelques secondes (favorise l'évacuation), désinfection avec antiseptique iodé, consultation médicale dans les 4h pour évaluation du risque VIH / VHB / VHC.
- Morsure animale (chien, rat, chat sauvage) : rincer abondamment, désinfecter, alerter pour évaluer le risque de rage. La rage est mortelle à 100 % une fois symptomatique. Vaccination post-exposition possible dans les 24-48h.
- Contact avec sang d'autrui (AES — Accident d'Exposition au Sang) : rincer 5 min minimum à l'eau et savon (peau) ou sérum physiologique (œil). Consultation médicale dans les 4h.
- Tique : retirer rapidement avec un tire-tique (pas avec les doigts ni à l'éther). Nettoyer. Surveiller 1 mois l'apparition d'un érythème migrant (maladie de Lyme).
EPI du SST face aux risques biologiques
- Gants nitrile systématiques face au sang ou aux liquides biologiques.
- Masque pocket avec valve anti-retour pour les insufflations (limite le contact direct).
- Lunettes de protection pour les projections (préservation des muqueuses oculaires).
Le débriefing : aussi important que l'intervention
Après une intervention sur un risque spécifique, le SST doit participer au débriefing pour :
- Analyser les causes avec le CSSCT (méthode arbre des causes).
- Mettre à jour le DUERP en fonction des leçons apprises.
- Améliorer les procédures : signalisation, formation, EPI, équipements.
- Adapter le matériel SST : trousse de secours, DAE supplémentaire, douche oculaire à ajouter…
- Soutien psychologique du SST si l'accident a été grave (cellule d'écoute, médecin du travail).
À retenir
- Électrique : COUPER d'abord. HT = 5 m de distance. Toujours alerter (troubles différés).
- Chimique : FDS aux secours, ne pas faire vomir, rincer 20-30 min.
- Espace confiné : JAMAIS sans formation, ARI, surveillant, détecteur 4 gaz.
- Machine : consignation LOTO avant intervention, GRIMP pompiers pour désincarcération.
- Suspension harnais > 15 min : syndrome du harnais, position semi-assise après libération.
- Écrasement > 1h : crush syndrome, ne pas dégager seul.
- HF, H2S, CO, cyanure : antidotes spécifiques, ne pas improviser.
- Participer au débriefing post-accident pour la prévention future.