Article R4323-91 · En vigueur

Article R4323-91 — Équipements de protection individuelle : adaptation aux risques et ergonomie

L article R4323-91 impose que tout équipement de protection individuelle soit adapté au risque, à la tâche et à la personne. Clé du choix des EPI antichute en travail en hauteur, après la priorité donnée à la protection collective.

Ce que dit l'article R4323-91

Texte officiel en vigueur depuis le 01/05/2008 :

Les équipements de protection individuelle sont appropriés aux risques à prévenir et aux conditions dans lesquelles le travail est accompli. Ils ne sont pas eux-mêmes à l'origine de risques supplémentaires. Ils doivent pouvoir être portés, le cas échéant, après ajustement, dans des conditions compatibles avec le travail à accomplir et avec les principes de l'ergonomie.

Source : Légifrance

Nature
Partie réglementaire
Partie IV
Santé et sécurité au travail
Livre
Livre III
Titre
Titre II — Utilisation des équipements de travail et des moyens de protection
Chapitre
Chapitre III — Mesures d'organisation et conditions d'utilisation des équipements de travail et des équipements de protection individuelle
Section
Section 9 — Dispositions particulières pour l'utilisation des équipements de protection individuelle

L'article R4323-91 du Code du travail pose une règle fondamentale et trop souvent négligée : un équipement de protection individuelle (EPI) ne protège réellement que s'il est adapté au risque, adapté à la personne et adapté à la tâche. Un harnais antichute mal réglé, des gants qui gênent la préhension ou un casque inadapté ne sont pas une protection : ils peuvent devenir un danger supplémentaire.

Ce que dit l'article R4323-91

Texte officiel en vigueur au 1er mai 2008 :

Les équipements de protection individuelle sont appropriés aux risques à prévenir et aux conditions dans lesquelles le travail est accompli. Ils ne sont pas eux-mêmes à l'origine de risques supplémentaires. Ils doivent pouvoir être portés, le cas échéant, après ajustement, dans des conditions compatibles avec le travail à accomplir et avec les principes de l'ergonomie.

Source : Légifrance

En clair, qu'est-ce que ça veut dire ?

Cet article fixe trois conditions cumulatives qu'un EPI doit remplir avant d'être mis à disposition d'un salarié :

  • Être approprié au risque et aux conditions de travail : un EPI conçu pour un risque (par exemple une chute de hauteur) n'est pas interchangeable avec un autre. Il faut le bon équipement, pour le bon danger, dans le bon contexte (intérieur, extérieur, milieu humide, températures extrêmes…).
  • Ne pas créer de risque supplémentaire : un EPI ne doit pas, par son port, générer un nouveau danger (gêne de la vision, entrave aux mouvements, surchauffe, encombrement).
  • Être portable et ajustable selon les principes de l'ergonomie : il doit pouvoir être réglé à la morphologie de la personne et rester compatible avec la tâche à accomplir.

Autrement dit, R4323-91 interdit la logique du « EPI standard pour tout le monde ». Le choix d'un équipement doit découler d'une analyse préalable du risque, exactement comme l'impose l'évaluation des risques prévue à l'article L4121-3.

L'EPI n'est qu'un dernier recours

L'article L4121-2 impose une hiérarchie des mesures de prévention : il faut d'abord combattre le risque à la source et donner la priorité aux mesures de protection collective sur les mesures de protection individuelle (8e principe général de prévention). Sur un toit, cela signifie installer un garde-corps périphérique (protection collective) avant d'envisager le harnais antichute (protection individuelle). R4323-91 n'intervient que pour la part résiduelle du risque qui ne peut pas être traitée collectivement.

Qui est concerné ?

  • Tous les employeurs, quelle que soit la taille de l'entreprise, dès lors qu'ils mettent un EPI à disposition de salariés.
  • Les métiers exposés aux chutes de hauteur : couvreurs, charpentiers, échafaudeurs, cordistes, étancheurs, monteurs de structures métalliques, mais aussi tout salarié travaillant sur toiture, échafaudage, plateforme ou nacelle.
  • Les secteurs au-delà du BTP : industrie, logistique, maintenance, agriculture — partout où un EPI (antichute, respiratoire, auditif, chimique…) est nécessaire.
  • Les travailleurs intérimaires et sous-traitants, qui bénéficient des mêmes garanties (l'EPI doit être adapté à la personne réellement présente sur le poste).

Ce que cela implique en pratique

R4323-91 se lit avec les articles voisins de la même section consacrée aux EPI. Pour un équipement antichute utilisé en hauteur, l'employeur doit notamment :

  • Choisir l'EPI à partir de l'analyse du risque : un harnais antichute n'a de sens que s'il est associé à un point d'ancrage conforme et à un système d'arrêt de chute complet (longe, absorbeur d'énergie). Le simple harnais ne suffit pas.
  • Vérifier la compatibilité avec la tâche : l'équipement ne doit pas empêcher le geste de travail ni gêner les déplacements en hauteur.
  • Permettre l'ajustement individuel : sangles réglées à la morphologie, taille adaptée. Un harnais trop lâche peut aggraver les lésions en cas de chute.
  • Tenir compte des principes de l'ergonomie : poids, ventilation, champ de vision, dextérité conservée.

Ces obligations s'articulent avec l'article L4321-1, qui impose que les équipements de travail et moyens de protection soient installés, utilisés, réglés et maintenus de manière à préserver la sécurité et la santé des travailleurs. Un EPI antichute non entretenu, périmé ou mal réglé ne répond donc plus à cette exigence.

Repère INRS/OPPBTP. Les chutes de hauteur restent l'une des premières causes d'accidents graves et mortels au travail, en particulier dans le BTP. L'INRS et l'OPPBTP rappellent que la protection collective (garde-corps, filets, plateformes) doit toujours être privilégiée, l'EPI antichute n'intervenant que lorsque la protection collective est techniquement impossible (source : inrs.fr, preventionbtp.fr).

Risques en cas de non-respect

Mettre à disposition un EPI inadapté, ou compter sur un EPI là où une protection collective était possible, expose l'employeur à plusieurs niveaux de responsabilité :

  • Responsabilité pénale : le manquement aux règles de santé et de sécurité peut être sanctionné sur le fondement de l'article L4741-1 du Code du travail (amende, portée par salarié concerné).
  • Faute inexcusable : en cas d'accident du travail lié à un EPI inadapté ou absent, la reconnaissance d'une faute inexcusable de l'employeur entraîne une majoration de la rente versée à la victime et l'indemnisation de préjudices complémentaires (jurisprudence de la Cour de cassation, à apprécier au cas par cas).
  • Mise en demeure de l'inspection du travail et, en cas de danger grave et imminent, arrêt de chantier.

À titre informatif : les montants et la qualification juridique dépendent de chaque situation. Référez-vous au texte officiel et, si besoin, à un professionnel du droit social.

Articles connexes du Code du travail

L'article R4323-91 se lit en lien avec :

  • Article L4121-1 — Obligation générale de sécurité de l'employeur, fondement de toute la prévention.
  • Article L4121-2 — Principes généraux de prévention, dont la priorité de la protection collective sur l'individuelle.
  • Article L4121-3 — Évaluation des risques (DUERP), point de départ du choix des EPI.
  • Article L4321-1 — Installation, utilisation, réglage et maintenance des moyens de protection pour préserver la sécurité.
  • Article L4321-2 — Interdiction d'utiliser des moyens de protection non conformes aux règles techniques de conception et de certification.
  • Article L4741-1 — Sanctions pénales en cas de manquement aux règles de sécurité.
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Cas pratiques

Cas n°1 — Toiture sans garde-corps : le harnais ne suffit pas

Une entreprise envoie un couvreur réparer une toiture, équipé d'un harnais antichute, mais sans aucune protection collective (ni garde-corps périphérique, ni filet). En application de la hiérarchie des principes généraux de prévention (L4121-2), la protection collective doit être privilégiée chaque fois qu'elle est techniquement possible. Fournir uniquement un EPI, alors qu'un garde-corps temporaire était installable, ne satisfait ni cet ordre de priorité ni l'exigence de R4323-91 d'un EPI « approprié aux conditions dans lesquelles le travail est accompli ». L'EPI antichute ne se justifie que pour la part résiduelle du risque.

Cas n°2 — Harnais non réglé à la morphologie

Un même harnais antichute est partagé entre plusieurs intervenants sans réglage individuel. R4323-91 impose que l'EPI puisse être porté « après ajustement, dans des conditions compatibles avec le travail à accomplir et avec les principes de l'ergonomie ». Un harnais trop lâche peut aggraver les lésions lors de l'arrêt d'une chute et accroître le risque de syndrome du harnais (suspension prolongée). L'ajustement à chaque utilisateur n'est pas une option : c'est une condition de validité de la protection.

Cas n°3 — Un EPI qui crée un risque supplémentaire

Sur un chantier en extérieur par forte chaleur, un EPI respiratoire lourd et fermé est imposé pour une tâche poussiéreuse, sans pause ni adaptation, provoquant gêne respiratoire et risque de malaise en hauteur. R4323-91 prévoit qu'un EPI « ne doit pas être lui-même à l'origine de risques supplémentaires ». Le choix de l'équipement doit intégrer les conditions réelles (chaleur, effort, durée) et, le cas échéant, prévoir une protection alternative ou une organisation du travail adaptée, en cohérence avec l'évaluation des risques (L4121-3).

Cas n°4 — EPI antichute périmé ou non vérifié

Un cordiste utilise une longe et un absorbeur d'énergie dont la date de vérification est dépassée. Même approprié au risque à l'origine, un EPI antichute non maintenu ne préserve plus la sécurité, ce que l'article L4321-1 impose. La vérification périodique des EPI antichute et leur retrait en cas de doute (après une chute, par exemple) font partie des conditions d'utilisation. Un EPI dégradé est traité comme une absence de protection.

Cas n°5 — Intérimaire avec un EPI standard inadapté

Un intérimaire affecté à un poste en hauteur reçoit un EPI « standard » non adapté à sa taille ni à la tâche précise. R4323-91 s'applique de la même manière aux travailleurs temporaires : l'EPI doit être approprié aux risques et ajustable à la personne réellement présente sur le poste. L'analyse du risque et l'adaptation de l'équipement relèvent de l'entreprise utilisatrice qui accueille le salarié sur le poste.

Questions fréquentes

Il impose que les équipements de protection individuelle soient appropriés aux risques à prévenir et aux conditions de travail, qu ils ne créent pas eux-mêmes de risque supplémentaire, et qu ils puissent être portés après ajustement dans des conditions compatibles avec la tâche et les principes de l ergonomie.

Non. Selon les principes généraux de prévention de l article L4121-2, la protection collective (garde-corps, filets, plateformes) doit être privilégiée. Le harnais antichute, qui est un EPI, n intervient que pour la part de risque que la protection collective ne peut pas couvrir.

Non. R4323-91 exige que l EPI soit approprié au risque et aux conditions réelles, et ajustable à la personne. Un équipement non réglé à la morphologie ou inadapté à la tâche ne remplit pas l obligation et peut même aggraver les conséquences d un accident.

Il s expose à une responsabilité pénale au titre de l article L4741-1, à la reconnaissance d une faute inexcusable en cas d accident du travail (majoration de rente, indemnisation complémentaire), et à des mesures de l inspection du travail pouvant aller jusqu à l arrêt du chantier.

Oui. L exigence d un EPI adapté au risque et ajustable à la personne s applique à tous les travailleurs présents sur le poste, y compris les intérimaires et salariés d entreprises extérieures.

C est un équipement qui, par son port, génère un nouveau danger : gêne de la vision ou des mouvements, surchauffe, encombrement, perte de dextérité. R4323-91 interdit ce type de situation et impose de tenir compte des principes de l ergonomie.
Cet article a une vocation pédagogique. Pour toute application concrète à votre situation, référez-vous au texte officiel sur Légifrance et, si nécessaire, consultez un professionnel du droit social.
Page mise à jour le 25/06/2026.