Article L1223-8 — Recours au contrat de chantier ou d'opération (CDI de chantier)
L article L1223-8 encadre le recours au contrat de chantier ou d opération (CDI de chantier) : il suppose un accord de branche étendu, ou un usage habituel dans le secteur, et est conclu pour une durée indéterminée.
Ce que dit l'article L1223-8
Texte officiel en vigueur depuis le 24/09/2017 :
Une convention ou un accord collectif de branche étendu fixe les conditions dans lesquelles il est possible de recourir à un contrat conclu pour la durée d'un chantier ou d'une opération.
A défaut d'un tel accord, ce contrat peut être conclu dans les secteurs où son usage est habituel et conforme à l'exercice régulier de la profession qui y recourt au 1er janvier 2017.
Ce contrat est conclu pour une durée indéterminée.
Le contrat de chantier ou d'opération — souvent appelé « CDI de chantier » — est un contrat à durée indéterminée d'un genre particulier : il prend fin avec l'achèvement du chantier ou de la mission pour lesquels il a été conclu. L'article L1223-8 fixe les conditions de recours à ce contrat.
En clair, qu'est-ce que ça veut dire ?
Né dans le BTP, le contrat de chantier a été généralisé par les ordonnances de 2017. Il permet d'embaucher un salarié pour la durée d'un chantier ou d'une opération précise, sans en connaître la date exacte de fin. L'article L1223-8 en pose le cadre :
- le recours à ce contrat suppose en principe une convention ou un accord de branche étendu qui en fixe les conditions ;
- à défaut d'accord, il reste possible dans les secteurs où son usage est habituel et conforme à la pratique de la profession au 1er janvier 2017 (le BTP, notamment) ;
- fait essentiel : ce contrat est conclu pour une durée indéterminée — ce n'est pas un CDD.
Un CDI, mais avec une fin programmée
Le contrat de chantier est un CDI : le salarié n'a pas droit à l'indemnité de précarité du CDD. Mais sa rupture, à l'achèvement du chantier, repose sur une cause spécifique (la fin de l'opération) et suit des règles propres définies par l'accord collectif.
Qui est concerné ?
- Les entreprises du BTP et des secteurs où le contrat de chantier est d'usage (ingénierie, bureaux d'études, naval…) ;
- les salariés recrutés pour un chantier ou une opération déterminée ;
- les branches professionnelles qui en fixent les conditions par accord.
Ce que cela implique en pratique
L'accord de branche prévu par l'article L1223-8 doit notamment fixer la taille des entreprises concernées, les activités visées, l'information du salarié sur la nature de son contrat, les indemnités de rupture, les garanties de formation et les conditions de rupture si le chantier ne peut être réalisé ou s'achève.
À l'achèvement du chantier, la rupture s'opère selon les modalités prévues ; le salarié bénéficie en principe d'une priorité de réembauche (article L1223-9). Le contrat de chantier se distingue ainsi du CDD (article L1242-1) et du CDI classique (article L1221-2).
Cet article s'inscrit dans le droit des contrats de travail, aux côtés du régime de la rupture du CDI (article L1231-1) et de la requalification (article L1245-1).
Risques en cas de non-respect
Recourir au contrat de chantier hors du cadre d'un accord de branche (et hors des secteurs où son usage est habituel), ou détourner ce contrat pour pourvoir durablement un emploi permanent, expose à une requalification et à la contestation de la rupture devant le conseil de prud'hommes.
À titre informatif uniquement : les conditions exactes de recours dépendent de l'accord de branche applicable. En cas de doute, rapprochez-vous d'un représentant du personnel ou d'un conseiller juridique.
Cas pratiques
Cas n°1 — L'embauche pour un chantier précis
Une entreprise de génie civil embauche un conducteur de travaux en contrat de chantier pour la construction d'un ouvrage. Il s'agit d'un CDI dont la fin est liée à l'achèvement du chantier, dans les conditions fixées par l'accord de branche du BTP.
Cas n°2 — Le secteur sans accord
Dans un secteur où le contrat de chantier était déjà d'usage habituel au 1er janvier 2017, une entreprise peut y recourir même en l'absence d'accord de branche étendu, conformément au deuxième alinéa de l'article L1223-8.
Cas n°3 — Pas d'indemnité de précarité
Un salarié en contrat de chantier voit son contrat rompre à la fin de l'opération. S'agissant d'un CDI, il ne perçoit pas l'indemnité de précarité du CDD, mais bénéficie des indemnités et garanties prévues par l'accord de branche.
Cas n°4 — Le détournement sanctionné
Une entreprise enchaîne les contrats de chantier pour occuper durablement un poste permanent, hors de tout cadre régulier. Ce détournement peut conduire à une requalification et à la remise en cause de la rupture.
Questions fréquentes
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Page mise à jour le 19/06/2026.