Formation Devenir Membre du CSE
Module 2 : Se présenter aux élections CSE
2.3 Mode de scrutin de liste à deux tours & parité H/F
Les élus CSE sont désignés au scrutin de liste à deux tours, à la proportionnelle plus forte moyenne. Comprendre cette mécanique est essentiel pour les candidats : c'est elle qui détermine combien de sièges chaque liste obtient et qui en bénéficie.
Le scrutin CSE en 4 étapes
1ᵉʳ tour
Monopole syndical · Quorum : 50 % inscrits
Quotient
Total voix ÷ nombre de sièges
Plus forte moyenne
Attribution des restes
2ᵉ tour
Si quorum non atteint · Listes libres OK
1ᵉʳ tour : conditions, quorum, monopole syndical
L'article L2314-29 du Code du travail prévoit que le scrutin se déroule en deux tours. Au 1ᵉʳ tour :
- Monopole syndical : seules les organisations syndicales légalement constituées peuvent présenter des listes.
- Quorum : le scrutin n'est valable que si le nombre de votants représente au moins 50 % des inscrits sur les listes électorales du collège. Si le quorum n'est pas atteint, on passe au 2ᵉ tour.
- Vote : chaque électeur vote pour une liste (pas un candidat individuel), en bulletin uniquement, sauf vote électronique si prévu au PAP.
Effet juridique du 1ᵉʳ tour : les résultats du 1ᵉʳ tour servent à mesurer la représentativité syndicale dans l'entreprise (article L2122-1). Un syndicat est considéré comme représentatif s'il recueille au moins 10 % des suffrages exprimés au 1ᵉʳ tour, dans son périmètre. C'est la base de tous ses droits (négociation collective, désignation de DS, etc.).
Mécanique : proportionnelle à la plus forte moyenne
Le mode de calcul des sièges est la représentation proportionnelle à la plus forte moyenne (article L2314-29). Étapes :
- Quotient électoral = total des suffrages exprimés ÷ nombre de sièges à pourvoir.
- Chaque liste obtient autant de sièges que son nombre de voix contient de fois le quotient.
- Les sièges restants (« restes ») sont répartis à la plus forte moyenne : pour chaque siège restant, on attribue à la liste qui aurait la plus forte moyenne après ajout d'un siège théorique.
Exemple chiffré : 100 suffrages exprimés, 4 sièges, 3 listes :
- Liste A : 50 voix.
- Liste B : 35 voix.
- Liste C : 15 voix.
Quotient = 100 / 4 = 25. Liste A obtient 50/25 = 2 sièges. Liste B obtient 35/25 = 1 siège. Liste C obtient 15/25 = 0 siège. Reste 1 siège à attribuer.
Moyennes pour le siège restant :
- Liste A : 50 / (2+1) = 16,67.
- Liste B : 35 / (1+1) = 17,50. ← plus forte moyenne
- Liste C : 15 / (0+1) = 15.
Le 4ᵉ siège revient à la liste B. Total final : A=2, B=2, C=0.
Au sein d'une liste, les sièges sont attribués aux candidats dans l'ordre de présentation, sauf si l'électeur a procédé à des « ratures » (modification de l'ordre ou suppression de noms). Les ratures ne sont prises en compte que si elles concernent au moins 10 % des bulletins de la liste — une règle assez technique souvent objet de contentieux.
La parité H/F obligatoire (L2314-30)
Depuis la loi Rebsamen du 17 août 2015 (transposée en L2314-30), les listes de candidats doivent respecter une parité stricte entre hommes et femmes :
- La proportion d'hommes et de femmes sur chaque liste doit correspondre à leur proportion dans le collège électoral concerné.
- L'alternance stricte par sexe est obligatoire (1H, 1F, 1H, 1F, …) ou (1F, 1H, 1F, 1H, …).
- Toute liste doit comprendre au moins un candidat de chaque sexe.
Exemple : collège avec 60 % de femmes et 40 % d'hommes, liste de 5 candidats : il faut 3 femmes et 2 hommes, présentés en alternance (F, H, F, H, F).
Sanctions du non-respect :
- Si la proportion n'est pas respectée : annulation de l'élection des candidats du sexe surreprésenté en surnombre (Cass. soc. 11/12/2019 n° 18-23.513).
- Si l'alternance n'est pas respectée : annulation des candidats mal positionnés (Cass. soc. 9/06/2021 n° 19-23.745).
- Le contentieux doit être engagé dans les 15 jours suivant la proclamation des résultats (L2314-32).
Le 2ᵉ tour : candidatures libres et ouverture
Si le quorum n'a pas été atteint au 1ᵉʳ tour (moins de 50 % d'inscrits ayant voté), ou si tous les sièges n'ont pas été pourvus, l'employeur doit organiser un 2ᵉ tour dans les 15 jours suivant le 1ᵉʳ tour (L2314-29).
Au 2ᵉ tour :
- Le monopole syndical disparaît : tout salarié éligible peut se présenter, seul ou en liste non-syndicale.
- Pas de quorum : la majorité relative suffit pour être élu.
- Les listes syndicales ayant participé au 1ᵉʳ tour peuvent se représenter, fusionner, modifier leur composition.
- La parité H/F reste obligatoire pour toutes les listes (syndicales ou libres).
En pratique, le 2ᵉ tour est fréquent dans les TPE/PME où la participation au 1ᵉʳ tour est souvent inférieure au seuil de 50 %. Pour les candidats sans étiquette syndicale, c'est l'occasion de se présenter sans devoir adhérer à une organisation.
Carence aux deux tours : si aucune candidature n'est déposée aux deux tours, ou si aucun élu n'est désigné, un procès-verbal de carence est dressé. L'employeur doit alors relancer l'organisation d'élections au minimum tous les 4 ans, et peut être tenu d'en organiser plus tôt si un salarié ou un syndicat en fait la demande motivée (L2314-8).
À retenir
- Scrutin de liste à 2 tours, proportionnelle à la plus forte moyenne (L2314-29).
- 1ᵉʳ tour : monopole syndical + quorum 50 % des inscrits. Sert à mesurer la représentativité syndicale.
- 2ᵉ tour (si quorum non atteint) : candidatures libres possibles, pas de quorum.
- Parité H/F : proportion correspondant au collège + alternance stricte (L2314-30). Sanction : annulation des élus excédentaires.
- Les ratures ne sont prises en compte qu'au-delà de 10 % des bulletins de la liste. Contentieux à engager dans les 15 jours suivant la proclamation.