Article L1234-4 · En vigueur

Article L1234-4 — Dispense de preavis par l employeur - paiement integral du

L'article L1234-4 garantit que la dispense de préavis par l'employeur n'avance pas la date de fin du contrat. Le salarié bénéficie du paiement intégral du salaire pendant la durée théorique du préavis, conservant tous les droits attachés (ancienneté, congés, indemnités).

Ce que dit l'article L1234-4

Texte officiel en vigueur depuis le 01/05/2008 :

L'inexécution du préavis, notamment en cas de dispense par l'employeur, n'a pas pour conséquence d'avancer la date à laquelle le contrat prend fin.

Source : Légifrance

Nature
Partie legislative
Partie I
Les relations individuelles de travail
Livre
Livre II
Titre
Titre III Rupture du contrat
Chapitre
Chapitre IV Consequences du licenciement

L'article L1234-4 du Code du travail pose un principe essentiel : la dispense de préavis par l'employeur n'avance pas la date de fin du contrat. Concrètement, lorsque l'employeur dispense le salarié d'exécuter son préavis, il doit lui verser l'intégralité du salaire correspondant jusqu'à la date théorique de fin du préavis, tout en lui permettant de ne pas se présenter au travail.

Texte officiel

« L'inexécution du préavis, notamment en cas de dispense par l'employeur, n'a pas pour conséquence d'avancer la date à laquelle le contrat prend fin. »

En clair

Le préavis est une période obligatoire qui sépare la notification du licenciement (ou la démission) de la rupture effective du contrat. Pendant le préavis, le contrat continue normalement. L'article L1234-4 garantit que la dispense d'exécution (à l'initiative de l'employeur) ne pénalise pas le salarié : il bénéficie de tous les droits comme s'il travaillait jusqu'à la fin théorique du préavis.

Trois situations possibles pendant le préavis

Préavis travaillé

Le salarié exécute normalement son préavis. Il continue à venir travailler, perçoit son salaire normal, conserve ses heures pour recherche d'emploi (selon convention collective). Cas le plus fréquent.

Dispense par l'employeur

L'employeur dispense le salarié d'effectuer son préavis (départ immédiat). Application de L1234-4 : paiement intégral du salaire pendant toute la durée du préavis comme s'il avait travaillé. Le salarié est libre de travailler ailleurs.

Refus du salarié d'effectuer

Si le salarié refuse d'exécuter son préavis (départ sans accord), il s'expose à devoir verser une indemnité compensatrice à l'employeur (L1234-5 inversé). Cas distinct de la dispense.

Conséquences de la dispense par l'employeur

ÉlémentRègle
RémunérationPaiement intégral du salaire (base + primes habituelles) jusqu'à la date théorique de fin du préavis
Indemnité compensatrice de préavisVersée sous forme de salaire mensuel ou de prime forfaitaire selon les conventions
Date de fin de contratReste fixée à la date théorique de fin du préavis (et non à la date de cessation effective du travail)
Acquisition de congés payésMaintien des droits à congés payés (2,5 jours par mois) sur la durée du préavis dispensé
AnciennetéComptée jusqu'à la date théorique de fin du préavis (calcul des indemnités de rupture, droits chômage)
Activité ailleursLe salarié peut travailler chez un autre employeur pendant la période de dispense (sauf clause d'exclusivité valide)

Date d'inscription au chômage

Une question fréquente : la dispense de préavis avance-t-elle l'inscription à France Travail (ex-Pôle Emploi) ?

  • Inscription possible immédiatement : le salarié peut s'inscrire dès la cessation effective de son activité
  • Versement des allocations différé : les indemnités de préavis payées par l'employeur reportent le point de départ des allocations chômage (différé d'indemnisation)
  • Calcul du différé : pour un préavis dispensé de 2 mois payés, le différé d'indemnisation chômage est généralement de 60 jours
  • Information importante à anticiper pour gérer la trésorerie personnelle

Dispense vs Rupture conventionnelle

La dispense de préavis (L1234-4) ne se confond pas avec une rupture conventionnelle ni avec un raccourcissement amiable du contrat. Si l'employeur et le salarié conviennent ensemble d'une date de rupture anticipée (avant la fin du préavis légal), il faut formaliser cet accord par écrit (avenant ou transaction). Sans cela, le contrat reste théoriquement en cours jusqu'à la date légale.

Durée légale du préavis (rappel L1234-1)

L'article L1234-1 fixe la durée légale du préavis en cas de licenciement (hors faute grave) :

  • Moins de 6 mois d'ancienneté : selon convention, accord ou usages locaux (souvent 1 semaine à 1 mois)
  • 6 mois à 2 ans d'ancienneté : 1 mois
  • 2 ans et plus d'ancienneté : 2 mois

Les conventions collectives prévoient souvent des durées plus longues, notamment pour les cadres (3 mois fréquemment).

Articles connexes

Vulgarisation à but informatif. La dispense de préavis doit être formalisée par écrit (mention dans la lettre de licenciement ou courrier séparé). En cas de paiement insuffisant : rappel de salaire aux prud'hommes (prescription 3 ans). Différé d'indemnisation chômage à anticiper avec France Travail.

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Cas pratiques

Cas 1 — Dispense classique pour rupture amiable

Un cadre commercial reçoit sa notification de licenciement le 1er mars avec un préavis légal de 2 mois (ancienneté 5 ans). L'employeur le dispense d'effectuer son préavis « pour préserver la sérénité de l'équipe ». Application de L1234-4 : le contrat prend fin le 30 avril (date théorique) et non le 1er mars. Salaire intégral versé sur mars et avril (~ 9 000 € pour un cadre à 4 500 €/mois). Indemnité de licenciement calculée sur l'ancienneté incluant le préavis (5 ans 2 mois). Liberté de travailler ailleurs pendant la dispense.

Cas 2 — Erreur de date de fin de contrat

Une entreprise mentionne dans le solde de tout compte « date de fin de contrat : 1er mars » (date de notification) au lieu du 30 avril (date théorique fin de préavis). Le salarié constate l'erreur. Violation de L1234-4 : la date de fin de contrat doit être la date théorique de fin du préavis. Conséquences : (1) ancienneté mal calculée → indemnité de licenciement minorée ; (2) attestation France Travail erronée → impact sur les droits chômage. Action en régularisation, paiement du différentiel, attestation rectifiée.

Cas 3 — Activité ailleurs pendant la dispense

Une salariée est dispensée d'effectuer son préavis de 3 mois (cadre). Elle trouve un nouvel emploi qui démarre 15 jours après. Application de L1234-4 : elle peut accepter le nouvel emploi pendant la période de dispense (sauf clause d'exclusivité valide). Cumul possible : salaire de dispense (ancien employeur) + salaire du nouvel emploi. Pas d'obligation d'informer l'ancien employeur (qui ne peut pas s'opposer). Avantage financier significatif (double salaire pendant 2,5 mois).

Cas 4 — Différé d'indemnisation chômage

Un salarié dispensé de préavis de 2 mois s'inscrit immédiatement à France Travail. Application de L1234-4 + différé d'indemnisation : les indemnités de préavis payées (~ 6 000 € net) entraînent un différé spécifique d'indemnisation chômage de 60 jours. Premier versement d'allocation après ce différé. Importance de provisionner sa trésorerie : pendant la période, salaire de dispense (60 jours) + pas d'allocation = revenus seulement de l'ancien employeur. Calcul à faire au préalable.

Cas 5 — Dispense unilatérale non justifiée

Un employeur dispense un cadre commercial du préavis et lui dit oralement qu'il « ne sera pas payé pendant la dispense ». Le cadre signe une transaction de bonne foi. Violation de L1234-4 : la dispense par l'employeur entraîne obligatoirement le paiement intégral du préavis. Aucune transaction ne peut prévoir l'inverse (renonciation à un droit d'ordre public). Saisine prud'homale : rappel de salaire sur le préavis dispensé non payé (~ 13 500 € pour 3 mois × 4 500 €) + dommages-intérêts pour préjudice subi.

Cas 6 — Demande de dispense par le salarié

Un salarié démissionnaire (préavis 2 mois) souhaite partir immédiatement pour son nouveau poste. Il demande à son employeur de le dispenser. L'employeur accepte. Application différente de L1234-4 : dispense à la demande du salarié, l'employeur n'est pas tenu de payer le préavis. Le contrat prend fin à la date de cessation effective. Pas de droit aux allocations chômage (démission). Important : la dispense à l'initiative du salarié n'ouvre pas les mêmes droits que la dispense à l'initiative de l'employeur.

5 points clés sur la dispense de préavis

(1) Dispense par l'employeur = paiement intégral du préavis (L1234-4) + date de fin de contrat maintenue à la date théorique. (2) Dispense à la demande du salarié = pas de paiement obligatoire par l'employeur (régime différent). (3) Cumul possible avec un nouvel emploi pendant la dispense (sauf clause d'exclusivité valide). (4) Différé d'indemnisation chômage spécifique sur la durée du préavis payé (à anticiper). (5) En cas de non-paiement : action prud'homale pour rappel de salaire (prescription 3 ans, L3245-1).

Questions fréquentes

Le salarié est libéré de l'obligation de venir travailler mais bénéficie du paiement intégral du salaire (base + primes habituelles) pendant toute la durée théorique du préavis. La date de fin de contrat reste fixée à la date théorique de fin du préavis (et non à la date de cessation effective du travail). Maintien de l'ancienneté, des droits à congés payés, et de tous les avantages comme s'il avait travaillé.

Oui, sauf clause d'exclusivité valide dans son contrat. Le salarié dispensé est libre d'accepter un nouvel emploi pendant la période de dispense, sans en informer son ancien employeur. Cumul possible : salaire de dispense (ancien employeur) + salaire du nouvel emploi. Avantage financier significatif (double salaire pendant la durée de la dispense).

Non, c'est précisément le principe de L1234-4 : l'inexécution du préavis n'a pas pour conséquence d'avancer la date à laquelle le contrat prend fin. Le contrat reste théoriquement en cours jusqu'à la date de fin du préavis légal ou conventionnel. Conséquences pratiques : ancienneté comptée jusqu'à cette date, calcul des indemnités de rupture inclut la durée du préavis, attestation France Travail mentionne cette date.

Le salarié peut s'inscrire à France Travail dès la cessation effective de son activité. Mais les indemnités de préavis payées par l'employeur entraînent un différé spécifique d'indemnisation chômage (généralement égal à la durée du préavis payé). Exemple : préavis de 2 mois payé = 60 jours de différé avant le premier versement d'allocation. À anticiper pour la trésorerie personnelle.

Violation de L1234-4. Le paiement intégral du préavis est un droit d'ordre public. Aucune transaction ne peut prévoir l'inverse (renonciation à un droit fondamental). Recours : (1) mise en demeure de l'employeur par LRAR ; (2) action prud'homale pour rappel de salaire (prescription 3 ans, L3245-1) + congés payés afférents + dommages-intérêts pour préjudice subi (~ 1 000 à 3 000 €) ; (3) signalement à l'inspection du travail.

Régimes différents. Dispense PAR l'employeur (L1234-4) : paiement intégral obligatoire, date de fin théorique maintenue. Dispense à la DEMANDE du salarié : l'employeur n'est pas tenu de payer le préavis non effectué, le contrat prend fin à la date de cessation effective. Important pour les démissions : si le salarié veut partir immédiatement, négocier avec l'employeur les modalités (avec ou sans rémunération).
Cet article a une vocation pédagogique. Pour toute application concrète à votre situation, référez-vous au texte officiel sur Légifrance et, si nécessaire, consultez un professionnel du droit social.
Page mise à jour le 03/06/2026.