Module 4 / 4 · Sommaire complet de la formation
4.2 Sauvetages et mises en sécurité : vocabulaire et moyens
Sauver une victime est, selon la doctrine nationale, la priorité du commandant des opérations de secours. Le guide de techniques opérationnelles « Sauvetages et mises en sécurité » (DGSCGC, 2e édition, février 2024) décrit les principes qui guident ces opérations, les matériels disponibles et les conditions de sécurité. Ce chapitre en présente le vocabulaire et la logique : les techniques elles-mêmes demandent, rappelle le guide, « un entraînement rigoureux et régulier ».
Un sauvetage, une succession d'actions
Atteindre la zone du sauvetage
Rechercher et localiser la victime
Réaliser le sauvetage ou la mise en sécurité
Conditionnés par l'environnement, la victime, les moyens disponibles et le temps (GTO, chapitre 1).
Sauvetage, mise en sécurité, dégagement d'urgence
Le guide décrit tout sauvetage comme « le résultat d'une succession d'actions destinées à sécuriser les victimes » : atteindre la zone où doit se réaliser le sauvetage, rechercher et localiser la victime, puis réaliser son sauvetage ou sa mise en sécurité. L'auto-sauvetage et le sauvetage du sauveteur relèvent d'un autre guide, « Sauvegarde opérationnelle », présenté au chapitre 4.1.
Trois termes sont à distinguer. La mise en sécurité concerne une victime valide, capable de se soustraire elle-même au danger : le sauveteur l'accompagne, l'aide et la conseille. Le sauvetage s'impose lorsqu'elle ne le peut pas. Le dégagement d'urgence, enfin, est un sauvetage réalisé sans matériel, destiné à déplacer la victime en quelques secondes jusqu'à un lieu sûr, où l'examen et les gestes de secours pourront être faits en sécurité.
« Un dégagement d'urgence ne doit être réalisé que lorsque le danger est réel, immédiat, vital et non contrôlable. »
— GTO « Sauvetages et mises en sécurité » (DGSCGC, 2e édition, février 2024), chapitre 2, § 1
Le chapitre 1 du guide fixe le principe qui guide le choix du COS : l'analyse rapide de la situation doit lui permettre de réaliser le sauvetage « en choisissant le moyen exposant le moins possible le sauveteur et la victime au risque ». Ce choix dépend de quatre éléments : l'environnement, la victime, les moyens disponibles (sauveteurs et matériel) et le temps.
Le guide rappelle aussi qu'une victime déplacée ne doit jamais être laissée seule, et qu'il est important de créer avec elle un lien de confiance et de réconfort pendant toute l'intervention.
Agir sur la source, le flux ou la cible
Les quatre conditions du sauvetage méritent d'être détaillées, parce qu'elles structurent toute la réflexion du guide.
- L'environnement : le lieu (milieu naturel ou urbain, établissement recevant du public ou habitation), les conditions astro-météorologiques (jour ou nuit, température, pluie, vent) et le cheminement d'accès, qui peut exposer le sauveteur au même risque que la victime (chute, noyade, sur-accident) et détermine les moyens à engager.
- La victime : son comportement (coopérante, passive, stressée, paniquée, calme) et son état physique (valide ou invalide, consciente ou inconsciente).
- Les moyens disponibles : personnels, matériels, service de sécurité, forces de police ou de gendarmerie, à croiser avec le temps disponible.
- Le temps : le guide le qualifie de « capital » et invite à mesurer rapidement le degré d'urgence et la cinétique de l'événement, situation figée ou évolutive.
Pour protéger les personnes, le COS peut agir à trois niveaux, que le guide illustre par des exemples :
| Niveau d'action | Exemples donnés par le GTO |
|---|---|
| Sur la source | Action sur un organe de coupure de gaz, attaque du foyer |
| Sur le flux de danger | Désenfumage d'une cage d'escalier, mise en place d'un moyen hydraulique |
| Sur la cible | Sauvetage, mise en sécurité, évacuation, confinement |
Cette grille de lecture « source, flux, cible » se retrouve dans d'autres documents de doctrine. Elle aide à comprendre qu'un sauvetage n'est pas toujours la première action : réduire le danger peut parfois mieux protéger la victime que la déplacer.
Les échelles à mains : rôles et vocabulaire
Le guide présente trois familles d'échelles à mains, chacune pour des usages différents :
- L'échelle à crochets, à un ou deux plans, destinée aux sauvetages et aux reconnaissances, pour progresser en façade d'étage en étage quand les autres moyens ne le permettent pas.
- Les échelles à coulisse deux plans, en petit et en grand modèle, utilisées pour les sauvetages, les reconnaissances, la mise en place d'établissements ou comme itinéraire de secours ; elles servent à rétablir des communications détruites ou impraticables et permettent d'atteindre le premier et le deuxième étage.
- L'échelle à coulisse trois plans avec arcs-boutants, employée lorsque les niveaux ne sont accessibles ni aux échelles deux plans ni aux moyens aériens, par exemple dans une courette intérieure ; sa manœuvre est confiée à deux binômes dirigés par un chef d'agrès.
Leur vocabulaire revient dans tous les documents. Les plans sont les éléments qui coulissent l'un sur l'autre ; les parachutes les verrouillent en position ; le trait est la corde qui permet de déployer les plans ; les arcs-boutants assurent l'équilibre de l'échelle trois plans et limitent son flambage. Le guide décrit aussi plusieurs façons d'amarrer et de bloquer une échelle (sangle, connecteur du lot de sauvetage, hache ou grande pince avec une commande nouée en cabestan).
Pour chaque échelle, le guide liste des précautions d'emploi destinées à garantir la sécurité des intervenants et des victimes. Elles relèvent de la formation pratique dispensée par le SIS et ne sont pas reprises ici.
Le lot de sauvetage et de protection contre les chutes
Le lot de sauvetage et de protection contre les chutes (LSPCC) permet, selon le guide, le sauvetage ou la mise en sécurité d'une personne par l'extérieur, la reconnaissance d'appartement, le sauvetage dans les puits, fosses ou excavations, l'abordage d'une victime en situation de péril, le déplacement d'une victime inconsciente ou invalide et l'évolution avec risque de chute. Il se compose principalement d'une corde semi-statique, d'un dispositif de freinage de la charge, d'anneaux de sangle cousus, de connecteurs (mousquetons), d'une poulie, d'un harnais et d'un triangle d'évacuation.
Ces équipements sont des EPI de catégorie III contre les chutes de hauteur. Le guide insiste sur leur suivi : matériel normalisé, contrôles, conditions de réforme et prescriptions d'entretien du fabricant strictement respectés, et mise à l'écart immédiate en cas de doute sur son intégrité. Il précise aussi que l'usage du LSPCC est une alternative, lorsque des moyens plus sûrs (communications existantes, échelles) sont impossibles ; il appartient au COS de le valider ou de faire appel à des équipes spécialisées comme le GRIMP ou le SMPM.
Quatre notions aident à comprendre les risques :
- le facteur de chute, rapport entre la hauteur de chute et la longueur de corde qui amortit la chute ;
- l'effet pendulaire, quand l'utilisateur n'est pas exactement sous le point d'ancrage ;
- le syndrome de suspension, situation clinique grave consécutive à une suspension inerte et prolongée dans un harnais ;
- les frottements de la corde sur les angles et sur d'autres cordes.
Le guide décrit enfin la mise en œuvre comme un système : ancrage, amarrage, charge et équipier. L'ancrage, ou point fixe, peut être naturel (arbre, rocher), structurel (poutre, pilier, rambarde, colonne sèche, engin, mobilier urbain) ou artificiel, c'est-à-dire mis en place par l'homme (échelle à mains, outil de forcement, étais).
Les moyens élévateurs aériens
Parmi les moyens élévateurs aériens (MEA) des SIS, le guide distingue les échelles remorquables, les échelles sur porteurs, les échelles pivotantes à mouvements séquentiels (EPS), les échelles pivotantes à mouvements combinés (EPC) et les bras élévateurs automobiles, télescopiques ou articulés.
Il propose une terminologie commune : la hauteur (du sol au dernier échelon de la structure extensible), la longueur développée, la portée théorique, l'angle de dressage (entre l'axe du dernier plan et l'horizontale), les zones d'utilisation libre et en appui, et le panier de secours, dispositif fixe ou amovible utilisé pour la lutte contre l'incendie et le sauvetage. Le polygone de sustentation, autre notion clé, est traité par le QCM techniques opérationnelles.
Le guide classe aussi la surface sur laquelle on stabilise l'engin :
| Type de sol | Exemples cités par le GTO |
|---|---|
| Sol stable | Route, parking, béton armé, voie échelle : un sol où peuvent circuler des poids lourds |
| Sol instable | Trottoir, chemin de terre ou en calcaire : stabilisation possible avec des cales qui agrandissent la surface portante |
| Sol interdit | Plaque d'égout, bordure de trottoir, cave sous trottoir, parking sur dalle de faible résistance |
Viennent ensuite les dangers aériens : heurt du panier ou de la structure contre un balcon, une cheminée, une antenne ou un arbre, et surtout le risque d'électrisation ou d'électrocution, « même sans contact » à proximité des lignes à forte tension. Les conditions météorologiques (vent, foudre, brouillard) imposent une vigilance particulière ; pour le vent, le guide renvoie à l'abaque fourni par le constructeur de chaque engin.
Mises en sécurité, cas particuliers et retour d'opération
La mise en sécurité doit s'effectuer en priorité par les communications existantes ; si elles sont impraticables, ou pour des mises en sécurité multiples, le guide privilégie l'emploi des moyens élévateurs aériens. Plusieurs méthodes, parfois simultanées, la facilitent : la diffusion de consignes (un porte-voix rassure les personnes prises de panique), la ventilation des communications et l'assistance respiratoire des victimes.
Le guide consacre une partie aux personnes à mobilité réduite, souvent réfugiées dans un espace d'attente sécurisé : leur évacuation par les communications existantes demande un effort physique important, et il convient de les rassurer et de leur expliquer le déroulement des opérations. Les interventions à caractère bariatrique, pour une personne lourdement médicalisée ou de forte corpulence, mobilisent des moyens importants : techniques d'unités spécialisées (GRIMP, SMPM) ou moyen aérien équipé d'une civière adaptée.
Comme pour l'engagement en milieu vicié, le retour d'opération est décrit en deux temps : remise en condition du personnel (hydratation, hygiène, débriefing ou « défusing », repos) et reconditionnement du matériel, avec nettoyage, vérification de l'intégrité et retrait de tout matériel endommagé. Le guide y ajoute les partages et retours d'expérience, qui nourrissent les mises à jour de la doctrine.
L'annexe du guide présente enfin quelques nœuds de base (huit double, nœud français autobloquant, tête d'alouette) et la clé d'arrêt sur un frein de charge : leur apprentissage, comme celui de toutes les manœuvres, se fait en formation, sur mannequin pour les exercices de suspension, comme le guide l'impose. Pour la suite, le chapitre 4.3 aborde les transmissions et la topographie.
Où stabiliser un moyen élévateur aérien ?
Sol stable
Route, parking, béton armé, voie échelle
Sol instable
Trottoir, chemin : cales de stabilisation
Sol interdit
Plaque d'égout, bordure, cave sous trottoir
D'après le GTO « Sauvetages et mises en sécurité » (DGSCGC, 2e édition, février 2024), chapitre 1, § 2.4.3.
Sources
- GTO « Sauvetages et mises en sécurité » (DGSCGC, 2e édition, février 2024) : préface, chapitre 1 (§ 1, 2.1 à 2.5, 3), chapitre 2 (§ 1 à 3), chapitre 4 (§ 1.1) et annexe B — interieur.gouv.fr
- GTO « Sauvegarde opérationnelle » (DGSCGC, février 2024), pour l'auto-sauvetage et le sauvetage du sauveteur — interieur.gouv.fr
À retenir
- Un sauvetage enchaîne trois actions : atteindre la zone, localiser la victime, la sauver ou la mettre en sécurité.
- Le COS choisit le moyen qui expose le moins possible le sauveteur et la victime, selon l'environnement, la victime, les moyens et le temps.
- Mise en sécurité : la victime valide est accompagnée ; dégagement d'urgence : sans matériel, seulement face à un danger réel, immédiat, vital et non contrôlable.
- Le LSPCC forme un système : ancrage (naturel, structurel ou artificiel), amarrage, charge, équipier.
- Moyens aériens : terminologie commune, sols stables, instables ou interdits, vigilance face aux lignes électriques et au vent.
- Les précautions d'emploi et les manœuvres s'apprennent en formation au sein du SIS, qui décline le guide national.