Convention Collective des Grands Magasins et Magasins Populaires 2026 (IDCC 2156) : Salaires, Dimanche et Droits

Mise à jour : 19/08/2026 Convention collective

Vendeur d'un rayon beauté, hôtesse de caisse, étalagiste devenu visuel merchandiser, responsable de vente, démonstratrice détachée par une marque : les salariés des grands magasins et des magasins populaires relèvent de la convention collective nationale du 30 juin 2000 (IDCC 2156, brochure 3082), étendue par arrêté du 20 décembre 2001 — le texte social des temples du commerce de centre-ville, un secteur d'environ 35 500 salariés selon l'observatoire de la branche.

Cette page commence par ce qu'aucun comparateur ne chiffre : la grille de salaires n'a pas été revalorisée depuis l'avenant du 17 avril 2024, malgré la clause de revoyure que ce texte prévoyait lui-même. Résultat, depuis la hausse du SMIC du 1ᵉʳ juin 2026, 7 des 8 échelons d'employés sont sous le SMIC — le premier de 100,10 €, soit 5,4 % — et c'est le SMIC qui s'applique. Mais la grille cache aussi un mécanisme que presque personne n'explique : un double minimum, mensuel ET annuel, l'annuel valant 12,5 à 13,24 fois le mensuel selon la catégorie — l'équivalent arithmétique d'un demi à plus d'un « 13ᵉ mois » garanti, dans une convention qui n'en contient pourtant aucun.

Vous trouverez aussi les règles fortes du métier, chacune vérifiée sur le texte officiel : dimanche et jours fériés travaillés majorés de 100 % (avec repos compensateur pour le dimanche), le statut unique en France des démonstrateurs détachés par les marques, un maintien de salaire maladie à la carence dégressive, une allocation de fin de carrière qui grimpe jusqu'à 7 mois de salaire — mais aussi les pièges : une indemnité de licenciement rattrapée par la loi, des primes et congés d'ancienneté gelés depuis 2000, et de faux avantages inventés par les sites de paie, démontés plus bas.

ÉTAPE 0 : êtes-vous bien couvert par l'IDCC 2156 ?

L'article 1-1 couvre les entreprises exerçant l'activité de grand magasin ou de magasin populaire — le commerce de détail non spécialisé, sans prédominance alimentaire, à rayons multiples — ainsi que leurs sièges, services administratifs et centrales d'achat. Les codes NAF ne valent que présomption : c'est l'activité réelle qui commande, et la convention applicable figure sur votre bulletin de paie. Contrairement à une idée répandue, le texte ne fixe aucun critère de surface.

🏬 IDCC 2156 — Grands magasins et magasins populaires Commerce de détail non spécialisé sans prédominance alimentaire : grands magasins à rayons multiples (mode, beauté, maison…) et magasins populaires. Sont aussi couverts les sièges sociaux, services administratifs et centrales d'achat rattachés.
🛒 Prédominance alimentaire : IDCC 2216 Hypermarchés, supermarchés et supérettes relèvent de la convention du commerce de détail et de gros à prédominance alimentaire (IDCC 2216). Le critère décisif est l'assortiment majoritairement alimentaire ou non — pas l'enseigne ni la taille du magasin.
🧸 Commerces spécialisés : IDCC 1517 et 675 Un magasin spécialisé (jouet, droguerie, équipement du foyer…) relève des commerces de détail non alimentaires (IDCC 1517) ; les chaînes succursalistes d'habillement relèvent de l'IDCC 675. Le grand magasin se distingue par son caractère généraliste.
📦 E-commerce et démonstrateurs : deux cas à part La vente en ligne relève du commerce à distance (IDCC 2198). Et le démonstrateur qui travaille dans un grand magasin est salarié de la marque qui l'y détache : il relève de la convention de son employeur — mais la 2156 lui garantit des droits spécifiques (voir la section dédiée).

Le réflexe fiable : la convention applicable est mentionnée obligatoirement sur votre bulletin de paie (article R3243-1 du Code du travail).

1. Une grille gelée depuis 2024 — et rattrapée par le SMIC

L'histoire salariale récente de la branche est faite de longs silences. Aucun texte de salaires n'a été déposé entre l'accord de juin 2014 et l'avenant de juin 2022 ; l'année 2022 en a ensuite compté deux (juin, puis septembre, sous la pression de l'inflation), 2023 aucun, et le dernier en date est l'avenant du 17 avril 2024, signé côté salariés par la CFDT et la CFE-CGC seulement, étendu par arrêté du 28 juin 2024 (JORF du 6 juillet 2024) et applicable depuis juin 2024. Ce texte prévoyait pourtant sa propre revoyure : une négociation au dernier trimestre 2024 pour les salaires 2025, et un rendez-vous anticipé en cas de hausse du SMIC. À la date du 19 août 2026, aucun avenant de salaires postérieur n'existe sur Légifrance, ni aucun avis d'extension en attente.

  • 18 juin 2014 — dernier accord de salaires avant un gel de huit ans.
  • 7 juin puis 20 septembre 2022 — deux avenants successifs sous la pression de l'inflation (étendus les 25 août et 12 décembre 2022).
  • 17 avril 2024 — avenant « rémunérations minimales garanties » : grille actuelle, étendue par arrêté du 28 juin 2024 (JORF du 6 juillet 2024), applicable depuis juin 2024, avec clause de revoyure.
  • 1ᵉʳ juin 2026 — le SMIC passe à 1 867,02 € : 7 des 8 échelons employés passent (ou restent) en dessous ; l'échelon I.1, calé sur le SMIC de janvier 2024, est désormais 100,10 € trop bas.
  • 19 août 2026 — toujours aucun nouvel avenant de salaires déposé ni étendu.

Ce que ça change sur votre bulletin

Un minimum conventionnel inférieur au SMIC est inapplicable : pour un temps plein aux niveaux I à IV (échelon 1), l'employeur doit verser au moins 1 867,02 € bruts par mois. La grille ne reprend la main qu'à l'échelon IV.2 (1 895 €, soit 27,98 € au-dessus du SMIC), puis aux niveaux maîtrise et cadres. Et pour les niveaux I et II, même le minimum annuel garanti est inférieur à 12 mois de SMIC (22 404,24 €) : il est donc lui aussi absorbé.

Publicité

2. La grille des minima étendue : un double plancher mensuel et annuel

La classification compte 4 niveaux d'employés à 2 échelons (I à IV), un niveau d'agents de maîtrise (V) et trois niveaux de cadres (VI à VIII). L'avenant du 17 avril 2024 fixe pour chacun deux minima cumulés : une rémunération minimale mensuelle ET une rémunération minimale annuelle — et l'annuelle ne vaut jamais 12 fois la mensuelle (dernière colonne). Les cases barrées sont celles que le SMIC du 1ᵉʳ juin 2026 a rendues inapplicables.

CatégorieNiveauRMG mensuelle (151,67 h)RMG annuelleRatio annuel/mensuel
EmployésI.11 766,92
1 867,02*
22 087 22 404,24**12,50 mois
EmployésI.21 768,00
1 867,02*
22 096 22 404,24**12,50 mois
EmployésII.11 773,00
1 867,02*
22 157 22 404,24**12,50 mois
EmployésII.21 785,00
1 867,02*
22 310 22 404,24**12,50 mois
EmployésIII.11 797,00
1 867,02*
22 463 €12,50 mois
EmployésIII.21 803,00
1 867,02*
22 539 €12,50 mois
EmployésIV.11 834,00
1 867,02*
22 921 €12,50 mois
EmployésIV.21 895,0023 685 €12,50 mois
Agents de maîtriseV2 054,0026 699 €13,00 mois
CadresVI2 469,0032 694 €13,24 mois
CadresVII3 203,0042 406 €13,24 mois
CadresVIII4 217,0055 840 €13,24 mois

Source : avenant du 17 avril 2024 relatif aux rémunérations minimales garanties (KALITEXT000049870233), étendu par arrêté du 28 juin 2024, JORF du 6 juillet 2024, applicable le premier jour du mois civil suivant son dépôt. Montants bruts. * Minimum mensuel inférieur au SMIC du 1ᵉʳ juin 2026 (1 867,02 €), qui s'y substitue — écarts de 33,02 € (IV.1) à 100,10 € (I.1). ** Minimum annuel inférieur à 12 mois de SMIC (22 404,24 €), lui aussi absorbé.

🧮 Ce qui compte — et ne compte pas — dans le minimum Pour vérifier le respect de la RMG, l'article 2 de l'avenant exclut de la comparaison : les primes à caractère de remboursement de frais, la prime de transport, les heures supplémentaires, l'intéressement, la participation et la prime d'ancienneté (art. 14-1). Le reste — commissions et primes sur ventes notamment — entre dans l'assiette.
📈 Majorations d'expérience (niveaux I à III) L'article 3 de l'avenant garantit une majoration de +1 % après 5 ans, +2 % après 10 ans et +3 % après 15 ans d'expérience, calculée sur la RMG du 1ᵉʳ échelon du niveau. C'est le seul mécanisme d'ancienneté vivant de la branche — et il s'ajoute au minimum, puisque la prime d'ancienneté de l'article 14-1 est exclue de l'assiette.

3. Simulateur : votre minimum réel — mensuel, expérience et complément annuel

Ce simulateur applique les trois étages de la garantie : le minimum mensuel de votre niveau (avec le SMIC en plancher), la majoration d'expérience des niveaux I à III, et le contrôle du minimum annuel — celui que les services de paie oublient le plus souvent. Renseignez votre salaire pour obtenir un verdict.

Minimum conventionnel — avenant du 17 avril 2024

Votre minimum brut mensuel

Constantes du 19/08/2026 : avenant du 17/04/2024 étendu (RMG mensuelles et annuelles, majorations d'expérience 1/2/3 % niveaux I-III) ; SMIC 1 867,02 €/mois — 22 404,24 €/an au 01/06/2026. Résultat indicatif, base 151,67 h.

4. Le « 13ᵉ mois fantôme » : ce que garantit vraiment le minimum annuel

La convention ne contient aucune clause de 13ᵉ mois, de prime de fin d'année ou de prime de vacances — contrairement à ce qu'affirment plusieurs sites de paie (voir plus bas). Mais l'arithmétique de la grille produit un effet comparable, que le texte n'explicite jamais : la RMG annuelle vaut 12,50 fois la mensuelle pour tous les échelons d'employés, 13,00 fois pour la maîtrise et 13,24 fois pour les cadres. Un salarié payé toute l'année au strict minimum mensuel n'atteint donc pas le minimum annuel : l'employeur lui doit un complément — l'équivalent d'un demi-mois de salaire pour un employé, d'un mois entier pour un agent de maîtrise, d'un peu plus pour un cadre.

Précision importante — et faux avantages à oublier

Ce « 13ᵉ mois fantôme » est un effet de calcul entre deux planchers, pas une prime : si votre rémunération annuelle totale (primes sur ventes comprises) atteint déjà la RMG annuelle, rien n'est dû en plus. Et méfiez-vous des fiches qui prêtent à la branche une « prime de bilan versée en décembre », une « prime de vacances de 50 % » ou une « indemnité repas de 5 € par jour » : aucune de ces clauses n'existe dans la convention ni dans ses annexes. Si vous percevez un vrai 13ᵉ mois, il vient d'un accord d'entreprise ou d'un usage de votre enseigne.

5. Classification : 8 niveaux, de l'étalagiste au directeur d'établissement

La classification en vigueur est celle de l'annexe du 31 mars 2008, étendue par arrêté du 16 décembre 2008 (JORF du 24 décembre 2008). Elle classe les emplois d'employés selon quatre critères — nature de l'activité, connaissances requises, autonomie, responsabilités humaines et techniques — sur 4 niveaux à 2 échelons, puis un niveau d'agents de maîtrise et trois niveaux de cadres. Détail d'époque savoureux : le référentiel parle toujours d'« étalagiste » (niveau III) — l'emploi repère qui correspond aujourd'hui au métier de visuel merchandiser — et l'« hôte de caisse » moderne y figure sous le nom de « caissier ».

NiveauCatégorieEmplois repères cités par l'annexe
IEmployésEmplois d'accueil et de tâches simples (1ᵉʳ niveau d'entrée)
IIEmployésVendeur, caissier, cariste, agent de maintenance
IIIEmployésVendeur confirmé, caissier, technicien, secrétaire, comptable, étalagiste
IVEmployésVendeur hautement qualifié, caissier principal, animateur d'équipe
VAgents de maîtriseResponsable de vente, responsable caisses
VICadresResponsable d'équipe de vente, acheteur
VIICadresDirecteur d'établissement, responsable de service
VIIICadresCadres de direction

Source : annexe du 31 mars 2008 relative à la classification professionnelle (KALITEXT000019349111), étendue par arrêté du 16 décembre 2008 (JORF du 24 décembre 2008). Depuis l'avenant du 28 mai 2024, étendu le 25 septembre 2024, les agents de maîtrise du niveau V peuvent être assimilés aux cadres pour la protection sociale complémentaire (catégories objectives du décret du 30 juillet 2021).

Publicité

6. Dimanche, jours fériés, nocturnes : ce que la branche garantit vraiment

Le dimanche est devenu un jour d'ouverture ordinaire de nombreux grands magasins — dimanches du maire, zones touristiques internationales. La règle de branche, posée par l'article 7-6 bien avant ces dispositifs, reste le plancher de référence : pour tout dimanche travaillé sur autorisation, majoration de 100 % des heures effectuées — que ces heures soient comprises ou non dans la durée légale, mais à l'exclusion de toute autre majoration — et repos compensateur à prendre dans la quinzaine qui précède ou qui suit. Les accords d'entreprise conclus pour les ouvertures dominicales régulières peuvent aménager les contreparties ; ce socle conventionnel reste votre point de comparaison.

🗓️ Jours fériés : +100 % s'ils sont travaillés Le 1ᵉʳ mai est chômé. Un férié chômé n'entraîne ni perte de salaire ni récupération ; un férié travaillé est majoré de 100 % (majoration d'heures supplémentaires éventuelle incluse). Le volontariat est « recommandé » par le texte (art. 7-7). Bonus : un jour de repos supplémentaire si votre repos hebdomadaire tombe un lundi de Pâques ou de Pentecôte fermé.
🌙 Nuit : +100 %… pour les seules heures sup Pas de prime de nuit générale dans la convention : l'article 7-5 majore de 100 % les heures supplémentaires effectuées entre 22 h et 5 h (majoration légale incluse). Les inventaires et mises en place nocturnes en heures normales ne déclenchent aucune majoration de branche.
🌆 Nocturnes : renvoyées à l'accord d'entreprise Le report de la fermeture après 20 h (les « nocturnes ») exige une négociation d'entreprise : consultation des représentants du personnel et accord précisant l'heure de fin, les contreparties, la sécurité et le transport des salariés (art. 7-8). La branche ne fixe aucun montant : vos contreparties de nocturne sont dans l'accord de votre enseigne.

7. Simulateur : ce que doit rapporter un dimanche ou un férié travaillé

Indiquez votre salaire de base et les heures travaillées un dimanche ou un jour férié : le simulateur calcule la majoration de 100 % due en plus de votre salaire habituel — et vous rappelle le repos compensateur pour le dimanche.

Majoration dimanche / jour férié — art. 7-6 et 7-7

Majoration brute due pour la journée

Constantes du 19/08/2026 : art. 7-6 (dimanche : +100 % des heures effectuées, hors toute autre majoration, + repos compensateur dans la quinzaine) et art. 7-7 (férié travaillé : +100 %) de la CCN du 30/06/2000 étendue. Taux horaire = salaire mensuel / 151,67. Un accord d'entreprise peut prévoir d'autres contreparties.

8. Démonstrateurs et démonstratrices : les salariés « invisibles » du grand magasin

Derrière de nombreux comptoirs de beauté, d'horlogerie ou de maroquinerie, le vendeur n'est pas salarié du magasin : c'est un démonstrateur détaché par la marque (le fournisseur), qui vend les produits de son employeur dans les murs d'un autre. La convention 2156 est l'une des rares en France à organiser ce statut hybride, aux articles 12 à 12-4 — des dispositions presque jamais commentées, alors qu'elles conditionnent la paie et les droits de milliers de personnes.

Ce que la charte sociale doit garantir au démonstrateur

  • Une charte sociale obligatoire : le détachement fait l'objet d'une charte annexée à l'accord de coopération commerciale entre le magasin et le fournisseur, fixant les obligations des parties au bénéfice du salarié détaché (art. 12-3).
  • Une rémunération alignée : elle « ne sera pas inférieure à celle accordée aux salariés du magasin » pour un emploi équivalent — le démonstrateur peut donc se comparer à la grille de la 2156.
  • Les avantages de la convention des grands magasins s'il n'existe pas de convention collective applicable chez son employeur.
  • L'accès aux activités sociales et culturelles du comité social et économique du magasin (art. 12-2), et la reconnaissance des mandats représentatifs.

En pratique, le démonstrateur reste juridiquement salarié du fournisseur : c'est la convention collective de son employeur qui régit son contrat, ses minima et sa rupture. Mais s'il constate que sa paie est inférieure à celle des vendeurs du magasin à poste équivalent, ou qu'on lui refuse l'accès aux œuvres sociales du CSE de l'établissement, il dispose d'un fondement conventionnel écrit pour le contester — en commençant par demander la charte sociale de son détachement.

Publicité

9. Temps de travail : 9 heures par jour maximum, temps partiel encadré

La durée de référence est de 35 heures. L'article 7-4 fixe des bornes protectrices : 9 heures de travail effectif par jour maximum, une journée de travail d'au moins 3 heures (utile contre les vacations éclair), un repos quotidien de 11 heures, et une pause de 15 minutes par tranche de 4 heures continues — l'arrêté d'extension ayant toutefois exclu la partie de cette clause qui s'imputait sur les 20 minutes légales : les 20 minutes consécutives du Code du travail restent garanties. Les heures supplémentaires suivent les majorations légales, sans contingent conventionnel propre.

Le temps partiel, très répandu dans le secteur, a ses règles de branche : lorsque l'horaire est réparti sur 3 jours ou plus, l'article 8-3 fixe la durée contractuelle minimale à 21 heures par semaine, sauf demande écrite du salarié. Cette clause de 2000 coexiste aujourd'hui avec le plancher légal de 24 heures issu de la loi de 2014, qui s'applique sauf dérogations (demande écrite et motivée du salarié, étudiants de moins de 26 ans) — en cas de litige, faites vérifier votre situation. Les heures complémentaires sont plafonnées au tiers de la durée contractuelle, avec un délai de prévenance de 7 jours (3 en cas exceptionnel) et un vrai droit de refus non fautif ; le salarié peut aussi sortir du dispositif par préavis écrit de 7 jours (art. 8-5).

10. Ancienneté : une branche à deux vitesses depuis 2000

La convention de 2000 a remplacé les anciennes conventions des employés de grands magasins et de magasins populaires — et, ce faisant, elle a gelé deux avantages au lieu de les généraliser. La prime d'ancienneté (art. 14-1) n'est maintenue qu'aux salariés qui la percevaient sous les anciens textes, « selon le montant qui leur était applicable à cette date » : montant figé, aucun droit nouveau pour les embauchés depuis. Les congés supplémentaires d'ancienneté (art. 13) suivent la même logique : un jour par tranche de dix ans, quatre au maximum — mais uniquement pour ceux qui en bénéficiaient déjà. Un quart de siècle plus tard, il en résulte une branche à deux vitesses : les salariés entrés avant 2000 conservent ces droits, les autres n'ont que la majoration d'expérience de 1 à 3 % des niveaux I à III.

Le barème « 3 %, 6 %, 9 %… 15 % » est un mythe

Plusieurs sites de paie prêtent à la branche une prime d'ancienneté progressive de 3 à 15 % : elle n'existe dans aucun texte de la convention. Si vous avez été embauché après 2000 et qu'on vous refuse une « prime d'ancienneté », ce refus est conforme à la convention — votre levier est la majoration d'expérience (1/2/3 % aux niveaux I à III) et, le cas échéant, l'accord d'entreprise de votre enseigne.

11. Essai, préavis, licenciement, fin de carrière : le meilleur et le piège

La période d'essai est courte : 1 mois pour les employés, 2 mois pour les agents de maîtrise, 3 mois pour les cadres (renouvelable 2 mois pour ces derniers, avec un mois de prévenance — annexe II). Ces durées, plus favorables que les maxima légaux de 2/3/4 mois, restent applicables. Le préavis de l'article 10-3 est réciproque : employés 15 jours (moins de 6 mois), 1 mois (de 6 mois à 2 ans) puis 2 mois au-delà de 2 ans — y compris en démission ; agents de maîtrise 2 mois ; cadres 3 mois. Le salarié licencié dispose de 2 heures payées par jour pour rechercher un emploi et peut partir de façon anticipée s'il retrouve un poste.

Indemnité de licenciement : la loi a dépassé la convention

L'article 10-4 accorde, dès 2 ans d'ancienneté, 25 % de mois par année (30 % entre 50 et 57 ans et demi avec plus de 15 ans d'ancienneté ; 20 % en cas d'inaptitude). Or le barème légal — 1/4 de mois par année jusqu'à 10 ans puis 1/3 au-delà, ouvert dès 8 mois — est désormais égal ou supérieur dans la quasi-totalité des cas : c'est lui qui s'applique. Seuls les cadres gardent un barème conventionnel avantageux (annexe II : 25 à 40 % par année selon l'ancienneté, majorations d'âge de 10 à 20 %, plafond 15 mois). Attention enfin à l'article 10-6 : sa « mise à la retraite de droit à 60 ans » est une clause caduque, contraire au droit en vigueur (pas de mise à la retraite d'office avant 70 ans).

Le vrai point fort est l'allocation de fin de carrière (art. 10-5), due au salarié qui part à la retraite (taux plein ou 60 ans révolus), calculée sur le douzième de la rémunération brute des 12 derniers mois — un barème à 12 paliers très supérieur au minimum légal :

AnciennetéAllocation CCN (art. 10-5)Minimum légal (départ volontaire)
5 ans1 mois
10 ans2 mois0,5 mois
15 ans2,5 mois1 mois
20 ans3 mois1,5 mois
23 / 26 / 29 ans3,5 / 4 / 4,5 mois1,5 mois
32 / 35 / 38 ans5 / 5,5 / 6 mois2 mois (dès 30 ans)
41 / 44 ans6,5 / 7 mois2 mois

Sources : art. 10-5 (KALIARTI000005785131) et art. 10-4 (KALIARTI000005785122) ; minimum légal : art. D1237-1 du Code du travail. Le salarié passé à temps partiel (≥ 16 h) après 55 ans pour raison de santé voit son allocation calculée comme s'il était resté à temps complet.

Publicité

12. Maladie et protection sociale : une carence qui récompense l'assiduité

Le maintien de salaire de l'article 9-4 a un mécanisme original : la carence de 3 jours est réduite à 2 jours si vous n'avez eu aucun arrêt dans les 12 derniers mois, et supprimée si vous n'en avez eu aucun dans les 18 derniers mois — ou en cas d'hospitalisation d'au moins une semaine. Avec un an d'ancienneté, l'employeur maintient le salaire net, tous éléments compris, sous déduction des IJSS :

AnciennetéMaintien à 100 %Puis à 75 %
1 an2 mois
3 ans2 mois1 mois
5 ans3 mois
10 ans3 mois1 mois
15 ans4 mois
20 ans4 mois1 mois
25 ans5 mois
30 ans5 mois1 mois

Source : art. 9-4 (KALIARTI000005785009). La durée totale d'indemnisation sur une même année ne peut dépasser le barème. En cas d'accident du travail, l'indemnisation court dès le premier jour, sans condition d'ancienneté (art. 9-5 — un an requis pour l'accident de trajet). Les cadres bénéficient d'un barème renforcé par l'annexe II.

L'article 9-8 organise aussi un dispositif enfant malade plus riche que le droit commun — jusqu'à 8 jours par an et par enfant complétés à 100 % du net lorsque des prestations sont versées, et, avec un an d'ancienneté, un premier jour rémunéré pour un enfant de moins de 14 ans (4 fois par an, 8 jours en cas d'enfant handicapé). En revanche, point important que les sites de paie masquent souvent : la branche n'a aucun régime de frais de santé ni de prévoyance mutualisé — seuls s'appliquent les socles légaux (couverture santé financée à 50 % minimum par l'employeur, cotisation prévoyance des cadres) et les contrats propres à chaque entreprise. Unique évolution récente : l'avenant du 28 mai 2024, étendu le 25 septembre 2024, permet d'assimiler les agents de maîtrise du niveau V aux cadres pour la protection sociale complémentaire.

13. Congés et événements familiaux : ce que dit la convention, ce que la loi impose

Les congés payés suivent le régime légal, avec trois plus conventionnels : les conjoints travaillant dans la même entreprise ont droit à un congé simultané, les parents d'enfants scolarisés ont priorité sur les vacances scolaires, et les absences maladie indemnisées comme les congés familiaux comptent comme temps de travail effectif pour l'acquisition des droits (art. 7-9). Le tableau des congés familiaux de l'article 9-9, lui, date de 2000 : sur plusieurs lignes, la loi l'a dépassé — le salarié bénéficie toujours du plus favorable.

ÉvénementCCN 2156 (art. 9-9)Minimum légal 2026Ce qui s'applique
Mariage du salarié4 jours (6 jours après 1 an de présence)4 joursCCN dès 1 an (6 j)
Mariage d'un enfant2 jours1 jourCCN
Mariage d'un frère, d'une sœur ou d'un parent1 jourCCN
Naissance ou adoptionrenvoi au légal3 joursLégal
Décès du conjoint, partenaire ou concubin4 jours3 joursCCN
Décès d'un enfant3 jours12 jours ouvrables (14 si l'enfant a moins de 25 ans ou est lui-même parent) + congé de deuil de 8 joursLOI
Décès du père ou de la mère3 jours3 joursIdentique
Décès d'un autre ascendant, descendant, frère, sœur, beau-parent1 jour3 jours (frère, sœur, beaux-parents)LOI le plus souvent
Annonce d'un handicap, d'une pathologie chronique ou d'un cancer chez un enfant5 joursLOI
Première communion d'un enfant1 jourCCN (marqueur d'époque)
Déménagement1 jour (une fois tous les 2 ans)CCN

Sources : art. 9-9 (KALIARTI000005785069) — absences prises au moment de l'événement, sans réduction de la rémunération, avec +1 jour si le déplacement dépasse 300 km ; minima légaux : art. L3142-4 du Code du travail (modifié par les lois n° 2020-692 du 8 juin 2020 et n° 2023-622 du 19 juillet 2023) et L3142-1-1 (congé de deuil). Sur le décès d'un enfant, ne laissez jamais appliquer les 3 jours conventionnels : la loi impose 12 à 14 jours plus le congé de deuil.

14. Ce que nous ne publions pas — et pourquoi

Cette page ne contient que des valeurs relues sur Légifrance (articles et avenants cités) ou des documents officiels de branche. Les points suivants circulent ou existent, mais nous ne les publions pas en l'état :

  • Le seuil de « 2 500 m² » souvent présenté comme définissant le grand magasin : il ne figure pas dans l'article 1-1 de la convention — c'est au mieux un repère statistique, jamais un critère juridique de rattachement.
  • La répartition des enseignes entre les conventions 2156 et 2216 (cas des magasins populaires à rayon alimentaire) : elle varie selon les sociétés d'un même groupe et ne repose que sur des sources secondaires — vérifiez votre bulletin de paie, nous ne publions rien d'enseigne par enseigne.
  • Les astreintes (art. 7-10) et les forfaits des cadres (art. 7-11) : articles non vérifiés en détail à la date de rédaction — nous renvoyons au texte.
  • L'année de référence des effectifs : l'observatoire de la branche (l'Opcommerce) publie environ 35 545 salariés, 384 points de vente, 65 % de femmes et 89 % de CDI sans dater ces chiffres — nous les citons avec cette réserve. Son étude de juin 2025 sur les seniors, elle, est datée : 17 % de salariés de 55 ans et plus, projection à 21,3 % en 2030. Le chiffre de « 150 000 salariés » parfois repris correspond au périmètre de l'Alliance du Commerce entière (trois branches), et celui de « 180 000 » ne repose sur aucune source.
  • Tout accord d'entreprise sur le dimanche, les nocturnes ou le 13ᵉ mois : ces textes existent enseigne par enseigne mais ne relèvent pas de la branche — seuls les planchers conventionnels sont publiés ici.
  • Un éventuel avenant de salaires signé fin 2025 ou en 2026 : aucune trace sur Légifrance ni en avis d'extension au 19 août 2026 — si un texte paraît, cette page sera mise à jour.

FAQ — Convention des grands magasins et des magasins populaires

Les huit questions les plus posées sur l'IDCC 2156, avec des réponses datées du 19 août 2026.

La dernière grille étendue est celle de l'avenant du 17 avril 2024, étendu par arrêté du 28 juin 2024 et applicable depuis juin 2024 : 8 échelons d'employés (niveaux I à IV), un niveau d'agents de maîtrise (V) et trois niveaux de cadres (VI à VIII), de 1 766,92 € à 4 217 € mensuels. Aucun avenant de salaires n'a été signé depuis, malgré la clause de revoyure prévue par l'accord. Conséquence : depuis la hausse du SMIC du 1er juin 2026, 7 des 8 échelons employés sont inférieurs au SMIC de 1 867,02 €, qui s'y substitue. La convention garantit aussi des minima annuels supérieurs à 12 fois le mensuel.

Parce que la grille n'a pas été revalorisée depuis l'avenant du 17 avril 2024, dont le premier échelon avait été calé sur le SMIC de l'époque. Les hausses successives du SMIC l'ont dépassée : au 1er juin 2026, l'échelon I.1 est 100,10 € sous le SMIC mensuel, et seuls l'échelon IV.2, la maîtrise et les cadres restent au-dessus. Un minimum conventionnel inférieur au SMIC est inapplicable : l'employeur doit verser au moins 1 867,02 € par mois pour un temps plein. La branche avait déjà connu un long gel entre 2014 et 2022.

Non, aucune clause de la convention n'institue de 13e mois ou de prime de fin d'année de branche. En revanche, l'avenant salaires garantit un double minimum, mensuel et annuel, et le minimum annuel vaut environ 12,5 fois le mensuel pour les employés, 13 fois pour les agents de maîtrise et 13,24 fois pour les cadres. Un salarié payé toute l'année au minimum mensuel doit donc percevoir un complément pour atteindre le minimum annuel. C'est un effet arithmétique de la grille, pas une prime : si votre entreprise verse un vrai 13e mois, il découle d'un accord d'entreprise ou d'un usage.

L'article 7-6 de la convention prévoit, pour tout dimanche travaillé sur autorisation, une majoration de 100 % des heures effectuées — que ces heures dépassent ou non la durée légale — et, en plus, un repos compensateur à prendre dans la quinzaine qui précède ou qui suit. C'est le socle de branche : les accords d'entreprise conclus notamment dans les zones touristiques internationales peuvent prévoir des contreparties différentes, mais un salarié peut toujours se référer à ce plancher conventionnel. Les jours fériés travaillés sont également majorés de 100 %.

Plus pour les nouveaux entrants. L'article 14-1 ne fait que maintenir, pour les salariés qui la percevaient sous les anciennes conventions éteintes en 2000, leur prime d'ancienneté au montant figé de l'époque. Le mécanisme vivant est la majoration d'expérience de l'avenant salaires : +1 % après 5 ans, +2 % après 10 ans et +3 % après 15 ans, calculés sur le minimum du premier échelon du niveau, et réservés aux niveaux I à III. Les congés supplémentaires d'ancienneté suivent la même logique de droit gelé, réservé aux bénéficiaires d'avant 2000.

Le démonstrateur est salarié de la marque (le fournisseur), pas du magasin, mais la convention 2156 est l'une des rares en France à organiser sa situation. Son détachement doit faire l'objet d'une charte sociale annexée à l'accord de coopération commerciale entre le magasin et le fournisseur : sa rémunération ne peut pas être inférieure à celle accordée aux salariés du magasin pour un emploi équivalent, il bénéficie des avantages de la convention des grands magasins si aucune autre convention ne s'applique à son employeur, et il a accès aux activités sociales et culturelles du comité social et économique du magasin.

L'article 10-4 prévoit, à partir de 2 ans d'ancienneté, 25 % de mois de salaire par année (30 % pour les salariés de 50 à 57 ans et demi ayant plus de 15 ans d'ancienneté). Attention : ce barème est devenu moins favorable que la loi, qui accorde un quart de mois par année jusqu'à 10 ans puis un tiers au-delà, dès 8 mois d'ancienneté. Au-delà de 10 ans, c'est donc l'indemnité légale qui s'applique. Les cadres ont un barème propre plus favorable (jusqu'à 40 % par année, plafonné à 15 mois). Le vrai point fort de la convention est ailleurs : l'allocation de fin de carrière, qui atteint 7 mois de salaire.

Avec un an d'ancienneté, l'article 9-4 garantit le maintien du salaire net, sous déduction des indemnités journalières : 2 mois à 100 % dès 1 an, jusqu'à 5 mois à 100 % plus 1 mois à 75 % après 30 ans. La carence de 3 jours est réduite à 2 jours si vous n'avez eu aucun arrêt dans les 12 derniers mois, et supprimée si vous n'en avez eu aucun dans les 18 derniers mois ou en cas d'hospitalisation d'au moins une semaine. En cas d'accident du travail, l'indemnisation court dès le premier jour, sans condition d'ancienneté.
Publicité

Sources officielles

Toutes les valeurs de cette page ont été vérifiées le 19 août 2026 sur les documents suivants :

Publicité