Addictions au Travail
Addictions au travail : alcool, drogues, écrans

Module 1 / 4 : Cadre & chiffres des addictions au travail · Sommaire complet

Module 1 : Cadre & chiffres 18 min de lecture

1.3 Les acteurs en présence : rôles et responsabilités

Face à une situation d'addiction, plusieurs acteurs interviennent, chacun avec un rôle précis et des limites.

Médecin du travail, manager, RH, CSE, référent et salarié concerné : ce chapitre décrit la chaîne d'intervention et ce que chacun peut, ou ne peut pas, faire.

Les 6 acteurs clés des addictions au travail
Médecin du travail
Manager
RH
CSE / CSSCT
Référent
Salarié
1

Le médecin du travail : pivot médical du dispositif

Le médecin du travail exerce au sein d'un service de prévention et de santé au travail, dont la mission est d'éviter toute altération de la santé des travailleurs du fait de leur travail (article L4622-2). Il est tenu au secret médical (article R4127-4 du Code de la santé publique).

Ses leviers sur les addictions :

  • Repérage lors des visites (embauche, suivi périodique, reprise, visite à la demande).
  • Questionnaires validés du repérage précoce : AUDIT et FACE (alcool), CAST (cannabis).
  • Orientation vers le médecin traitant, un addictologue ou un CSAPA (module 4).
  • Propositions écrites d'aménagement, d'adaptation du poste ou du temps de travail (L4624-3).
  • Avis d'inaptitude lorsque aucun aménagement n'est possible (L4624-4).
  • Conseil à l'employeur et au CSE sur la prévention collective.
Ce que reçoit l'employeur : un avis, une attestation de suivi ou des propositions d'aménagement, jamais le diagnostic. L'employeur doit prendre en considération ces propositions ; s'il les refuse, il en donne les motifs par écrit au salarié et au médecin (article L4624-6).

Le salarié peut aussi demander lui-même à rencontrer le médecin du travail. Cette demande ne peut justifier aucune sanction (R4624-34). L'employeur peut également solliciter une visite.

2

Le manager direct : premier maillon

Le manager de proximité est souvent le mieux placé pour remarquer un changement de comportement. Il n'est ni médecin ni juge : son rôle est d'observer, de protéger et d'orienter.

Son périmètre

  • Observer des faits : retards, absences, erreurs, incidents, comportement inhabituel.
  • Noter les faits (date, lieu, témoins) sans les qualifier médicalement.
  • Mettre en sécurité en cas de danger immédiat.
  • Recevoir le salarié en entretien individuel, sans accusation.
  • Orienter vers le médecin du travail, les RH ou le référent.
  • Maintenir la relation de travail dans la durée.

Ce qu'il ne fait pas

  • Diagnostiquer (« il est alcoolique »).
  • Couvrir la situation par solidarité.
  • Sanctionner hors procédure.
  • Divulguer la situation aux collègues.
  • Imposer un soin : c'est le rôle des professionnels de santé.
  • Contrôler l'alcoolémie sans que le règlement intérieur le prévoie pour ce poste.

Cette posture s'apprend : une formation courte des encadrants, prévue dans la démarche de prévention (module 4), limite les erreurs de part et d'autre.

3

La direction des ressources humaines

La DRH, pour le compte de l'employeur, porte plusieurs responsabilités :

  • Piloter la politique de prévention : règlement intérieur, note de service, charte, sensibilisation.
  • Coordonner médecin du travail, managers, CSE et service juridique.
  • Gérer les situations individuelles : entretiens, aménagements, procédures disciplinaires.
  • Faire le lien avec les partenaires extérieurs (service de prévention et de santé au travail, structures de soins).

Bonnes pratiques :

  • Intégrer le risque lié aux consommations au document unique.
  • Écrire des règles claires (alcool, pots, postes de sécurité) et les faire connaître.
  • Former les managers à l'observation et à l'entretien.
  • Prévoir un parcours de retour au poste après un arrêt.
  • Suivre quelques indicateurs (accidents, absences) sans jamais constituer de fichier sur la santé des salariés.
Confidentialité RH : les RH ne sont pas tenues au secret médical, mais les informations de santé sont des données sensibles (article 9 du RGPD). Elles n'ont pas à être recherchées ; si un salarié en confie, elles ne sont partagées qu'avec les personnes qui ont besoin d'en connaître.
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Le CSE et sa commission santé, sécurité et conditions de travail

Le comité social et économique intervient à plusieurs moments. La CSSCT est obligatoire dans les entreprises d'au moins 300 salariés (L2315-36) et dans certains établissements à risques.

PrérogativeTexte
Avis sur le règlement intérieur et ses modificationsL1321-4
Consultation sur le document unique et ses mises à jourL4121-3
Droit d'alerte en cas de danger grave et imminentL4131-2
Formation des élus en santé, sécurité et conditions de travail (5 jours au premier mandat)L2315-18

Les élus sont aussi un canal de remontée d'information : ils peuvent signaler une situation préoccupante ou une organisation du travail qui favorise les consommations. La formation des élus est détaillée sur notre page formation santé, sécurité et conditions de travail du CSE.

Point d'attention : un élu qui reçoit une confidence n'a pas à la transmettre nominativement. Son rôle est collectif : faire évoluer les règles et l'organisation, pas instruire un dossier individuel.
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5

Le référent addictions : une fonction volontaire

Certaines entreprises désignent un référent addictions. Aucun texte ne l'impose, contrairement au référent en matière de harcèlement sexuel et d'agissements sexistes (obligatoire côté employeur dans les entreprises d'au moins 250 salariés, L1153-5-1, et désigné par le CSE, L2314-1).

Missions habituelles :

  • Animer la démarche de prévention.
  • Écouter les salariés, avec un engagement de discrétion (il n'est pas soumis au secret médical).
  • Orienter vers le médecin du travail et les structures extérieures.
  • Appuyer les managers confrontés à une situation.

Le référent ne pose pas de diagnostic et ne se substitue ni au médecin du travail ni à la hiérarchie. Sa lettre de mission, son temps disponible et sa formation méritent d'être écrits.

6

Le salarié concerné et ses collègues

Chaque travailleur doit prendre soin, selon sa formation et ses possibilités, de sa santé et de sa sécurité ainsi que de celles des personnes concernées par ses actes (L4122-1). Cette obligation vaut pour le salarié qui consomme comme pour ses collègues.

  • Le salarié peut solliciter de lui-même le médecin du travail (R4624-34).
  • Il reste libre d'accepter ou non un soin : la démarche d'aide fonctionne mieux quand elle est acceptée.
  • Un collègue témoin d'une situation dangereuse alerte la hiérarchie : ce n'est pas de la délation, c'est de la prévention.
Exemple de répartition des rôles (matrice RACI)
ActionMédecin du travailRH / employeurManagerCSERéférent
Politique de prévention, règlement intérieurCR/AICC
Repérage médical individuelR/A
Observation des faits, mise en sécuritéIARI
Sanction disciplinaireR/AC
Avis sur le poste (aptitude, aménagement)R/AI
Document uniqueCR/ACCC

R = réalise · A = décide et répond · C = consulté · I = informé · — = pas d'intervention. Exemple d'organisation, à adapter à l'entreprise.

À retenir
  • Médecin du travail : secret médical (R4127-4 CSP), repérage, orientation ; il transmet des avis et propositions (L4624-3, L4624-4), jamais le diagnostic.
  • Manager : observe des faits, met en sécurité, oriente. Il ne diagnostique pas et ne couvre pas.
  • RH : pilotent la prévention et les procédures, sans collecter de données de santé.
  • CSE : avis sur le règlement intérieur (L1321-4), consultation sur le document unique (L4121-3), droit d'alerte (L4131-2).
  • Référent addictions : fonction volontaire, non prévue par le Code du travail ; facilitateur, jamais diagnostiqueur.
  • Salarié : tenu de veiller à sa sécurité et à celle des autres (L4122-1), libre de solliciter le médecin du travail (R4624-34).

Sources

  • Code du travail, art. L4622-2, L4624-3, L4624-4, L4624-6, R4624-34, L4122-1, L4121-3, L4131-2, L1321-4, L2315-18, L2315-36, L1153-5-1, L2314-1 — legifrance.gouv.fr
  • Code de la santé publique, art. R4127-4 (secret médical) — legifrance.gouv.fr
  • Haute Autorité de santé — repérage précoce et intervention brève (AUDIT, FACE, CAST) — has-sante.fr
  • INRS — dossier Addictions — inrs.fr
  • CNIL — données de santé et RGPD (art. 9) — cnil.fr

Sensibilisation générale, sans valeur de conseil médical ou juridique individuel. Contenu vérifié en septembre 2026.

Sommaire de la formation