Sauveteur Secouriste du Travail

Secourir : les gestes qui sauvent

Module 3 / 4

Module 3 : Gestes qui sauvent 22 min de lecture

3.2 Plaies, brûlures et traumatismes

Comment évaluer la gravité d'une plaie, refroidir une brûlure correctement, et reconnaître un traumatisme qui impose l'immobilisation. Trois familles de gestes parmi les plus fréquents en milieu industriel — et celles où les erreurs « bon sens » coûtent le plus cher.

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Plaies : évaluer la gravité

Toutes les plaies ne se valent pas. Le SST différencie deux catégories aux conduites opposées :

Plaie simple

Critères cumulatifs : petite, superficielle, propre, peu hémorragique, située sur un endroit non sensible.

Conduite : nettoyer (eau + savon), désinfecter (chlorhexidine ou polyvidone iodée), pansement adhésif. Vérifier la vaccination antitétanique (rappel valable 20 ans, ou 10 ans si plaie souillée). Surveiller l'évolution (rougeur, chaleur, gonflement = infection).

Plaie grave

Conduite : position adaptée selon la localisation, alerter le 15, ne pas désinfecter (sera fait à l'hôpital), ne pas retirer un corps étranger, ne pas faire boire ou manger.

Position de la victime selon la plaie
La position adaptée fait gagner du temps aux secours et limite l'aggravation. Important : ne pas mobiliser une victime traumatisée, juste l'installer dans la position naturelle où elle se trouve déjà.
LocalisationPositionPourquoi
ThoraxAssise / demi-assiseFavorise la respiration, empêche le sang d'envahir un poumon.
AbdomenAllongée jambes fléchiesRelâche la paroi abdominale, diminue la douleur, limite la sortie d'organes en cas d'éviscération.
ŒilAllongée sur le dosDemander à fixer un point au plafond. Couvrir l'œil sain pour éviter les mouvements.
Crâne / couPosition d'attente sur le dosMaintien tête en rectitude par 2 mains du sauveteur.
MembrePosition antalgique trouvée par la victimeSurélever si compatible (sans fracture).
BassinAllongée sur le dos, jambes en demi-flexionLimite les mouvements du bassin (fracture grave).
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Brûlures : la règle des 3 × 15

3 × 15 : 15 minutes minimum, sous une eau à 15 °C environ, à 15 cm de la peau.

L'eau tempérée arrête la propagation thermique dans les tissus. Démarrer dans les 2 minutes après la brûlure pour un effet maximal. Le but n'est pas d'anesthésier : c'est d'arrêter la cuisson en profondeur (la chaleur continue à diffuser dans les couches sous-cutanées).

Évaluer la gravité d'une brûlure

Trois critères : profondeur, surface, localisation.

TypeAspectConduite SST
1er degréRouge, douloureux, sec (coup de soleil).3×15. Hydrater, surveiller. Pas d'alerte sauf si surface étendue (> 10 % chez l'adulte, > 5 % chez l'enfant).
2e degré superficielCloques (phlyctènes) douloureuses, fond rouge.3×15. Ne PAS percer les cloques (barrière naturelle anti-infection). Pansement stérile. Avis médical sur les zones articulaires.
2e degré profond / 3e degréPeau cartonnée, blanchâtre / noire, indolore (nerfs détruits) ou très douloureuse en bordure.3×15 limité à 10 min (risque hypothermie). Alerte 15 immédiate. Pansement stérile sec ou drap propre.
Brûlure chimiqueContact produit acide / base. Évolution sur plusieurs heures.Rincer abondamment 20-30 min minimum, retirer vêtements imprégnés (sauf collés à la peau). Garder la FDS pour les secours.
Brûlure électriquePetites entrées + sortie de courant, mais lésions internes graves.Toujours alerter — risque de troubles cardiaques différés (jusqu'à 24h après). Surveillance ECG obligatoire.
Brûlure par flamme directeVêtements en feu.« Stop, drop, roll » : arrêter la course, se jeter au sol, rouler pour étouffer. Couvrir avec une couverture de survie pour ralentir la combustion.
Évaluer la surface : la règle des 9

La règle de Wallace permet d'estimer rapidement la surface corporelle brûlée :

  • Tête : 9 %
  • Bras (chacun) : 9 %
  • Jambe (chacune) : 18 %
  • Tronc face avant : 18 %
  • Tronc face arrière : 18 %
  • Région génitale : 1 %

Au-delà de 10 % de surface brûlée chez l'adulte (ou 5 % chez l'enfant), c'est une urgence absolue.

Pas d'huile, pas de glace, pas de coton, pas de dentifrice, pas de pommade, pas de farine. Uniquement de l'eau tempérée et un pansement stérile. Ces « remèdes de grand-mère » aggravent les brûlures et compliquent le travail des médecins.
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Brûlures spécifiques en industrie

Brûlure chimique : protocole détaillé
  1. Identifier le produit via l'étiquetage CLP ou la FDS.
  2. Retirer immédiatement les vêtements imprégnés (sauf collés à la peau — ne pas arracher), les bijoux. Le SST porte des gants nitrile pour ne pas se contaminer.
  3. Rincer abondamment à l'eau tempérée, douche de sécurité si disponible, pendant 20-30 minutes minimum. Pour les bases (soude), prolonger 60 minutes.
  4. Cas particulier acide fluorhydrique (HF) : extrêmement dangereux. Rincer puis appliquer du gluconate de calcium en gel (présent dans les industries qui utilisent l'HF). Alerter immédiatement.
  5. Préserver la FDS et l'étiquette du produit pour les secours.
Projection oculaire
  • Rincer 15 minutes minimum à la douche oculaire, paupière retournée.
  • Garder l'œil ouvert sous le jet, eau tempérée à débit modéré.
  • Tourner la tête de côté (œil atteint vers le bas) pour ne pas contaminer l'œil sain.
  • Retirer les lentilles de contact si possible et seulement après le rinçage.
Brûlure électrique

Apparemment bénigne en surface (petits points d'entrée et de sortie), mais lésions internes profondes sur le trajet du courant. Risques :

  • Arrêt cardiaque immédiat ou différé (fibrillation ventriculaire jusqu'à 24h après).
  • Brûlure musculaire profonde avec myoglobinurie (insuffisance rénale).
  • Tétanisation qui empêche la victime de lâcher prise.
  • Toujours alerter et hospitaliser même si la victime semble bien.
Inhalation de fumées (suies, gaz toxiques)

Les fumées d'incendie contiennent du monoxyde de carbone (CO), de l'acide cyanhydrique (HCN), des particules. Signes : suie autour des narines, voix rauque, toux, dyspnée, vertiges, troubles de la conscience. Évacuer en zone aérée, position d'attente assise, oxygène par les pompiers, 15 immédiatement.

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Traumatismes : ne pas mobiliser

Devant un traumatisme (chute de hauteur, choc violent, accident de circulation, accident de machine), le SST applique une règle d'or absolue : ne pas mobiliser la victime, sauf danger imminent.

Pourquoi ne pas mobiliser ?

La moelle épinière passe dans la colonne vertébrale. Une fracture vertébrale instable peut, avec un mouvement banal, sectionner la moelle et entraîner une paralysie irréversible. Le SST ne sait pas si la colonne est fracturée. Le bénéfice du doute va toujours à l'immobilisation.

Conduite à tenir
  • Maintenir la tête en rectitude avec les deux mains de chaque côté de la tête (« prise en sphynx »), bien dans l'axe du corps. Ne pas tourner, ne pas pencher.
  • Demander à la victime de ne pas bouger, même si elle se sent capable de se relever (« je vais vous demander de ne pas bouger jusqu'à l'arrivée des secours »).
  • Couvrir pour éviter l'hypothermie (couverture de survie : aluminium côté peau si frais, vers l'extérieur si trop chaud — réflexion thermique).
  • Surveiller la conscience et la respiration jusqu'à l'arrivée des secours.
  • Parler à la victime pour la maintenir consciente et calme.
Les exceptions à l'immobilisation

On mobilise UNIQUEMENT si le maintien sur place représente un danger plus grave que la mobilisation :

  • Incendie qui se propage.
  • Risque d'effondrement.
  • Atmosphère toxique non maîtrisée.
  • Risque d'électrisation (câble sectionné, eau).
  • Nécessité de RCP impossible dans la position actuelle.
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Cas du casque et autres EPI

Un casque de moto, de chantier, ou un harnais peut compliquer l'examen ou la RCP. Question récurrente : retirer ou pas ?

Règle : ne JAMAIS retirer un casque sauf si la victime ne respire plus (RCP impossible avec). C'est un geste à 2 sauveteurs minimum, en maintenant la tête en rectitude.
Technique du retrait de casque à 2 sauveteurs
  1. Sauveteur 1 : maintien tête en rectitude par-dessous (mains de chaque côté du cou et de la mâchoire).
  2. Sauveteur 2 : ouvre la jugulaire, écarte les côtés du casque, fait basculer doucement vers l'arrière en respectant l'axe.
  3. Sauveteur 2 reprend le maintien tête en rectitude par les côtés.
  4. Sauveteur 1 peut alors évaluer la respiration et démarrer la RCP si nécessaire.
Suspension dans un harnais antichute

Si une personne est suspendue dans son harnais > 15 minutes sans pouvoir bouger, elle développe un « syndrome du harnais » potentiellement mortel. Les sangles compriment les artères des cuisses, le sang stagne dans les membres inférieurs. À la libération, le retour brutal du sang vicié au cœur peut provoquer un arrêt cardiaque.

  • Soulager rapidement le harnais (l'asseoir sur une plateforme).
  • Ne pas allonger immédiatement (position semi-assise pendant 30 min).
  • Alerter le 15 même si la victime semble bien.
À retenir
  • Plaie grave (thorax / abdomen / œil) : position adaptée, alerte, pas de désinfection.
  • Brûlure : règle des 3 × 15 à l'eau tempérée. Pas d'huile, pas de glace, pas de cloques percées.
  • Brûlure chimique : rincer 20-30 minutes minimum, FDS aux secours.
  • Brûlure électrique : toujours hospitaliser (troubles cardiaques différés 24h).
  • Traumatisme : ne pas mobiliser, maintenir la tête en rectitude.
  • Casque : ne jamais retirer sauf nécessité absolue (RCP), à 2 sauveteurs.
  • Suspension harnais > 15 min : syndrome du harnais, urgence vitale.