Arrêt cardiaque et risques spécifiques
Module 4 / 4
4.1 RCP : Réanimation Cardio-Pulmonaire
En cas d'arrêt cardiaque, chaque minute sans massage = -10 % de chance de survie. Voici la technique recommandée par l'European Resuscitation Council 2020 et l'INRS, pas à pas, avec les variantes pédiatriques et les pièges à éviter.
Quand démarrer la RCP ?
Comprendre l'arrêt cardiaque
L'arrêt cardiaque (arrêt cardio-respiratoire, ACR) se caractérise par l'absence brutale d'activité cardiaque efficace. Le sang ne circule plus, l'oxygène n'arrive plus au cerveau. En l'absence de massage, les premières cellules cérébrales meurent en 4 minutes. Après 10 minutes sans intervention, les lésions sont irréversibles.
En France, on recense environ 40 000 à 50 000 arrêts cardiaques par an. Le taux de survie global est de seulement 8 %, mais il monte à 30-40 % quand un témoin pratique la RCP avec DAE en moins de 5 minutes. Le SST est ce témoin formé.
Pourquoi la RCP marche : la chaîne de survie
L'European Resuscitation Council décrit 4 maillons indispensables, dans l'ordre :
- Reconnaissance précoce et alerte (15, 18, 112).
- RCP précoce par un témoin (gain de temps avant les pros).
- Défibrillation précoce (DAE) : seul geste qui « relance » le cœur.
- Soins post-réanimation spécialisés (réa, hôpital).
Casser un seul maillon = chute drastique du pronostic. Le SST tient les maillons 1, 2 et 3.
Le temps, votre seul ennemi
de survie si RCP + DAE en moins de 1 minute
à 5 minutes
à 8 minutes (arrivée moyenne des secours)
à 10 minutes sans massage
La technique adulte : 30 / 2
Adultes : 30 compressions thoraciques + 2 insufflations, en cycle continu, jusqu'à reprise ou arrivée des secours.
Compressions thoraciques : la technique pas à pas
- Victime sur le dos, sur un plan dur (sol, table robuste). Le matelas absorbe les compressions et les rend inefficaces.
- Dénuder le thorax (ouvrir / arracher la chemise) — important pour le DAE et pour bien voir les compressions.
- Talon de la main au centre du thorax (moitié inférieure du sternum, environ 2 doigts au-dessus de la pointe du sternum), seconde main par-dessus, doigts entrelacés et soulevés (les doigts ne touchent pas la cage thoracique, sinon risque de fracture des côtes).
- Bras tendus, verrouillés, épaules à la verticale du sternum. Utiliser le poids du corps, pas la force des bras (épuisant).
- Profondeur 5 à 6 cm chez l'adulte (sternum enfoncé d'environ un tiers du diamètre du thorax).
- Fréquence 100 à 120 / minute (~2 par seconde) — rythme du « Stayin' Alive » des Bee Gees, ou de « Baby Shark », ou encore de « Highway to Hell ».
- Relâcher complètement entre chaque compression sans décoller les mains (« recoil » essentiel pour le retour veineux). Compression et relâchement doivent durer le même temps.
Insufflations : si formé et à l'aise
- Après 30 compressions, basculer prudemment la tête en arrière (LVA), pincer le nez de la victime entre pouce et index.
- Englober la bouche de la victime avec la vôtre (idéalement avec masque facial / pocket mask qui évite le contact direct).
- Souffler progressivement pendant 1 seconde, juste assez pour voir la poitrine se soulever (volume normal de respiration, pas une bouffée extrême).
- Décoller la bouche, laisser passivement l'air sortir (1 sec).
- 2e insufflation identique. Passer ensuite immédiatement à 30 nouvelles compressions.
Spécificités enfant et nourrisson
L'arrêt cardiaque chez l'enfant est presque toujours d'origine respiratoire (asphyxie, noyade, étouffement) — alors que chez l'adulte, il est cardiaque (fibrillation ventriculaire). La technique est donc adaptée pour oxygéner avant de masser.
| Public | Avant tout | Compressions | Profondeur | Cycles |
|---|---|---|---|---|
| Adulte | Alerter + DAE | 2 mains, talon de paume | 5-6 cm | 30/2 |
| Enfant (1 an → puberté) | 5 insufflations puis 1 min de RCP avant alerter | 1 main (ou 2 selon corpulence) | ≈ 1/3 du thorax (~5 cm) | 30/2 (ou 15/2 à 2 SST) |
| Nourrisson (< 1 an) | 5 insufflations puis 1 min de RCP avant alerter | 2 doigts au centre du sternum | ≈ 1/3 du thorax (~4 cm) | 30/2 (ou 15/2 à 2 SST) |
Insufflations chez le nourrisson
Le bouche-à-bouche-et-nez : la bouche du sauveteur englobe à la fois la bouche et le nez du bébé. Souffles très brefs et doux, juste assez pour voir la poitrine se soulever. Trop fort = distension gastrique et risque d'inhalation.
Le relais à 2 sauveteurs
La RCP est épuisante : la qualité du massage chute après 1-2 minutes (étude Royal College of Resuscitation). Sans s'en rendre compte, le sauveteur appuie moins fort, moins vite. Le relais est donc essentiel.
- Se relayer toutes les 1-2 minutes en perdant le moins de temps possible. L'interruption doit durer moins de 5 secondes.
- Méthode : le 2e sauveteur se positionne de l'autre côté, l'un compte les 5 dernières compressions (« 26, 27, 28, 29, 30 »), puis ils échangent au cycle suivant.
- Pendant que l'un masse, l'autre prépare le DAE, dégage les vêtements, alerte si pas encore fait, accueille les secours.
- Continuer la RCP jusqu'à : reprise de la respiration normale, arrivée des secours qui prennent le relais, ou épuisement total empêchant la poursuite.
Si plus de 2 sauveteurs disponibles
Le « leader » désigne les rôles :
- SST 1 : massage cardiaque (relayé toutes les 2 min).
- SST 2 : insufflations + accompagne le rythme.
- SST 3 : DAE, électrodes, surveillance écran, sécurité de la zone.
- Témoin : alerte 15/18 et accueil secours.
- Témoin 2 : éloigner les autres salariés, libérer le passage.
Quand arrêter la RCP ?
Le SST arrête la RCP dans 3 cas seulement :
1. Reprise spontanée
La victime ouvre les yeux, bouge, se met à respirer normalement. Mettre en PLS, surveiller, parler. La rechute est possible : rester à proximité et prêt à reprendre.
2. Arrivée des secours
Pompiers / SAMU prennent le relais. Continuer le massage tant qu'ils ne sont pas en place, transmettre votre bilan.
3. Épuisement total
Si seul, sans relais possible, et physiquement incapable de continuer. Cas rare mais reconnu — la RCP de qualité dégradée vaut moins que rien.
Les 6 erreurs fréquentes en RCP
- Ne pas appuyer assez fort. 5-6 cm chez l'adulte. C'est beaucoup. Mieux vaut casser une côte que laisser mourir un cerveau. Les côtes se réparent, pas le cerveau.
- Aller trop vite ou trop lentement. 100-120/min précis. Trop lent = pas de débit cardiaque. Trop vite = relâchement insuffisant entre les compressions, le cœur ne se remplit pas.
- Ne pas relâcher complètement. Le sternum doit revenir en position initiale entre chaque compression (« recoil »). Sans ça, le cœur ne se remplit pas — vous compressez à vide.
- Interruptions trop longues. < 5 secondes entre chaque cycle. Toute pause longue (vérifier le pouls qui ne se sent pas, regarder son téléphone, hésiter…) coûte des cellules cérébrales.
- Insufflations excessives. Trop volumineuses → distension gastrique, vomissements, inhalation. 1 seconde par insufflation, juste pour voir la poitrine se soulever.
- Massage sur un matelas. Inefficace. Toujours sur un plan dur — sol, table, planche dorsale apportée par les pompiers.
À retenir
- Adulte : 30 / 2, 100-120 / min, profondeur 5-6 cm.
- Sans formation aux insufflations : massage seul en continu (« hands only »).
- Enfant / nourrisson : 5 insufflations + 1 min de RCP avant d'alerter.
- Chaque minute sans massage = -10 % de chance de survie.
- Se relayer toutes les 1-2 minutes sans interrompre > 5 secondes.
- Plan dur obligatoire (sol). Pas de massage sur matelas.
- Recoil (relâchement complet) aussi important que la compression.