Travail au Froid & à la Chaleur
Physiologie & risques thermiques

Module 2 / 4

Sommaire complet de la formation
Module 2 : Physiologie & risques 22 min de lecture

2.1 Thermorégulation humaine et seuils physiologiques critiques

Le corps humain est une machine thermique d'une précision remarquable : il maintient sa température centrale dans une plage de 1°C malgré des écarts d'ambiance de 60°C ou plus. Comprendre les quatre voies d'échange, les régulations centrales et les seuils d'alerte INRS est le préalable indispensable pour évaluer une situation de travail au froid ou à la chaleur.

Échelle des températures centrales et zones de réponse
< 28°C

Hypothermie grave. Arrêt cardiaque imminent, conscience abolie.

28-32°C

Hypothermie modérée. Frisson disparu, troubles du rythme cardiaque.

32-35°C

Hypothermie légère. Frisson intense, confusion, dextérité altérée.

35,5-37,5°C

Zone de neutralité thermique. Régulation passive suffisante.

37,5-39°C

Contrainte thermique. Sudation active, vasodilatation, soif tardive.

> 40°C

Coup de chaleur. Défaillance thermorégulation, urgence vitale.

La plage de survie est étroite : 5°C au-dessus ou en dessous de la normale suffisent à compromettre les fonctions vitales.

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L'homéothermie : un équilibre permanent entre production et déperdition

L'humain est un homéotherme strict : sa température centrale (mesurée au niveau du tronc, de l'œsophage ou de la membrane tympanique) est maintenue dans une plage extrêmement étroite, autour de 37°C ± 0,5°C, malgré des conditions externes parfois extrêmes. Cette stabilité n'est pas un état de repos : elle est le résultat d'un équilibre dynamique permanent entre la thermogenèse (production de chaleur) et la thermolyse (perte de chaleur).

La production métabolique de chaleur varie considérablement selon l'activité. Au repos, un adulte de 70 kg produit environ 80 à 120 watts (soit l'équivalent d'une ampoule à incandescence ancienne). En marche normale, on atteint 200 à 300 W. Lors d'un travail physique intense — manutention de charges lourdes, chantier BTP en plein été, four de fonderie — la production grimpe à 500 à 800 watts, parfois ponctuellement jusqu'à 1 000 W chez un travailleur entraîné. Cette chaleur, produite à 80% par les muscles, doit être évacuée pour éviter l'élévation de la température centrale.

La norme NF EN ISO 8996 classe le métabolisme de travail (noté M) en cinq classes, reprises par le guide d'évaluation des ambiances thermiques de l'INRS (ED 6532) : repos (M < 117 W/m²), métabolisme léger (117-234 W/m²), modéré (234-360 W/m²), élevé (360-468 W/m²) et très élevé (> 468 W/m²). Cette classification est centrale : c'est la combinaison de l'ambiance et du métabolisme qui définit la contrainte thermique réelle, pas la température seule.

« Un travail léger à 28°C peut être anodin. Un travail très lourd à 28°C est une situation à risque significatif. C'est pourquoi le seul thermomètre mural ne suffit jamais à évaluer un poste de travail. »

— Principe rappelé par l'INRS dans ses publications sur le travail à la chaleur (ED 6371) et dans le guide d'évaluation des ambiances thermiques (ED 6532).

L'équation de bilan thermique du corps humain s'écrit, de façon simplifiée : S = M − W ± C ± R ± K − E, où S est le stockage thermique (qui doit tendre vers zéro pour préserver l'homéothermie), M le métabolisme, W le travail mécanique externe, C la convection, R le rayonnement, K la conduction et E l'évaporation (toujours négative, c'est-à-dire perte de chaleur). Tout déséquilibre soutenu entraîne soit une hyperthermie soit une hypothermie progressive.

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Les quatre voies d'échange thermique avec l'environnement

Le corps humain dispose de quatre voies physiques pour échanger de la chaleur avec son environnement. Aucune n'est négligeable : selon le contexte (ambiance, vêtement, ventilation), l'une ou l'autre devient dominante.

1. La conduction (K). Transfert de chaleur par contact direct entre le corps et une surface (sol froid, paroi métallique chauffée, eau immergée). C'est typiquement la voie dominante dans le travail en chambre froide quand l'opérateur s'assied sur une caisse métallique, ou dans une fonderie quand la peau touche un outil chaud. La conduction est gouvernée par la loi de Fourier : flux proportionnel à la différence de température et à la conductivité thermique du matériau de contact. L'acier conduit 60 fois plus vite que le bois.

2. La convection (C). Transfert entre la peau et l'air ambiant en mouvement. Quand l'air est plus froid que la peau (≈ 33°C en moyenne), la convection est une perte ; quand l'air est plus chaud, c'est un gain (situation des coups de chaleur en canicule). La vitesse de l'air multiplie l'effet : un vent à 5 m/s à 5°C produit un refroidissement équivalent à un air calme à -5°C (effet « wind chill »). Inversement, en ambiance chaude sèche, un brassage d'air accentue les pertes par évaporation et reste protecteur.

3. Le rayonnement (R). Échange électromagnétique infrarouge entre le corps et les parois environnantes. C'est la voie la plus sous-estimée en évaluation de poste : un opérateur de four à induction reçoit un flux radiatif énorme (parfois > 1 000 W/m²) qui peut élever sa température cutanée à 42-43°C même dans une halle à 25°C. À l'inverse, en chambre froide, les parois à -25°C aspirent radiativement la chaleur du corps. La mesure de la température radiante moyenne (Tr) par globe noir est indispensable à toute évaluation sérieuse.

4. L'évaporation / sudation (E). Seule voie efficace quand l'ambiance est plus chaude que le corps. L'évaporation d'un litre de sueur évacue environ 580 kcal (2 430 kJ). La sudation maximale soutenue se situe entre 1 et 1,5 L/h chez un sujet acclimaté, et chute drastiquement quand l'humidité relative dépasse 75% — la sueur perle alors sur la peau sans s'évaporer (sudation inefficace, le corps continue à chauffer). C'est le mécanisme physiopathologique central du coup de chaleur en ambiance chaude et humide.

Conséquence opérationnelle. Une ambiance de 35°C avec 30% d'humidité (Méditerranée) est nettement moins dangereuse qu'une ambiance de 32°C avec 80% d'humidité (Antilles, ateliers de blanchisserie). C'est pourquoi l'indice WBGT intègre obligatoirement l'humidité — la température sèche seule est trompeuse.
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Le chef d'orchestre : l'hypothalamus et la régulation centrale

La régulation thermique est pilotée par l'hypothalamus, plus précisément par sa portion antérieure (préoptique) qui héberge un véritable « thermostat biologique ». Ce noyau intègre en permanence deux types de signaux : la température du sang qui le perfuse (capteurs centraux) et les afférences des thermorécepteurs cutanés répartis sur tout le tégument (récepteurs au chaud et au froid distincts, avec une densité variable — la peau du visage, du cou et des mains est particulièrement riche en récepteurs au froid).

Quand la température centrale dévie du point de consigne (≈ 37°C), l'hypothalamus déclenche des effecteurs hiérarchisés.

Face à un excès de chaleur, trois mécanismes successifs s'enclenchent :

  • Vasodilatation cutanée — le débit sanguin cutané peut passer de 250 mL/min au repos thermo-neutre à 6 à 8 L/min en stress thermique, soit un tiers du débit cardiaque. La peau devient rouge et chaude. Cette vasodilatation impose un travail cardiaque accru : fréquence cardiaque pouvant gagner 30 à 40 battements/min juste pour la régulation thermique.
  • Sudation active — glandes eccrines (2 à 4 millions sur le corps) recrutées sous contrôle sympathique cholinergique. La sueur n'est pas un simple liquide : elle contient du chlorure de sodium (0,5 à 2 g/L) dont la perte massive engendre l'hyponatrémie d'effort si l'eau de remplacement n'est pas salée.
  • Comportement thermorégulateur — recherche active de l'ombre, ralentissement spontané, retrait de couches vestimentaires. Ce comportement est la première ligne de défense mais peut être empêché par les contraintes de production ou les EPI imposés.

Face à un déficit de chaleur, la séquence est symétrique :

  • Vasoconstriction cutanée — le débit cutané chute à 20-30 mL/min, redirigeant le sang vers le noyau central. La peau pâlit, devient froide ; les extrémités (doigts, orteils, nez, oreilles) atteignent rapidement les températures de gel.
  • Frisson thermogénique — contractions musculaires involontaires qui multiplient la production de chaleur par 4 à 5 (jusqu'à 400-500 W). Ce frisson est très coûteux en glycogène et se révèle non soutenable au-delà de 1 à 2 heures.
  • Thermogenèse sans frisson — métabolisme du tissu adipeux brun, marginal chez l'adulte mais réel ; activation du tonus musculaire ; mobilisation des catécholamines (adrénaline, noradrénaline) qui élèvent le métabolisme basal de 10 à 20%.

Quand la régulation atteint ses limites — soit parce que l'environnement est trop extrême, soit parce que la durée d'exposition est trop longue, soit parce que l'individu présente des facteurs de vulnérabilité — la température centrale dérive et l'organisme bascule dans une pathologie thermique caractérisée (étudiées dans les chapitres 2.2 et 2.3).

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Les indices d'évaluation : WBGT, PMV/PPD, IREQ

Mesurer une simple température sèche au mur ne suffit jamais à évaluer une contrainte thermique. Trois familles d'indices se sont imposées dans la littérature internationale et la pratique préventive française.

L'indice WBGT (Wet Bulb Globe Temperature). Normalisé par ISO 7243:2017, c'est l'indice de référence pour l'ambiance chaude. Il combine trois mesures : température sèche (Ta), température humide naturelle (Tnw, mesurée par un thermomètre à bulbe entouré d'une mèche humide ventilée) et température du globe noir (Tg, qui intègre le rayonnement). À l'extérieur avec rayonnement solaire, la formule est WBGT = 0,7 Tnw + 0,2 Tg + 0,1 Ta ; sans rayonnement solaire, WBGT = 0,7 Tnw + 0,3 Tg. Les valeurs de référence dépendent du métabolisme de travail et de l'acclimatation : pour un travail modéré, la valeur limite de référence est de l'ordre de 28 °C WBGT chez un sujet acclimaté et nettement plus basse (de l'ordre de 26 °C) chez un sujet non acclimaté.

L'indice PMV/PPD (Predicted Mean Vote / Predicted Percentage of Dissatisfied). Normalisé par ISO 7730:2005, il est plutôt orienté confort que contrainte aiguë. Il prédit la sensation thermique moyenne ressentie sur une échelle de -3 (très froid) à +3 (très chaud), à partir de 6 paramètres : température ambiante, température radiante, vitesse de l'air, humidité, métabolisme, résistance thermique du vêtement (en clo). C'est l'indice typiquement utilisé pour évaluer un bureau ou un espace tertiaire — moins adapté aux ambiances extrêmes industrielles.

L'indice IREQ (Required Clothing Insulation). Normalisé par ISO 11079:2007, il s'applique aux ambiances froides. Il calcule la résistance thermique vestimentaire minimale nécessaire pour maintenir l'équilibre thermique en fonction de l'ambiance et du métabolisme. Il existe deux valeurs : IREQmin (pour un déséquilibre tolérable de courte durée) et IREQneutral (pour un équilibre durable). C'est l'outil de référence pour dimensionner le vêtement froid (cf. norme EN 342 sur les vêtements de protection contre le froid).

D'autres indices existent : indice de chaleur (Heat Index) du NOAA américain, Universal Thermal Climate Index (UTCI) développé par la commission ISB, indice Humidex canadien. Aucun ne fait foi en droit français du travail — le Code du travail ne fixe d'ailleurs aucune valeur limite de température. Les deux références utilisées en prévention restent le WBGT (NF EN ISO 7243) pour le chaud et l'IREQ (NF EN ISO 11079) pour le froid.

Seuils WBGT par classe métabolique (ISO 7243, sujets acclimatés)
Classe de métabolismeExemple d'activitéSeuil WBGT (°C)
Repos (M < 117 W/m²)Surveillance, lecture de pupitre33,0
Travail léger (117-234 W/m²)Conduite d'engin assise, soudure à l'établi30,0
Travail modéré (234-360 W/m²)Marche, manutention légère, ferraillage28,0
Travail élevé (360-468 W/m²)Maçonnerie, pelletage, démolition26,0
Travail très élevé (> 468 W/m²)Manutention lourde répétée, port de charges > 30 kg25,0

Au-delà du seuil : adapter l'organisation (pauses, rotation, climatisation locale, vêtement ventilé). Valeurs de référence de la norme NF EN ISO 7243 pour des sujets acclimatés ; elles sont abaissées pour un sujet non acclimaté.

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Des repères de température, et ce qu'ils valent

Le Code du travail ne fixe aucune température maximale de travail, et l'INRS le rappelle explicitement. Il n'existe donc pas de « seuil légal » à 30, 33 ou 38 °C, quoi qu'en disent la plupart des contenus en ligne. Ce qui existe, ce sont des repères de terrain, à utiliser comme des signaux d'alerte pour approfondir l'évaluation — jamais comme une autorisation de ne rien faire en dessous.

Trois repères solides se dégagent des publications de l'INRS :

  • en ambiance chaude, la vigilance s'impose au-delà de 30 °C pour une activité sédentaire et au-delà de 28 °C pour un travail physique ; ces valeurs ne sont qu'une porte d'entrée, l'évaluation réelle passe par le WBGT ;
  • en ambiance froide, la vigilance s'impose dès que la température ambiante descend sous 5 °C ;
  • dans les deux cas, le vent, l'humidité, le rayonnement, la charge physique et la tenue portée déplacent fortement ces repères — c'est précisément ce que les indices normalisés intègrent.

La grille ci-dessous n'a donc aucune valeur réglementaire : c'est une aide à la graduation des mesures, à discuter en CSE et à adapter à vos postes.

Température air ambiant Niveau d'alerte Mesures recommandées
< 28°C Confort acceptable Surveillance simple, hydratation libre. Pas d'organisation spécifique.
28-30°C Vigilance Eau potable fraîche accessible à proximité du poste, information des salariés sur les signes d'alerte, repérage des personnes vulnérables, mise à jour du DUERP.
30-33°C Alerte modérée Aménagement des horaires (démarrage anticipé, pauses plus fréquentes), ventilation ou rafraîchissement local, allègement des EPI lorsque c'est possible, désignation de la personne qui déclenche les mesures.
33-38°C Alerte forte Report des travaux les plus physiques, rotation des postes, présence d'un secouriste du travail, suppression du travail isolé sur les postes exposés, arrêt à l'initiative de l'employeur si le risque n'est pas maîtrisé.
> 38°C Danger critique Suspension des travaux exposés, repli en zone rafraîchie, alerte du service de prévention et de santé au travail. Le salarié peut exercer son droit de retrait s'il a un motif raisonnable de penser que la situation présente un danger grave et imminent (L4131-1).

Pour le travail au froid, les recommandations INRS et la norme NF EN ISO 11079 distinguent trois zones : zone tempérée (> 10°C, pas de contrainte particulière), zone froide modérée (0 à 10°C, vêtement de travail isolant, pauses recommandées en zone tempérée toutes les 2 heures), zone froide sévère (< 0°C, vêtement EN 342 obligatoire, durée d'exposition limitée selon abaque IREQ, pauses obligatoires).

Dans la logistique frigorifique (entrepôts à −25 °C et au-delà), les durées d'exposition continue et les temps de récupération en zone tempérée sont fixés entreprise par entreprise, à partir du calcul IREQ et des accords collectifs du secteur — il n'existe pas de durée maximale réglementaire. Le principe commun est le même partout : alterner, et faire en sorte que la pause se prenne dans un local réellement chauffé, où le salarié peut retirer gants et bonnet.

Il faut souligner que ces seuils sont valables pour des sujets adultes en bonne santé acclimatés. Les facteurs individuels de vulnérabilité (âge, surpoids, diabète, hypertension, pathologie cardiovasculaire ou rénale, traitements modifiant la thermorégulation comme certains diurétiques, bêtabloquants ou neuroleptiques, antécédent de coup de chaleur, grossesse) les déplacent vers le bas, dans des proportions qu'aucune table ne peut fixer a priori. C'est le médecin du travail qui qualifie la vulnérabilité, au sens de l'article R4463-5 du Code du travail. Avec l'âge, la sudation se déclenche plus tardivement, la sensation de soif s'émousse et l'adaptation cardiovasculaire se réduit.

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L'acclimatation : un processus biologique de 7 à 14 jours

L'acclimatation à la chaleur est l'une des adaptations biologiques les plus rapides et les plus puissantes du corps humain. Un sujet exposé progressivement à une ambiance chaude pendant 7 à 14 jours développe des modifications physiologiques mesurables qui lui permettent de tolérer la même contrainte avec un coût physiologique nettement moindre.

Les changements clés observés en quelques jours sont les suivants :

  • Sudation plus précoce et plus abondante : le seuil de déclenchement baisse de 0,3 à 0,5°C, le débit maximal augmente de 30 à 100%
  • Sueur moins concentrée en sel : la réabsorption sodique dans les canaux sudoripares devient plus efficace, ce qui protège de l'hyponatrémie
  • Volume plasmatique augmenté de 10 à 25% : augmentation du « réservoir » disponible pour la sudation et la perfusion cutanée
  • Fréquence cardiaque réduite à exercice constant en ambiance chaude (chute de 20 à 30 battements/min)
  • Température centrale de fin d'exercice abaissée de 0,3 à 0,5°C
  • Sensation subjective d'inconfort diminuée — le travailleur acclimaté supporte la chaleur sans se plaindre

Ces adaptations se développent en parallèle, atteignent un plateau vers le 7e-10e jour pour la plupart, et nécessitent un dernier perfectionnement jusqu'au 14e jour. Une exposition de 60 à 100 minutes par jour à la contrainte cible est suffisante pour induire l'acclimatation — pas besoin d'exposition continue.

L'acclimatation est réversible en 7 à 14 jours d'arrêt. Cela explique pourquoi un travailleur de retour de congés ou d'arrêt maladie est plus vulnérable que ses collègues lors d'une vague de chaleur. C'est pourquoi l'INRS recommande de réacclimater progressivement tout salarié absent plus d'une semaine pendant la période estivale : reprise par poste raccourci, charge progressive, surveillance renforcée pendant les 4-5 premiers jours.

L'acclimatation au froid existe également mais elle est plus lente, plus partielle et moins étudiée. Les principaux changements observés sont une amélioration du flux sanguin cutané réflexe (chasse thermique périodique qui réchauffe brièvement les extrémités), une diminution du seuil de frisson et une accoutumance comportementale (meilleure tolérance subjective au froid). Les populations exposées chroniquement (poissonniers, ouvriers chambres froides, marins du Nord) développent ces adaptations en quelques semaines, mais elles ne suppriment jamais le besoin d'EPI adapté.

Erreur fréquente. Considérer qu'un travailleur expérimenté est « acclimaté à vie ». L'acclimatation est un phénomène biologique transitoire qui se perd en 1 à 2 semaines d'absence d'exposition. Chaque printemps, chaque retour de congé, chaque vague de chaleur précoce impose une réacclimatation progressive.
Les 4 voies d'échange thermique en pratique industrielle
Conduction (K)

Contact direct peau / surface.

Sol béton de chambre froide

Outil chaud, paroi de four

Convection (C)

Échange peau / air en mouvement.

Vent glacial chantier extérieur

Air chaud halle non ventilée

Rayonnement (R)

Échange infrarouge sans contact.

Parois froides chambre < 0°C

Soleil direct, four à induction

Évaporation (E)

Sudation, seule voie quand Ta > Tpeau.

Air sec et ventilé : efficace

Humidité > 75% : sueur perle, inefficace

Une évaluation de poste sérieuse mesure les 4 dimensions : air, humidité, vitesse de l'air, température radiante.

À retenir
  • La température centrale humaine est régulée dans une plage étroite (35,5-37,5°C). Production métabolique : 80-120 W au repos, jusqu'à 500-800 W en travail intense.
  • Quatre voies d'échange : conduction, convection, rayonnement, évaporation. Cette dernière est la seule efficace quand l'ambiance dépasse la température cutanée (≈ 33°C).
  • Sudation maximale soutenue : 1 à 1,5 L/h chez un sujet acclimaté. Elle s'effondre dès que l'humidité dépasse 75%.
  • L'indice WBGT (ISO 7243) est la référence ambiance chaude, l'indice IREQ (ISO 11079) la référence ambiance froide. La température sèche seule est trompeuse.
  • Seuils INRS pour la chaleur ambiante : vigilance dès 28°C, alerte modérée à 30°C, alerte forte à 33°C, danger critique > 38°C.
  • L'acclimatation se construit en 7 à 14 jours d'exposition progressive — et se perd en 7 à 14 jours d'arrêt. Réacclimater systématiquement après congés ou arrêt maladie en période estivale.
Sources
  • NF EN ISO 7243 (indice WBGT), NF EN ISO 7726 (grandeurs physiques), NF EN ISO 7730 (PMV/PPD), NF EN ISO 8996 (métabolisme énergétique), NF EN ISO 11079 (IREQ, ambiances froides) — AFNOR
  • Guide d'évaluation des risques liés aux ambiances thermiques, ED 6532 ; Travail par forte chaleur, comment agir ?, ED 6371 ; dossier Travail au froid — INRS
  • Code du travail, article R4463-5 (travailleurs particulièrement vulnérables) — Légifrance
  • Calculer la contrainte thermique d'un poste : calculateur WBGT et calculateur de cycle travail / repos
Sommaire de la formation

Contenu relu par le Pôle HSE & Risques industriels · Politique éditoriale