Sauveteur Secouriste du Travail

Protéger – Examiner – Alerter

Module 2 / 4

Module 2 : P-E-A 22 min de lecture

2.2 Examiner la victime

Le bilan SST permet de hiérarchiser les urgences, de choisir les bons gestes et de transmettre une alerte précise aux secours. C'est le diagnostic du sauveteur — pas un diagnostic médical, mais une grille d'observation rigoureuse qui sauve des vies.

1

L'ordre du bilan : du plus grave au moins grave

Le bilan SST suit une progression rigoureuse, de la fonction la plus vitale vers la plus secondaire. Cet ordre n'est pas négociable : suivre une autre logique fait perdre des minutes critiques.

1
La victime saigne-t-elle abondamment ? → Compression manuelle immédiate avant tout le reste. Une hémorragie peut tuer en 3 minutes.
2
S'étouffe-t-elle ? → Si obstruction totale (silence, mains à la gorge) : 5 claques dorsales + 5 Heimlich. Décès en 4 minutes.
3
Est-elle consciente ? → Question simple, ordre simple, secousse douce des épaules. Test AVPU.
4
Respire-t-elle normalement ? → Libération des voies aériennes (LVA), VOIR-ÉCOUTER-SENTIR pendant 10 secondes maximum. Le silence respiratoire impose la RCP.
5
Plaies, brûlures, traumatismes ? → Inspection rapide de la tête aux pieds, sans déplacer la victime.
Durée totale du bilan : 30 secondes à 1 minute. Si à un moment vous identifiez une urgence vitale (hémorragie, étouffement, arrêt cardiaque), vous interrompez le bilan et vous traitez immédiatement.
2

Tester la conscience (méthode AVPU)

Méthode standardisée AVPU (Alert / Verbal / Pain / Unresponsive), utilisée par les secouristes du monde entier :

LettreÉtatComment testerConduite
AAlerteLa victime parle spontanément, ouvre les yeux, vous voit.Conscience normale. Interroger (QQOQCP).
VRéagit à la voix« Vous m'entendez ? Serrez-moi la main, ouvrez les yeux. » → réponse à un ordre simple.Conscience altérée mais présente. Surveillance rapprochée.
PRéagit à la douleurStimulation par pincement de l'oreille / secousse douce des épaules.Pré-coma. Position d'attente, alerter immédiatement.
UInconscienteAucune réaction.Passer immédiatement au contrôle de la respiration. PLS ou RCP selon résultat.
Si la victime est consciente : interrogatoire QQOQCP

Pour une victime consciente, le SST recueille les informations clés à transmettre aux secours :

  • Quoi : que s'est-il passé exactement ? (chute, choc, malaise…)
  • Qui : âge, sexe, antécédents médicaux connus, traitement en cours.
  • Où : localisation précise de la douleur, irradiation.
  • Quand : début des symptômes, durée, évolution.
  • Comment : intensité (échelle de 1 à 10), nature (piquante, brûlante, oppressante).
  • Pourquoi : facteur déclenchant identifié (effort, repas, médicament, exposition produit).
Publicité
3

Contrôler la respiration : VOIR – ÉCOUTER – SENTIR

10 secondes maximum. Au-delà, on conclut que la victime ne respire pas et on démarre la RCP.
Étape 1 — Libération des Voies Aériennes (LVA)

Une victime inconsciente est allongée sur le dos. La langue, en se relâchant, peut tomber au fond de la gorge et bloquer le passage de l'air. La LVA résout ce problème :

  • Bascule prudente de la tête en arrière : une main sur le front, l'autre sous le menton. La tête bascule, la mâchoire s'ouvre, la langue se dégage.
  • Retirer un éventuel corps étranger visible dans la bouche (dentier mobile, vomissures avec un doigt ganté).
  • Exception traumatisme cervical suspecté : ne pas basculer la tête. Utiliser la technique de subluxation de la mâchoire (deux mains de chaque côté, pousser la mâchoire vers l'avant).
Étape 2 — VOIR / ÉCOUTER / SENTIR

Le SST se penche, oreille et joue contre la bouche de la victime, le regard tourné vers le ventre :

  1. VOIR : regarder le ventre et la poitrine se soulever de manière régulière.
  2. ÉCOUTER : oreille près de la bouche → bruits de respiration, souffle.
  3. SENTIR : joue près de la bouche → souffle d'air sur la peau.
Interpréter le résultat
✅ Respire normalement (10-20/min régulier)

→ Position Latérale de Sécurité (PLS) si inconsciente. Surveillance constante du maintien de la respiration. Alerter.

❌ Ne respire pas / gasps / silence

RCP immédiate + DAE. Faire alerter pendant ce temps par un témoin désigné nominativement.

Les gasps : respirations agonales, irrégulières, espacées (souvent < 6 par minute), bruyantes (« hoquet »). Ce n'est PAS une respiration normale. C'est un signe d'arrêt cardiaque débutant. On démarre la RCP. Ne pas confondre avec une respiration calme : doute → RCP.
4

L'inspection « tête-aux-pieds »

Une fois les fonctions vitales évaluées (conscience, respiration), le SST inspecte rapidement la victime de la tête aux pieds, sans la mobiliser, pour repérer les lésions visibles.

  1. Crâne et visage : traces de sang, hématomes, déformation, écoulement par les oreilles ou le nez (signe de fracture de la base du crâne).
  2. Cou : douleur à la palpation douce, déformation. Suspicion de traumatisme cervical → ne pas mobiliser.
  3. Thorax : respiration symétrique ? Plaie ? Déformation des côtes ? Cri à la palpation ?
  4. Abdomen : ventre dur ou douloureux ? Plaie ? Position antalgique en chien de fusil ?
  5. Bassin : palpation douce des crêtes iliaques, douleur ?
  6. Membres : chacun examiné — déformations, plaies, hémorragies, mobilité douloureuse, perte de sensibilité.
  7. Dos : uniquement si la victime est déjà sur le côté ou si le bon sens l'exige.
Toujours en gardant les gants ! Le sang est un fluide à risque (hépatites, VIH). Une trousse de secours doit toujours contenir des gants nitrile non poudrés.
5

Surveiller les signes vitaux dans le temps

Une fois le bilan initial fait, le SST surveille la victime jusqu'à l'arrivée des secours. La situation peut évoluer rapidement (perte de conscience, arrêt respiratoire). Quatre paramètres simples à observer toutes les minutes :

Conscience

La victime parle-t-elle toujours ? Son discours reste-t-il cohérent ? Pose-t-elle plusieurs fois la même question (signe de confusion → trauma crânien) ?

Respiration

Compter le nombre de cycles par minute (normal : 12-20). Trop rapide ? Difficile ? Sifflante ? Bruyante ?

Coloration / sueurs

Pâleur extrême + sueurs froides = signe de choc (hémorragique, cardiogénique). Cyanose (lèvres bleues) = manque d'oxygène. Urgence absolue.

Température / frissons

Frisson + extrémités froides = état de choc débutant. Couvrir avec une couverture de survie (côté aluminium contre la peau si froid, vers l'extérieur si chaleur).

Parler à la victime : même inconsciente, gardez-lui la parole. La rassurer (« je suis avec vous, les secours arrivent »), lui dire ce que vous faites. Cela diminue le stress, peut aider à maintenir la conscience et donne une base sereine à votre propre concentration.
À retenir
  • Bilan ordonné : saigne / étouffe / conscience / respiration / plaies.
  • 10 secondes maxi pour VOIR – ÉCOUTER – SENTIR.
  • Les gasps ne sont pas une respiration normale → démarrer la RCP.
  • Une victime inconsciente qui respire = PLS. Inconsciente qui ne respire pas = RCP.
  • QQOQCP pour les victimes conscientes ; AVPU pour évaluer la conscience.
  • Surveiller toutes les minutes : conscience, respiration, coloration, température.