Travail au Froid & à la Chaleur
Prévention, EPI et conduite à tenir

Module 4 / 4

Sommaire complet de la formation
Module 4 : Prévention & secours 24 min de lecture

4.1 Mesures collectives de prévention : organisation, pauses, hydratation, locaux

Avant d'équiper individuellement les salariés, l'employeur doit agir sur l'organisation du travail, les rythmes, l'environnement et les locaux. Tour d'horizon des leviers collectifs : ce que le Code du travail impose depuis le décret canicule de 2025, et ce que les repères professionnels recommandent.

Hiérarchie des mesures (L4121-2 — 9 principes généraux de prévention)
1. Éviter le risque
Reporter, déplacer, supprimer la tâche en ambiance extrême quand c'est possible.
2. Évaluer les risques restants
DUERP, indice WBGT, températures, durée d'exposition, charge physique.
3. Combattre à la source — mesures techniques
Ventilation, climatisation, isolation, occultation, abris, chauffage.
4. Adapter le travail à l'homme — mesures organisationnelles
Horaires décalés, pauses, rotations, hydratation, formation, surveillance.
5. Donner des EPI en dernier recours
Vêtements rafraîchissants, vêtements grand froid, casquettes ventilées, gants thermiques.

Article L4121-2 du Code du travail : les EPI n'arrivent qu'après l'épuisement des mesures collectives. Inverser cet ordre est une faute caractérisée en cas d'accident.

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Organisation du travail : décaler, fractionner, alléger

Le premier levier d'action — et de loin le plus efficace en période de canicule ou de vague de froid — est l'organisation temporelle du travail. Avant tout aménagement matériel, l'employeur doit se poser la question : les tâches à risque thermique peuvent-elles être déplacées dans le temps, fractionnées, ou tout simplement reportées ? L'article R4463-3 du Code du travail cite d'ailleurs l'aménagement des horaires parmi les premières mesures de prévention à examiner, avant les équipements de protection individuelle.

Concrètement, en période de canicule (alerte orange ou rouge Météo-France) plusieurs schémas sont préconisés par le guide OPPBTP chaleur 2023 et le plan canicule national : commencer la journée à 5h ou 6h du matin pour libérer l'après-midi, arrêter impérativement les tâches lourdes entre 12h et 16h (créneau de pic de température et d'indice UV), basculer en télétravail les fonctions support quand c'est techniquement possible, annuler les tâches non essentielles exposant le salarié à un risque vital (couvertures, étanchéité de toiture à 60°C de surface, soudure en plein soleil…).

Le décret n° 2025-482 du 27 mai 2025 impose à l'employeur de définir à l'avance ces mesures (article R4463-2) puis de les mettre en œuvre pendant l'épisode et de les adapter s'il s'intensifie (article R4463-7). Attention : le texte n'impose ni plage horaire interdite, ni « référent canicule » — cette fonction n'existe dans aucun texte. Ce qui est attendu, c'est que quelqu'un soit clairement chargé de déclencher les mesures, ce qui relève naturellement du salarié compétent en prévention désigné au titre de l'article L4644-1.

La rotation des postes constitue le deuxième pilier organisationnel. Sur un poste de fonderie ou de cuisson à 45°C, l'INRS recommande une exposition maximale continue de 15 à 20 minutes, suivie d'une récupération en zone fraîche de durée équivalente. En grand froid (chambres froides < -18°C), la durée d'exposition continue ne doit pas excéder 1 heure, avec retour obligatoire en zone tempérée. La planification doit donc prévoir plusieurs opérateurs interchangeables, ce qui suppose une formation polyvalente et un dimensionnement RH supérieur de 15 à 25 % en période thermique extrême.

« L'aménagement des horaires de travail, en particulier le démarrage anticipé et l'arrêt en milieu de journée, est la mesure de prévention la plus efficace contre le stress thermique d'origine professionnelle. Elle doit être systématiquement envisagée avant tout équipement individuel. »

— Principe constant des recommandations de l'INRS et de l'OPPBTP sur le travail par forte chaleur (brochures ED 6371, ED 6572).
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Pauses adaptées au stress thermique

Le régime général des pauses (article L3121-33 du Code du travail) impose vingt minutes consécutives toutes les six heures. Ce régime est très insuffisant en ambiance thermique défavorable. L'INRS, l'OPPBTP et la Direction Générale du Travail recommandent une grille spécifique, fonction de la température ressentie et de la charge physique de la tâche.

Température ambiante Charge physique Pause recommandée Statut
25 à 30 °C Modérée (BTP courant) 10 min toutes les 2 h Repère de terrain
30 à 33 °C Modérée 15 min toutes les 2 h Repère de terrain
33 à 35 °C Lourde 15 min par heure travaillée Repère de terrain
> 35 °C Toute charge 5 min toutes les 30 min — ou arrêt Repère de terrain
0 à -5 °C Modérée 10 min toutes les 90 min en local chauffé Repère de terrain
< -18 °C (chambre froide) Toute charge 15 min toutes les 60 min en local chauffé Repère de terrain

Au-delà de la durée, le lieu de la pause est déterminant. Une pause de quinze minutes au soleil sur un chantier sans abri n'a aucun effet récupérateur. Elle doit se prendre à l'ombre, ventilée, et si possible rafraîchie. Sur un chantier, cela suppose un abri mobile ou une tente d'ombrage déplacée avec l'avancement — et non une base-vie laissée à trois cents mètres, que personne ne rejoindra.

Pour le froid, la logique s'inverse : la zone de pause doit être réellement chauffée, équipée de sièges, et permettre le retrait des vêtements humides et des gants. Une salle de pause à 12 °C au bord d'un quai ne réchauffe pas les extrémités et ne sert à rien. Le maintien de vêtements mouillés pendant la pause est un facteur d'hypothermie sournoise.

Enfin, mieux vaut tracer ce qui a été fait. Le décret n'impose pas de registre de pauses — c'est une confusion fréquente. Mais il impose de mettre en œuvre les mesures définies (R4463-7), et rien ne permet de le démontrer a posteriori sans écrit : note de service, compte rendu de briefing, relevé des horaires réellement pratiqués pendant l'épisode.

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Hydratation : le pilier physiologique de la prévention

L'hydratation n'est pas un confort — c'est la mesure dont dépend la survie en ambiance chaude. Le corps humain dissipe la chaleur par évaporation de la sueur ; sans apport hydrique compensatoire, le débit de sudation s'effondre en moins de deux heures, la température centrale grimpe, et le coup de chaleur devient inéluctable.

L'article R4534-143 du Code du travail, applicable aux chantiers du bâtiment et des travaux publics, oblige l'employeur à mettre à disposition au moins trois litres d'eau potable par jour et par travailleur lorsqu'il ne peut pas fournir d'eau courante potable. Ce n'est pas une règle générale à tous les secteurs : ailleurs, l'article R4225-2 et, en épisode de chaleur intense, l'article R4463-4, exigent une eau potable et fraîche en quantité suffisante, maintenue au frais et disponible à proximité des postes. Trois litres est un plancher de chantier, pas un objectif : la quantité réellement nécessaire dépend de la sudation.

Travail en ambiance chaude
  • Chantier BTP : 3 L/jour minimum à défaut d'eau courante (R4534-143)
  • Ailleurs : eau fraîche « en quantité suffisante », maintenue au frais, près du poste (R4463-4)
  • Eau fraîche, pas glacée : trop froide, elle se boit moins et ralentit la vidange gastrique
  • Point d'eau accessible sans quitter la zone de travail — c'est ce qui décide de la consommation réelle
  • Apport de sel en cas de transpiration intense (pain salé, bouillons)
  • Éviter caféine, alcool, sodas sucrés (effet diurétique ou hyperosmolaire)
Travail en ambiance froide
  • Boissons chaudes (thé, tisane, soupe) toutes les 2 h
  • Apport calorique majoré de 10-15 % (besoin métabolique accru)
  • Hydratation reste indispensable : la sudation existe sous EPI grand froid
  • Bannir l'alcool : faux effet de chaleur, vasodilatation cutanée trompeuse
  • Repas équilibrés : féculents + protéines + matières grasses
  • Boissons chaudes avant la prise de poste, pas seulement pendant

La logistique de l'hydratation est un point souvent négligé qui fait la différence entre une politique affichée et une politique effective. Sur un chantier linéaire (voirie, terrassement, étanchéité de toiture), les fontaines fixes sont irréalistes ; il faut prévoir des fontaines à eau portables alimentées par un bidon de 20 litres, des gourdes nominatives distribuées en début de journée et marquées au nom du salarié (hygiène), des rappels horodatés par le chef de chantier (« il est 10h30, on s'hydrate »).

L'auto-évaluation par la couleur des urines est une technique simple et efficace que l'INRS encourage à diffuser : une urine jaune foncé indique déjà une déshydratation modérée (perte de 2 % du poids corporel) suffisante pour altérer la vigilance. Cette information doit figurer sur les affichages sanitaires de chantier.

« La soif est un signal tardif et insuffisant. Quand elle apparaît, la déshydratation est déjà installée et les performances physiques sont déjà altérées de 10 à 20 %. L'hydratation doit être anticipée et imposée, non laissée à l'initiative du salarié. »

— Principe constant des recommandations sanitaires et des publications de l'INRS : boire régulièrement, sans attendre la soif.
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Aménagement des locaux contre la chaleur

L'article R4222-1 du Code du travail impose à l'employeur d'« assainir » l'air des locaux de travail de façon à éviter les élévations exagérées de température. Cette obligation, ancienne et générale, se décline aujourd'hui dans une batterie de mesures techniques aux coûts très variables.

La ventilation mécanique est le préalable : un local industriel sans renouvellement d'air voit sa température grimper de 2 à 4 °C au-dessus de la température extérieure rien que par les apports humains et machine. Les seuils réglementaires de débit d'air neuf (25 m³/h par occupant en travail sédentaire, 45 m³/h en travail physique) sont des planchers, à augmenter en période chaude.

La climatisation est la solution la plus efficace, mais aussi la plus coûteuse à l'investissement comme à l'exploitation, et elle rejette de la chaleur à l'extérieur. La logique généralement retenue est de la réserver aux locaux où elle est réellement déterminante (salles de contrôle, postes à forte charge cognitive, locaux techniques) et de traiter le reste par des solutions passives, moins visibles mais durables.

Les solutions passives sont souvent négligées alors qu'elles sont rentables en moins de trois ans :

  • Revêtement de toiture réfléchissant (« cool roof ») : abaisse la température de la sous-toiture en renvoyant le rayonnement solaire. Des opérations standardisées existent au titre des certificats d'économie d'énergie.
  • Occultation solaire : films sur baies vitrées, stores extérieurs, brise-soleil orientables. Une protection extérieure est nettement plus efficace qu'un store intérieur, qui laisse déjà entrer la chaleur.
  • Brumisateurs haute pression : abaissent la température ressentie de 6 à 8 °C par évaporation. Attention en milieu humide (effet inverse) : à proscrire si humidité > 60 %.
  • Végétalisation : plantations d'arbres en façade sud-ouest, toiture végétalisée. Effet d'inertie thermique et d'évapotranspiration. Délai 3 à 5 ans pour effet maximal.
  • Isolation thermique de l'enveloppe (combles, murs extérieurs) : indispensable pour les bâtiments anciens, lourde sur le plan budgétaire mais éligible aux CEE.

Sur les chantiers, où l'enveloppe fait défaut, les mesures se reportent sur les installations de chantier : abris mobiles, tentes d'ombrage déplaçables, base-vie rafraîchie, fontaines réfrigérées. Ces équipements se prévoient en phase de préparation, pas en pleine vague de chaleur : c'est le rôle du plan général de coordination et du PPSPS, dans lesquels le risque de chaleur intense doit désormais figurer (article R4463-8 pour les plans de prévention).

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Aménagement des locaux contre le froid

Le froid au travail est moins médiatisé que la canicule, mais il fait l'objet d'un dossier documenté de l'INRS et d'un guide d'évaluation des ambiances thermiques (ED 6532). L'enjeu n'est pas seulement le confort : l'hypothermie professionnelle existe, principalement chez les agents de chambre froide, les agents de collecte, les ouvriers du BTP en hiver et les agents portuaires.

L'article R4223-13 du Code du travail, dans sa rédaction issue du décret de 2025, impose que les locaux fermés affectés au travail soient maintenus à une température adaptée compte tenu de l'activité — sans fixer aucun seuil chiffré. Les fourchettes ci-dessous sont des repères de confort issus des normes d'ambiance thermique et de la pratique, pas des obligations :

  • Bureaux et locaux sédentaires : 19 à 21 °C
  • Locaux à activité physique légère : 16 à 18 °C
  • Locaux à activité physique soutenue (atelier) : 14 à 16 °C
  • Vestiaires et sanitaires : 19 °C minimum
  • Pour les locaux non chauffables (entrepôt frigorifique, extérieur) : zones de récupération chauffées à 20 °C minimum

Les vestiaires collectifs sont obligatoires (articles R4228-2 et suivants du Code du travail) : ils doivent être aérés, convenablement chauffés, pourvus de sièges et d'armoires individuelles. Pour les postes en ambiance froide ou humide, la possibilité de faire sécher les vêtements entre deux postes est déterminante — un vêtement encore humide au matin a perdu l'essentiel de son pouvoir isolant.

Sur les postes en extérieur (BTP, voirie, signalisation), l'employeur doit prévoir des écrans coupe-vent (bâches tendues, palissades de chantier) qui réduisent significativement la perte thermique par convection. Le vent de 30 km/h à 0 °C donne une température ressentie de -8 °C ; le même vent à -10 °C ressentie -23 °C. Le facteur vent est donc déterminant et doit être intégré dans les seuils de déclenchement des arrêts de chantier.

Pour les chambres froides, les mesures collectives de référence sont : portes à ouverture rapide et rideaux à lanières pour limiter les entrées d'air, ouverture possible de l'intérieur et dispositif d'alerte (bouton d'appel, alarme sonore) en cas d'enfermement, éclairage de secours, signalisation, et procédure de levée de doute en cas de travail isolé. L'enfermement accidentel dans une chambre négative est une urgence vitale : c'est le scénario qui justifie à lui seul l'interdiction du travail isolé non surveillé dans ces zones.

Enfin, la conception ergonomique du poste doit limiter les contacts avec les surfaces froides (poignées isolées, sols antidérapants chauffés près des portes), et organiser les flux pour que les charges les plus pénibles soient traitées en début de poste, quand l'opérateur est encore parfaitement réchauffé.

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Information, formation, surveillance collective

L'efficacité des mesures collectives dépend, en dernier ressort, de l'information et de la formation des salariés et de l'encadrement. L'article R4463-3 cite explicitement la formation des travailleurs parmi les mesures de prévention à mettre en œuvre face à la chaleur intense, et les articles L4141-1 et L4141-2 fondent l'obligation générale d'information et de formation pratique à la sécurité. Le décret ne fixe en revanche ni durée, ni format, ni émargement obligatoire : c'est à l'employeur de choisir le dispositif et de pouvoir en justifier.

Le contenu utile est simple et tient en quatre points : les signes d'alerte personnels (maux de tête, soif intense, crampes, vertiges, nausées), la conduite à tenir dès leur apparition (prévenir, s'arrêter, se mettre à l'ombre, boire, se rafraîchir), le rappel des consignes du jour en matière d'horaires, de pauses et d'hydratation, et l'identification de la personne à alerter et du secouriste du travail présent sur le site.

Le principe de surveillance pair-à-pair (buddy system) est encouragé : chaque salarié exposé est associé à un binôme qui le surveille discrètement et signale tout changement de comportement (apathie, désorientation, propos incohérents). Ce dispositif, courant dans l'industrie chimique et nucléaire, est en cours de généralisation dans le BTP via les recommandations OPPBTP.

L'affichage canicule est obligatoire en période de vigilance Météo-France orange ou rouge : seuils d'alerte, plages horaires interdites, numéros d'urgence (15 SAMU, 18 sapeurs-pompiers, 112), localisation des fontaines à eau, localisation des zones de pause climatisées. L'affichage doit être visible depuis les postes de travail, pas seulement dans les bureaux administratifs.

Enfin, la concertation avec le CSE et, lorsqu'elle existe, la commission santé, sécurité et conditions de travail, n'est pas une formalité. Dans les entreprises d'au moins cinquante salariés, le CSE est consulté chaque année sur la politique sociale, les conditions de travail et l'emploi, ce qui inclut le rapport et le programme annuel de prévention (article L2312-27) ; dans toutes les entreprises d'au moins onze salariés, il procède à l'analyse des risques et peut formuler des propositions. Mettre les ambiances thermiques à l'ordre du jour d'une réunion de printemps et d'une réunion d'automne est la mesure la plus simple, et les comptes rendus constituent une trace utile.

Attention. Les mesures collectives doivent être tracées dans le DUERP avant l'épisode thermique, pas reconstituées après. Une politique canicule présentée à l'inspection le lendemain d'un coup de chaleur grave sera analysée par le procureur comme une régularisation a posteriori — circonstance aggravante.
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Cas particuliers : intérim, sous-traitance, jeunes travailleurs, femmes enceintes

Plusieurs populations imposent des mesures collectives renforcées. Leur méconnaissance par les chefs d'équipe est l'une des causes récurrentes de coup de chaleur grave en milieu professionnel français.

Travailleurs intérimaires. L'article L1251-21 du Code du travail rend l'entreprise utilisatrice directement responsable des conditions d'exécution du travail des salariés intérimaires — y compris en matière de prévention thermique. L'agence d'emploi reste co-responsable de la formation à la sécurité (R4154-2 du Code du travail). En pratique, cela signifie que l'EU doit organiser un accueil sécurité spécifique canicule et fournir les mêmes EPI et hydratation que pour ses salariés permanents. La jurisprudence est constante : l'accident d'un intérimaire engage l'EU sur le plan civil et pénal au même titre qu'un permanent.

Salariés en sous-traitance. Le plan de prévention (R4512-7) doit comporter un volet thermique formalisé lorsque les travaux co-activité ont lieu en période chaude ou froide. Le donneur d'ordre est tenu d'informer le sous-traitant des risques thermiques propres au site (chaleur radiante d'un four, exposition aux courants d'air froid, etc.) et d'organiser les conditions matérielles permettant le respect des mesures (accès aux fontaines, zones d'ombre, vestiaires chauffés).

Jeunes travailleurs (- 18 ans). L'article D4153-36 du Code du travail interdit aux jeunes travailleurs « les travaux les exposant à des températures extrêmes susceptibles de nuire à leur santé ». Une dérogation est possible pour les apprentis avec accord du médecin du travail et de l'inspection du travail (D4153-41). Dans tous les cas, la durée d'exposition continue est plafonnée à 4 heures/jour et toute tâche est interdite à plus de 30 °C ou moins de 0 °C sans encadrement renforcé.

Femmes enceintes. La grossesse altère significativement la thermorégulation : le débit sudoral augmente, le risque de déshydratation s'accroît, et la chaleur affecte la perfusion utérine. L'article R4152-2 oblige l'employeur à adapter le poste « lorsque les conditions de travail sont susceptibles d'avoir un effet sur la santé de la femme enceinte ». En période de canicule (alerte orange ou rouge), l'éviction du poste exposé est la règle, soit par changement de poste, soit par arrêt de travail prescrit par le médecin du travail.

Salariés âgés (+ 55 ans) et porteurs de pathologies chroniques. Les capacités de thermorégulation diminuent significativement avec l'âge, et certaines pathologies (diabète, insuffisance cardiaque, insuffisance rénale, troubles thyroïdiens) ou traitements (diurétiques, bêta-bloquants, neuroleptiques, antiépileptiques) altèrent l'adaptation thermique. Le médecin du travail doit être informé pour adapter le poste de manière confidentielle. La visite de pré-reprise après accident thermique est obligatoire (R4624-29).

Enfin, les nouveaux embauchés et les salariés revenant de congés sont des populations à risque souvent négligées. L'acclimatation à la chaleur prend 7 à 14 jours d'exposition progressive. Imposer une journée pleine sous canicule à un salarié dont l'organisme n'a pas eu le temps de s'adapter, c'est multiplier par 3 à 5 le risque de coup de chaleur (étude NIOSH, 2016). La période d'acclimatation doit être planifiée et tracée.

Checklist activation plan canicule (à archiver chaque été)
Vigilance jaune (J-7)
  • Activer la cellule de veille
  • Vérifier stocks d'eau / fontaines
  • Réviser DUERP volet chaleur
  • Reconfirmer désignation référent
  • Briefing chefs d'équipe
Vigilance orange (J0)
  • Décalage horaire (5h-13h)
  • Arrêt tâches lourdes 12h-16h
  • Affichage canicule
  • Réunion d'information (15 min)
  • Activation pair-à-pair
  • Registre pauses ouvert
Vigilance rouge
  • Suspension travaux exposés non vitaux
  • Renforcement SST (1 pour 10)
  • Liaison directe SAMU 15
  • Information CSE en urgence
  • Information inspection du travail
  • Reporting quotidien
À retenir
  • L'article L4121-2 impose les mesures collectives avant les EPI : organisation, environnement, locaux. Inverser cet ordre est une faute caractérisée.
  • Décaler les horaires est la mesure la plus efficace : démarrage 5h-6h, arrêt impératif des tâches lourdes 12h-16h en canicule.
  • Les pauses doivent être proportionnées à la température : 15 min/heure au-dessus de 33°C, 5 min/30 min au-dessus de 35°C. Tracées dans un registre.
  • L'hydratation est règlementaire (R4534-143 : 3 L/jour BTP) et physiologique (4-5 L canicule, sel, fontaines < 50 m). Boissons chaudes en grand froid.
  • Locaux : aération et ventilation (R4222), occultation solaire extérieure, rafraîchissement, chambres froides ouvrables de l'intérieur, vestiaires chauffés permettant le séchage des vêtements (R4223-13, R4228-2 et suivants).
  • Information, affichage, formation et consultation CSE sont indissociables des mesures techniques. Le décret 2025-482 exige une réunion d'information à chaque prise de poste en vigilance orange.
Sources
Sommaire de la formation

Contenu relu par le Pôle HSE & Risques industriels · Politique éditoriale