Bases théoriques du sapeur-pompier
Techniques opérationnelles

Module 4 / 4  ·  Sommaire complet de la formation

Module 4 : Techniques opérationnelles 20 min de lecture

4.1 Engagement en milieu vicié et sauvegarde opérationnelle

Fumées d'incendie, gaz toxiques, manque d'oxygène : de nombreuses interventions exposent les sapeurs-pompiers à une atmosphère qu'ils ne peuvent pas respirer. Deux guides de techniques opérationnelles (GTO) publiés en février 2024 par la direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises (DGSCGC) décrivent les matériels, les rôles et les précautions associés. Ce chapitre en présente les notions de base, pour comprendre le vocabulaire et la logique de ces documents.

Connaissances, pas gestes. La formation opérationnelle des sapeurs-pompiers relève du service d'incendie et de secours, qui décline la doctrine nationale dans ses propres documents ; les gestes de secours s'apprennent en formation PSC (ex-PSC1) et PSE. Ce chapitre présente des notions théoriques tirées des guides nationaux, sans valeur d'usage ni règle d'engagement applicable en l'état.

Les éléments d'un appareil respiratoire isolant à circuit ouvert

Réserve d'air

Une ou plusieurs bouteilles d'air comprimé et leur robinet

Dossard et harnais

Le portage de l'appareil sur le dos

Détendeur

Ramène la haute pression à une pression moyenne

Soupape à la demande

Délivre l'air au porteur à chaque inspiration

Manomètre, sifflet, détecteur

Surveiller la réserve et signaler l'immobilité

Pièce faciale

Masque complet : bouche, nez et yeux

D'après le GTO « Engagement en milieu vicié » (DGSCGC, 2e édition, février 2024), chapitre 1, § 1.1.1.

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Qu'est-ce qu'un milieu vicié ?

Le guide « Engagement en milieu vicié » part d'une définition simple. Les sapeurs-pompiers sont amenés à s'engager dans des atmosphères « viciées », c'est-à-dire présentant un risque d'altération de leur santé. Ces milieux présentent une réduction de la concentration en oxygène, ou contiennent des aérosols, des gaz ou des vapeurs toxiques, et nécessitent donc un engagement sous protection respiratoire adaptée.

« Lors de leurs interventions, les sapeurs-pompiers sont amenés à s'engager dans des atmosphères viciées, c'est-à-dire présentant un risque d'altération de leur santé. »

— GTO « Engagement en milieu vicié » (DGSCGC, 2e édition, février 2024), préface

La protection repose sur deux principes : fournir au porteur un air provenant d'une source non polluée, avec un appareil indépendant de l'air ambiant, ou filtrer l'air pollué à travers un dispositif filtrant. Les appareils de protection respiratoire sont des équipements de protection individuelle de la catégorie III, celle des risques qui peuvent entraîner la mort ou des dommages irréversibles, et ils s'utilisent conformément aux notices des fabricants.

Il faut aussi comprendre la nature de ces guides. Un GTO rassemble des méthodes et des techniques « utiles à l'atteinte des objectifs du commandant des opérations de secours ». Le choix d'une technique découle de l'idée de manœuvre du COS selon le principe dit des « 3T » : la combinaison d'une tactique, d'une technique et d'un outil (tool en anglais).

Le guide précise enfin qu'il décrit un état de l'art à un instant donné : il n'est pas applicable en l'état, et chaque service d'incendie et de secours (SIS) le décline dans ses propres documents, selon son territoire, ses équipements et ses ressources. C'est pourquoi ce chapitre ne présente aucune règle d'engagement comme applicable : il en explique les notions.

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L'appareil respiratoire isolant à circuit ouvert

L'appareil respiratoire isolant (ARI) autonome à circuit ouvert, souvent abrégé ARICO, fonctionne avec une réserve d'air comprimé sous haute pression. Il alimente le porteur « à la demande » en air respirable venant de la ou des bouteilles portées sur son dos. L'air expiré est rejeté à l'extérieur par la soupape d'expiration du masque : c'est ce rejet qui fait du circuit un circuit « ouvert ».

Le guide énumère les éléments dont un ARICO est obligatoirement constitué : la réserve d'air et son robinet, un dossard et un harnais, un détendeur haute pression / moyenne pression équipé d'un dispositif d'échappement de sécurité, une soupape à la demande, un flexible moyenne pression, un manomètre pneumatique ou électronique et son flexible haute pression, un sifflet de fin de charge, un détecteur d'immobilité et une pièce faciale (masque complet). Des dispositifs optionnels peuvent s'y ajouter : indicateur de température, enregistrement de données, boîtier de contrôle avec afficheur d'autonomie, raccords pour une source d'air extérieure ou pour alimenter une cagoule de sauvetage.

Les bouteilles elles-mêmes se distinguent par leur composition. Le GTO en présente quatre types :

TypeComposition (GTO, chapitre 1, § 1.1.1)
Type IBouteilles métalliques
Type IIBouteilles métalliques renforcées
Type IIIBouteilles composites avec liner métallique
Type IVBouteilles composites avec liner plastique

Le guide insiste sur un point : l'autonomie d'un appareil à circuit ouvert dépend à la fois de la quantité d'air disponible et de la consommation du porteur, qui varie selon l'individu et le travail effectué. Le calcul théorique figure en annexe du guide ; il relève de la formation dispensée par le SIS et n'est pas repris ici.

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Circuit fermé, assistance respiratoire et appareils filtrants

Un appareil respiratoire isolant à circuit fermé régénère l'air expiré vicié pour le rendre à nouveau respirable. Le GTO indique qu'il est principalement utilisé dans les interventions qui demandent des autonomies importantes, comme les explorations de longue durée ou les feux de navires. Il cite trois familles d'appareils : avec une réserve d'oxygène comprimé et une cartouche de chaux sodée qui absorbe le dioxyde de carbone ; sans réserve d'oxygène, avec une cartouche de dioxyde de potassium qui absorbe le dioxyde de carbone et l'humidité et génère de l'oxygène ; avec une réserve d'air comprimé et une cartouche de dioxyde de potassium. Parmi leurs constituants, le guide cite aussi un gaz réfrigérant destiné à réduire la température de l'air inspiré.

Le guide décrit aussi l'assistance respiratoire d'une victime au moyen d'une cagoule d'évacuation, assurée de trois façons : une cagoule branchée sur la deuxième sortie moyenne pression de l'ARI d'un membre du binôme, une cagoule ou un masque d'un lot d'assistance en air respirable, ou une cagoule autonome à cartouche filtrante.

Les appareils filtrants forment une autre famille. Le GTO souligne que leur utilisation « répond à des règles strictes d'utilisation (en particulier une connaissance appropriée du milieu) ». Les filtres anti-gaz sont généralement constitués de charbon actif, parfois dopé par des réactifs chimiques pour certains gaz ; l'épuration repose sur l'adsorption, la rétention des molécules à la surface d'un solide. Chaque filtre porte une lettre, un chiffre et une bande de couleur propre à un gaz ou à une famille de gaz.

« En l'état des connaissances actuelles, il n'est pas possible de définir précisément la durée de vie d'une cartouche en utilisation réelle. »

— GTO « Engagement en milieu vicié » (DGSCGC, 2e édition, février 2024), chapitre 1, § 1.2.2

La raison est expliquée par le guide : le « temps de claquage », au terme duquel la concentration de polluant dans l'air filtré dépasse une concentration critique, est mesuré en laboratoire dans des conditions précises (température, humidité, débit) très différentes de celles d'une intervention. Ce temps diminue quand la concentration, la température ou le débit respiratoire augmentent, et l'humidité ambiante le réduit aussi.

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Ce que le port de l'appareil fait au porteur

L'annexe B du guide est consacrée aux contraintes liées à l'utilisation d'un ARI. Elle rappelle que le travail dans des environnements hostiles (fumées, chaleur, suies, visibilité réduite ou nulle) exige une adaptation des intervenants, et que la préparation à ces contraintes doit être régulière.

  • Facteurs physiques : l'appareil modifie le centre de gravité du porteur, augmente son travail musculaire et sa dépense énergétique, réduit ses performances et limite ses déplacements dans les passages étroits ou lors des franchissements d'obstacles. Le guide en déduit que la condition physique influence directement l'autonomie en air.
  • Facteurs physiologiques : le masque augmente l'« espace mort », ce volume d'air des voies respiratoires qui ne participe pas aux échanges ; une partie du dioxyde de carbone expiré est réinspirée, ce qui peut entraîner une hyperventilation et une surconsommation. Les résistances respiratoires augmentent, surtout à l'expiration, et la fréquence cardiaque s'élève, avec pour conséquences possibles la déshydratation et l'hypoglycémie.
  • Facteurs psychologiques : le port de l'appareil crée un inconfort variable selon les personnes. Le guide note qu'« un sapeur-pompier qui perd son calme accélère son rythme respiratoire et épuise donc rapidement sa réserve d'air ».
  • Contraintes de l'équipement : le champ de vision et la perception de l'espace sont réduits, tout comme la capacité à communiquer avec l'entourage.

Ces éléments expliquent pourquoi les guides insistent tant sur l'entraînement et sur l'accoutumance : l'annexe D du même GTO propose un exemple de parcours d'accoutumance, que chaque SIS adapte.

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Rechercher des victimes, puis revenir d'opération

Le chapitre 3 du guide décrit les techniques de recherche. Il distingue deux temps : la recherche primaire, menée au plus tôt, d'abord dans les endroits les plus probables puis dans le reste du bâtiment, et la recherche secondaire, effectuée après la maîtrise du sinistre et la suppression des dangers, pour s'assurer que toutes les victimes ont été retrouvées, si possible par des binômes différents.

Dans un bâtiment à étages, les recherches s'effectuent « généralement » dans l'ordre suivant : l'étage du foyer, puis l'étage directement au-dessus, puis le dernier étage, et enfin les étages intermédiaires et inférieurs. Le guide justifie cet ordre par le danger croissant que l'incendie fait peser sur ces niveaux. Il signale aussi les espaces d'attente sécurisés (EAS) des établissements recevant du public, zones à l'abri des fumées, des flammes et du rayonnement où une personne peut attendre une évacuation différée.

Pour éviter de reconnaître deux fois la même pièce, le guide propose, « à titre d'exemple », un marquage simple : un trait à l'entrée dans le volume, complété par un second trait à la sortie pour former une croix, et un cercle autour de la croix pour signaler une seconde reconnaissance. Il précise que ces règles doivent être uniformisées au sein de chaque SIS et que le marquage se fait de préférence en partie basse, pour rester visible sous les fumées.

Le retour d'opération fait partie de la mission. Le guide distingue la remise en condition du personnel (hydratation, hygiène, repos) et le reconditionnement du matériel : nettoyage, contrôle des masques, retrait de tout matériel ayant subi une agression chimique ou thermique, remplissage des bouteilles par du personnel formé, et une fiche de suivi pour chaque appareil.

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La sauvegarde opérationnelle

Le second guide, « Sauvegarde opérationnelle », traite de la sécurité des intervenants eux-mêmes. Sa préface la définit comme un ensemble de méthodes et de techniques permettant aux intervenants engagés dans la lutte contre les incendies d'évaluer le risque, de se préserver et de soustraire un équipier (sauvetage du sauveteur) ou de se soustraire (auto-sauvetage) d'un danger réel et immédiat. Elle s'appuie sur trois grands axes : les préparations physique, opérationnelle et mentale.

Le chapitre 1 classe les situations susceptibles de mettre en jeu la sécurité des intervenants en trois catégories :

  • l'évolution du sinistre ou du cadre d'intervention : phénomènes thermiques, explosion, effondrement ;
  • l'évolution de l'état des intervenants : dissociation involontaire du binôme, désorientation, piégeage dans des fils ou des câbles, blessure, malaise ;
  • la dégradation des matériels : rupture d'air respirable, perte des communications radio, fuite ou rupture d'un établissement.

Le guide en tire l'idée d'une « culture de l'évaluation du risque » partagée par tous, du COS au binôme. Il évoque aussi la désignation possible d'un officier de sécurité dès la montée en puissance du dispositif, pour aider le COS, et rappelle que les espaces d'attente sécurisés peuvent, en situation dégradée, servir de refuge aux sapeurs-pompiers eux-mêmes.

Les autres notions de ce guide (règle des minimums, identification des façades, itinéraires de repli et de secours, message de détresse) sont abordées par le QCM techniques opérationnelles du sapeur-pompier, qui permet de vérifier ses connaissances après ce module. Le chapitre 4.2 poursuit avec les sauvetages et les mises en sécurité.

Ce qui peut mettre en jeu la sécurité de l'intervenant

Le sinistre évolue

Phénomènes thermiques, explosion, effondrement

L'intervenant est en difficulté

Binôme dissocié, désorientation, piégeage, malaise

Le matériel se dégrade

Rupture d'air, perte radio, rupture d'établissement

D'après le GTO « Sauvegarde opérationnelle » (DGSCGC, février 2024), chapitre 1.

Sources

  • GTO « Engagement en milieu vicié » (DGSCGC, 2e édition, février 2024) : préface, « Comment utiliser un guide de techniques opérationnelles ? », chapitre 1 (§ 1.1 à 1.4, 4), chapitre 3, annexes B et D — interieur.gouv.fr
  • GTO « Sauvegarde opérationnelle » (DGSCGC, février 2024) : préface et chapitre 1 — interieur.gouv.fr
  • Règlement (UE) 2016/425 relatif aux équipements de protection individuelle (catégorie III), cité par le GTO — EUR-Lex

À retenir

  • Un milieu vicié présente un risque d'altération de la santé : manque d'oxygène, aérosols, gaz ou vapeurs toxiques.
  • Deux principes de protection : un air venu d'une source non polluée (appareils isolants) ou la filtration de l'air ambiant.
  • L'ARI à circuit ouvert rejette l'air expiré ; le circuit fermé le régénère, pour les longues autonomies.
  • La durée de vie réelle d'une cartouche filtrante ne peut pas être définie précisément : usage strictement encadré.
  • Recherche primaire au plus tôt, recherche secondaire après la maîtrise du sinistre, si possible par d'autres binômes.
  • La sauvegarde opérationnelle repose sur la préparation physique, opérationnelle et mentale ; les GTO sont déclinés par chaque SIS.

Sommaire de la formation