Formation GMAO
Déployer la GMAO

Module 3 / 4  ·  Sommaire complet de la formation

Module 3 : Déployer la GMAO 17 min de lecture

3.2 Reprise des données : inventaire, codification et qualité

Une GMAO ne vaut que par ce qu'elle contient. Chargez-y un parc incomplet, des équipements en double et des libellés rédigés au fil de l'eau, et chaque recherche, chaque plan de maintenance et chaque indicateur en héritera. La reprise des données est donc un chantier à part entière du projet : recenser ce qui existe, le confronter au terrain, le nettoyer, le codifier, puis contrôler avant de charger.

Le circuit d'une reprise de données

Recenser

fichiers, ancien logiciel, carnets, rapports

Inventorier

tournée terrain, plaques, photos

Nettoyer

doublons, libellés, champs vides

Codifier

identifiants, arborescence, nommage

Charger

gabarits d'import, essais

Contrôler

comptages, sondages, validation

Le chargement se fait d'abord dans un environnement de test : on corrige les gabarits, on recharge, on recontrôle, avant l'import définitif en production.

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Inventaire : les fichiers existants face au terrain

La tentation est forte de charger directement le tableur du service ou l'export de l'ancien logiciel. Or ces sources décrivent le parc tel qu'il était quand quelqu'un a pris le temps de le noter. Entre-temps, des machines ont été déplacées, remplacées, modifiées ou mises au rebut sans que la liste suive.

Source existante Ce qu'elle apporte Sa limite habituelle
Tableur du service maintenanceLa liste utilisée au quotidien, souvent avec des codes maison.Colonnes hétérogènes, doublons, équipements disparus.
Ancien logicielStructure existante, historique, plans de préventif.Champs détournés de leur usage, données jamais purgées.
Fichier des immobilisationsÉquipements acquis, dates et valeurs d'acquisition.Logique comptable : une ligne peut regrouper plusieurs machines, ou l'inverse.
Carnets de maintenance, rapports de vérificationÉquipements soumis à obligations, dernières dates de contrôle.Dispersés entre classeurs, courriels et portails d'organismes.
Plans, schémas, dossiers constructeursComposition des installations, références.Pas toujours mis à jour après modification.

La tournée d'inventaire

L'inventaire terrain confronte la liste consolidée à la réalité, zone par zone. Il se prépare avec une fiche de relevé identique pour tous et se mène de préférence en binôme : un technicien qui connaît les installations, une personne qui saisit.

  • relever la plaque signalétique : fabricant, type, numéro de série, année ;
  • photographier l'équipement et sa plaque, utile plus tard pour lever un doute ;
  • noter la localisation exacte et l'état apparent ;
  • poser une étiquette portant l'identifiant, éventuellement avec un code-barres ou un QR code lisible par les mobiles ;
  • signaler les équipements trouvés sur le terrain mais absents des listes, et l'inverse.

À l'issue de la tournée, chaque ligne de la liste consolidée tombe dans l'une de trois catégories, qui appellent chacune une décision :

Trouvé et conforme

L'équipement existe, là où la liste l'indique : on complète la fiche et on l'étiquette.

Trouvé mais différent

Déplacé, remplacé par un modèle voisin, modifié : on corrige la liste, pas le terrain.

Introuvable ou inconnu

Listé mais absent, ou présent mais jamais listé : enquête auprès des équipes, puis décision de créer ou de retirer.

Tout inventorier au même niveau de détail n'est pas nécessaire. Commencer par les équipements critiques et ceux soumis à vérification réglementaire, puis compléter par vagues. La criticité se détermine avec une méthode comme celle de la matrice de criticité.
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La fiche équipement minimale à reprendre

Une fiche équipement peut compter des dizaines de champs. Pour la reprise, l'enjeu est de définir un socle minimal obligatoire, renseigné pour chaque équipement avant le chargement, et de laisser le reste s'enrichir en exploitation. Un champ que personne ne sait remplir restera vide, ou pire, sera rempli au hasard.

Champ Pourquoi il est indispensable
IdentifiantClé unique qui relie OT, historique, pièces et plans de maintenance.
DésignationPermet de retrouver l'équipement par une recherche ; doit suivre une règle de nommage.
LocalisationRattachement à l'arborescence : où intervenir, quel secteur, quel responsable.
Fabricant, type, numéro de sérieTrois champs distincts, jamais mélangés dans la désignation : ils servent aux commandes de pièces et au rapprochement avec la documentation.
Date de mise en servicePoint de départ de certaines échéances et repère d'âge du parc.
CriticitéOriente les priorités, le niveau de préventif et le stock de pièces.
DocumentationNotice d'instructions, plans, schémas, certificats, rattachés ou référencés.

Sur la documentation, la norme NF EN 13460 (2009) « Maintenance — Documentation pour la maintenance » traite des documents techniques nécessaires à la maintenance d'un bien ; elle est une référence utile pour dresser la liste des documents à rattacher, sans qu'il soit nécessaire d'en reproduire le contenu.

Le détail complet d'une fiche équipement, avec les données techniques et de gestion, est présenté dans le chapitre 2.2 Arborescence et nomenclature des équipements de la formation Data maintenance. Ici, la question est plus étroite : quel minimum exiger au moment de la reprise.
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Codification : un identifiant stable et des règles de nommage

La reprise est souvent l'occasion de revoir la codification. Le débat porte sur un choix de fond : l'identifiant doit-il signifier quelque chose ?

Identifiant non signifiant

Un numéro séquentiel, par exemple EQ-004127, qui ne décrit rien.

  • Pour : ne change jamais, même si l'équipement est déplacé ou reclassé ; aucune règle à interpréter.
  • Contre : ne dit rien à la lecture ; on s'appuie sur la désignation et la localisation.

Identifiant signifiant

Un code qui encode l'atelier, la famille et un rang, par exemple AT2-POM-03.

  • Pour : lisible sur le terrain et dans les échanges.
  • Contre : devient faux au premier déplacement ; le changer casse les liens avec l'historique et les documents.

Un compromis répandu consiste à garder un identifiant technique stable et non signifiant, géré par le logiciel, et à porter la lecture métier par la localisation dans l'arborescence et un repère fonctionnel affiché. Si l'équipement change de place, seule sa localisation change ; son identité et son historique restent.

Des règles de nommage écrites

  • structure fixe de la désignation : nom générique, puis qualificatif, puis repère (« Pompe centrifuge eau glacée n° 2 », jamais « P2 eau froide nouvelle ») ;
  • liste fermée d'abréviations autorisées, ou aucune abréviation ;
  • pas de fabricant ni de numéro de série dans la désignation : ils ont leurs propres champs ;
  • casse et accentuation homogènes, pour que la recherche retrouve tout.
La structure de l'arborescence (site, zone, ligne, équipement, sous-ensemble) est traitée dans le chapitre 2.2 de la formation Data maintenance. On y croise la norme ISO 14224:2016, dont le domaine est celui des industries du pétrole, de la pétrochimie et du gaz naturel : sa taxonomie d'équipements peut inspirer d'autres secteurs, mais elle n'est pas une norme générale de codification.
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Nomenclatures et articles de magasin

La nomenclature d'un équipement décrit de quoi il est composé et quelles pièces de rechange lui sont associées. L'article de magasin est la pièce telle qu'elle est stockée et achetée. Les deux se rejoignent : un même roulement peut figurer dans la nomenclature de dix moteurs, mais il ne doit exister qu'une fois comme article.

Nomenclature

Équipement, sous-ensembles, pièces. À reprendre en priorité pour les équipements critiques, souvent à partir des dossiers constructeurs.

Article

Référence interne unique, désignation normalisée, unité, emplacement, stock, fournisseurs.

Références fabricant

Plusieurs références externes peuvent pointer vers le même article : fabricant d'origine, distributeurs, équivalents validés.

Les doublons d'articles sont le défaut le plus coûteux de la reprise magasin : la même pièce existe sous deux références, l'une en rupture, l'autre en surstock, et personne ne le voit. Pour les débusquer :

  • trier par référence fabricant normalisée (sans espaces, tirets ni points) ;
  • imposer une désignation structurée : type de pièce, caractéristiques, dimensions (« Roulement à billes 6205 2RS », pas « roult moteur ») ;
  • faire valider les fusions par le magasinier et un technicien avant chargement ;
  • ne reprendre les articles sans mouvement depuis longtemps qu'après décision explicite : garder, déclasser ou écouler.

La reprise du stock s'appuie idéalement sur un inventaire physique à la date de bascule, pour charger des quantités justes. La gestion du magasin en exploitation, criticité des pièces et réapprovisionnement, fait l'objet du chapitre 4.2 Pièces de rechange.

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L'historique : quoi reprendre, quoi archiver

Reprendre tout l'historique paraît prudent. En pratique, des années d'OT saisis avec des codes différents, des libellés libres et des équipements renommés pèsent sur la reprise sans être exploitables. La bonne question n'est pas « que possède-t-on ? » mais « de quoi aura-t-on besoin dans la GMAO, et sous quelle forme ? ».

Donnée Recommandation usuelle
OT ouverts à la basculeReprendre ou solder dans l'ancien outil avant la date de gel, mais jamais les deux.
Plans de préventifReprendre avec la date de dernière réalisation ou le dernier relevé de compteur, sinon toutes les échéances repartent de zéro.
Vérifications réglementairesReprendre les dernières dates et les échéances ; conserver les rapports accessibles pendant la durée légale.
CompteursReprendre la dernière valeur relevée et sa date.
Historique correctif récentAu cas par cas : reprise simplifiée (date, équipement, nature, durée) si les données sont propres.
Historique ancien ou mal codifiéArchiver en lecture seule, consultable, sans le charger dans la GMAO.
Archiver n'est pas supprimer. Les documents relatifs aux vérifications et contrôles se conservent en principe pour les cinq dernières années et, en tout état de cause, ceux des deux derniers contrôles ou vérifications (article D. 4711-3 du Code du travail, sauf dispositions particulières). Pour les appareils de levage, le carnet de maintenance consigne les opérations de maintenance jusqu'à la mise au rebut de l'appareil (arrêté du 2 mars 2004, art. 2). L'archive doit donc rester lisible et retrouvable.

Quand l'historique correctif est repris, le faire sous une forme homogène et réduite :

  • date de l'intervention et équipement, rattaché à son nouvel identifiant ;
  • nature de l'intervention, ramenée à la liste des types d'OT du nouveau paramétrage ;
  • durée ou temps passé, si l'information est fiable ;
  • le libellé d'origine conservé dans un champ texte, sans chercher à le recoder ligne à ligne.

Pour le correctif, une reprise partielle bien codifiée vaut mieux qu'une reprise complète inexploitable. Les indicateurs de fiabilité calculés sur un historique hétérogène donnent des résultats trompeurs : mieux vaut démarrer une série propre à la bascule.

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Nettoyer, puis confier chaque donnée à un responsable

Le nettoyage se fait avant le chargement, dans les fichiers de reprise, jamais « on corrigera dans la GMAO ». Une fois l'outil en service, chacun travaille avec les données telles qu'elles sont, et les corrections n'arrivent plus.

Les défauts à traiter

Doublons d'équipements ou d'articles

Libellés libres, abréviations maison

Champs obligatoires vides

Valeurs hors liste (familles, unités)

Équipements rebutés encore listés

Liens cassés : pièce sans équipement, plan sans gamme

Des responsables de la donnée

Une base propre le jour de la bascule se dégrade en quelques mois si personne n'en est responsable. Chaque famille de données reçoit un propriétaire, chargé de valider les créations et modifications :

Données Responsable habituel
Parc et arborescenceMéthodes maintenance ou gestionnaire GMAO
Plans de maintenance et gammesMéthodes ou planificateur de maintenance
Articles et stocksMagasinier ou gestionnaire de stocks, avec les achats
Vérifications réglementairesResponsable maintenance, en lien avec le service HSE
Listes de référence (codes, familles)Gestionnaire GMAO

La création d'équipements ou d'articles se limite alors à quelques profils, conformément aux droits définis au chapitre 1.3. Les audits réguliers de la base sont détaillés au chapitre 4.3.

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Charger, contrôler, faire valider

Le chargement proprement dit passe par des gabarits d'import fournis par l'éditeur ou l'intégrateur : un fichier par objet, dans un ordre imposé par les liens entre eux. On ne peut pas rattacher un équipement à une localisation qui n'existe pas encore, ni une pièce à un équipement absent.

Ordre Objet chargé Dépend de
1Listes de référence : familles, unités, codes, métiers—
2Localisations et arborescenceListes de référence
3ÉquipementsLocalisations, familles
4Articles de magasin et stocksUnités, emplacements
5NomenclaturesÉquipements, articles
6Gammes, plans de maintenance, compteursÉquipements, articles, métiers
7OT ouverts et historique retenuTout ce qui précède

Chaque import se contrôle aussitôt, avant de passer au suivant :

  • comptages : le nombre d'enregistrements chargés correspond au nombre de lignes du fichier, les rejets sont expliqués ;
  • sondages : une vingtaine de fiches tirées au hasard sont comparées une à une au fichier source et, pour les équipements, au terrain ;
  • échéances : pour les plans, la prochaine date calculée par la GMAO est confrontée à celle de l'ancien planning, en particulier pour les vérifications réglementaires ;
  • validation : les propriétaires de chaque famille de données signent la reprise de leur périmètre avant la bascule.
Un import raté se recommence plus facilement dans un environnement de test que dans la base de production. Prévoir au moins un chargement à blanc complet, joué dans les conditions réelles, avant l'import définitif. Les scénarios de recette du chapitre 3.1 se jouent d'ailleurs sur ces données reprises, pas sur des données fictives.

Quatre critères de qualité à contrôler, avant et après l'import

Complétude

Les champs du socle minimal sont renseignés pour chaque enregistrement.

Contrôle : compter les valeurs vides par champ obligatoire.

Unicité

Un équipement, un article, un identifiant : aucun doublon.

Contrôle : rechercher les numéros de série et références fabricant en double.

Cohérence

Les valeurs respectent les listes de référence et les liens entre objets tiennent.

Contrôle : chaque équipement a une localisation existante, chaque plan une gamme.

Actualité

Les données reflètent l'état présent du parc, pas celui d'il y a dix ans.

Contrôle : rapprochement par sondage avec l'inventaire terrain.

Exemple de contrôle, fictif : un fichier de reprise compte 1 240 équipements. Le contrôle de complétude relève 96 fiches sans date de mise en service et 14 sans localisation ; le contrôle d'unicité, 22 numéros de série en double. Les 14 fiches sans localisation et les 22 doublons bloquent l'import ; les dates manquantes sont admises si le comité l'a décidé, avec un plan de complément.

Sources

  • NF EN 13460 (octobre 2009) « Maintenance — Documentation pour la maintenance » — norme AFNOR citée sans reproduction, afnor.org
  • ISO 14224:2016 « Petroleum, petrochemical and natural gas industries — Collection and exchange of reliability and maintenance data for equipment » — iso.org
  • Code du travail, article D. 4711-3 (conservation des documents de vérification et de contrôle) et article L. 4711-1 — wiki L. 4711-1, Légifrance
  • Arrêté du 2 mars 2004 relatif au carnet de maintenance des appareils de levage, article 2 — Légifrance

À retenir

  • Les fichiers existants se confrontent au terrain : tournée d'inventaire, plaques, photos, étiquetage, en commençant par le critique et le réglementaire.
  • Socle minimal : identifiant, désignation, localisation, fabricant, type et numéro de série en champs distincts, mise en service, criticité, documentation.
  • Un identifiant stable et non signifiant survit aux déplacements ; la lecture métier passe par l'arborescence et les règles de nommage.
  • Une pièce = un seul article, avec plusieurs références fabricant si besoin ; les doublons se traitent avant import.
  • Reprendre les OT ouverts, les plans avec leur dernière réalisation, les échéances réglementaires ; archiver sans supprimer (D. 4711-3).
  • Contrôler complétude, unicité, cohérence, actualité, puis donner un responsable à chaque famille de données.

Sommaire de la formation GMAO