Article R4323-95 · En vigueur

Article R4323-95 — EPI et vêtements de travail : fourniture gratuite et entretien par l'employeur

L'article R4323-95 impose à l'employeur de fournir gratuitement les EPI et vêtements de travail, et d'en assurer le bon fonctionnement, l'hygiène et le remplacement. Le salarié ne paie jamais sa protection.

Ce que dit l'article R4323-95

Texte officiel en vigueur depuis le 01/05/2008 :

Les équipements de protection individuelle et les vêtements de travail mentionnés à l'article R. 4321-4 sont fournis gratuitement par l'employeur qui assure leur bon fonctionnement et leur maintien dans un état hygiénique satisfaisant par les entretiens, réparations et remplacements nécessaires.

Ces dispositions ne font pas obstacle aux conditions de fournitures des équipements de protection individuelle prévues par l'article L. 1251-23, pour les salariés temporaires.

Source : Légifrance

Nature
Partie réglementaire
Partie IV
Santé et sécurité au travail
Livre
Livre III
Titre
Titre II — Utilisation des équipements de travail et des moyens de protection
Chapitre
Chapitre III — Mesures d'organisation et conditions d'utilisation des équipements de travail et des équipements de protection individuelle
Section
Section 9 — Dispositions particulières pour l'utilisation des équipements de protection individuelle

L'article R4323-95 pose une règle simple mais structurante : les équipements de protection individuelle (EPI) et les vêtements de travail sont fournis gratuitement par l'employeur, qui doit aussi les entretenir, les réparer et les remplacer. Le salarié ne doit jamais payer sa propre sécurité.

Ce que dit l'article R4323-95

Texte officiel en vigueur depuis le 1er mai 2008 :

Les équipements de protection individuelle et les vêtements de travail mentionnés à l'article R. 4321-4 sont fournis gratuitement par l'employeur qui assure leur bon fonctionnement et leur maintien dans un état hygiénique satisfaisant par les entretiens, réparations et remplacements nécessaires.

Ces dispositions ne font pas obstacle aux conditions de fournitures des équipements de protection individuelle prévues par l'article L. 1251-23, pour les salariés temporaires.

Source : Légifrance

En clair, qu'est-ce que ça veut dire ?

Cet article tranche une question récurrente sur le terrain : qui paie les EPI ? La réponse est sans ambiguïté : c'est l'employeur, et la fourniture doit être gratuite. Casque, gants, chaussures de sécurité, harnais antichute, protections auditives, lunettes, vêtements de travail nécessaires à la protection… aucun de ces équipements ne peut être facturé au salarié, ni déduit de son salaire.

La gratuité n'est qu'une partie de l'obligation. L'employeur doit aussi garantir que l'EPI fonctionne correctement et reste dans un état hygiénique satisfaisant. Cela suppose un suivi dans le temps : entretien, nettoyage, vérifications périodiques, réparation et, lorsque l'équipement est usé ou endommagé, son remplacement. Un harnais antichute fissuré ou des chaussures de sécurité dont la coque est déformée doivent être remplacés, pas réparés à la va-vite.

R4323-95 s'articule directement avec l'article R4321-1 et l'article R. 4321-4, qui imposent à l'employeur de mettre à disposition des EPI appropriés aux risques. Une fois l'équipement défini, R4323-95 précise comment il doit être fourni : gratuitement et durablement entretenu.

Qui est concerné ?

  • Tous les employeurs, quelle que soit la taille de l'entreprise ou le secteur, dès qu'un risque justifie le port d'un EPI.
  • Tous les salariés exposés à un risque non supprimé par une protection collective : ouvriers du BTP, de l'industrie, de la maintenance, de la logistique, agents d'entretien, etc.
  • Les salariés intérimaires, pour lesquels une règle spécifique s'applique (voir ci-dessous).
  • Les apprentis et stagiaires, assimilés aux salariés pour les règles de santé et sécurité.

Ce que cela implique en pratique

L'EPI arrive en dernier recours dans la hiérarchie de prévention. Les neuf principes généraux de prévention de l'article L4121-2 imposent d'abord de supprimer le risque à la source, puis de privilégier les protections collectives (garde-corps, captage des poussières, dispositifs de sécurité sur machine). L'EPI vient compléter ce dispositif quand le risque résiduel ne peut pas être évité autrement. R4323-95 garantit que, lorsque cet équipement est nécessaire, son coût ne pèse jamais sur le salarié.

Concrètement, l'employeur doit :

  • Fournir l'EPI gratuitement, sans avance de frais, sans retenue sur salaire, sans caution conditionnant son usage.
  • Choisir un équipement adapté au risque et au poste (voir l'article R4323-91 sur l'adéquation et l'ergonomie des EPI).
  • Assurer l'entretien et l'hygiène : nettoyage, désinfection si nécessaire, stockage correct.
  • Vérifier le bon fonctionnement et organiser les contrôles périodiques (en particulier pour les EPI contre les chutes de hauteur).
  • Remplacer sans délai tout EPI défectueux, usé, périmé ou ne remplissant plus sa fonction.

Le port effectif de l'EPI relève ensuite d'une responsabilité partagée : l'employeur le fournit et impose son usage, le salarié l'utilise conformément aux consignes (article L4122-1).

Le cas particulier des intérimaires (L1251-23)

Le second alinéa renvoie à l'article L. 1251-23. Pour un salarié temporaire, les EPI sont en principe fournis par l'entreprise utilisatrice (celle où il travaille effectivement). Par exception, certains EPI personnalisés, définis par convention ou accord collectif, peuvent être fournis par l'entreprise de travail temporaire (ETT). Dans tous les cas, le principe reste intangible : le salarié intérimaire ne supporte aucune charge financière pour ses équipements de protection (source : Code du travail numérique, L1251-23). C'est l'un des points sensibles des relations entre ETT et entreprise utilisatrice, qui doit figurer clairement dans le contrat de mise à disposition.

Risques en cas de non-respect

Faire payer un EPI à un salarié, ou laisser circuler des équipements défectueux, constitue un manquement aux règles de santé et sécurité. Au-delà des poursuites de l'inspection du travail, ce manquement nourrit la responsabilité de l'employeur au titre de son obligation de sécurité (article L4121-1) et l'expose aux sanctions pénales prévues par l'article L4741-1 en cas de violation des règles de prévention.

Si un accident survient parce qu'un EPI manquait, était défectueux ou avait été facturé au salarié, l'employeur risque la reconnaissance d'une faute inexcusable, avec majoration des indemnités versées à la victime. La gratuité et l'entretien des EPI ne sont donc pas une simple formalité administrative : ce sont des conditions de l'efficacité réelle de la protection.

Articles connexes du Code du travail

L'article R4323-95 se lit en lien avec :

  • Article R4323-91 — adaptation des EPI aux risques et à l'ergonomie du poste.
  • Article R4321-1 — mise à disposition d'équipements de travail et de moyens de protection conformes.
  • Article L4121-1 — obligation générale de sécurité de l'employeur.
  • Article L4121-2 — neuf principes généraux de prévention (l'EPI en dernier recours).
  • Article L4122-1 — obligations du salarié, dont l'usage conforme des EPI fournis.
  • Article L4741-1 — sanctions pénales en cas de manquement aux règles de sécurité.
Cet article a une vocation pédagogique. Pour toute application concrète à votre situation, référez-vous au texte officiel sur Légifrance et, si besoin, consultez un professionnel du droit social.
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Cas pratiques

Cas pratiques

Cas n°1 — La retenue sur salaire pour des chaussures de sécurité

Un magasinier reçoit ses chaussures de sécurité, mais l'entreprise prélève 40 € sur sa paie « en participation ». Cette pratique est contraire à R4323-95 : les EPI doivent être fournis gratuitement. Aucune retenue, aucune caution ni avance de frais ne peut être imposée au salarié pour un équipement de protection. L'employeur doit annuler la retenue et rembourser la somme prélevée.

Cas n°2 — Le harnais antichute usé non remplacé

Sur un chantier, un couvreur signale que la sangle de son harnais antichute est effilochée. R4323-95 impose à l'employeur d'assurer le bon fonctionnement de l'EPI par les remplacements nécessaires. Continuer à faire travailler le salarié avec un harnais dégradé expose l'entreprise à un manquement à son obligation de sécurité (L4121-1) et, en cas de chute, au risque de faute inexcusable. L'équipement doit être retiré du service et remplacé.

Cas n°3 — Les vêtements de travail jamais nettoyés

Dans un atelier exposant à des poussières, les combinaisons de travail sont fournies mais ne sont jamais entretenues par l'employeur, qui demande aux salariés de les laver eux-mêmes. R4323-95 met l'entretien et le maintien dans un état hygiénique satisfaisant à la charge de l'employeur. Quand le vêtement de travail est un EPI ou peut être contaminé, son entretien relève de l'entreprise, pas du domicile du salarié.

Cas n°4 — L'intérimaire et la question des EPI

Un intérimaire est envoyé en mission sur un poste exposé au bruit. Qui fournit les protections auditives ? En application de L1251-23 (renvoi du second alinéa de R4323-95), les EPI sont fournis par l'entreprise utilisatrice, sauf certains équipements personnalisés que l'accord collectif peut confier à l'ETT. Dans tous les cas, le salarié intérimaire ne paie rien. Le contrat de mise à disposition doit préciser la répartition.

Cas n°5 — L'EPI « collectif » partagé entre plusieurs salariés

Une entreprise met à disposition un seul jeu de protections respiratoires pour plusieurs opérateurs successifs. L'EPI étant individuel et devant rester dans un état hygiénique satisfaisant, ce partage pose un double problème d'hygiène et d'adaptation au porteur. L'employeur doit, selon le risque, fournir des équipements individuels ou garantir une désinfection rigoureuse entre chaque utilisateur, conformément à l'esprit de R4323-95.

Questions fréquentes

Non. L'article R4323-95 impose une fourniture gratuite des équipements de protection individuelle et des vêtements de travail. Aucune retenue sur salaire, caution ou avance de frais ne peut être imposée au salarié pour ces équipements.

L'employeur. R4323-95 met à sa charge le bon fonctionnement, le maintien dans un état hygiénique satisfaisant, ainsi que les entretiens, réparations et remplacements nécessaires des EPI et vêtements de travail.

Selon l'article L1251-23 auquel renvoie R4323-95, les EPI sont en principe fournis par l'entreprise utilisatrice. Certains équipements personnalisés peuvent être fournis par l'entreprise de travail temporaire si un accord collectif le prévoit. Le salarié intérimaire ne supporte aucune charge financière.

L'employeur doit garantir le bon fonctionnement de l'EPI. Un équipement usé, endommagé ou ne remplissant plus sa fonction de protection (harnais antichute fissuré, coque de chaussure déformée) doit être retiré du service et remplacé sans délai.

Le manquement engage sa responsabilité au titre de l'obligation de sécurité (L4121-1) et l'expose aux sanctions pénales de l'article L4741-1. En cas d'accident lié à un EPI manquant ou défectueux, la faute inexcusable peut être retenue, avec majoration des indemnités versées à la victime.

Non. Selon les principes généraux de prévention de l'article L4121-2, l'EPI intervient en dernier recours, après la suppression du risque et la mise en place de protections collectives. R4323-95 garantit seulement que, lorsque l'EPI est nécessaire, il est fourni et entretenu gratuitement.
Cet article a une vocation pédagogique. Pour toute application concrète à votre situation, référez-vous au texte officiel sur Légifrance et, si nécessaire, consultez un professionnel du droit social.
Page mise à jour le 25/06/2026.