Bases théoriques du sapeur-pompier
Secours d'urgence aux personnes

Module 2 / 4  ·  Sommaire complet de la formation

Module 2 : Secours d'urgence aux personnes 20 min de lecture

2.2 Le bilan : principes, regards successifs et transmission

Le bilan est le fil conducteur de toute intervention de secours d'urgence aux personnes. C'est lui qui permet de repérer ce qui menace la vie, de comprendre ce qui s'est passé et de donner au médecin régulateur les éléments dont il a besoin pour décider. Ce chapitre décrit sa logique d'après les fiches du chapitre « Bilans » des références techniques nationales : ses finalités, ses principes, ses quatre regards successifs, la surveillance et la transmission. Il n'aborde aucune technique de mesure ni aucune valeur.

Les quatre regards du bilan (fiche 04AC01)

1er regard

La situation dans sa globalité : dangers, nature, nombre de victimes, moyens

2e regard

Vers la victime : menace vitale et plainte principale

3e regard

Les fonctions vitales, l'une après l'autre

4e regard

Interrogatoire, examen, paramètres, puis transmission

La surveillance commence dès le 2e regard et dure jusqu'à la fin de l'intervention.

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Ce qu'est le bilan et à quoi il sert

Connaissances, pas gestes. La formation opérationnelle des sapeurs-pompiers relève du SDIS et les gestes de secours s'apprennent en formation PSC (premiers secours citoyen, ex-PSC1) et PSE. Ce chapitre explique les notions et le vocabulaire des références techniques nationales ; il ne décrit aucun geste à appliquer.

La fiche 04AC01 « Généralités sur les bilans » (actualisée en décembre 2023) donne une définition courte : le bilan est « la phase de recueil d'informations permettant d'évaluer une situation et l'état d'une victime tout au long de sa prise en charge ». Le mot important est « tout au long » : le bilan n'est pas un formulaire rempli une fois, c'est une démarche qui dure du premier coup d'œil jusqu'au passage de relais.

Réalisé « de manière structurée et rigoureuse », il assure, selon la même fiche :

  • la mise en sécurité des intervenants, des victimes, des témoins et des lieux ;
  • la recherche des détresses vitales et la mise en œuvre rapide d'une conduite à tenir appropriée ;
  • une évaluation globale de l'état physique et psychique de la victime ;
  • la transmission au médecin régulateur des éléments lui permettant d'établir un diagnostic et de proposer une suite ;
  • le suivi de l'évolution de l'état de la victime.

La fiche insiste aussi sur un point souvent négligé : « l'attitude et le comportement des secouristes ont un impact direct sur la qualité des informations recueillies auprès de la victime ». Une victime rassurée par un intervenant calme et poli répond mieux, et un bilan dépend d'abord de ce qu'elle peut dire.

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Trois principes et un langage commun

Le bilan respecte trois principes, énoncés par la fiche 04AC01 :

  1. Commencer par une évaluation globale pour aller ensuite dans le détail.
  2. Rechercher et traiter en priorité « ce qui tue en premier ».
  3. Fonctionner en cercles de contrôle continu, de l'abord de la victime à la fin de l'intervention : évaluer, agir, contrôler l'action et réévaluer.

Le troisième principe explique pourquoi le bilan n'est jamais « terminé » : chaque action menée est suivie d'un contrôle de son effet, et une réévaluation peut faire apparaître une détresse qui n'était pas visible au départ.

« Chaque autorité d'emploi est donc libre d'associer un nom à chaque regard ou de rédiger une procédure respectant cette chronologie et ces principes, l'essentiel étant le respect de ce code commun nécessaire à une compréhension mutuelle. »

— Fiche 04AC01 « Généralités sur les bilans » [12-2023]

Cette phrase est importante pour un futur sapeur-pompier. Les références nationales fixent une chronologie et des principes ; chaque SDIS ou association peut les décliner dans sa propre procédure et sa propre fiche bilan. Le vocabulaire local peut donc varier d'un département à l'autre, mais la logique reste la même partout. C'est le SDIS qui forme à sa procédure.

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Le premier et le deuxième regards : la situation, puis la victime

Le premier regard (fiche 04PR01) est la vision globale de la situation, après que l'équipe a signalé son arrivée ou son engagement. La fiche l'organise autour de questions simples :

QuestionCe que l'équipe cherche
« Que s'est-il passé ? »La nature de l'intervention (accident, maladie, intoxication, violence, accouchement…) et les circonstances.
« Les informations initiales sont-elles correctes ? »Compléter ou corriger les éléments de l'ordre de départ.
« Existe-t-il un danger immédiat ou à venir ? »Dangers évidents (véhicules, structure instable, violence) et moins évidents (électrique, toxique, impact psychologique).
« Combien y a-t-il de victimes ? »Leur nombre et leur localisation, y compris une victime éjectée ou des victimes dispersées.
« Les moyens sont-ils suffisants pour le moment ? »Demander au plus vite les moyens complémentaires nécessaires.

Le deuxième regard (fiche 04PR02, actualisée en juillet 2026) consiste à avancer vers la victime et à l'apprécier dans sa globalité : son âge apparent, sa position, sa conscience, puis la présence d'une menace vitale qui impose une réaction immédiate. La fiche liste trois menaces à rechercher : une hémorragie externe grave, une obstruction ou une menace sur la liberté des voies aériennes, et une absence de réaction sans respiration ou avec une respiration anormale. Chacune appelle une conduite à tenir enseignée en PSC et PSE, que ce cours ne décrit pas.

La fiche ajoute une règle d'organisation : « toute détresse vitale constatée doit faire l'objet d'un avis médical ou d'une demande de renfort », en parallèle des actions entreprises. Le deuxième regard recueille enfin la plainte principale, exprimée par la victime ou déduite de son observation : attitude douloureuse, essoufflement, vigilance altérée, lésion traumatique évidente ou suspectée.

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Le troisième regard : les fonctions vitales une à une

Au contact de la victime, le secouriste se focalise ensuite sur l'évaluation des trois fonctions vitales (fiche 04PR03). Il les évalue « successivement et selon le principe de « traiter en priorité ce qui tue en premier » ». Les trois fonctions sont la fonction respiratoire, la fonction circulatoire et la fonction neurologique ; le chapitre suivant en donne les définitions.

L'évaluation se fait d'abord en appréciant la fonction, grâce aux dires de la victime et aux constatations du secouriste, puis en la complétant par la mesure des paramètres physiologiques, à condition que ces mesures ne ralentissent pas la progression du bilan. La fiche pose une règle claire : dès qu'une détresse est identifiée, les gestes de premiers secours appropriés sont réalisés immédiatement, même si l'examen de la fonction n'est pas terminé, et un avis médical est demandé.

Deux autres consignes de la fiche relèvent de l'organisation plutôt que du geste :

  • en contexte traumatique, la stabilisation du rachis cervical prise « à titre conservatoire » est maintenue tant qu'une décision d'immobilisation par un autre moyen n'est pas confirmée ;
  • tout au long de cette étape, le secouriste reste à l'écoute de l'entourage et des témoins, qui peuvent lui faire gagner du temps dans la compréhension de la situation.
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Le quatrième regard : interroger, examiner, mesurer

Le quatrième regard (fiche 04PR04) précise les plaintes de la victime et complète son examen. Il comporte trois volets.

L'interrogatoire commence par la recherche du mécanisme de l'accident, de l'événement déclencheur ou de l'histoire de la maladie, recherche que la fiche qualifie d'« essentielle ». Les plaintes sont ensuite analysées selon plusieurs axes : ce qui les provoque ou les soulage, leur qualité (comment la victime les décrit), leur région, leur sévérité et leur temporalité. L'interrogatoire se termine par les antécédents :

Médicaux

maladies chroniques et antécédents chirurgicaux

Hospitalisations

passées

Traitements

en cours et modifications récentes

Allergies

connues

Facteurs de risque

tabac, sédentarité, stress…

L'examen recherche des lésions de la peau (plaies, brûlures, contusions) et d'autres atteintes : hématomes, gonflements, écoulements, déformations. La mesure des paramètres physiologiques porte systématiquement sur la fréquence respiratoire, la saturation pulsée en oxygène, la fréquence cardiaque et la pression artérielle, d'autres mesures pouvant s'ajouter selon le contexte. Des échelles peuvent compléter le bilan : mesure de la douleur, niveau de conscience, surface brûlée, reconnaissance d'un accident vasculaire cérébral.

Ce cours ne donne volontairement aucune valeur de référence : leur interprétation relève de la formation PSE et de la régulation médicale. Il retient en revanche le principe posé par la fiche, selon lequel la prise en compte des signes cliniques prime sur les mesures des appareils, compte tenu de leur fiabilité.

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Surveiller et transmettre

La surveillance (fiche 04PR05) permet de suivre l'évolution de l'état de la victime, de prendre en compte la sensation de froid ou de chaud et de vérifier l'efficacité des gestes effectués. Elle débute dès le deuxième regard, est constante et ne se termine qu'au moment où la victime est confiée à l'équipe chargée de la continuité des soins. Tout changement d'état conduit à adapter immédiatement les gestes, et les éléments sont transmis au médecin régulateur, aux renforts éventuels et à l'équipe qui prend le relais.

La fiche 04PR06 définit la transmission du bilan comme « un compte-rendu de l'intervention, de l'état de la victime et des actions menées », adressé directement ou indirectement à une autorité médicale ou paramédicale. L'équipe transmet un bilan pour l'une de quatre raisons :

  • demander un avis médical ;
  • demander du renfort ;
  • définir l'orientation de la victime ;
  • réaliser un relais.

Elle s'effectue selon les moyens et les procédures en vigueur entre l'autorité d'emploi des intervenants et l'autorité médicale. Quand la situation impose des renforts immédiats, la transmission précise la nature de l'intervention, les moyens présents et les moyens supplémentaires demandés.

À l'issue du quatrième regard, l'ensemble des éléments recueillis est transmis au médecin régulateur sans les interpréter : le secouriste rapporte ce qu'il voit, entend et mesure, et c'est le médecin qui pose un diagnostic. La synthèse des informations et des actions entreprises est consignée et remise à l'équipe qui prend le relais. Le QCM secours d'urgence aux personnes reprend ces notions en trente questions.

Une transmission de bilan réussie, selon la fiche 04PR06

Concise : l'essentiel, sans détour
Complète : rien de ce qui a été constaté n'est omis
Structurée et logique
Chronologique
Sans interprétation des éléments recueillis
Selon la procédure de l'autorité d'emploi

Sources

  • Références techniques nationales PSE, juillet 2026 : fiches 04AC01 « Généralités sur les bilans » [12-2023], 04PR01 « Premier regard » [12-2022], 04PR02 « Deuxième regard » [07-2026], 04PR03 « Troisième regard » [12-2023], 04PR04 « Quatrième regard » [12-2023], 04PR05 « Surveillance de la victime » [07-2026], 04PR06 « Transmission du bilan » [12-2022] — securite-civile.interieur.gouv.fr
  • Arrêté du 7 juillet 2026 (NOR INTE2618304A), annexe 3 — Légifrance

À retenir

  • Le bilan est « la phase de recueil d'informations » qui évalue la situation et la victime tout au long de sa prise en charge.
  • Trois principes : du global au détail, « ce qui tue en premier », cercles de contrôle continu (évaluer, agir, contrôler, réévaluer).
  • Quatre regards : la situation, la victime (menace vitale et plainte), les fonctions vitales, puis interrogatoire, examen et paramètres.
  • Chaque autorité d'emploi peut nommer les regards à sa façon : c'est le SDIS qui forme à sa procédure.
  • Toute détresse vitale entraîne un avis médical ou une demande de renfort ; les signes cliniques priment sur les appareils.
  • La transmission est concise, complète, structurée, chronologique et sans interprétation : le diagnostic revient au médecin.

Sommaire de la formation