Protéger – Examiner – Alerter
Module 2 / 4
2.2 Examiner la victime
Le bilan SST permet de hiérarchiser les urgences, de choisir les bons gestes et de transmettre une alerte précise aux secours. C'est le diagnostic du sauveteur — pas un diagnostic médical, mais une grille d'observation rigoureuse qui sauve des vies.
L'ordre du bilan : du plus grave au moins grave
Le bilan SST suit une progression rigoureuse, de la fonction la plus vitale vers la plus secondaire. Cet ordre n'est pas négociable : suivre une autre logique fait perdre des minutes critiques.
Tester la conscience (méthode AVPU)
Méthode standardisée AVPU (Alert / Verbal / Pain / Unresponsive), utilisée par les secouristes du monde entier :
| Lettre | État | Comment tester | Conduite |
|---|---|---|---|
| A | Alerte | La victime parle spontanément, ouvre les yeux, vous voit. | Conscience normale. Interroger (QQOQCP). |
| V | Réagit à la voix | « Vous m'entendez ? Serrez-moi la main, ouvrez les yeux. » → réponse à un ordre simple. | Conscience altérée mais présente. Surveillance rapprochée. |
| P | Réagit à la douleur | Stimulation par pincement de l'oreille / secousse douce des épaules. | Pré-coma. Position d'attente, alerter immédiatement. |
| U | Inconsciente | Aucune réaction. | Passer immédiatement au contrôle de la respiration. PLS ou RCP selon résultat. |
Si la victime est consciente : interrogatoire QQOQCP
Pour une victime consciente, le SST recueille les informations clés à transmettre aux secours :
- Quoi : que s'est-il passé exactement ? (chute, choc, malaise…)
- Qui : âge, sexe, antécédents médicaux connus, traitement en cours.
- Où : localisation précise de la douleur, irradiation.
- Quand : début des symptômes, durée, évolution.
- Comment : intensité (échelle de 1 à 10), nature (piquante, brûlante, oppressante).
- Pourquoi : facteur déclenchant identifié (effort, repas, médicament, exposition produit).
Contrôler la respiration : VOIR – ÉCOUTER – SENTIR
Étape 1 — Libération des Voies Aériennes (LVA)
Une victime inconsciente est allongée sur le dos. La langue, en se relâchant, peut tomber au fond de la gorge et bloquer le passage de l'air. La LVA résout ce problème :
- Bascule prudente de la tête en arrière : une main sur le front, l'autre sous le menton. La tête bascule, la mâchoire s'ouvre, la langue se dégage.
- Retirer un éventuel corps étranger visible dans la bouche (dentier mobile, vomissures avec un doigt ganté).
- Exception traumatisme cervical suspecté : ne pas basculer la tête. Utiliser la technique de subluxation de la mâchoire (deux mains de chaque côté, pousser la mâchoire vers l'avant).
Étape 2 — VOIR / ÉCOUTER / SENTIR
Le SST se penche, oreille et joue contre la bouche de la victime, le regard tourné vers le ventre :
- VOIR : regarder le ventre et la poitrine se soulever de manière régulière.
- ÉCOUTER : oreille près de la bouche → bruits de respiration, souffle.
- SENTIR : joue près de la bouche → souffle d'air sur la peau.
Interpréter le résultat
✅ Respire normalement (10-20/min régulier)
→ Position Latérale de Sécurité (PLS) si inconsciente. Surveillance constante du maintien de la respiration. Alerter.
❌ Ne respire pas / gasps / silence
→ RCP immédiate + DAE. Faire alerter pendant ce temps par un témoin désigné nominativement.
L'inspection « tête-aux-pieds »
Une fois les fonctions vitales évaluées (conscience, respiration), le SST inspecte rapidement la victime de la tête aux pieds, sans la mobiliser, pour repérer les lésions visibles.
- Crâne et visage : traces de sang, hématomes, déformation, écoulement par les oreilles ou le nez (signe de fracture de la base du crâne).
- Cou : douleur à la palpation douce, déformation. Suspicion de traumatisme cervical → ne pas mobiliser.
- Thorax : respiration symétrique ? Plaie ? Déformation des côtes ? Cri à la palpation ?
- Abdomen : ventre dur ou douloureux ? Plaie ? Position antalgique en chien de fusil ?
- Bassin : palpation douce des crêtes iliaques, douleur ?
- Membres : chacun examiné — déformations, plaies, hémorragies, mobilité douloureuse, perte de sensibilité.
- Dos : uniquement si la victime est déjà sur le côté ou si le bon sens l'exige.
Surveiller les signes vitaux dans le temps
Une fois le bilan initial fait, le SST surveille la victime jusqu'à l'arrivée des secours. La situation peut évoluer rapidement (perte de conscience, arrêt respiratoire). Quatre paramètres simples à observer toutes les minutes :
Conscience
La victime parle-t-elle toujours ? Son discours reste-t-il cohérent ? Pose-t-elle plusieurs fois la même question (signe de confusion → trauma crânien) ?
Respiration
Compter le nombre de cycles par minute (normal : 12-20). Trop rapide ? Difficile ? Sifflante ? Bruyante ?
Coloration / sueurs
Pâleur extrême + sueurs froides = signe de choc (hémorragique, cardiogénique). Cyanose (lèvres bleues) = manque d'oxygène. Urgence absolue.
Température / frissons
Frisson + extrémités froides = état de choc débutant. Couvrir avec une couverture de survie (côté aluminium contre la peau si froid, vers l'extérieur si chaleur).
À retenir
- Bilan ordonné : saigne / étouffe / conscience / respiration / plaies.
- 10 secondes maxi pour VOIR – ÉCOUTER – SENTIR.
- Les gasps ne sont pas une respiration normale → démarrer la RCP.
- Une victime inconsciente qui respire = PLS. Inconsciente qui ne respire pas = RCP.
- QQOQCP pour les victimes conscientes ; AVPU pour évaluer la conscience.
- Surveiller toutes les minutes : conscience, respiration, coloration, température.