Secourir : les gestes qui sauvent
Module 3 / 4
3.1 Saignements et étouffements
Deux urgences absolues qui passent avant tout le reste : une hémorragie peut tuer en 3 minutes, une obstruction totale des voies aériennes en 4. Chaque seconde compte. Ce chapitre détaille les gestes précis, les pièges à éviter et les variantes selon l'âge de la victime.
Reconnaître une hémorragie
Une hémorragie est un saignement abondant, qui ne s'arrête pas spontanément et qui imbibe un mouchoir ou un chiffon en quelques secondes. Un adulte possède environ 5 litres de sang ; la perte de 1,5 litre en quelques minutes est mortelle.
Hémorragie artérielle
Sang rouge vif, qui jaillit en saccades synchrones avec le pouls. La plus dangereuse : peut tuer en quelques minutes. Action immédiate.
Hémorragie veineuse
Sang rouge sombre, qui coule en continu. Moins urgent que l'artérielle mais peut entraîner un état de choc en 15-30 minutes.
Hémorragie capillaire
Sang en nappe lente. Bénin la plupart du temps. Compresse + pansement suffit.
Signes d'un état de choc hémorragique
Une hémorragie non visible (interne) peut passer inaperçue. Le SST doit reconnaître les signes du choc :
- Pâleur extrême, peau marbrée bleu-violet aux extrémités.
- Sueurs froides, peau moite.
- Pouls rapide et faible (tachycardie compensatoire).
- Respiration accélérée, soupirs.
- Soif intense, vertiges, malaise au lever.
- Confusion, agitation, puis somnolence.
Hémorragie externe : la compression manuelle
La compression manuelle directe arrête plus de 95 % des hémorragies externes. Action immédiate :
- Allonger la victime pour éviter le malaise (perte de conscience par chute de tension).
- Comprimer manuellement la plaie avec la paume de la main, idéalement avec gants nitrile ou via un tissu propre épais (chemise, T-shirt). La pression doit être franche et continue.
- Faire alerter le 15 / 112 immédiatement par un témoin désigné.
- Maintenir la compression sans interruption jusqu'à l'arrivée des secours, même si le sang traverse le tissu (rajouter dessus, ne pas retirer).
- Si possible, relayer par un pansement compressif (CHUT — Coussin Hémostatique d'Urgence Type, Israeli bandage) pour libérer les mains et continuer à surveiller la victime.
- Surélever le membre blessé si compatible avec la situation (pas de fracture).
Le garrot : le geste de dernier recours
- Pose à 5-10 cm au-dessus de la plaie (entre le cœur et la plaie), JAMAIS sur une articulation.
- Serrer fort jusqu'à arrêt complet du saignement — un garrot lâche aggrave l'hémorragie (oxygène circule mais pas le retour veineux).
- Noter l'heure de pose au feutre directement sur le front ou la peau de la victime (« GARROT 14h32 »). Cette info est vitale pour les secours.
- Ne jamais desserrer un garrot, sauf consigne médicale. La levée libère des toxines accumulées (crush syndrome local).
Cas particuliers de saignement
Saignement de nez (épistaxis)
Asseoir, pencher en avant (pas en arrière !), comprimer les ailes du nez 10 minutes en continu (ne pas vérifier toutes les 30 secondes). Si persistant > 20 min, ou après choc traumatique, ou chez personne sous anticoagulants → 15.
Vomissement de sang / hémoptysie
Sang rouge dans les vomissements ou crachats. Allonger sur le côté (PLS si inconsciente), ne RIEN donner à boire, alerter le 15. Suspicion d'hémorragie digestive ou pulmonaire grave.
Saignement avec corps étranger empalé (verre, lame, fer)
Ne pas retirer le corps étranger. Il bouche la plaie et limite l'hémorragie. Comprimer autour, immobiliser le corps étranger pour qu'il ne bouge pas, alerter.
Amputation (membre sectionné)
Garrot tactique sur le membre amputé. Conserver le segment amputé dans un sac plastique propre, lui-même dans un autre sac contenant de l'eau froide + glace (jamais en contact direct avec la glace). La réimplantation est possible jusqu'à 6h.
Saignement par les oreilles ou le nez après choc à la tête
Signe possible de fracture de la base du crâne. Position d'attente sur le côté du saignement, ne pas obstruer, alerter le 15. Ne pas tenter d'arrêter l'écoulement avec un coton.
Hémorragie intra-vaginale (femme)
Position allongée, ne rien introduire dans le vagin. Si grossesse en cours suspectée : urgence absolue (fausse couche, GEU). 15 immédiat.
Obstruction des voies aériennes
Distinguer obstruction partielle et totale est vital — les conduites à tenir sont opposées.
Obstruction partielle
La victime peut tousser, parler, respirer (avec difficulté). Voix sifflante.
Conduite : ENCOURAGER à tousser. Ne PAS taper dans le dos. Toute manœuvre risque de transformer une obstruction partielle (gérable) en obstruction totale (vitale). Surveiller. Alerter si pas d'amélioration en 1 minute.
Obstruction totale
Conduite : 5 claques dorsales + 5 compressions abdominales (Heimlich). Alterner sans interruption.
La technique : 5 claques + 5 Heimlich
Étape 1 — Les 5 claques dorsales
- Se placer sur le côté de la victime, légèrement en arrière.
- Faire pencher la victime en avant (objet expulsé vers la sortie, pas vers le bas des poumons).
- Soutenir la poitrine d'une main.
- Donner 5 claques fortes entre les omoplates avec le talon de l'autre main.
- Vérifier après chaque claque si l'objet est expulsé. Si oui, arrêter immédiatement.
Étape 2 — Si les claques échouent : 5 compressions abdominales (Heimlich)
- Se placer derrière la victime.
- Passer les bras sous les siens, autour de la taille.
- Mettre un poing fermé sur l'estomac (au-dessus du nombril, sous la pointe du sternum).
- Recouvrir avec l'autre main.
- Tirer franchement vers soi et vers le haut, 5 fois en rythme (effet « bouchon de champagne » sur le diaphragme).
- Vérifier l'expulsion entre chaque compression.
Étape 3 — Alterner
Tant que l'objet n'est pas expulsé : 5 claques + 5 Heimlich en boucle. Continuer jusqu'à expulsion ou perte de conscience.
Si la victime perd connaissance
L'arrêt de la respiration finit par provoquer l'arrêt cardiaque. Démarrer la RCP immédiatement : les compressions thoraciques peuvent expulser l'objet par effet de pression. Ouvrir la bouche après chaque insufflation pour vérifier la présence de l'objet (à retirer si visible et accessible).
Variantes selon la victime
Nourrisson (< 1 an)
Jamais de Heimlich abdominal (risque d'éclatement du foie). Alterner 5 claques dorsales (tête en bas, sur l'avant-bras du sauveteur) et 5 compressions thoraciques (2 doigts sur le sternum, juste sous une ligne entre les mamelons).
Enfant (1 à 8 ans)
Mêmes gestes que l'adulte (5 claques + 5 Heimlich), mais avec moins de force. Adapter à la corpulence. S'agenouiller ou s'asseoir pour être à hauteur.
Femme enceinte / personne obèse
Heimlich impossible (ventre proéminent). Remplacer par des compressions thoraciques : poing fermé au milieu du sternum, comme pour un massage cardiaque, 5 fois.
Victime au sol / inconsciente
Allonger sur le dos. À califourchon sur les hanches, le talon de la main au même endroit que pour Heimlich, pousser vers le diaphragme. Ou démarrer directement la RCP.
À retenir
- Hémorragie : compression manuelle continue + alerter. Garrot uniquement si formé, heure notée.
- Saignement de nez : pencher en avant, ne JAMAIS en arrière, comprimer 10 min.
- Ne JAMAIS retirer un corps étranger empalé.
- Obstruction partielle : encourager à tousser, ne pas intervenir.
- Obstruction totale : 5 claques + 5 Heimlich, en alternance.
- Nourrisson : jamais de Heimlich, claques + compressions thoraciques 2 doigts.
- Femme enceinte / obèse : compressions thoraciques au lieu d'abdominales.