Bases théoriques du sapeur-pompier
Lutte contre les incendies

Module 1 / 4  ·  Sommaire complet de la formation

Module 1 : Lutte contre les incendies 20 min de lecture

1.3 La marche générale des opérations : de la reconnaissance à la surveillance

On présente souvent la marche générale des opérations comme une liste d'étapes à dérouler dans l'ordre. Le guide de doctrine de 2018 sur les incendies de structures prend le contre-pied de cette image : il en fait une grille de réflexion du commandant des opérations de secours, organisée en onze critères. Ce chapitre décrit ces critères et le vocabulaire qui permet de rendre compte de l'évolution d'un feu, sans entrer dans les règles d'engagement, qui relèvent de chaque service.

Connaissances, pas consignes. La formation opérationnelle des sapeurs-pompiers relève du service d'incendie et de secours, qui fixe ses propres règles d'engagement ; les gestes de secours s'apprennent en formation PSC et PSE. Ce chapitre présente des notions théoriques tirées de la doctrine nationale, sans valeur de consigne.

Les onze critères de la marche générale des opérations (GDO 2018, schéma n° 14)

Reconnaissances
Placement des engins
Sauvetage et mise en sécurité
Établissements
Attaque
Ventilation
Protection
Déblai
Surveillance
Remise en condition des hommes et reconditionnement du matériel
Préservation des traces et indices

Le guide les présente en cercle autour de la « lutte contre les incendies de structure », sans ordre imposé.

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Une approche, pas une chronologie

« Trop souvent considérée comme l'enchaînement chronologique de différentes actions, la marche générale des opérations de lutte contre l'incendie correspond en fait à l'approche que doivent avoir les équipes d'intervenants et en particulier le commandant des opérations de secours. »

— GDO « Interventions sur les incendies de structures » (DGSCGC, version du 16 avril 2018), chapitre 3, section III

Le guide fixe la finalité de l'ensemble : coordonner au mieux les actions « dans l'objectif de revenir à un état le plus proche de la situation normale au sens sociétal du terme ». La hiérarchie des objectifs est explicite : l'objectif prioritaire est de préserver les vies, les autres étant de préserver les biens et l'environnement. L'extinction n'est pas une fin en soi ; le guide note même que l'auto-extinction peut être une option.

Deux acteurs encadrent cette réflexion. Le commandant des opérations de secours (COS) dirige les moyens sur le terrain ; il est désigné selon le règlement opérationnel du service, arrêté par le préfet (article L1424-4 du code général des collectivités territoriales). Le directeur des opérations de secours (DOS) est l'autorité de police : le maire, ou le préfet lorsque l'événement dépasse les limites ou les capacités de la commune (articles L742-1 et L742-2 du code de la sécurité intérieure).

Pour rendre compte de l'évolution du sinistre, le guide propose un vocabulaire commun en quatre étapes de résultat : feu circonscrit (il ne peut plus se propager hors du volume concerné), maître du feu (les moyens engagés réduisent la production d'énergie, le feu entre en décroissance), foyer(s) principal(aux) éteint(s) (seuls quelques foyers résiduels restent actifs, déblai et surveillance commencent) et feu éteint, objectif final recherché par le COS.

Le guide explique l'intérêt de ces mots : renseigner efficacement la hiérarchie et maintenir les intervenants dans un état d'alerte compatible avec la situation. Tant que le feu n'est pas éteint, les équipes restent vigilantes sur tous les dangers liés au feu.

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Reconnaissances et arrivée sur les lieux

Les reconnaissances ont pour objet « de collecter les informations relatives à l'analyse de la zone d'intervention, au sinistre et aux personnes et biens menacés », en tenant compte de tous les axes de propagation possibles. Ces informations permettent au COS de fixer ses objectifs et ses idées de manœuvre. Menées en priorité au début de l'intervention, elles se poursuivent en réalité pendant toute l'opération, chaque acteur restant attentif à l'évolution de la situation et rendant compte à son supérieur.

Le guide fait varier la profondeur de la reconnaissance selon le contexte : un premier chef d'agrès qui sait qu'il sera vite rejoint peut se contenter d'une reconnaissance sommaire pour lancer les actions immédiates ; celui qui restera seul un moment doit faire des choix plus sûrs, donc parfois reconnaître plus en détail. Orienter ses reconnaissances suppose de mobiliser ses connaissances sur le système feu et sur la nature des volumes et des activités.

L'intervention commence en réalité avant l'arrivée. Le guide insiste sur la qualité des renseignements pris à l'appel et sur les outils d'aide à la décision des centres de traitement de l'alerte. Il mentionne aussi le conseil à l'appelant : lors de la prise d'appel, l'opérateur peut aider l'appelant à devenir un relais d'accueil et de renseignement pour le premier COS, et lui donner des consignes pour sa propre sécurité et celle de son entourage.

Sur place, le placement des engins est le deuxième critère de la grille : il doit concilier la sécurité des engins, l'accessibilité, la préservation d'accès pour les moyens qui arriveront plus tard, la bonne gestion des ressources en eau et la rapidité des actions, notamment des sauvetages.

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Sauvetages et mises en sécurité

« SAUVER reste la priorité de l'engagement des sapeurs-pompiers », écrit le guide. Il distingue deux notions, tout en reconnaissant qu'on ne peut pas tracer entre elles de frontière nette :

Le sauvetage

Extraire une personne soumise à un danger vital et imminent, alors qu'elle ne peut s'y soustraire par ses propres moyens. Il peut justifier une plus grande exposition au risque des sapeurs-pompiers, selon la balance bénéfice / risque appréciée par le COS.

La mise en sécurité

Éloigner des personnes d'une menace plus ou moins différée. Elle se fait dans les meilleures conditions de sécurité, par exemple par une évacuation légèrement différée après assainissement des circulations, ou par le confinement.

Le guide décrit deux situations de sauvetage. Le sauvetage à vue concerne des victimes visibles depuis l'extérieur ; il fait le plus souvent appel aux échelles à main ou aux moyens élévateurs, et son risque prépondérant est la chute, pour la victime comme pour le sauveteur. Le sauvetage en exploration impose d'accéder aux victimes par l'intérieur, par un itinéraire hostile ; le risque principal y tient aux fumées, à la chaleur et à l'effondrement. Il évoque aussi la technique de recherche pièce par pièce depuis l'extérieur connue sous l'acronyme AIDES.

Le guide de techniques opérationnelles « Sauvetages et mises en sécurité » (2e édition, février 2024) précise le vocabulaire et les moyens de ces opérations ; il est présenté au chapitre 4.2.

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Ventilation, établissements et attaque

La ventilation opérationnelle part d'un constat formulé par le guide : « Un feu ventile, très bien, bien, peu ou très peu mais il ventile, faute de quoi il s'éteint. » Elle ne se réduit pas à l'usage de ventilateurs : c'est un concept qui regroupe toutes les actions des sapeurs-pompiers pour maîtriser les flux gazeux dans la structure, l'alimentation en air du feu comme le rejet des gaz. Ces actions jouent sur la canalisation des flux (cloisonnement, ouvertures, fermetures), sur le tirage, sur les effets du vent et sur l'usage de ventilateurs. Le guide de techniques opérationnelles « Ventilation opérationnelle » (26 février 2019) en détaille les méthodes.

Les établissements de tuyaux acheminent l'agent extincteur, le plus souvent de l'eau additivée ou non, jusqu'aux lances. Le guide en fixe les principes : acheminer l'agent le plus approprié, dans des délais compatibles avec la cinétique de l'opération, en préservant le potentiel physique des équipes et en anticipant l'évolution du sinistre. Il note que les modes de conditionnement des tuyaux permettent d'établir plus vite et avec moins de fatigue, en évitant de dissocier le binôme.

L'attaque regroupe plusieurs tactiques, offensives ou défensives, que le guide décrit en détail et dont le choix revient au COS. Quelques repères de principe :

  • contre les propagations externes, trois sous-objectifs : agir à la source, réduire le flux de chaleur rayonnée, limiter la montée en température des biens exposés ; l'éloignement du combustible est aussi cité ;
  • contre les propagations internes, les mêmes principes s'appliquent, en pénétrant dans le bâtiment mais hors du volume en feu, ou en utilisant des exutoires pour que les fumées sortent plutôt que de migrer ;
  • pour les feux naissants, le guide souligne qu'un feu pris à son départ présente peu de dangers et doit, dans la mesure du possible, être éteint par une action rapide des personnes présentes, avant même l'arrivée des secours, à condition qu'elles en aient les compétences.

Le guide rappelle enfin que, si un feu peut très exceptionnellement être éteint par étouffement, comme un feu de corps gras dans un petit récipient recouvert d'un couvercle, l'eau reste dans la grande majorité des cas l'agent utilisé.

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Protéger les biens et l'environnement

Les actions de protection « revêtent une importance majeure » selon le guide, car elles évitent des conséquences qui ne tiennent pas directement à l'incendie : économiques, quand une activité s'arrête, et psychologiques, quand disparaît un élément de mémoire collective ou privée.

Le guide pose trois questions :

  • Protéger de quoi ? Des effets directs du feu et des fumées, mais aussi de ce qui résulte de la lutte elle-même : dégâts des eaux, coupure des fluides ;
  • Protéger quoi et comment ? Des biens courants ou la construction, des biens à valeur patrimoniale, historique ou artistique dont la perte serait définitive pour la société, des biens à valeur sentimentale, et des objets dont la perte compliquerait le retour à la normale : clés, documents administratifs, fichiers et comptabilité d'une entreprise ;
  • Protéger quand ? « Quand l'eau ruisselle sur les biens à protéger, il est déjà trop tard. » La question se pose au COS dès le début de l'intervention, parfois avant même l'extinction, pour des œuvres d'art par exemple.

La protection de l'environnement se fait en deux temps : pendant l'opération, canaliser les flux (confinement ou récupération des eaux d'extinction, gestion des effluents gazeux, mesures de présence de polluants) ; dans les heures et jours suivants pour certains sinistres, avec les services partenaires, des mesures de pollution des sols et de l'air. Le guide note qu'un rideau d'eau destiné à rabattre des gaz toxiques produit lui-même des effluents liquides potentiellement polluants.

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Déblai, surveillance, traces et indices, remise en condition

Les déblais facilitent l'extinction et éliminent les risques de reprise. Le guide les décrit comme une phase « accidentogène » : les risques persistent (ambiance toxique, effondrement, électricité, blessures) alors que la vigilance baisse avec la fatigue et le désengagement d'une partie des moyens. Il recommande que leur ampleur soit discutée entre le COS, un officier formé à la recherche des causes et circonstances de l'incendie s'il en existe, l'officier de police judiciaire et, le cas échéant, d'autres intervenants, afin de ne pas compromettre les expertises.

La surveillance vérifie l'absence de reprise du feu et évite que des tiers ne s'exposent aux risques avant que des protections soient en place. Le guide précise que le gardiennage des lieux n'est pas une mission des services d'incendie et de secours, mais que le COS éclaire les sinistrés, ou à défaut l'autorité locale, sur les mesures à prendre. Avant de quitter les lieux, gaz de pyrolyse et gaz de combustion doivent être recherchés dans toute la structure, et toute fumée visible doit être considérée comme dangereuse.

La préservation des traces et indices poursuit trois objectifs selon le guide : faciliter l'identification de la façon dont le feu a débuté et s'est propagé, identifier les comportements ou équipements à risque pour améliorer la prévention, et alimenter le retour d'expérience. Elle cherche à limiter l'altération et la contamination de la scène, et repose en particulier sur « l'observation et la mémorisation, le déblai temporisé et/ou le déblai adapté ». Le guide la juge d'autant plus efficace qu'elle est pratiquée tôt, par le COS et les équipes, dans la mesure où elle ne nuit pas à l'opération de secours.

Le dernier critère, la remise en condition des hommes et le reconditionnement du matériel, commence sur les lieux et se poursuit au centre de secours. Le guide distingue soigneusement les deux mots : la « remise en condition » concerne les personnels, le « reconditionnement » le matériel. Les mesures d'hygiène qui s'y rattachent sont celles du chapitre 1.2.

Le guide signale enfin une question souvent occultée au début : le relogement des occupants, qui relève de la responsabilité du DOS ; le COS l'informe au plus tôt dès que des logements sont inutilisables. Pour aller plus loin sur l'engagement et la carrière, voir les formations devenir sapeur-pompier volontaire et préparer le concours de caporal ; pour la prévention du risque incendie en entreprise, la formation risques incendies.

Rendre compte du résultat des actions (GDO 2018, chapitre 2)

Feu circonscrit

Ne peut plus sortir du volume

Maître du feu

L'énergie produite diminue

Foyer principal éteint

Restent des foyers résiduels

Feu éteint

Objectif final du COS

Sources

  • GDO « Interventions sur les incendies de structures » (DGSCGC, version du 16 avril 2018), chapitre 2 (qualification de la situation, résultat des actions, alerte) et chapitre 3, section III (marche générale des opérations) — securite-civile.interieur.gouv.fr
  • GTO « Ventilation opérationnelle » (DGSCGC, 26 février 2019) et GTO « Sauvetages et mises en sécurité » (DGSCGC, 2e édition, février 2024) — securite-civile.interieur.gouv.fr
  • Code général des collectivités territoriales, art. L1424-4 ; code de la sécurité intérieure, art. L742-1 et L742-2 — Légifrance

À retenir

  • La marche générale des opérations est une grille de réflexion du COS en onze critères, pas un enchaînement chronologique.
  • Priorité : préserver les vies, puis les biens et l'environnement ; l'extinction n'est pas une fin en soi.
  • Le sauvetage répond à un danger vital et imminent, la mise en sécurité à une menace plus ou moins différée.
  • La ventilation opérationnelle regroupe toutes les actions sur les flux gazeux, pas seulement les ventilateurs.
  • Protéger les biens se décide dès le début : « quand l'eau ruisselle, il est déjà trop tard ».
  • Feu circonscrit, maître du feu, foyer principal éteint, feu éteint : un vocabulaire commun pour rendre compte.

Sommaire de la formation