Module 2 / 4 · Sommaire complet de la formation
2.3 Les grandes familles de situations : définitions et repères
Le programme de l'équipier énumère une quinzaine de rubriques de secours d'urgence aux personnes, des détresses vitales aux accidents de la route. Ce chapitre les regroupe en grandes familles et donne pour chacune la définition des références techniques nationales, ses causes principales et ce que l'équipier cherche à comprendre pendant le bilan. Il ne décrit ni conduite à tenir ni seuil chiffré : ces éléments relèvent de la formation PSE et de la régulation médicale.
Les familles de situations et leurs chapitres dans les références
Urgences vitales
chapitre 05
Malaises et affections spécifiques
chapitre 06
Traumatismes
chapitre 07
Atteintes circonstancielles
chapitre 08
Souffrance psychique
chapitre 09
Nombreuses victimes
chapitre 11
Accident de la route
protection : chapitre 02
Les détresses vitales : trois fonctions étroitement liées
Les références décrivent trois détresses construites sur le même modèle. On appelle détresse respiratoire, circulatoire ou neurologique « une atteinte de la fonction » concernée « dont l'évolution peut affecter, à court terme, les autres fonctions vitales de l'organisme et conduire au décès de la victime » (fiches 05AC07, 05AC08 et 05AC09). Les trois fiches répètent la même phrase : « Les trois fonctions vitales sont étroitement liées » et l'altération de l'une entraîne, plus ou moins rapidement, une perturbation des autres.
| Détresse | Forme majeure citée par la fiche | Exemples de causes |
|---|---|---|
| Respiratoire (05AC07) | L'arrêt respiratoire | Obstruction des voies aériennes, maladies pulmonaires dont l'asthme, traumatisme du thorax, inhalation de produits caustiques ou de fumées |
| Circulatoire (05AC08) | L'arrêt cardiaque | Atteinte du cœur (infarctus, insuffisance cardiaque), diminution du volume de sang (hémorragie, déshydratation), dilatation des vaisseaux (réaction allergique ou intoxication graves) |
| Neurologique (05AC09) | La perte de connaissance | Traumatisme, maladie atteignant le cerveau, la moelle ou les nerfs, certaines intoxications, manque de sucre |
Chaque fiche précise qu'une victime peut présenter des signes visibles de détresse sans être, pour autant, dans la forme majeure. C'est tout l'intérêt du troisième regard décrit au chapitre 2.2 : chercher une détresse « moins évidente » avant qu'elle ne s'aggrave.
Le chapitre « Urgences vitales » des références traite aussi des hémorragies, de l'obstruction des voies aériennes, de l'arrêt cardiaque et de la perte de connaissance. Ces fiches mêlent connaissances et gestes ; leurs gestes s'apprennent en PSC et PSE, et la formation SST du site, conçue pour le monde du travail, en donne une approche différente de celle des secouristes en équipe.
Malaises et affections spécifiques
La fiche 06AC01 « Malaise et aggravation de maladie » définit le malaise comme « une sensation pénible, traduisant un trouble du fonctionnement de l'organisme, sans que la personne qui en est victime puisse en identifier l'origine ». Le trouble peut être fugace ou durable, brutal ou progressif, ou correspondre à une maladie qui s'aggrave. Parfois, c'est l'entourage qui constate l'anomalie.
La fiche distingue couramment deux situations :
Malaise bénin
Le plus courant : pas de détresse vitale, signes qui disparaissent après un repos, cause souvent facile à identifier (fatigue, manque de sommeil, stress ou émotion, douleur violente, erreurs alimentaires).
Malaise grave
Révélateur d'une situation pouvant entraîner à tout moment une détresse vitale : signes intenses et localisés, qui ne s'améliorent pas spontanément ou se répètent malgré le repos.
Parmi les causes, la fiche cite les modifications des conditions de vie : jeûne ou excès alimentaire, exercice physique intense ou inhabituel, surmenage, stress, mais aussi les traitements médicamenteux, qu'il s'agisse d'une prescription récente, d'un changement de dose ou de l'arrêt brutal d'un traitement au long cours. On comprend pourquoi l'interrogatoire du quatrième regard s'intéresse aux traitements en cours.
Le même chapitre des références consacre des fiches à plusieurs affections dites spécifiques : la douleur thoracique non traumatique, l'accident vasculaire cérébral, la crise convulsive généralisée, la crise d'asthme, le malaise hypoglycémique chez le diabétique et la réaction allergique grave. Pour l'équipier, l'enjeu de connaissance est de savoir qu'elles existent, qu'elles peuvent évoluer vers une détresse vitale et qu'elles orientent l'interrogatoire, notamment sur les antécédents et les traitements.
Les atteintes de la peau : brûlures et plaies
Pour les références, la brûlure est « une lésion de la peau, des voies aériennes ou digestives » (fiche 07AC01, juillet 2026). Elle peut être provoquée par la chaleur, des substances chimiques, l'électricité, le frottement ou des radiations. La fiche distingue la brûlure simple de la brûlure grave selon plusieurs critères : étendue, profondeur, aspect circulaire autour du cou ou d'un membre, localisation (visage, cou, mains, articulations, voisinage des orifices naturels) et origine chimique, électrique ou radiologique. Ces critères décident d'une orientation qui va de la consultation du médecin traitant au transfert médicalisé vers un centre de traitement des brûlés.
La plaie est « une lésion de la peau avec effraction et atteinte possible des tissus sous-jacents » (fiche 07AC02). Elle résulte généralement d'un traumatisme qui agit :
- de l'extérieur vers l'intérieur : coupure, piqûre, projectile, coup, morsure ;
- de l'intérieur vers l'extérieur : c'est le cas d'une fracture ouverte, quand l'os cassé perfore la peau.
Ses conséquences possibles sont une hémorragie, une atteinte des organes sous-jacents et une infection, qui peut s'étendre à tout l'organisme. La fiche rappelle que toute plaie, même minime, expose au tétanos, dont seule la vaccination protège, et qu'une plaie fait courir à l'intervenant un risque de contamination par le sang de la victime. C'est l'une des raisons d'être des précautions standards vues au chapitre 2.1.
Dans le bilan, c'est au quatrième regard que l'équipier recherche les plaies, leur localisation, leur aspect et leur gravité, pour les décrire précisément lors de la transmission.
Les traumatismes : os, articulations, colonne
La fiche 07AC07 « Traumatisme des membres » distingue trois types d'atteintes des os et des articulations : l'entorse, la luxation et la fracture, rupture totale ou partielle de l'os. Elle décrit trois mécanismes :
- le traumatisme direct, où la lésion se situe à l'endroit du choc ;
- le traumatisme indirect, où la lésion est provoquée par un mouvement forcé ;
- la pénétration d'un corps étranger, comme une blessure par arme à feu.
Les complications possibles sont une atteinte des vaisseaux, une lésion des nerfs ou une plaie, et la fiche signale que des fractures de la cuisse ou multiples peuvent entraîner une détresse circulatoire. Un traumatisme apparemment localisé peut donc avoir un retentissement général.
La fiche 07AC08 « Traumatisme du dos et du cou » porte sur des lésions de la colonne vertébrale (entorse, fracture, luxation, tassement). Leur gravité tient à l'atteinte possible de la moelle épinière, comprimée ou sectionnée, avec des lésions qui peuvent être irréversibles. Parmi les mécanismes cités : une chute sur la tête, la fiche citant le plongeon en eau profonde, une chute de grande hauteur ou une chute de sa hauteur chez une personne âgée.
Pour l'équipier, ces connaissances donnent tout son sens à la recherche du mécanisme au quatrième regard : la nature du choc, son intensité et ses particularités (port du casque, position dans le véhicule, ceinture) orientent la suspicion de lésion et la prudence dans la manipulation de la victime. Les références consacrent aussi des fiches aux traumatismes du crâne, de la face et du cou, du thorax, de l'abdomen et du bassin.
Les atteintes liées aux circonstances
Le chapitre 08 des références regroupe les atteintes provoquées par une circonstance ou par l'environnement. En voici quelques définitions :
| Situation | Définition ou repère de la fiche |
|---|---|
| Accident électrique (08AC01) | Toutes les lésions provoquées par le courant ; l'électrisation désigne les lésions dues au passage du courant à travers le corps, l'électrocution une électrisation mortelle. |
| Affections liées à la chaleur (08AC05) | Élévations anormales de la température corporelle ; la forme la plus grave est le coup de chaleur, qui engage le pronostic vital. Personnes âgées et nourrissons y sont particulièrement sensibles. |
| Hypothermie (08AC06) | Chute involontaire de la température corporelle. Elle menace aussi toute victime d'un traumatisme ou d'une brûlure grave, même sans froid important. |
| Intoxication (08AC08) | Trouble engendré par la pénétration dans l'organisme d'une substance appelée poison ou toxique, par ingestion, inhalation, injection ou absorption à travers la peau. |
Les autres fiches du chapitre traitent de la noyade, des accidents de plongée, de l'accouchement inopiné, des gelures, des piqûres et morsures, du syndrome de suspension, de la pendaison et de la strangulation, des victimes d'explosion, de la compression de membre, des victimes d'avalanche et de la foudre. Plusieurs sont des situations que les sapeurs-pompiers rencontrent en dehors des seuls secours à personne : un incendie produit des fumées toxiques, un sauvetage en hauteur peut se compliquer d'un syndrome de suspension.
Le quatrième regard recherche, pour ces atteintes, l'événement déclencheur et ses particularités, comme la durée d'exposition ou la nature du produit en cause (fiche 04PR04). Pour la toxicité des fumées d'incendie, voir le chapitre 1.2.
Souffrance psychique, nombreuses victimes, accident de la route
La fiche 09AC01 définit la crise comme « une manifestation brusque et intense, de durée limitée, pouvant entraîner des conséquences néfastes », révélatrice d'une rupture d'équilibre. Elle peut naître d'un déclencheur externe, comme un accident ou une situation de violence, ou interne à la personne : trouble organique, traumatisme, intoxication, trouble psychiatrique. La fiche 01AC03 rappelle de son côté que l'intervenant prend en compte les victimes primaires, directement exposées, et les victimes secondaires, les proches qui découvrent ce qui est arrivé et ressentent un stress intense.
La fiche 11AC01 définit la situation à nombreuses victimes comme « une situation accidentelle d'ampleur ayant fait de nombreuses victimes ou ayant un potentiel évolutif pouvant entraîner de nombreuses victimes ». Elle se caractérise par la présence de nombreuses victimes réelles ou potentielles, des dégâts matériels importants et une inadéquation, initiale et temporaire, entre les moyens disponibles et les besoins. Son organisation s'appuie sur la planification ORSEC. Les principes d'action listés par la fiche sont : reconnaître rapidement le site, assurer la sécurité, transmettre sans délai et demander des renforts, repérer les victimes, réaliser les gestes les plus urgents. La fiche rappelle aussi qu'un grand nombre de personnes non blessées sont victimes, parce qu'elles ont vu des scènes difficiles ou perdu un proche de vue.
L'accident de la route enfin combine souvent plusieurs familles : traumatismes, hémorragies, détresses, souffrance psychique des impliqués. Sa première dimension est la sécurité de la zone, traitée par la fiche 02PR02 et résumée au chapitre 2.1. Les techniques du secours routier relèvent de la formation opérationnelle du SDIS. Pour s'entraîner sur l'ensemble du module, le QCM secours d'urgence aux personnes propose trente questions, et la formation devenir sapeur-pompier volontaire présente la formation initiale de l'équipier.
Pour chaque famille, ce que le bilan cherche à comprendre
| Famille | Question clé du bilan |
|---|---|
| Détresses vitales | Quelle fonction est atteinte, et menace-t-elle les deux autres ? |
| Malaise, affection | Malaise bénin ou grave ? Maladie connue, traitement modifié ? |
| Peau | Quelle étendue, quelle localisation, quelle origine ? |
| Traumatisme | Quel mécanisme, quelle intensité, une colonne en jeu ? |
| Circonstances | Quel événement déclencheur, quelle durée d'exposition, quel produit ? |
| Crise, nombreuses victimes | Cause physique possible derrière la crise ? Combien de victimes et d'impliqués ? |
Sources
- Références techniques nationales PSE, juillet 2026 : fiches 01AC03 [11-2021], 05AC07 [07-2026], 05AC08 [07-2026], 05AC09 [12-2022], 06AC01 [06-2018], 07AC01 [07-2026], 07AC02 [09-2014], 07AC07 [12-2023], 07AC08 [07-2026], 08AC01 [06-2018], 08AC05 [07-2026], 08AC06 [06-2018], 08AC08 [09-2019], 09AC01 [11-2021], 11AC01 [12-2023], 02PR02 [07-2026] et 04PR04 [12-2023] — securite-civile.interieur.gouv.fr
- Arrêté du 7 juillet 2026 (NOR INTE2618304A), annexe 3 ; arrêté du 30 novembre 2020, art. 2 (programme de l'équipier) — Légifrance
À retenir
- Les détresses respiratoire, circulatoire et neurologique ont la même définition : une atteinte qui peut affecter à court terme les autres fonctions vitales.
- Le malaise est une sensation pénible dont la victime ne connaît pas l'origine ; on distingue malaise bénin et malaise grave.
- La plaie est une lésion de la peau avec effraction ; une fracture ouverte est une plaie de l'intérieur vers l'extérieur.
- Traumatisme direct : lésion au point de choc ; indirect : mouvement forcé. La colonne engage la moelle épinière.
- L'intoxication passe par ingestion, inhalation, injection ou absorption ; l'électrocution est une électrisation mortelle.
- Crise, nombreuses victimes, accident de la route : penser aussi aux impliqués et à la sécurité. Aucun geste ici : ils s'apprennent en PSC et PSE.