Sauveteur Secouriste du Travail

Secourir : les gestes qui sauvent

Module 3 / 4

Module 3 : Gestes qui sauvent 20 min de lecture

3.3 Malaises et Position Latérale de Sécurité (PLS)

Reconnaître un malaise grave, interroger la victime selon les bons critères et savoir mettre en PLS toute personne inconsciente qui respire. Ces deux gestes sont les plus fréquents en entreprise — et ceux qui sauvent le plus de vies discrètement.

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Malaise : interroger selon QQOQCP

Devant une victime consciente qui se sent mal, le SST pose des questions précises dont il transmettra les réponses au régulateur du 15. Le but n'est PAS de diagnostiquer (ce n'est pas son rôle), mais de fournir au médecin régulateur les éléments objectifs pour qu'il puisse décider.

QuestionPrécision recherchéeExemple de réponse à reformuler aux secours
Quand ?Heure du début, durée, évolution, fréquence si récurrent.« Depuis 14h35, soit 8 minutes. Ça empire ».
Que sentez-vous ?Douleur, vertige, oppression, fourmillements, troubles vision/parole.« Douleur thoracique constrictive, sueurs froides ».
Où ?Localisation, irradiation (mâchoire, bras, dos, épaule).« Au milieu de la poitrine, irradiation bras gauche et mâchoire ».
Avez-vous déjà eu cela ?Antécédents : cardiaques, AVC, diabète, allergie, asthme, épilepsie.« Hypertension traitée, jamais ce type de douleur ».
Médicaments ?Traitement en cours, prise récente, oubli, allergie.« Bisoprolol 5 mg le matin, dernière prise ce matin 7h ».
Avez-vous chuté ?Important pour différencier malaise primaire et chute associée.« Non » / « Oui mais sans choc à la tête ».
Pouvez-vous bouger les 4 membres ?Test moteur basique pour suspecter un AVC.« Bras droit faible » → suspicion d'AVC.
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Signes d'alerte d'un malaise grave

Quatre tableaux cliniques imposent une alerte immédiate du 15 sans hésiter :

Suspicion d'infarctus du myocarde

Douleur thoracique constrictive (sensation d'étau), irradiation bras gauche / mâchoire / dos, sueurs, pâleur, oppression, parfois nausées. Symptômes plus de 20 minutes.

Conduite : 15 immédiat, position demi-assise (jamais allongée à plat), surveillance constante. Préparer le DAE. Si la victime a une trinitrine prescrite, elle peut prendre sa dose elle-même.

Suspicion d'AVC (FAST)

Conduite : 15 immédiat. Chaque minute compte (« time is brain ») : la thrombolyse n'est efficace que dans les 4h30. Allonger sans oreiller, rien à boire ni à manger.

Choc anaphylactique (allergie sévère)

Conduite : 15. Si stylo d'adrénaline prescrit (Anapen, Epipen, Jext) : aider la victime à l'auto-injecter dans la cuisse, à travers le pantalon. Position allongée jambes surélevées.

Hypoglycémie chez un diabétique

Si conscient : donner du sucre rapide (3 morceaux dans un peu d'eau ou jus de fruit). Récupération rapide en 5-10 min. Si inconscient : JAMAIS de sucre par voie orale (risque de fausse route). PLS et 15 immédiat.

Autres situations à connaître
  • Crise d'épilepsie : protéger la tête (coussin), ne RIEN mettre dans la bouche, attendre la fin de la crise (3-5 min en moyenne), PLS après. Alerter si premiere crise, durée > 5 min, ou récidive immédiate.
  • Crise d'asthme : position assise penchée en avant, aider à prendre son inhalateur. Si crise sévère (cyanose, parole impossible) : 15 immédiat.
  • Malaise vagal simple : allonger jambes surélevées, déserrer col / ceinture, aérer. Récupération en 2-5 min. Surveiller, pas systématiquement les 15.
  • Hyperventilation / crise de spasmophilie : rassurer, faire respirer dans un sac (rééquilibre CO₂). Symptômes spectaculaires mais bénins.
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La Position Latérale de Sécurité (PLS)

Indication unique : toute victime inconsciente qui respire normalement. La PLS protège des fausses routes (vomi, sang, salive) en libérant les voies aériennes par gravité.

Sans PLS, une victime inconsciente sur le dos risque l'inhalation en cas de vomissement (très fréquent en cas de malaise, intoxication, AVC) — l'inhalation peut entraîner une pneumopathie chimique mortelle ou un arrêt cardiaque par étouffement.

Étapes de la PLS

Côté droit ou gauche, peu importe — privilégier le côté opposé aux blessures visibles (sauf femme enceinte : voir plus loin).

  1. Préparer : retirer lunettes, objets dans les poches, dégager les vêtements qui gênent.
  2. Bras du côté du sauveteur : étendu à 90°, paume vers le ciel.
  3. Bras opposé : main contre l'oreille de la victime, paume contre paume (dos de la main contre la joue).
  4. Genou opposé : fléchir et garder le pied au sol.
  5. Faire rouler la victime vers soi en tirant doucement sur le genou. Ajuster la jambe à 90° pour stabiliser.
  6. Vérifier la stabilité de la position et basculer la tête en arrière, bouche tournée vers le bas (ouvre les voies aériennes, laisse couler les sécrétions).
  7. Surveiller en permanence la respiration jusqu'à l'arrivée des secours. Vérifier toutes les minutes que la victime continue à respirer.
Cas particuliers
Femme enceinte (> 20 semaines)

PLS obligatoirement sur le côté gauche. Sur le côté droit, l'utérus comprime la veine cave inférieure et réduit le retour veineux : risque de malaise et de souffrance fœtale.

Nourrisson (< 1 an)

Pas de PLS classique. Le maintenir dans les bras, en position de sécurité (sur le côté ou l'avant-bras du sauveteur, tête plus basse que le corps). Surveillance permanente.

Suspicion traumatisme cervical

PLS quand même si la victime ne respire pas correctement sur le dos. Mais le passage en PLS doit être en bloc à 2 sauveteurs en maintenant l'axe tête-cou-tronc.

Plaie grave d'un côté

PLS sur le côté opposé à la plaie pour ne pas comprimer la blessure. Si plaie au thorax : adapter avec position assise si possible.

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Les erreurs fréquentes en PLS

  • Mettre en PLS une victime qui ne respire pas. Erreur fatale : il faut démarrer la RCP, pas la PLS. La PLS est indiquée UNIQUEMENT si la victime respire normalement.
  • Oublier de basculer la tête en arrière après le retournement. Sans cette bascule, les voies aériennes restent partiellement obstruées par la langue.
  • Ne pas surveiller la respiration après PLS. La victime peut s'arrêter de respirer à tout moment — surveillance toutes les minutes.
  • Mettre une femme enceinte sur le côté droit. Toujours côté gauche, c'est non négociable.
  • Forcer le retournement sans préparer le bras. Le bras qui passe sous le corps doit être correctement positionné, sinon la victime tombe sur son propre poignet (luxation).
  • Laisser la victime seule en PLS « parce qu'elle est en sécurité ». La PLS est temporaire — elle ne libère pas le SST de la surveillance.
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Et après le malaise ?

Un malaise apparemment résolu doit toujours faire l'objet d'un suivi. Le SST :

  • Ne laisse pas repartir seule une victime ayant fait un malaise (même bénin). Toujours accompagnée par un collègue ou orientée vers le médecin du travail.
  • Note l'événement dans le registre des accidents bénins (utile pour identifier des récidives, des risques psychosociaux, des problèmes ergonomiques).
  • Signale au manager et au médecin du travail si plusieurs malaises se succèdent dans le même service (signe d'un problème environnemental : chaleur, ventilation, charge de travail).
  • Vérifie les suites les jours suivants — un infarctus a parfois été précédé par une douleur « banale » 48-72h avant.
À retenir
  • FAST pour l'AVC : Face / Arms / Speech / Time. Time is brain.
  • Infarctus : position demi-assise, jamais allongée à plat, 15.
  • Choc anaphylactique : aider à l'auto-injection adrénaline si prescrite, allonger jambes surélevées.
  • PLS : obligatoire pour toute victime inconsciente qui respire.
  • Femme enceinte : PLS côté gauche obligatoire.
  • Hypoglycémie inconsciente : jamais de sucre, PLS + 15.
  • Surveiller la respiration toutes les minutes après PLS.