Module 3 / 4 · Sommaire complet de la formation
3.1 Interventions en présence de gaz : propriétés, risques, acteurs
Une odeur de gaz dans un immeuble, une canalisation arrachée par une pelle mécanique, une bouteille prise dans un feu : le gaz est l'un des motifs d'intervention où l'erreur coûte le plus cher. Ce chapitre présente, d'après le guide de doctrine opérationnelle national de décembre 2021, ce qu'un équipier doit comprendre des différents gaz, de l'atmosphère explosive, des acteurs du réseau et de la logique générale d'une intervention.
Les trois questions à se poser face à un gaz
Est-il toxique ?
Toxicité pour les personnes exposées
Monte-t-il ou descend-il ?
Densité par rapport au milieu ambiant
Peut-il exploser ?
Plage d'explosivité du mélange air-gaz
Les trois caractéristiques que recherchent les primo-intervenants, selon le guide de doctrine de 2021 (chapitre 1, § 2)
Ce que recouvre le mot « gaz »
Le guide de doctrine part d'une définition simple : un gaz est un corps qui occupe la totalité du volume du récipient dans lequel il est enfermé. Le public associe le mot au seul « gaz naturel » distribué chez l'usager, mais le guide rappelle qu'il existe bien d'autres procédés de production :
- la liquéfaction cryogénique du gaz naturel, qui donne le gaz naturel liquéfié (GNL) ;
- la distillation de produits de raffinerie, qui donne les gaz de pétrole liquéfiés (GPL) ;
- la fermentation de matières organiques, qui donne des gaz renouvelables comme le biométhane ;
- le reformage du méthane, qui permet de produire de l'hydrogène ;
- la décomposition ou la réaction de substances chimiques, qui produit des gaz de synthèse comme l'acétylène.
Un gaz peut aussi naître d'une réaction chimique non souhaitée et non contrôlée : c'est le cas des gaz issus d'une combustion, au premier rang desquels le monoxyde de carbone. Une intervention « gaz » ne concerne donc pas seulement les réseaux de distribution : elle peut porter sur une bouteille, une citerne, une installation de méthanisation, un véhicule ou une intoxication dans un logement.
Face à ces situations très diverses, le guide retient trois caractéristiques que les primo-intervenants cherchent à connaître pour chaque gaz : sa toxicité pour les personnes, sa densité, c'est-à-dire le fait qu'il soit plus lourd ou plus léger que le milieu ambiant, et sa plage d'explosivité, la proportion du mélange air-gaz dans laquelle une explosion peut se produire. Ces trois notions structurent tout le reste du chapitre.
Gaz naturel et gaz de pétrole liquéfiés
Le gaz naturel est une ressource fossile issue de la décomposition d'anciens organismes vivants. Son constituant principal, le méthane, est dans les conditions normales incolore, inodore, combustible et nettement plus léger que l'air, ce qui explique sa tendance à monter et à s'accumuler en partie haute d'un volume fermé. Parce qu'il est inodore, le gaz naturel distribué est odorisé avant d'arriver chez l'usager, afin que toute fuite puisse être perçue.
Le guide signale une confusion fréquente : le produit d'odorisation du gaz naturel de réseau est souvent confondu avec le mercaptan, qui était le produit utilisé à l'origine et qui reste employé pour odoriser le gaz en bouteille. L'odeur « de gaz » que perçoit un témoin n'est donc pas celle du méthane lui-même, mais celle d'un additif.
Les gaz de pétrole liquéfiés sont essentiellement le butane et le propane. Selon le guide, ils proviennent pour plus de 60 % des champs de gaz naturel et pour moins de 40 % du raffinage du pétrole brut, d'où leur nom. Ce sont des hydrocarbures saturés, composés d'atomes de carbone et d'hydrogène.
Deux propriétés les distinguent du gaz naturel. D'abord, le butane et le propane sont plus lourds que l'air : ils s'écoulent vers le bas et peuvent stagner dans un sous-sol, une cave, une fosse ou un réseau enterré. Ensuite, ils sont inodores au sens chimique du terme, mais contiennent naturellement, de par leur origine, des composés soufrés qui leur donnent une odeur caractéristique ; cette odeur est parfois renforcée par l'ajout d'un mercaptan.
Pour l'équipier, retenir le sens de déplacement de chaque gaz est une connaissance de base : elle conditionne l'endroit où le gaz risque de s'accumuler. Le guide précise que la qualité des mesures dépend de l'endroit où elles sont faites, en partie basse pour les gaz plus lourds que l'air et en partie haute pour les plus légers, sans oublier de vérifier l'ensemble du volume pour lever le doute sur une éventuelle poche.
Atmosphère explosive et plage d'explosivité
Le risque majeur d'un gaz combustible est l'explosion. Le guide reprend la définition réglementaire de l'atmosphère explosive (ATEX) :
« un mélange avec l'air, dans les conditions atmosphériques, de substances inflammables sous forme de gaz, vapeurs, brouillards ou poussières dans lequel, après inflammation, la combustion se propage à l'ensemble du mélange non brûlé »
— GDO « Interventions en présence de gaz » (DGSCGC, 1re édition, décembre 2021), chapitre 1, § 3
Les atmosphères explosives sont classées en six zones selon la nature de l'atmosphère inflammable (gaz et vapeurs d'un côté, poussières de l'autre) et la probabilité de sa présence en fonctionnement normal : zones 0, 1 et 2 pour les gaz, zones 20, 21 et 22 pour les poussières, de la présence permanente ou fréquente à la présence peu probable ou de courte durée. Le matériel utilisable en zone ATEX porte un marquage réglementaire qui indique son niveau de protection.
La plage d'explosivité est le domaine de concentration en gaz combustible compris entre la limite inférieure d'explosivité (LIE) et la limite supérieure d'explosivité (LSE). Sous la LIE, le mélange est trop pauvre en gaz pour s'enflammer ; au-dessus de la LSE, il est trop riche. Entre les deux, il suffit d'une source d'inflammation.
Conséquence pratique : un mélange « trop riche » n'est pas un mélange sûr. Le guide rappelle que les concentrations peuvent varier, volontairement (ventilation, fermeture du gaz) ou involontairement (une porte qui s'ouvre, des personnes qui se déplacent). Un local saturé de gaz repasse ainsi par la plage d'explosivité lorsqu'il se vide. Le guide ajoute que la température, la pression ambiante et le taux d'oxygène influencent la LIE et la LSE, mais que ces variations ne sont pas significatives au regard de la précision des appareils utilisés par les sapeurs-pompiers.
Monoxyde de carbone, hydrogène sulfuré et autres gaz
Le guide consacre une fiche à chacun des gaz que les sapeurs-pompiers peuvent rencontrer. Deux d'entre eux ne sont pas des combustibles distribués, mais des gaz toxiques fréquents en intervention.
Le monoxyde de carbone (CO) est souvent confondu avec le dioxyde de carbone (CO2), le « gaz carbonique », alors que les deux diffèrent totalement, surtout par leur toxicité. Le CO est incolore et inodore à température et pression normales, avec une densité voisine de celle de l'air : il ne monte ni ne descend franchement, et se répartit dans le volume. Non irritant, il ne provoque aucune sensation d'alerte ; son principal risque pour l'homme est l'intoxication. Le guide rappelle aussi qu'il forme des mélanges explosifs avec l'air dans des limites très larges et qu'il brûle avec une flamme bleue.
L'hydrogène sulfuré (H2S) est un gaz incolore, irritant, toxique et extrêmement inflammable, reconnaissable à son odeur d'« œuf pourri ». Le guide met en garde : la sensation olfactive n'augmente pas avec la concentration, et l'odeur peut s'atténuer ou disparaître à forte concentration. Mélangé à l'air, sa densité est pratiquement celle de ce dernier, mais il a tendance à se trouver en partie basse. Le guide rappelle qu'il est présent naturellement dans le pétrole et le gaz naturel, qu'il est produit par la fermentation de la matière organique en l'absence d'oxygène, et qu'il peut être émis par certaines opérations industrielles comme le raffinage.
Le guide décrit enfin l'hydrogène et la pile à hydrogène, l'acétylène, gaz de synthèse, le protoxyde d'azote et l'oxygène : ce dernier n'est pas un combustible mais un comburant, qui permet la combustion ; une fuite d'oxygène liquide peut provoquer une suroxygénation du milieu, dans laquelle les matières combustibles réagissent vivement et la combustion s'accélère. Chacun a ses propriétés et ses risques propres, détaillés dans le chapitre 2 du guide.
Le lien avec le secours à personne est direct : une intoxication au CO dans un logement est à la fois une intervention « gaz » et une intervention de secours d'urgence aux personnes. Le module 2 de cette formation présente le cadre du secourisme ; le guide de 2021 lui-même consacre une partie au secours d'urgence aux personnes en présence de gaz.
Les acteurs : centres opérationnels, services, opérateurs
Une intervention en présence de gaz mobilise rarement les seuls sapeurs-pompiers. Le guide liste les acteurs publics que l'on retrouve le plus souvent :
| Famille d'acteurs | Exemples cités par le guide |
|---|---|
| Centres opérationnels | CODIS, centre opérationnel départemental, centres de zone et national |
| Services de l'État | Service de la préfecture chargé de la protection civile, services de l'environnement, agence régionale de santé |
| Collectivités territoriales | Conseil départemental, services techniques, police municipale |
| Forces de sécurité publique | Police et gendarmerie nationales |
| Partenaires de santé | SAMU, hôpitaux |
| Associations agréées de sécurité civile | Associations agréées (AASC) |
À côté de ces acteurs publics interviennent les opérateurs du gaz : gestionnaires des réseaux de transport, gestionnaires des réseaux de distribution, distributeurs de GPL. Le guide signale par exemple que 23 entreprises locales de distribution sont également gestionnaires de réseau de distribution et assurent environ 4 % de la distribution, surtout dans de grandes villes, et présente la Commission de régulation de l'énergie, garante de l'accès aux infrastructures gazières.
Deux principes encadrent la relation avec l'opérateur. Le premier : le commandant des opérations de secours (COS) et le représentant de l'opérateur travaillent en binôme, en partageant les intentions de l'un et les conseils techniques de l'autre, le COS restant chargé de mettre en œuvre tous les moyens publics et privés mobilisés. Le second : les organes de coupure des réseaux sont l'affaire de l'opérateur, et seuls ses agents procèdent à leur réouverture.
Pour un candidat ou un jeune équipier, l'enjeu n'est pas de connaître l'organigramme de la filière gazière, mais de comprendre que chaque acteur a un rôle propre : le sapeur-pompier protège et secourt, l'opérateur maîtrise son réseau, les forces de l'ordre tiennent le périmètre, le maire et le préfet exercent leurs pouvoirs de police.
La logique d'une intervention selon la doctrine
Le guide présente des principes opérationnels qui « peuvent constituer un fil conducteur pour les intervenants », en précisant qu'ils sont adaptés à la situation et ne se substituent pas à la doctrine en vigueur dans chaque SIS. Trois idées en ressortent.
Analyser la situation. Le COS cherche à estimer, localiser et délimiter le risque, en prenant contact avec le requérant et l'opérateur. Les renseignements utiles portent sur le réseau ou le réservoir concerné, le type d'incident et ses circonstances (travaux, vétusté, manipulation), la localisation de l'événement et les organes de coupure. Selon le guide, les phénomènes associés à une fuite dépendent principalement de trois facteurs : le débit de fuite, le confinement et la présence d'une source d'ignition.
Zoner. Le zonage opérationnel respecte toujours le principe des trois zones : une zone d'exclusion dite rouge, une zone contrôlée dite orange et une zone de soutien dite verte. Les limites extérieures de la zone de soutien forment le périmètre de sécurité ; la zone accessible au public se situe au-delà. Les zones qui ne nécessitent pas le port d'équipements de protection sont placées sous le contrôle des forces de l'ordre. Le zonage est d'abord établi « a priori », puis affiné au fil des mesures.
Se protéger d'une explosion. Le guide rappelle que les seuls moyens d'éviter les effets du souffle (blast) sont la distance et un écran solide, et qu'un véhicule de tourisme ne protège pas des effets d'une explosion. Il recommande aussi de n'employer que le personnel strictement nécessaire et de ne jamais actionner d'appareil électrique (sonnette, gâche de porte) dans la zone concernée.
Ces principes sont présentés ici comme des connaissances, pour comprendre la logique de la doctrine nationale. Leur application concrète (distances, matériels, procédures avec l'opérateur) relève du règlement opérationnel de chaque SIS et de la formation dispensée par le SDIS.
Quatre gaz, quatre comportements
| Gaz | Par rapport à l'air | Odeur | Risque principal mis en avant |
|---|---|---|---|
| Méthane (gaz naturel) | Plus léger, tend à monter | Inodore, odorisé avant distribution | Explosion, asphyxie en milieu confiné |
| Butane, propane (GPL) | Plus lourds, tendent à descendre | Composés soufrés naturels, odeur parfois renforcée | Explosion, accumulation en point bas |
| Monoxyde de carbone | Densité voisine | Inodore, non irritant | Intoxication |
| Hydrogène sulfuré | Densité pratiquement celle de l'air, plutôt en partie basse | Œuf pourri, qui peut disparaître à forte concentration | Intoxication |
D'après le guide de doctrine « Interventions en présence de gaz », chapitre 1 (décembre 2021)
Sources
- GDO « Interventions en présence de gaz » (DGSCGC, 1re édition, décembre 2021), chapitres 1 (connaissances générales), 3 (sécurité des intervenants) et 5 (conduite des opérations) — interieur.gouv.fr
- Pour s'entraîner : QCM opérations diverses du sapeur-pompier
À retenir
- Face à un gaz, trois questions : toxicité, densité par rapport à l'air, plage d'explosivité.
- Le méthane monte, le butane et le propane descendent : ils s'accumulent en point bas.
- La plage d'explosivité est comprise entre la LIE et la LSE ; un mélange trop riche finit toujours par la traverser.
- Le CO est inodore, non irritant et de densité voisine de l'air : il ne prévient pas.
- Les phénomènes liés à une fuite dépendent du débit, du confinement et d'une source d'ignition.
- Zonage en trois zones : exclusion (rouge), contrôlée (orange), soutien (verte) ; l'opérateur seul gère ses organes de coupure.