Les deux statuts ne s'opposent pas sur la liberté — dans les deux cas vous trouvez vos clients et fixez vos prix. Ils s'opposent sur une seule chose : ce que vous achetez avec l'argent prélevé. En micro-entreprise, vous gardez davantage tout de suite. En portage, vous cotisez au régime général et vous ouvrez des droits. Voici comment trancher, chiffres 2026 à l'appui — et pourquoi il n'est pas obligatoire de choisir.

La réponse courte

  • La micro-entreprise reste le meilleur choix tant que votre chiffre d'affaires est modeste, que vos frais professionnels sont faibles et que vous avez déjà une couverture sociale par ailleurs (salariat, conjoint, chômage en cours).
  • Le portage prend l'avantage dès que trois conditions se cumulent : un tarif journalier suffisant pour atteindre les minima de la convention collective, des frais professionnels réels à déduire, et un besoin concret de droits — assurance chômage, retraite cadre, prévoyance, ou simplement un bulletin de paie pour un crédit immobilier.
  • Et vous pouvez garder les deux. Aucun texte n'impose de choisir. Le cumul est même la configuration la plus fréquente pendant une transition. Les précautions à prendre sont détaillées plus bas.

Le comparatif, poste par poste

Micro-entreprise (auto-entrepreneur) Portage salarial
Statut Travailleur indépendant Salarié, en CDI ou CDD avec la société de portage
Prélèvement social 25,6 % du chiffre d'affaires pour une activité libérale relevant des BNC en 2026 Cotisations salariales et patronales du régime général, prélevées sur le chiffre d'affaires après frais de gestion
Plafond de chiffre d'affaires 83 600 € pour les prestations de services Aucun
Déduction des frais professionnels Impossible Le régime applique un abattement forfaitaire, les frais réels ne se déduisent pas Possible Les frais professionnels justifiés sont remboursés et sortent de l'assiette de cotisations
Assurance chômage Non Seule l'allocation des travailleurs indépendants existe, sous conditions très restrictives Oui Cotisation au régime général, droits ouverts comme pour tout salarié
Retraite Régime des indépendants, validation de trimestres liée au chiffre d'affaires Régime général + retraite complémentaire Agirc-Arrco, avec le statut cadre
Prévoyance, mutuelle À souscrire soi-même Garanties de branche et mutuelle d'entreprise
Congés payés Aucun : un jour non travaillé est un jour non facturé Indemnité de congés payés intégrée à la rémunération
Preuve de revenus Avis d'imposition, relevés Urssaf Bulletin de paie et contrat de travail
Coût de structure Aucun, hors cotisation foncière des entreprises Frais de gestion de la société de portage, en général entre 5 % et 10 % du chiffre d'affaires
Seuil d'entrée Aucun Minima de la convention collective à atteindre, ce qui suppose un tarif journalier suffisant
La ligne à ne pas lire trop vite : celle des frais professionnels. Un consultant qui engage 800 € de frais réels par mois — déplacements, coworking, matériel, abonnements — ne les déduit pas du tout en micro-entreprise. En portage, ces 800 € sortent de l'assiette de cotisations. Sur une année, cet écart suffit à renverser une comparaison qui semblait jouée d'avance.

Sur 100 € facturés, que reste-t-il ?

C'est la comparaison que tout le monde cherche, et c'est aussi la plus facile à truquer. Le curseur ci-dessous applique deux règles simples et affiche exactement ce qu'il calcule.

6 000 €
2 000 €15 000 €
Micro-entreprise — après cotisations 4 464 € avant impôt sur le revenu
Portage — salaire net 2 893 € avant impôt sur le revenu, congés payés inclus

Ce que le calcul fait, et ce qu'il ne fait pas

  • Micro-entreprise : chiffre d'affaires moins 25,6 % de cotisations, taux applicable en 2026 à une activité libérale relevant des BNC. La cotisation foncière des entreprises et la contribution à la formation professionnelle ne sont pas déduites.
  • Portage : 8 % de frais de gestion retenus, puis l'hypothèse retenue partout sur le site — 45 % de charges patronales sur le brut et 24 % de charges salariales (statut cadre), soit un net d'environ 52 % du montant restant après frais de gestion. C'est un ordre de grandeur, pas votre situation : le taux réel dépend de votre rémunération, de votre classification et de la société de portage. Le simulateur détaillé fait le calcul poste par poste.
  • Aucun frais professionnel n'est déduit dans ce graphique. C'est volontairement le scénario le plus défavorable au portage, puisque c'est précisément là qu'il rattrape son retard.
  • Les deux montants sont avant impôt sur le revenu, et aucun des deux n'intègre la valeur des droits ouverts — chômage, retraite complémentaire, prévoyance. C'est la limite de l'exercice : on compare un flux de trésorerie avec un flux de trésorerie plus une couverture.

L'écart brut est donc réel et il ne faut pas le nier : à frais nuls, la micro-entreprise laisse nettement plus de trésorerie disponible. La vraie question n'est pas « lequel rapporte le plus », c'est « combien vaut, pour moi, ce que la micro-entreprise ne couvre pas » — une période sans mission, un arrêt de travail long, une année de retraite.

Peut-on cumuler portage salarial et auto-entreprise ?

Oui. Ce sont deux statuts distincts, l'un salarié et l'autre indépendant, et aucun texte n'impose l'exclusivité. Beaucoup d'indépendants fonctionnent ainsi pendant des mois, parfois durablement.

Le cumul répond en général à trois logiques :

1

Trier par type de mission

Les missions longues et bien rémunérées passent en portage, pour ouvrir des droits. Les prestations ponctuelles, les formations d'une journée, les revenus accessoires restent en micro-entreprise, où les frais de gestion ne se justifient pas.

2

Rester sous le plafond

Le plafond de la micro-entreprise est de 83 600 € de chiffre d'affaires pour les prestations de services en 2026. Basculer une partie de l'activité en portage, qui n'a aucun plafond, permet de continuer à croître sans sortir du régime micro pour le reste.

3

Sécuriser une transition

Tester le portage sur une mission avant de fermer sa micro-entreprise, ou l'inverse, évite d'avoir à trancher dans l'urgence. C'est l'usage le plus fréquent du cumul.

Les quatre points de vigilance

  • Jamais le même client pour la même prestation. Facturer un client en micro-entreprise et le porter en parallèle pour la même mission expose à une requalification et fragilise les deux statuts. Séparez les clients, ou au minimum les missions.
  • Le contrat de travail prime. Le salarié porté reste tenu d'une obligation de loyauté envers la société de portage. Vérifiez ce que prévoit votre contrat avant de démarcher en parallèle sous un autre statut.
  • Deux déclarations, deux calendriers. Les cotisations micro se déclarent chaque mois ou chaque trimestre à l'Urssaf, indépendamment de la paie du portage. Les deux revenus se cumulent en revanche pour l'impôt sur le revenu du foyer.
  • Attention au seuil de TVA. Le chiffre d'affaires de la micro-entreprise s'apprécie seul pour la franchise en base : le portage n'y change rien, mais une activité micro qui grossit peut vous y faire basculer — voir les seuils de TVA et leurs règles de dépassement.

Sur les droits sociaux, le cumul n'est pas une addition : le salaire porté ouvre des droits au chômage et à la retraite du régime général et de l'Agirc-Arrco, tandis que le chiffre d'affaires micro alimente uniquement les droits du régime des indépendants. Pour l'assurance chômage, seules les périodes salariées comptent. Un revenu tiré de la micro-entreprise pendant une période d'indemnisation doit d'ailleurs être déclaré à France Travail et peut réduire l'allocation.

À partir de quel niveau de facturation le portage est-il possible ?

Ce n'est pas une politique commerciale des sociétés de portage : c'est la loi, puis la convention collective. L'article L. 1254-2 du code du travail exige du salarié porté une expertise, une qualification et une autonomie lui permettant de rechercher lui-même ses clients et de convenir avec eux du prix de sa prestation. Il prévoit aussi une rémunération minimale définie par accord de branche étendu, et fixe un plancher de 75 % du plafond mensuel de la sécurité sociale à défaut d'accord.

L'accord existe : c'est la convention collective des salariés en portage salarial du 22 mars 2017 (IDCC 3219). Elle classe les portés en trois catégories et exprime les minima en pourcentage du plafond mensuel de la sécurité sociale, fixé à 4 005 € en 2026.

Catégorie% du plafondBrut mensuel minimum 2026
Junior — qualification de niveau Bac+2 ou expérience limitée dans l'activité70 %≈ 2 804 €
Senior — expertise confirmée, à partir de trois ans75 %≈ 3 004 €
Porté en forfait jours85 %≈ 3 404 €

Ces montants s'entendent hors indemnité d'apport d'affaires, que la convention fixe à 5 % du salaire brut : elle rémunère le fait que vous apportez vous-même vos missions, ce qu'un salarié classique ne fait pas. Le minimum conventionnel s'apprécie sur un total qui comprend le salaire de base, l'indemnité de congés payés et cette prime d'apport d'affaires — c'est donc ce total, et non le seul salaire de base, qu'il faut regarder pour comparer honnêtement deux propositions.

La réserve financière, souvent mal comprise

En CDI de portage, une réserve égale à 10 % du salaire de base de la dernière mission est constituée sur le compte d'activité : elle sert à lisser les revenus entre deux missions et vous est restituée à la rupture du contrat. En CDD, ce même pourcentage prend la forme d'une indemnité de précarité versée en fin de contrat. Ce n'est ni une retenue de la société de portage, ni une somme perdue : c'est votre argent, mobilisable selon les règles du compte d'activité.

Concrètement, pour atteindre ces minima après frais de gestion et charges patronales, la facturation mensuelle doit être nettement supérieure au seuil affiché. C'est la raison du plancher de tarif journalier appliqué par la plupart des sociétés de portage : en dessous, le contrat ne peut simplement pas être conforme à la convention. Le détail poste par poste est sur notre page dédiée à la convention collective du portage salarial.

Comment fonctionne concrètement le portage

Là où la micro-entreprise est une relation à deux, le portage en est une à trois. Cette relation tripartite est ce qui explique à la fois les frais de gestion et les droits sociaux.

Vous, le salarié porté

Vous prospectez, vous négociez votre tarif et vous réalisez la mission en autonomie. Vous signez un contrat de travail avec la société de portage, pas avec le client. Le code du travail précise d'ailleurs que l'entreprise de portage n'est pas tenue de vous fournir du travail.

L'entreprise cliente

Elle signe un contrat commercial de prestation avec la société de portage et règle des factures. Aucun lien de subordination ne la lie à vous — c'est la différence de fond avec l'intérim, où le client dirige le salarié.

La société de portage

Elle vous emploie, facture le client, établit la paie, verse les cotisations et tient votre compte d'activité, où vous suivez la transformation de votre chiffre d'affaires en salaire. Elle doit justifier d'une garantie financière destinée à couvrir les salaires en cas de défaillance.

Le cadre juridique est stabilisé depuis l'ordonnance n° 2015-380 du 2 avril 2015, qui a créé les articles L. 1254-1 et suivants du code du travail, puis la convention collective de 2017. Le texte fondateur est commenté sur notre page consacrée à l'article L1254-1 du code du travail.

Choisir une société de portage : ce qui se vérifie

Les écarts entre sociétés portent moins sur les frais de gestion affichés que sur ce qui n'est pas affiché. Quatre points se vérifient avant de signer, documents en main.

La garantie financière

Elle est obligatoire et destinée à payer les salaires et cotisations si l'entreprise de portage défaille. Demandez l'attestation et son montant : c'est le premier filet, et il est vérifiable en une minute.

Le compte d'activité

La société doit vous donner accès au détail de la transformation de votre chiffre d'affaires : facturation, frais de gestion, frais professionnels, cotisations, réserve. Demandez à voir un compte d'activité réel avant de signer, pas une plaquette.

Ce que recouvrent les frais de gestion

Un taux bas peut masquer des facturations annexes : relance client, assurance responsabilité civile professionnelle, frais de dossier, frais de sortie. La bonne question n'est pas « quel est votre taux » mais « qu'est-ce qui n'est pas dedans ».

Les labels de branche

Deux repères existent : l'adhésion au syndicat PEPS, qui regroupe les professionnels de l'emploi en portage salarial, et le label « Zéro frais cachés » créé en février 2020 par la FEDEP'S, association de défense des salariés portés, qui repose sur un audit externe des bulletins et des comptes d'activité. Ce sont des indices, pas des garanties : ils ne dispensent pas des trois vérifications précédentes.

Ce qu'il faut retenir

  • La micro-entreprise laisse plus de trésorerie immédiate : 25,6 % de cotisations en 2026 pour une activité libérale en BNC, contre un prélèvement bien supérieur en portage.
  • Le portage achète ce que la micro ne couvre pas : assurance chômage, retraite cadre, prévoyance, congés payés, bulletin de paie — et la déduction des frais professionnels réels.
  • Le portage suppose d'atteindre les minima de la convention collective : 70, 75 ou 85 % du plafond de la sécurité sociale selon la catégorie, plus 5 % d'apport d'affaires.
  • Le plafond de 83 600 € de la micro-entreprise n'existe pas en portage : c'est souvent lui qui déclenche la bascule.
  • Le cumul des deux statuts est légal et fréquent. La seule règle à ne jamais enfreindre : pas le même client pour la même prestation sous les deux statuts.

Sources

  • Code du travail : article L. 1254-1 (définition) et article L. 1254-2 (conditions d'accès et rémunération minimale), issus de l'ordonnance n° 2015-380 du 2 avril 2015 (Légifrance).
  • Convention collective des salariés en portage salarial du 22 mars 2017, IDCC 3219.
  • Plafond de la sécurité sociale 2026 : 4 005 € par mois, arrêté du 22 décembre 2025.
  • Urssaf : taux de cotisations du micro-entrepreneur et seuils du régime micro (urssaf.fr).
  • service-public.gouv.fr : portage salarial et régime de la micro-entreprise.
  • PEPS et FEDEP'S pour les engagements de branche et le label « Zéro frais cachés ».

Dossier mis à jour en septembre 2026.