S1, S1P, S3, S7L : sur l'étiquette d'une chaussure de sécurité, chaque lettre et chaque chiffre correspond à une exigence testée par la norme EN ISO 20345.

Depuis sa révision de 2022, la norme a créé de nouvelles catégories (S6, S7), distingué les semelles anti-perforation métalliques et textiles (P, PL, PS) et rendu facultative la résistance aux hydrocarbures.

Le bon choix ne se fait pas sur le chiffre le plus élevé. Il se fait à partir des risques du poste : chute d'objets, clous, eau, sol glissant, froid, chaleur, électricité.

Ce guide décode chaque catégorie, les symboles complémentaires et la démarche de choix décrite par l'INRS, avec un outil pour retrouver la catégorie correspondant à vos besoins.

1. Sécurité, protection, travail : trois normes, trois niveaux d'embout

Le terme « chaussure de sécurité » a un sens normatif précis. Il désigne une chaussure conforme à la norme NF EN ISO 20345, dotée d'un embout qui protège les orteils contre un choc de 200 joules. Deux autres normes couvrent des chaussures d'usage professionnel moins protectrices.

La brochure ED 6509 de l'INRS (2e édition, juin 2025) traduit ces énergies en situations concrètes : 200 J correspondent à la chute d'un objet de moins de 20 kg tombant d'un mètre.

Type Norme Embout Préfixe des catégories
Chaussure de sécurité NF EN ISO 20345 200 J (objet < 20 kg tombant d'1 m) S
Chaussure de protection NF EN ISO 20346 100 J (objet < 10 kg tombant d'1 m) P
Chaussure de travail NF EN ISO 20347 Pas d'embout de sécurité exigé O

Les catégories fonctionnent de la même façon dans les trois normes, seule la lettre change : une chaussure S3, une chaussure P3 et une chaussure O3 ont les mêmes exigences, à l'embout près.

La norme distingue aussi deux grandes classes de fabrication : la classe I (cuir et autres matériaux, hors tout caoutchouc et tout polymère) et la classe II (bottes tout caoutchouc ou tout polymère). Les catégories ne portent pas les mêmes numéros selon la classe.

Sources : INRS, ED 6509 « Les équipements de protection individuelle du pied et du bas de la jambe », 2e édition, juin 2025 (§ 2.2, figures 5 et 6) ; règlement (UE) 2016/425.

2. De SB à S7 : ce que garantit chaque catégorie

Les catégories s'empilent comme les marches d'un escalier : chacune reprend la précédente et y ajoute des exigences. Tout part de SB, les exigences de base, qui comprennent l'embout 200 J et, depuis 2022, une résistance au glissement sur carrelage recouvert d'une solution savonneuse.

Pour les chaussures en cuir (classe I), la progression est la suivante.

S1 = SB + talon fermé + talon absorbeur d'énergie (E) + semelle antistatique (A)
La base des chaussures de sécurité fermées.
S2 = S1 + résistance à la pénétration de l'eau sur la tige (WPA)
La tige limite l'entrée d'eau, sans que la chaussure soit étanche.
S3 = S2 + insert anti-perforation métallique (P) + semelle à crampons
Variantes S3L et S3S avec insert non métallique (voir partie 3).
S6 = S2 + résistance à la pénétration de l'eau sur la chaussure entière (WR)
Catégorie créée en 2022.
S7 = S3 + résistance à l'eau sur la chaussure entière (WR)
Créée en 2022, avec ses variantes S7L et S7S.

Pour les bottes tout caoutchouc ou tout polymère (classe II), les catégories sont S4 (SB + talon absorbeur d'énergie + antistatique) et S5 (S4 + insert anti-perforation + semelle à crampons), avec les variantes S5L et S5S. Ces bottes sont étanches par construction. La norme prévoit enfin SBH pour les chaussures hybrides.

Et S1P ? Ce n'est pas une catégorie à part du tableau de la norme, mais une S1 complétée du symbole P : une chaussure S1 avec insert anti-perforation métallique. Ses équivalents textiles s'écrivent S1PL et S1PS.

Sources : INRS, ED 6509, annexe 2, tableaux 9 et 10 « Catégories des chaussures de classe I et de classe II ».

3. P, PL ou PS : le vrai sens du « P »

L'édition 2022 a clarifié un point longtemps confus : tous les inserts anti-perforation ne se valent pas. La norme distingue désormais trois symboles, selon la matière de l'insert et le clou utilisé à l'essai.

Les trois doivent résister à une force de 1 100 N. Ce qui change, c'est la pointe d'essai et donc la protection face aux objets fins.

P

Insert métallique

Le plus protecteur face aux pointes fines. Rigidifie la semelle, ce qui pèse sur le confort de marche.

PL

Non métallique, pointe 4,5 mm

Un seul point d'essai à 1 100 N, aucune perforation tolérée. Semelle plus souple.

PS

Non métallique, pointe 3 mm

Cinq points d'essai, moyenne d'au moins 1 100 N et aucune valeur sous 950 N.

Sur l'étiquette, cela donne S3 (ou S3P) pour l'insert métallique, S3L (S3PL) et S3S (S3PS) pour les inserts textiles. Même logique pour S1P, S1PL, S1PS et pour S7, S7L, S7S.

L'INRS souligne une limite : les pointes d'essai ne représentent pas toujours les objets du terrain. Pour des diamètres plus faibles, les inserts non métalliques n'apportent pas le même niveau de protection. Lorsque le risque de perforation est jugé élevé, la brochure préconise le symbole P, c'est-à-dire l'insert métallique.

Sources : INRS, ED 6509, § 2.4.1.3 « L'insert antiperforation » et annexe 2.

4. Les symboles complémentaires : SR, CI, HRO, FO…

La catégorie ne dit pas tout. Une série de symboles complémentaires s'ajoute à la suite du code (par exemple S3 SR CI) pour signaler des protections spécifiques.

Le tableau de l'INRS les classe par risque à prévenir. En voici les principaux.

Symbole Protection Risque visé
SRSemelle antidérapante (essai sur carrelage + glycérine)Glissade sur sol lisse et gras
LGGrip sous semelle de marcheGlissade sur barreau d'échelle
FOSemelle résistant aux hydrocarburesHydrocarbures
CISemelage isolant contre le froidFroid ambiant
HISemelage isolant contre la chaleurChaleur ambiante
HROSemelle résistant à la chaleur de contactSols chauds
MProtection du métatarseChute d'objet sur le dessus du pied
ANProtection des malléolesImpact sur les chevilles
SCPare-pierreAbrasion de l'avant (travail à genoux)
CSemelage conducteurAccumulation de charges électrostatiques

Deux évolutions de 2022 piègent encore les acheteurs. La résistance aux hydrocarbures FO, autrefois comprise dans les catégories S1 à S3, est devenue une exigence complémentaire : elle doit figurer en toutes lettres sur l'étiquette si le poste l'exige. Et le marquage SR désigne désormais un essai supplémentaire sur sol enduit de glycérine, au-delà de l'essai de base inclus dans SB.

L'INRS nuance aussi la portée de SR : le marquage ne suffit pas à conclure qu'une chaussure tiendra sur le sol réel. Un essai en situation, sur le sol du poste, reste nécessaire, et l'adhérence chute avec l'usure ou l'encrassement des reliefs.

Pour décoder rapidement un marquage complet, le décodeur des normes EPI traduit chaque symbole (S3, HRO, CI, FO…) à partir du code lu sur l'étiquette.

Sources : INRS, ED 6509, tableau 2 et § 2.4.1.10, 2.4.2 et 2.4.4.1, annexe 1 (tableau 5, classes électriques).

5. Quelle catégorie pour quel poste

Aucun texte n'impose une catégorie à un métier. Le Code du travail impose à l'employeur de fournir des EPI appropriés aux risques, et c'est l'évaluation des risques du poste qui conduit au code. L'INRS propose une grille : risques à prévenir, contraintes du poste (durée de port, efforts, ambiance), facteurs individuels (morphologie, pathologies du pied).

Le raisonnement part du besoin et remonte au symbole. Le sélecteur ci-dessous applique les tableaux de la norme : cochez les protections nécessaires, il indique la catégorie minimale qui les contient.

Trouver la catégorie minimale

Type de chaussure

Perforation (clous, débris)

Eau

Symboles complémentaires

Le tableau ci-dessous illustre ce raisonnement sur quelques situations courantes. Ce sont des exemples de lecture des risques, pas des prescriptions : deux postes portant le même intitulé peuvent appeler des chaussures différentes.

Situation Risques identifiés Traduction en marquage
Entrepôt intérieur, sol sec et propre Chute d'objets, roulage de chariots Embout 200 J : S1 ; SR si sol lisse
Atelier avec copeaux, pointes, chutes de tôle Perforation de la semelle S1P, ou S3 si humidité
Chantier extérieur, boue, gravats Perforation, eau, terrain irrégulier S3 (crampons), S7 si eau persistante
Agroalimentaire, sols lavés à grande eau Glissade, eau Bottes S4 ou S5 ; SR à vérifier sur le sol réel
Entrepôt frigorifique Froid, glissade Symbole CI ajouté à la catégorie
Atelier mécanique, garage Huiles, carburants au sol Symbole FO, à exiger explicitement

Le travail au froid illustre bien la démarche : la protection du pied s'ajoute aux autres EPI détaillés dans le dossier sur le travail au froid négatif. Pour croiser chaussures, gants et vêtements d'un même métier, le vérificateur d'EPI par métier propose une liste de départ à confronter à l'évaluation des risques.

L'INRS recommande en outre les modèles montants (tige haute) lorsque c'est possible : ils protègent davantage et maintiennent mieux la cheville.

Sources : INRS, ED 6509, chapitre 1 (tableau 1, grille d'évaluation), chapitre 2 et annexe 2 ; Code du travail, art. R. 4323-91.

6. Fourniture, entretien, remplacement : qui fait quoi

Les chaussures de sécurité sont des EPI : l'employeur les fournit gratuitement, en assure le bon fonctionnement et l'état hygiénique, par l'entretien, les réparations et les remplacements nécessaires (article R. 4323-95 du Code du travail).

Pour les intérimaires, l'article L. 1251-23 confie la fourniture des EPI à l'entreprise utilisatrice. Certains EPI personnalisés, définis par accord collectif, peuvent être fournis par l'entreprise de travail temporaire. Dans tous les cas, le salarié temporaire n'en supporte pas la charge financière.

Côté employeur

  • Choisir le modèle à partir de l'évaluation des risques
  • Faire essayer les modèles : l'INRS recommande d'associer les salariés au choix
  • Préférer une paire individuelle, ou prévoir la désinfection en cas de prêt
  • Organiser le remplacement (à qui s'adresser, dans quel délai)

Côté salarié

  • Contrôler visuellement semelle et embout avant chaque port
  • Nettoyer après une activité salissante, sécher loin d'une source de chaleur
  • Retirer les débris métalliques incrustés dans la semelle
  • Signaler une paire défectueuse et cesser de la porter

La notice d'instructions fixe les critères de mise au rebut. À titre indicatif, l'INRS cite notamment une entaille de la semelle de plus de 10 mm de long et 3 mm de profondeur, ou un décollement de plus de 15 mm de long et 5 mm de large.

Un refus de porter les chaussures fournies pose une autre question, celle de l'obligation de sécurité du salarié : elle est traitée dans le dossier sur le refus de porter un EPI pour raisons médicales.

Sources : Code du travail, art. R. 4323-95 et L. 1251-23 ; INRS, ED 6509, chapitres 3 et 4.

Conclusion : partir du risque, pas du chiffre

Depuis 2022, l'étiquette d'une chaussure de sécurité est plus précise : elle dit si l'insert est métallique ou textile, si la chaussure entière résiste à l'eau, si elle supporte les hydrocarbures. Elle est aussi plus exigeante à lire, car des protections autrefois incluses doivent maintenant être demandées.

Les bonnes pratiques décrites par l'INRS convergent : identifier les risques du poste, les traduire en symboles, faire essayer plusieurs modèles aux salariés concernés, puis vérifier sur le terrain que la chaussure tient ses promesses.

Sources & Références :

  • • INRS, ED 6509, 2e édition, juin 2025
  • • NF EN ISO 20345:2022, 20346 et 20347
  • • Règlement (UE) 2016/425
  • • Code du travail, art. R. 4323-91, R. 4323-95, L. 1251-23