Article L1233-39 · En vigueur

Article L1233-39 — Procedure licenciement collectif 10 salaries et plus

L'article L1233-39 organise la procédure spéciale du licenciement collectif pour motif économique d'au moins 10 salariés sur 30 jours. Consultation renforcée du CSE (ou des délégués syndicaux/représentants), expert-comptable financé par l'employeur, élaboration d'un PSE si entreprise ≥ 50 salariés.

Ce que dit l'article L1233-39

Texte officiel en vigueur depuis le 01/01/2018 :

L'employeur qui envisage de prononcer un licenciement pour motif économique d'au moins dix salariés dans une même période de trente jours réunit et consulte le comité social et économique sur les opérations projetées dans les conditions prévues par la présente sous-section.

Dans les entreprises ou établissements qui ne sont pas dotés d'un comité social et économique, alors qu'ils en remplissent les conditions d'effectifs, le projet de licenciement est soumis aux délégués syndicaux, à défaut, aux représentants des salariés mentionnés à l'article L. 2312-1.

Source : Légifrance

Nature
Partie legislative
Partie I
Les relations individuelles de travail
Livre
Livre II
Titre
Titre III Rupture du contrat
Chapitre
Chapitre III Licenciement pour motif economique

L'article L1233-39 du Code du travail organise la procédure spécifique du licenciement collectif d'au moins 10 salariés sur 30 jours. Réunion et consultation obligatoire du CSE sur les opérations projetées, élaboration d'un PSE (si entreprise ≥ 50 salariés), homologation administrative. Procédure lourde et protectrice, censée maximiser les chances de reclassement et limiter les ruptures.

Texte officiel

« L'employeur qui envisage de prononcer un licenciement pour motif économique d'au moins dix salariés dans une même période de trente jours réunit et consulte le comité social et économique sur les opérations projetées dans les conditions prévues par la présente sous-section.

Dans les entreprises ou établissements qui ne sont pas dotés d'un comité social et économique, alors qu'ils en remplissent les conditions d'effectifs, le projet de licenciement est soumis aux délégués syndicaux, à défaut, aux représentants des salariés mentionnés à l'article L. 2312-1. »

En clair

Quand un employeur envisage de licencier au moins 10 salariés en moins de 30 jours pour motif économique, la procédure spéciale s'applique. C'est un changement de paradigme par rapport aux licenciements individuels : consultation CSE renforcée, étude des alternatives, plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) dans les grandes entreprises, contrôle administratif (DREETS).

Le seuil de déclenchement : 10/30

Seuil quantitatif
  • Au moins 10 salariés licenciés
  • Période de 30 jours consécutifs
  • Calculé sur la décision, pas la notification
  • Tous types de contrats (CDI, CDD, intérimaires sous certaines conditions)
Précisions
  • Le contournement par fractionnement est interdit (L1233-26)
  • Si 10+ sur 30 jours, mais < 18 sur 3 mois : procédure simplifiée
  • ≥ 50 salariés sur 60 jours + entreprise ≥ 50 salariés = PSE obligatoire

La consultation du CSE : procédure renforcée

ÉtapeDétail
Information préalableTransmission au CSE de tous les renseignements utiles : motif économique, nombre de licenciements envisagés, catégories professionnelles concernées, critères d'ordre, calendrier prévisionnel, mesures de reclassement
Réunions du CSEAu moins 2 réunions (≥ 50 salariés) ou 1 réunion (< 50 salariés), espacées d'un délai permettant un examen approfondi
Expert-comptableLe CSE peut désigner un expert-comptable financé par l'employeur (L2315-92) pour l'éclairer sur la pertinence du motif économique et l'adéquation des mesures
Avis du CSEAvis rendu à l'issue des consultations. Délais : 2 mois (10-99 salariés concernés), 3 mois (100-249), 4 mois (250+)
Information de la DREETSL'employeur informe la DREETS dès le début de la procédure (notification du projet)

Le PSE (Plan de Sauvegarde de l'Emploi)

Obligatoire dans les entreprises de ≥ 50 salariés qui licencient ≥ 10 salariés sur 30 jours (L1233-61). Le PSE contient :

  • Mesures de reclassement interne : postes disponibles dans l'entreprise et le groupe (L1233-4)
  • Mesures de reclassement externe : aide au reclassement (cabinets, prestations), formation, validation des acquis
  • Mesures d'aide à la création d'entreprise : prêts, aides matérielles, accompagnement
  • Indemnités supralégales de licenciement (en plus des indemnités légales)
  • Actions de mobilité géographique ou professionnelle

Validation ou homologation par la DREETS

Le PSE doit être : (1) validé par la DREETS si négocié par accord collectif majoritaire (L1233-57-2) ; (2) homologué par la DREETS si décidé unilatéralement par l'employeur (L1233-57-3). Délai d'instruction : 15 jours pour validation, 21 jours pour homologation. Silence = décision tacite favorable. Décision négative ou absence de décision = nullité du licenciement (L1235-15).

Sanctions en cas de non-respect

  • Délit d'entrave aux fonctions du CSE (L2317-1) : 7 500 € d'amende
  • Nullité du licenciement (L1235-15) si défaut de validation/homologation du PSE
  • Réintégration de droit ou indemnité minimale 6 mois de salaire (hors barème Macron)
  • Suspension de la procédure par référé du CSE devant le tribunal judiciaire
  • Recours du CSE et des syndicats contre la décision DREETS devant le tribunal administratif

Articles connexes

Vulgarisation à but informatif. Le licenciement collectif 10+ est l'une des procédures les plus complexes du droit du travail. Pour les élus CSE et les syndicats : préparation soignée des consultations, recours à un expert-comptable, négociation collective d'un accord majoritaire si possible. Pour les salariés : participer à l'information, faire valoir ses droits au reclassement et aux indemnités.

Publicité

Cas pratiques

Cas 1 — Fermeture d'un site : PSE obligatoire

Une entreprise de 300 salariés ferme un site qui en emploie 65. Tous sont licenciés pour motif économique. Application de L1233-39 + L1233-61 : seuil 10+/30 jours largement dépassé. Procédure spéciale : consultation CSE renforcée (au moins 2 réunions), expert-comptable financé par l'employeur, élaboration d'un PSE (entreprise ≥ 50 salariés), validation/homologation par la DREETS. Mesures obligatoires : reclassement interne et groupe, aide externe, indemnités supralégales. Coût total : plusieurs millions d'euros + temps de procédure 3-6 mois.

Cas 2 — Contournement par fractionnement : interdit

Une entreprise de 80 salariés envisage de licencier 14 personnes. Pour éviter la procédure 10+/30 jours, elle planifie de licencier 9 personnes en mars, puis 5 en mai (intervalles de 60 jours). Violation de L1233-26 : le fractionnement artificiel pour échapper à la procédure 10+/30 jours est interdit. Si plus de 18 salariés sur 3 mois, requalification en procédure 10+/30 jours. Sanctions : nullité possible, dommages-intérêts CSE et salariés concernés, possible plainte pour entrave.

Cas 3 — Délai de consultation du CSE

Un employeur envisage de licencier 45 salariés. Application de L1233-39 + délais légaux : ouverture de la procédure → information CSE → réunions → avis. Délai légal pour rendre l'avis : 3 mois (10-249 salariés concernés). Pendant ce délai : 2 réunions minimum, désignation d'un expert-comptable, transmission de tous les documents. À l'issue : avis du CSE (consultatif). L'employeur peut ensuite passer à la notification individuelle des licenciements.

Cas 4 — PSE négocié par accord majoritaire

Une grande entreprise négocie son PSE avec ses organisations syndicales représentatives. Accord majoritaire signé (50 % des suffrages CSE). Application de L1233-39 + L1233-57-2 : PSE validé par la DREETS sous 15 jours (procédure accélérée). Avantages de la négociation : PSE plus solide juridiquement, indemnités supralégales négociées, mesures de reclassement adaptées. Contestation devant le tribunal administratif plus difficile (l'accord majoritaire renforce la légitimité). Risque de nullité réduit pour les licenciements ultérieurs.

Cas 5 — Défaut de consultation du CSE

Un employeur engage le licenciement de 20 salariés sans avoir consulté le CSE en bonne et due forme (réunion express, pas de documents). Violation de L1233-39 + L2317-1 : délit d'entrave aux fonctions du CSE. Le CSE saisit le tribunal judiciaire en référé : suspension de la procédure jusqu'à régularisation, sous astreinte. Plainte pénale en parallèle : 7 500 € d'amende. Dommages-intérêts au CSE et aux salariés. Procédure entièrement à reprendre, coûts supplémentaires importants.

Cas 6 — Annulation du PSE par le TA : réintégration

Le PSE d'une entreprise de 200 salariés est homologué par la DREETS, mais annulé 12 mois après par le tribunal administratif (insuffisance des mesures de reclassement). Application de L1233-39 + L1235-15 : nullité des licenciements. Réintégration de droit des salariés volontaires avec ancienneté reconstituée et paiement intégral des salaires perdus. À défaut, indemnité minimale 6 mois (hors barème Macron, souvent 12 à 24 mois en pratique). Coût total pour l'entreprise : très significatif (plusieurs millions €).

5 points clés du licenciement collectif 10+

(1) Seuil de déclenchement : 10+ salariés sur 30 jours. Pas de contournement par fractionnement (L1233-26). (2) Consultation CSE renforcée : 2 réunions minimum, expert-comptable financé par employeur, délais selon nombre de salariés. (3) PSE obligatoire si entreprise ≥ 50 salariés (L1233-61). (4) Validation/homologation DREETS obligatoire (L1233-57-2 et 57-3). (5) Voies de recours : référé judiciaire pour suspension, TA pour annulation décision DREETS, prud'hommes pour actions individuelles. Sanctions du non-respect : nullité du licenciement (L1235-15), réintégration, indemnités hors barème.

Questions fréquentes

Lorsque l'employeur envisage de licencier au moins 10 salariés pour motif économique dans une même période de 30 jours (L1233-39). Le fractionnement artificiel pour échapper à cette procédure (par exemple : 9 licenciements puis 5 deux mois plus tard) est interdit par L1233-26 : si plus de 18 salariés sont licenciés sur 3 mois, requalification en procédure 10+/30 jours.

Consultation renforcée obligatoire. L'employeur transmet au CSE tous les renseignements utiles (motif économique, nombre, catégories, critères, calendrier, mesures). Au moins 2 réunions du CSE (≥ 50 salariés) espacées d'un délai d'examen approfondi. Le CSE peut désigner un expert-comptable financé par l'employeur (L2315-92). Avis du CSE dans les délais : 2 mois (10-99 salariés), 3 mois (100-249), 4 mois (250+).

Obligatoire dans les entreprises de 50 salariés et plus qui envisagent de licencier 10 salariés ou plus sur 30 jours (L1233-61). Le PSE contient : mesures de reclassement interne et externe, aide à la création d'entreprise, indemnités supralégales de licenciement, actions de mobilité. Pour les entreprises plus petites ou licenciements moins nombreux : pas de PSE obligatoire, mais mesures de reclassement individuel (L1233-4).

Deux voies (L1233-57-2 et L1233-57-3) : (1) accord collectif majoritaire entre l'employeur et les syndicats représentatifs - validation par la DREETS sous 15 jours ; (2) document unilatéral de l'employeur - homologation par la DREETS sous 21 jours. Silence = décision tacite favorable. Décision négative ou défaut : nullité des licenciements (L1235-15). Contestation devant le tribunal administratif possible (2 mois).

(1) Action en référé du CSE devant le tribunal judiciaire pour suspension de la procédure en cas d'irrégularités graves ; (2) recours du CSE et des syndicats devant le tribunal administratif contre la décision DREETS (validation/homologation) - 2 mois ; (3) action prud'homale individuelle de chaque salarié dans les 12 mois suivant la notification du licenciement (L1471-1) ; (4) plainte pénale pour entrave aux fonctions du CSE (L2317-1 : 7 500 €).

(1) Délit d'entrave (L2317-1) : 7 500 € d'amende ; (2) suspension de la procédure par référé judiciaire sous astreinte ; (3) nullité du licenciement (L1235-15) si défaut de validation/homologation du PSE - réintégration de droit avec rappel intégral des salaires, ou indemnité minimale 6 mois hors barème Macron (souvent 12 à 24 mois en pratique) ; (4) responsabilité civile et pénale du dirigeant possible. Coût total des sanctions souvent plusieurs millions d'euros pour les grandes entreprises.
Cet article a une vocation pédagogique. Pour toute application concrète à votre situation, référez-vous au texte officiel sur Légifrance et, si nécessaire, consultez un professionnel du droit social.
Page mise à jour le 03/06/2026.