Addictions au Travail
Addictions au travail : alcool, drogues, écrans

Module 4 / 4 : Prévention, accompagnement & réseau d'aide · Sommaire complet

Module 4 : Prévention & aide 15 min de lecture

4.1 Construire une démarche de prévention

La prévention des pratiques addictives ne se résume pas à des contrôles. L'INRS la décrit comme une démarche collective en trois temps : concertation, évaluation du risque, mise en œuvre d'actions. Voici comment la structurer, texte par texte.

Les 5 briques d'une démarche de prévention
DUERP

Évaluer

Règles

RI, note de service

Charte

Politique écrite

Former

Encadrement, salariés

Partenaires

SPST, CSAPA

1

Une démarche collective, pas une logique de sanction

Le point de départ est l'obligation de sécurité de l'employeur et les principes généraux de prévention (articles L4121-1 et L4121-2 du Code du travail). Les pratiques addictives y entrent comme n'importe quel risque : on l'évalue, on le réduit, on organise la réaction en cas d'incident.

L'INRS insiste sur un point : la réussite suppose l'implication de tous les acteurs. Direction, encadrement, ressources humaines, CSE et service de prévention et de santé au travail (SPST) travaillent ensemble, souvent au sein d'un groupe de pilotage.

L'approche recommandée repose sur la concertation, l'accompagnement et le soutien. Une politique uniquement répressive pousse les consommations à se cacher et prive l'entreprise des signaux utiles.

1. Concertation

Groupe de pilotage, engagement de la direction, association du CSE et du SPST.

2. Évaluation

Repérer les situations de travail exposées et les inscrire au DUERP.

3. Actions

Règles, information, formation, procédure d'urgence, accompagnement.

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Inscrire le risque addictif dans le DUERP

Le document unique d'évaluation des risques professionnels (DUERP) est obligatoire pour tout employeur dès le premier salarié (article R4121-1, issu du décret n° 2001-1016 du 5 novembre 2001). La loi n° 2021-1018 du 2 août 2021 en a renforcé le régime :

  • Conservation des versions successives pendant au moins 40 ans (article L4121-3-1).
  • Mise à jour au moins annuelle dans les entreprises d'au moins 11 salariés, et à chaque changement important (article R4121-2).
  • Consultation du CSE sur le DUERP et ses mises à jour (article L4121-3).
  • À partir de 50 salariés, un programme annuel de prévention (PAPRIPACT) ; en dessous, une liste d'actions de prévention (article L4121-3-1).

Comment y intégrer les pratiques addictives ? L'INRS recommande de croiser des indicateurs quantitatifs et qualitatifs :

  • les situations de travail qui favorisent les consommations : horaires atypiques ou de nuit, travail isolé, pics de charge, exposition au public, tâches pénibles ;
  • les postes où un trouble du comportement met en danger le salarié ou des tiers (conduite, machines, travail en hauteur) ;
  • les données collectives transmises par le SPST et la fréquence des troubles du comportement constatés ;
  • les mesures existantes (règlement intérieur, procédure d'urgence, information) et celles à programmer.

Exemple pédagogique (fictif)

Une PME de transport ajoute au DUERP une ligne « pratiques addictives » pour l'unité de travail « conduite poids lourds ». Gravité : très élevée (accident routier, atteinte à des tiers). Facteurs relevés : départs très matinaux, repas pris seul sur la route. Actions programmées : information de tous les conducteurs, procédure écrite en cas de trouble du comportement, réflexion sur les plannings avec le CSE et le SPST.

Pour structurer votre document, le générateur de DUERP gratuit propose une trame par unité de travail, et la formation DUERP détaille la méthode d'évaluation.

Articulation avec les RPS : stress, surcharge, isolement ou horaires décalés figurent parmi les facteurs professionnels qui favorisent les consommations. Traiter ces facteurs dans le DUERP, c'est agir sur le risque addictif à la source.
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Fixer les règles : règlement intérieur et procédure d'urgence

Seuls le vin, la bière, le cidre et le poiré sont autorisés sur le lieu de travail (article R4228-20). Si leur consommation peut porter atteinte à la sécurité, l'employeur prévoit des mesures de limitation, voire d'interdiction, proportionnées au but recherché, dans le règlement intérieur ou, à défaut, par note de service.

Le règlement intérieur est obligatoire à partir de 50 salariés (article L1311-2). Il est soumis à l'avis du CSE, communiqué à l'inspection du travail, déposé au greffe du conseil de prud'hommes et affiché (articles L1321-4 et R1321-1 et suivants). C'est lui qui peut prévoir, pour les postes où l'ébriété présente un danger, un contrôle d'alcoolémie ou un test salivaire, avec possibilité de contestation (module 2).

La procédure en cas de trouble du comportement est la pièce la plus utile au quotidien. L'INRS en décrit la logique :

  1. Faire cesser l'activité dangereuse et mettre la personne en sécurité.
  2. Alerter les secours (15 ou 112) en cas de doute sur l'état de santé ; ne jamais laisser la personne reprendre le volant.
  3. Consigner les faits observés, sans interprétation.
  4. Organiser un entretien respectueux à la reprise du travail, et proposer une orientation vers le médecin du travail.
Point de vigilance : la procédure doit désigner nommément qui fait quoi (sauveteur secouriste, encadrant, RH) et être connue de l'encadrement de proximité, y compris en horaires de nuit.
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Rédiger une charte addictions

La charte formalise la politique de l'entreprise. Elle sert surtout à expliquer : pourquoi l'entreprise agit, qui peut aider, comment la confidentialité est garantie.

Attention à sa portée juridique : un document qui impose des obligations générales et permanentes en matière de santé, de sécurité ou de discipline est considéré comme une adjonction au règlement intérieur (article L1321-5). Il suit alors la même procédure (avis du CSE, dépôt, affichage). Une charte purement informative n'est pas soumise à ces formalités.

Contenu habituel :

  • l'engagement de la direction et les objectifs ;
  • des définitions partagées (usage, mésusage, dépendance) ;
  • le rappel des règles en vigueur (règlement intérieur, pots, déplacements) ;
  • les rôles de chacun : médecin du travail, RH, encadrement, CSE ;
  • les ressources d'aide internes et externes (chapitre 4.3) ;
  • l'engagement de confidentialité et de non-discrimination (l'état de santé ne peut fonder une sanction : article L1132-1) ;
  • la date de mise à jour.

Conseils de forme : un texte court, un ton clair et non moralisateur, une diffusion large (livret d'accueil, intranet, affichage) et une présentation orale lors des réunions d'équipe.

Le CSE, qui procède à l'analyse des risques professionnels et peut proposer des actions de prévention (article L2312-9), a toute sa place dans la rédaction.

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Former l'encadrement, informer les salariés

Les encadrants de proximité sont en première ligne. Une formation doit leur donner :

  • des repères de base sur les substances et leurs effets sur la vigilance ;
  • la procédure à suivre en cas de trouble du comportement ;
  • une méthode d'entretien factuel, centré sur le travail (chapitre 3.3) ;
  • la connaissance des ressources d'aide ;
  • leurs limites : un encadrant ne diagnostique pas, ne soigne pas, n'interroge pas sur la vie privée.

Côté salariés, l'information collective fait connaître les règles et les aides, et dédramatise le sujet. Quelques rendez-vous nationaux peuvent servir de support :

  • Mois sans tabac (novembre), porté par Santé publique France et l'Assurance maladie ;
  • Journée mondiale sans tabac (31 mai, OMS) ;
  • Journée internationale contre l'abus et le trafic de drogues (26 juin, ONU).

La prévention porte aussi sur les conditions de travail : organisation des pots d'entreprise (boissons non alcoolisées et restauration systématiquement proposées), charge de travail, horaires. Pour objectiver les contraintes psychosociales d'une équipe, le diagnostic RPS (questionnaire de Karasek) peut servir de point d'appui.

Bonne pratique : communiquer sur les aides avant les règles. Un salarié qui sait qu'il peut consulter en toute confidentialité se manifeste plus tôt.
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S'appuyer sur des partenaires

L'entreprise n'a pas vocation à soigner. Elle organise la prévention et oriente. Plusieurs interlocuteurs peuvent l'y aider :

  • le SPST : le médecin du travail et l'équipe pluridisciplinaire conseillent l'employeur, les salariés et leurs représentants sur la prévention des consommations d'alcool et de drogues (article L4622-2) ;
  • les CSAPA, dont la loi fixe aussi une mission de prévention individuelle et collective (article L3411-6 du Code de la santé publique) ;
  • les associations de prévention, comme l'Association Addictions France (ex-ANPAA) ;
  • la MILDECA, qui publie des ressources pour le milieu professionnel ;
  • l'INRS, dont la brochure ED 6505 « Pratiques addictives en milieu de travail » (2023) détaille la démarche.

Le chapitre 4.3 présente ces structures en détail, en particulier le fonctionnement des CSAPA.

Exemple de déploiement sur une année

Calendrier indicatif, à adapter à la taille de l'entreprise.

T1
Concertation : groupe de pilotage (direction, RH, CSE, SPST), état des lieux, évaluation dans le DUERP.
T2
Règles : procédure en cas de trouble du comportement, révision du règlement intérieur si besoin (avis du CSE), charte.
T3
Formation et information : sessions pour l'encadrement, communication à tous les salariés sur les aides.
T4
Bilan : retour d'expérience en CSE, mise à jour du DUERP et du programme d'actions.
À retenir
  • Démarche en trois temps (INRS) : concertation, évaluation, actions, avec direction, encadrement, RH, CSE et SPST.
  • Le risque addictif s'inscrit au DUERP (R4121-1) : conservation 40 ans, mise à jour au moins annuelle dès 11 salariés, CSE consulté (L4121-3).
  • Les restrictions d'alcool passent par le règlement intérieur ou une note de service, proportionnées au but recherché (R4228-20).
  • Une procédure écrite en cas de trouble du comportement : arrêter l'activité, alerter, consigner, puis entretien à la reprise.
  • Une charte qui crée des obligations générales et permanentes suit la procédure du règlement intérieur (L1321-5).
  • L'entreprise oriente, elle ne soigne pas : SPST, CSAPA et associations de prévention sont ses relais.

Sources

  • Code du travail, art. L4121-1 à L4121-3-1, R4121-1 et R4121-2 (DUERP) — legifrance.gouv.fr
  • Code du travail, art. R4228-20, L1311-2, L1321-4, L1321-5 (règlement intérieur) — legifrance.gouv.fr
  • Code du travail, art. L2312-9 (CSE) et L4622-2 (SPST) — legifrance.gouv.fr
  • Code de la santé publique, art. L3411-6 (CSAPA) — legifrance.gouv.fr
  • INRS — dossier Addictions (prévention) et brochure ED 6505 — inrs.fr
  • MILDECA — addictions en milieu professionnel — drogues.gouv.fr

Sensibilisation générale, sans valeur de conseil médical ou juridique individuel. Contenu vérifié en septembre 2026.

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Contenu relu par le Pôle HSE & Risques industriels · Politique éditoriale