Formation GMAO
Exploiter et faire vivre la GMAO

Module 4 / 4  ·  Sommaire complet de la formation

Module 4 : Exploiter et faire vivre la GMAO 17 min de lecture

4.1 Retour d'intervention et codes de défaillance

Une GMAO ne vaut que par ce que les techniciens y écrivent en fin d'intervention. Un ordre de travail clôturé avec la mention « réparé » ne dit ni ce qui s'est passé, ni pourquoi, ni ce qu'il faudrait changer. Ce chapitre décrit le contenu d'un compte rendu d'intervention exploitable, la codification des défaillances, la saisie au pied de la machine et la façon de transformer l'historique en décisions.

Les sept rubriques d'un compte rendu d'intervention

1

Constat

ce qui a été observé

2

Cause

probable ou établie

3

Action

ce qui a été fait

4

Pièces

références et quantités

5

Temps

passés et d'arrêt, séparés

6

Remise en service

état rendu à l'exploitation

7

Recommandations

suite à donner

Les rubriques 1 à 3 racontent l'intervention ; les rubriques 4 à 7 alimentent le stock, les coûts, la disponibilité et le plan de maintenance.

1

Ce qu'un compte rendu d'intervention doit contenir

Le compte rendu est la dernière étape du circuit décrit au chapitre 1.2 : sans lui, l'ordre de travail (OT) ne peut pas être clôturé proprement. Il sert trois lecteurs différents : le chef d'équipe qui valide, le méthodiste qui analyse l'historique, et le technicien qui reviendra sur la même machine dans six mois.

Chaque rubrique répond à une question précise. Si l'une d'elles reste vide, un de ces lecteurs perd l'information dont il a besoin.

Rubrique Question à laquelle elle répond Exemple de saisie
ConstatQu'a-t-on trouvé en arrivant ?Pompe arrêtée, disjoncteur moteur déclenché, odeur de chaud.
CausePourquoi est-ce arrivé ?Roulement côté accouplement grippé, graissage non réalisé.
ActionQu'a-t-on fait ?Remplacement du roulement, contrôle de l'alignement, graissage.
PiècesQu'a-t-on consommé ?1 roulement, référence interne de l'article, sortie de stock liée à l'OT.
TempsCombien d'heures, combien d'arrêt ?2 techniciens × 1,5 h ; arrêt machine de 3 h.
Remise en serviceDans quel état rend-on le bien ?Remis en service sans réserve, essai de 15 min concluant.
RecommandationsQue faut-il faire ensuite ?Ajouter le point de graissage à la gamme préventive mensuelle.

Exemple fictif, construit pour l'illustration.

L'état de remise en service : la rubrique la plus souvent oubliée

« Remis en service » ne suffit pas. L'exploitation doit savoir si le bien est rendu sans réserve, avec réserve (fonctionnement dégradé, vitesse réduite, surveillance renforcée) ou s'il reste à l'arrêt dans l'attente d'une pièce. Une liste fermée de trois ou quatre états évite les formulations ambiguës et permet de retrouver en un filtre tous les équipements rendus avec réserve.

Pour certains équipements, le contenu est encadré. L'arrêté du 2 mars 2004 relatif au carnet de maintenance des appareils de levage demande de consigner, pour chaque opération, la date, le nom des personnes et, le cas échéant, des entreprises intervenantes, la nature de l'opération, sa périodicité si elle est périodique et les références des éléments remplacés (art. 3). Un compte rendu bien structuré dans la GMAO fournit déjà ces informations. Le cadre général reste l'obligation de maintenir les équipements de travail prévue à l'article L. 4321-1.
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Symptôme, mode de défaillance, cause, remède : quatre questions distinctes

La codification des défaillances repose sur une idée simple : ne pas mélanger ce que l'on observe, la manière dont le bien a cessé de remplir sa fonction, ce qui l'a provoqué et ce que l'on a fait. Quand ces quatre informations sont saisies dans des champs séparés, l'historique devient analysable.

La terminologie de référence est la norme NF EN 13306 (janvier 2018), « Maintenance — Terminologie de la maintenance ». Elle traite dans des parties distinctes les défaillances et les pannes. Dit simplement, la défaillance est un événement, la panne un état : le roulement grippe (défaillance), la pompe est ensuite à l'arrêt (panne).

Symptôme

Ce qui est perçu par l'opérateur ou le technicien.

Ex. : bruit anormal, fuite, échauffement, arrêt.

Mode de défaillance

La manière dont le bien ne remplit plus sa fonction.

Ex. : ne démarre pas, débit insuffisant, fuite externe.

Cause

Ce qui a conduit à la défaillance.

Ex. : usure, défaut de lubrification, erreur de conduite.

Remède

L'action corrective réalisée.

Ex. : remplacement, réglage, nettoyage, réparation.

Trois chaînes codées sur le même équipement (exemple fictif)

Le même symptôme peut mener à des chaînes très différentes. C'est tout l'intérêt de ne pas s'arrêter au premier champ :

Symptôme Mode de défaillance Cause Remède
Bruit anormal Vibrations excessives Désalignement de l'accouplement Réalignement
Bruit anormal Débit insuffisant Cavitation (aspiration partiellement obstruée) Nettoyage du filtre d'aspiration
Bruit anormal Arrêt en fonctionnement Défaut de lubrification du roulement Remplacement du roulement

Codé seulement « bruit », cet historique laisserait croire à un problème unique. Codé en entier, il révèle trois causes qui relèvent de trois actions de fond différentes : procédure de montage, entretien du filtre, gamme de graissage.

Les confusions les plus fréquentes

  • Saisir le remède à la place de la cause : « remplacement du joint » n'explique pas pourquoi le joint a lâché. Sans cause, impossible de savoir s'il faut changer de joint, de montage ou de fréquence de contrôle.
  • Confondre symptôme et mode : « bruit » est un symptôme ; il peut révéler plusieurs modes très différents.
  • Choisir « autre » par défaut : une rubrique « autre » qui grossit signale une liste mal construite, pas des techniciens négligents.
  • Écrire une cause certaine alors qu'elle n'est que probable : un champ « cause établie / cause supposée » évite de figer une hypothèse dans l'historique.

Pour distinguer les grandes familles d'interventions (corrective, préventive systématique, préventive conditionnelle), l'article types de maintenance fait le point. Le type d'OT et la codification de la défaillance sont deux champs différents.

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Listes fermées courtes plutôt que texte libre

Le texte libre raconte, la liste fermée compte. Un historique entièrement rédigé en texte libre ne se trie pas : « roult HS », « roulement cassé » et « palier grippé » désignent peut-être la même chose, mais aucun filtre ne les regroupera. À l'inverse, une liste de quatre-vingts codes n'est jamais lue : le technicien choisit le premier qui ressemble.

Une liste qui fonctionne

  • une dizaine de codes au plus par niveau ;
  • des libellés compris par un technicien, sans jargon interne ;
  • des codes filtrés selon la famille d'équipement (une vanne n'a pas les modes d'un moteur) ;
  • un champ de texte libre en complément, pas à la place.

Une liste qui échoue

  • des codes qui se recouvrent (« usure » et « vieillissement ») ;
  • une liste unique pour tout le parc ;
  • un code « divers » placé en tête ;
  • des codes ajoutés au fil de l'eau sans validation du gestionnaire GMAO.

S'inspirer d'une taxonomie normalisée

Il existe un exemple de taxonomie normalisée : l'ISO 14224:2016, « Petroleum, petrochemical and natural gas industries — Collection and exchange of reliability and maintenance data for equipment ». Elle organise la collecte en trois familles de données : équipement (avec une taxonomie des biens), défaillance et maintenance.

Son domaine d'application est celui des industries du pétrole, de la pétrochimie et du gaz naturel. Elle n'est pas une référence obligatoire pour une usine agroalimentaire ou mécanique, mais sa logique (séparer la description du bien, de la défaillance et de l'action) se transpose facilement. Elle se cite, elle ne se recopie pas : les listes de codes doivent rester adaptées au parc réel.

Construire avec les techniciens. Une liste rédigée au bureau des méthodes puis imposée sera contournée. La méthode la plus sûre : partir de quelques mois de comptes rendus en texte libre, regrouper les formulations récurrentes, proposer une première liste, la tester sur un atelier pilote et la corriger avant de la généraliser. Le paramétrage final revient au gestionnaire GMAO.
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4

Saisir au pied de la machine, pas en fin de poste

Un compte rendu rédigé en fin de poste, de mémoire, pour cinq interventions à la suite, perd l'essentiel : les valeurs relevées, l'ordre des constats, les heures exactes. La saisie sur terminal mobile (smartphone, tablette durcie) au plus près de l'intervention réduit ce délai et la double saisie papier puis informatique.

Identification du bien par étiquette ou code scanné

Photo du défaut jointe à l'OT

Codes proposés selon la famille d'équipement

Horodatage du début et de la fin

Pièces consommées déclarées sur l'OT

Mode hors connexion là où le réseau ne passe pas

Les conditions pour que la saisie mobile tienne

  • Un écran court : les champs obligatoires tiennent sur un écran, le reste est facultatif. Chaque champ ajouté réduit la qualité des autres.
  • Le fonctionnement hors connexion : caves, sous-sols, zones blindées ou cabines de peinture n'ont pas toujours de réseau ; les données se synchronisent au retour.
  • Un terminal adapté à l'environnement (gants, poussière, zones à atmosphère explosive où seul un matériel certifié est admis).
  • La sécurité d'abord : on saisit avant ou après l'intervention, jamais pendant une opération sur équipement consigné ou en mouvement.

Le choix d'une GMAO utilisable sur mobile et hors ligne se prépare dès la sélection du logiciel : voir le chapitre 2.2 sur la GMAO full web et la mobilité.

5

Temps passés et temps d'arrêt : deux mesures à ne pas confondre

Le temps passé mesure l'effort de la maintenance ; le temps d'arrêt mesure la perte pour la production. Les deux sont utiles, mais ils répondent à des questions différentes et ne se déduisent pas l'un de l'autre. Deux techniciens pendant une heure font deux heures de main-d'œuvre et une heure d'intervention ; une attente de pièce de quatre heures ajoute quatre heures d'arrêt sans aucune heure de main-d'œuvre.

Mesure Ce qu'elle compte À quoi elle sert
Temps passé (main-d'œuvre)Heures de chaque intervenant, cumuléesCoût de l'intervention, charge de l'équipe, comparaison avec le temps prévu dans la gamme
Durée d'interventionDu début à la fin du travail sur le bienDurée de réparation proprement dite
Temps d'attenteAttente de pièce, d'outillage, d'autorisation, de consignationRepérer les pertes logistiques et organisationnelles
Temps d'arrêt du bienDe l'arrêt constaté à la remise en serviceDisponibilité, coût de l'indisponibilité pour la production

Exemple de calcul (fictif)

Arrêt d'un convoyeur signalé à 8 h 00. Le technicien arrive à 8 h 30, diagnostique jusqu'à 9 h 00, attend le moteur de rechange jusqu'à 11 h 00, puis le remplace avec un collègue de 11 h 00 à 12 h 00. Remise en service à 12 h 15.

  • temps d'arrêt du bien : 4 h 15 ;
  • temps d'attente pièce : 2 h ;
  • temps passé : 0,5 h + 0,5 h (diagnostic et essai) + 2 × 1 h = 3 h de main-d'œuvre.

Si seul le temps passé est saisi, les deux heures d'attente disparaissent de l'analyse, alors que c'est précisément là que se trouve le levier (une pièce à tenir en stock, voir le chapitre 4.2). Pour chiffrer ce que coûte un arrêt, l'outil de calcul du coût d'une panne part de ces durées.

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Le contrôle du chef d'équipe avant clôture

La plupart des GMAO distinguent l'OT « terminé » par le technicien et l'OT « clôturé » après validation. Cette étape intermédiaire n'est pas une formalité : c'est le seul moment où un compte rendu incomplet peut encore être corrigé par quelqu'un qui se souvient de l'intervention.

Le chef d'équipe, ou le planificateur selon l'organisation, relit chaque OT terminé avec une grille courte :

  • les codes symptôme, mode, cause et remède sont renseignés et cohérents entre eux ;
  • la cause n'est pas une reformulation du remède ;
  • les temps passés sont plausibles au regard du travail décrit, et le temps d'arrêt est saisi à part ;
  • les pièces déclarées correspondent aux sorties de stock ;
  • l'état de remise en service est indiqué, avec la réserve éventuelle ;
  • les recommandations sont transformées en action : nouvelle DI, modification de gamme, demande d'achat.
Un OT renvoyé au technicien pour complément est un signal utile, pas une sanction. Si les mêmes rubriques reviennent incomplètes, c'est souvent l'écran de saisie ou la liste de codes qu'il faut revoir. Le suivi de ces retours alimente les rituels décrits au chapitre 4.3.
7

Exploiter l'historique : répétitivité, Pareto, AMDEC

Un historique codé permet trois analyses qui ne demandent aucun outil au-delà des filtres et exports de la GMAO.

Répétitivité

Repérer les biens qui reviennent plusieurs fois sur la même période avec le même mode de défaillance. Trois interventions identiques en un trimestre appellent une analyse de cause, pas une quatrième réparation.

Pareto des causes

Classer les causes par nombre d'occurrences, par heures d'arrêt ou par coût, en ordre décroissant. Le diagramme montre sur quelles causes concentrer l'effort ; le critère de tri change souvent le classement.

Alimentation de l'AMDEC

Les modes et causes observés confirment ou corrigent les modes envisagés dans l'AMDEC, et la fréquence constatée étaye la cotation d'occurrence.

L'AMDEC (analyse des modes de défaillance, de leurs effets et de leur criticité) part des mêmes notions que la codification : mode, cause, effet. Un historique propre évite de coter la fréquence « à dire d'expert » seulement. La méthode est détaillée dans la formation AMDEC, et le calculateur d'IPR AMDEC permet de coter les modes une fois les données réunies.

Les indicateurs calculés à partir de ces mêmes données (MTBF, MTTR, disponibilité) font l'objet du chapitre KPI GMAO de la formation Data maintenance : ils ne sont fiables que si les temps d'arrêt et les codes sont saisis comme décrit plus haut.

Le même dépannage, deux comptes rendus

Inexploitable

  • Texte : « pompe HS, changé roulement, OK ».
  • Aucun code de mode ni de cause.
  • Temps : « 3 h » sans savoir s'il s'agit d'heures de main-d'œuvre ou d'arrêt.
  • Pièce prise au magasin sans sortie de stock.
  • Aucune suite proposée.

Exploitable

  • Symptôme : échauffement ; mode : arrêt en fonctionnement.
  • Cause : défaut de lubrification (établie) ; remède : remplacement.
  • Main-d'œuvre 3 h, arrêt 4 h 15 dont 2 h d'attente pièce.
  • Roulement sorti du stock sur l'OT.
  • Recommandation : graissage ajouté à la gamme ; remis en service sans réserve.
Le second compte rendu prend deux minutes de plus à saisir. Il permet de retrouver tous les défauts de lubrification du parc, de mesurer l'effet de l'attente de pièces sur la disponibilité et de faire évoluer le plan préventif paramétré au chapitre 3.3.

Sources

  • NF EN 13306 (janvier 2018), « Maintenance — Terminologie de la maintenance », parties consacrées aux défaillances et aux pannes — norme AFNOR citée sans reproduction — afnor.org
  • ISO 14224:2016, « Petroleum, petrochemical and natural gas industries — Collection and exchange of reliability and maintenance data for equipment » — iso.org
  • Arrêté du 2 mars 2004 relatif au carnet de maintenance des appareils de levage, articles 2 et 3 — Légifrance
  • Code du travail, article L. 4321-1 (maintien des équipements de travail) — wiki L. 4321-1, Légifrance

À retenir

  • Sept rubriques : constat, cause, action, pièces, temps, état de remise en service, recommandations.
  • Symptôme, mode de défaillance, cause et remède se saisissent dans des champs séparés ; la défaillance est un événement, la panne un état.
  • Des listes fermées courtes, filtrées par famille d'équipement, complétées par du texte libre ; l'ISO 14224:2016 est un exemple de taxonomie, propre au pétrole et au gaz.
  • Saisie au pied de la machine, sur un écran court, avec mode hors connexion, jamais pendant l'opération.
  • Temps passés et temps d'arrêt se mesurent séparément ; l'attente de pièces n'apparaît que dans le second.
  • Contrôle du chef d'équipe avant clôture, puis exploitation de l'historique : répétitivité, Pareto des causes, AMDEC.

Sommaire de la formation GMAO