Prise de poste et vérifications d'usage d'un pont roulant : câble, crochet, commande, fin de poste
Documents, tour du pont, câble de levage, crochet et linguet, boîtier de commande : ce que le pontier contrôle avant de lever, ce qu'il signale et ce qui relève de l'employeur et du vérificateur.
Ce que vérifie le test théorique R484
Thème « Entretien » : 4 points sur 100, dont :
- Câbles de levage (3 pts)
- Crochet et linguet (1 pt)
Source : R.484A, barème du test théorique, p. 26 et suivante. Pour réussir : 70/100 et au moins la moyenne dans chaque thème.
Le thème « Entretien » du test théorique vaut 4 points : 3 pour détecter les principales anomalies des câbles de levage, 1 pour le crochet et son linguet (R.484A, p. 26). À l'épreuve pratique, la prise de poste et la mise en service pèsent 26 points sur 100 et la fin de poste 14 points (grilles p. 27 et 28) : cette fiche suit donc la journée du pontier, du premier regard sur les documents à la mise hors service.
La prise de poste, étape par étape
Le référentiel de formation fixe la séquence (R.484A, annexe 2, A2|2 A, p. 24), que l'ED 6105 complète (§ 5.1 et 6.5 à 6.7). Le pontier utilise les documents, vérifie à vue, teste les sécurités, puis juge l'adéquation à la levée prévue :
- Documents. La notice d'instructions (règles d'utilisation, restrictions d'emploi) et le rapport de vérification périodique (validité, observations, restrictions d'usage). L'ED 6105 cite le dernier rapport de vérifications réglementaires du pont et de ses accessoires (arrêté du 1er mars 2004) et la notice (§ 5.1).
- Configuration d'exploitation. Notamment le déverrouillage pour les ponts et portiques installés à l'extérieur des bâtiments (R.484A, p. 24). Au sol, on vérifie que le pont n'est pas condamné en tout ou partie et, dans la mesure du possible, l'absence d'obstacle sur le chemin de roulement (ED 6105, § 6.6.1). En cabine, on s'assure que le pont n'est pas consigné avant de rejoindre la cabine (§ 6.5.1).
- Vérification visuelle. Faire le tour du pont et signaler à l'encadrement toute anomalie, même légère, fuite ou pièce défectueuse, en particulier le câble, ainsi que la présence et le fonctionnement des dispositifs de sécurité et des capots de protection (ED 6105, § 5.1 ; R.484A, p. 24).
- Dispositifs de sécurité. Linguet de sécurité, limiteurs de course, anticollision (R.484A, p. 24) ; fins de course haut et bas, limiteur de charge, éclairage et signalisations (ED 6105, § 5.1).
- Protections. Vérifier la mise en place des protections dans les zones de danger, par exemple la zone de translation du portique (R.484A, p. 24).
- Essais à vide. Avertisseur, puis mouvements de levage, de direction et de translation à petite vitesse (ED 6105, § 6.5.1) ; pour une radiocommande, organes de service à zéro, essai des mouvements, des freins et des fins de course (§ 6.7.1).
- Météo. Mesurer l'impact des conditions météorologiques sur les manutentions prévues (coup de vent, orage) (R.484A, p. 24).
- Adéquation à la levée. Le pont et les accessoires conviennent-ils à l'opération (charge, portée…) ? (R.484A, p. 24).
En cas d'anomalie, le pontier avertit immédiatement son chef direct (ED 6105, § 6.5.1 et 6.6.1) ; il ne met pas en marche un pont en mauvais état (§ 5.1). Le droit d'alerte et de retrait est rappelé par l'ED 6105 (§ 5.2), qui cite parmi les cas de danger grave et imminent la défectuosité d'une sécurité essentielle, comme le contrôleur d'état de charge ou le fin de course de levage, ou d'un élément essentiel comme une charpente fissurée ou un câble dégradé.
Ce que note la grille pratique
| Point d'évaluation | Catégorie 1 (sol) | Catégorie 2 (cabine) |
|---|---|---|
| Notice d'instructions (justifier une interdiction d'emploi ou une règle d'utilisation) | 2 | 2 |
| Rapport de vérification générale périodique, de mise ou de remise en service (absence d'observation ou de restriction d'usage) | 2 | 2 |
| Présence et validité de l'extincteur en place | non évalué | 1 |
| Vérification visuelle du pont ou du portique | 4 | 3 |
| Bon fonctionnement des dispositifs de sécurité | 4 | 3 |
| Accès au poste de commande en sécurité | non évalué | 2 |
| État et fonctionnement des organes de commande | 4 | 3 |
| Adéquation du pont aux manutentions à réaliser | 10 | 10 |
| Mise en position hors service | 4 | 4 |
| Rendre compte des anomalies relevées, passer les consignes | 10 | 10 |
Une note supérieure à zéro est exigée à chacun des points d'évaluation du barème pratique (R.484A, p. 27 et 28) : oublier un point entier suffit à échouer, quel que soit le total.
Qui vérifie quoi, et à quelle fréquence
Trois niveaux de vérification coexistent ; le test sépare nettement leurs auteurs.
| Vérification | Qui | Périodicité ou moment |
|---|---|---|
| Vérification d'usage (visuelle, dispositifs de sécurité, commandes) | Le pontier | À chaque prise de poste (R.484A, p. 24) |
| Vérification générale périodique d'un appareil de levage (examen de l'état de conservation, essais des freins, limiteurs et dispositifs de limitation des mouvements) | Personne qualifiée désignée par le chef d'établissement | Tous les douze mois ; six mois pour les appareils listés aux II et III de l'article 20 et ceux utilisés pour transporter des personnes ou déplacer un poste de travail en élévation ; trois mois pour certains appareils à force humaine déplaçant un poste de travail en élévation (art. 22 et 23) |
| Vérification périodique des accessoires de levage (élingues, palonniers…) | Personne qualifiée désignée par le chef d'établissement | Tous les douze mois, état de conservation : déformation, toron cassé, nombre de fils cassés supérieur à l'admissible, linguet détérioré (art. 24) |
| Vérification lors de la remise en service | Personne qualifiée | Notamment après un démontage suivi d'un remontage, un changement de configuration, une réparation importante intéressant les organes essentiels ou un accident dû à la défaillance d'un organe essentiel (art. 19 et 20 I) |
| Examen d'adéquation | Responsabilité du chef d'établissement | Vérifie que l'appareil est approprié aux travaux prévus et aux risques (art. 5 I ; R.484A, nota p. 24) |
Pont roulant installé à demeure : il ne figure pas dans la liste de l'article 20 II (grues auxiliaires de chargement, grues à tour à montage rapide, chariots élévateurs, engins de terrassement équipés pour le levage, plates-formes élévatrices mobiles de personnes…), et il ne transporte pas de personnes : sa vérification générale périodique est donc de douze mois (art. 23), pas de six. La liste de l'article 20 II ne s'applique qu'aux appareils qui changent de site sans support particulier.
Piège du test : « examen d'adéquation » et « vérification d'adéquation » ne sont pas la même chose. Le premier est requis par l'arrêté du 1er mars 2004 et relève du chef d'établissement ; la seconde est celle que fait le pontier avant la levée (R.484A, nota p. 24). De même, la responsabilité des vérifications réglementaires et de la levée des observations incombe à l'employeur, pas au conducteur (ED 6105, § 5.1, nota).
Le chef d'établissement tient à disposition des vérificateurs la notice, la déclaration ou le certificat de conformité, les rapports précédents et le carnet de maintenance, et porte les résultats sans délai sur le registre de sécurité (art. 3). Le rapport est le document que le pontier consulte à la prise de poste pour repérer une observation ou une restriction d'usage non levée. Le texte de l'arrêté lu pour cette fiche est la version consolidée de 2011 ; l'article 22 renvoie désormais aux articles R. 4323-23 à R. 4323-27 du code du travail.
Câbles de levage : les anomalies à détecter (3 points)
Le câble de levage est choisi par le constructeur ; son usure, qu'il faut considérer comme normale, diminue sa résistance, et continuer à l'utiliser au-delà des critères acceptables peut devenir dangereux (ED 6105, § 3.6.1). L'ED 6105 en fait « un des points primordiaux de la prise de poste » : contrôle visuel suivant le mode opératoire de la notice, sur toute la longueur, de l'attache d'extrémité jusqu'aux trois tours morts d'enroulement sur le tambour (§ 5.3).
| Constat | Conséquence |
|---|---|
| Rupture d'un toron | Remplacement immédiat du câble |
| Fils cassés, méplats sur les fils extérieurs, réduction du diamètre | Critères de remplacement à contrôler (§ 5.3) |
| Corrosion, dommage mécanique, détérioration due à la chaleur | Inspection par une personne compétente (§ 5.3) |
| Déformations illustrées : « tire-bouchon », « panier », aplatissement, étranglement avec rupture de toron, coque, extrusion de fils, pliage, toron desserré, usure externe, fils cassés au niveau des parures | À signaler au chef direct ; ces défauts figurent aux schémas de l'ED 6105 (§ 5.3) et de l'ED 6178 (figure 41) |
| Câble exposé à des détériorations accidentelles | Surveillance particulière par une personne ou un organisme compétent, remplacement dès le moindre incident (§ 3.6.1) |
Pour le câble de levage du pont, l'ED 6105 précise qu'en l'absence d'instructions du fabricant de l'appareil, les critères de dépose sont ceux de la norme NF ISO 4309 (§ 5.3). Le contrôle visuel est le plus répandu ; des appareils magnéto-inductifs peuvent aussi détecter les défauts internes (§ 3.6.1).
Ne pas confondre câble du pont et élingue câble. Les seuils chiffrés de l'ED 6178 (§ 8.5.1) concernent les élingues câbles : retrait du service à partir de trois fils extérieurs cassés concentrés sur un toron, de six fils cassés sur une longueur de six fois le diamètre ou de quatorze sur trente fois le diamètre, d'une diminution de 10 % du diamètre nominal, d'une déformation importante (coque, saillie de l'âme), d'une corrosion des terminaisons, d'un dommage thermique ou de l'absence de plaque d'identification. Ils ne remplacent pas la notice du pont ni la norme visée par l'ED 6105 pour son câble de levage.
Remplacer un câble par un câble neuf de mêmes caractéristiques n'est pas considéré comme un démontage suivi d'un remontage justifiant une vérification de remise en service, à condition que l'intervention soit mentionnée au carnet de maintenance et que l'attestation du câble soit conservée et consultable (arrêté du 1er mars 2004, art. 21). Sur les accessoires de levage, l'élingage et leurs anomalies, la fiche dédiée détaille le sujet : anomalies des accessoires de levage.
Crochet et linguet de sécurité (1 point)
Le crochet de levage du pont, comme ceux des élingues, doit être d'un modèle qui s'oppose au décrochage accidentel de la charge. Il est en général équipé d'un dispositif de fermeture qui prévient le décrochage lorsque l'élingue ou le câble n'est pas tendu. Lorsqu'il s'agit d'un linguet de sécurité exposé à des conditions d'exploitation difficiles ou intensives, il convient de surveiller particulièrement ces crochets ; son remplacement est en général une opération facilement réalisable (ED 6105, § 3.6.3).
- À la prise de poste : vérifier le bon fonctionnement du linguet (R.484A, p. 24 ; ED 6105, § 5.1).
- Linguet détérioré : l'arrêté du 1er mars 2004 cite le linguet détérioré parmi les détériorations à déceler à la vérification périodique des accessoires (art. 24).
- Pour le crochet d'une élingue : absence de linguet de sécurité, absence de verrou ou ouverture du bec dont l'accroissement atteint 10 % de la dimension nominale justifient de retirer l'élingue du service (ED 6178, § 8.5.1 et 8.5.2). Ce seuil de 10 % est celui de l'ED 6178 pour les crochets d'élingues ; pour le crochet du pont, la notice du constructeur fait foi.
Boîtier, pupitre de commande et voie de roulement
L'annexe 2 I de la R.484A range aussi parmi les vérifications d'usage les principales anomalies du boîtier ou pupitre de commande et de la voie de roulement des portiques et de son encombrement (p. 23). Ces points ne sont pas dans le barème de 4 points du thème Entretien, mais ils alimentent les vérifications pratiques.
Boîtier ou pupitre
- État et fonctionnement des organes de commande, évalués à la prise de poste (R.484A, p. 27 et 28).
- Boîtier d'une télécommande : dispositif d'arrêt, dispositif réservant l'usage aux pontiers habilités (clef, badge, code), signal de seuil de décharge de la batterie, code de couleurs des sens de mouvement (ED 6105, § 6.7).
- Organes de service à zéro avant la mise en route (§ 6.7.1).
- Boîte à boutons ramenée, si possible, à une extrémité du pont ou à l'emplacement prévu en fin de poste (§ 6.6.5).
Voie de roulement (portiques)
- Contacts entre le portique et sa voie, voie elle-même et ses appuis, absence d'encombrement (R.484A, p. 24).
- Vérifier, dans la mesure du possible, l'absence d'obstacle sur le chemin de roulement (ED 6105, § 6.6.1).
- Un espace libre d'au moins 50 cm est recommandé entre le pont et son environnement proche (§ 3.7.4, R 423).
- Portiques dont la voie est au niveau du sol : arrêt immédiat de la translation en cas de heurt (§ 3.7.1).
Rappel : les portiques ne sont pas utilisés pour les épreuves pratiques de la R.484 (R.484A, p. 21) ; la voie de roulement des portiques relève donc surtout du test théorique et de la formation sur site.
Fin de poste et compte rendu des anomalies
La fin de poste vaut 14 points à l'épreuve pratique : 4 pour la mise hors service, 10 pour rendre compte des anomalies et passer les consignes (R.484A, p. 27 et 28). Le référentiel demande de mettre le pont ou le portique en position hors service (au garage, à l'arrêt, crochet à vide en position haute) et de rendre compte des anomalies et dysfonctionnements (p. 24). L'ED 6105 détaille (§ 6.6.5) :
- le pont est arrêté dans la zone de stationnement prévue ;
- la boîte à boutons est ramenée, si possible, à une extrémité du pont ou à l'emplacement prévu ;
- ni charge ni élingue ne restent suspendues au crochet, qui est ramené vers le haut dans sa position normale de repos (plus de 2 mètres de haut) ;
- l'interrupteur du pont est ouvert ;
- les anomalies relevées sont consignées et signalées au service compétent.
Laisser une charge suspendue en fin de poste figure parmi les opérations interdites du référentiel (R.484A, p. 23). Pour une télécommande : couper l'émission, ranger le pupitre après coupure de l'alimentation d'émission et mettre les batteries en charge sur leur support (ED 6105, § 6.7.2 et 6.7.4). Pour les ponts extérieurs, des moyens de calage, d'amarrage ou de freinage maintiennent le pont à l'arrêt, y compris sous un vent de tempête dit « hors service » (§ 3.7.5). Un compte rendu utile est précis : quel organe, quel symptôme, à quel moment, sans réparer soi-même.
Ce qu'il faut retenir pour le test
- Avant de lever : notice, rapport de vérification périodique (observations, restrictions), tour visuel, sécurités essayées, commandes, adéquation à la levée.
- VGP : douze mois pour un pont roulant installé à demeure ; accessoires tous les douze mois ; la levée des observations incombe à l'employeur.
- Examen d'adéquation (chef d'établissement) et vérification d'adéquation (pontier, avant la levée) : deux choses distinctes.
- Câble de levage : contrôle sur toute la longueur, jusqu'aux trois tours morts ; rupture d'un toron = remplacement immédiat.
- Crochet : linguet présent et fonctionnel ; toute anomalie se signale.
- Fin de poste : crochet à vide en position haute, pont au garage, anomalies consignées et signalées.
Questions fréquentes
Que vérifier à la prise de poste d'un pont roulant ?
La notice d'instructions et le rapport de vérification périodique (validité, observations, restrictions d'usage), l'état visuel du pont et de ses équipements dont le câble de levage, le bon fonctionnement des dispositifs de sécurité (linguet, limiteurs de course, anticollision), les protections des zones de danger, l'état et le fonctionnement des organes de commande, puis l'adéquation du pont et des accessoires à la levée prévue (R.484A, annexe 2, p. 24).
Tous les combien un pont roulant fait-il l'objet d'une vérification générale périodique ?
Tous les douze mois, sauf cas particuliers de six ou trois mois qui visent notamment des appareils déplaçant des personnes ou un poste de travail en élévation, et la liste de l'article 20 II (arrêté du 1er mars 2004, art. 23). Les accessoires de levage sont vérifiés tous les douze mois (art. 24).
Quand remplacer le câble de levage d'un pont roulant ?
Tout câble présentant la rupture d'un toron doit être remplacé immédiatement ; corrosion, dommage mécanique, détérioration par la chaleur, fils cassés, méplats ou réduction du diamètre imposent l'inspection d'une personne compétente. En l'absence d'instructions du fabricant, les critères de dépose sont ceux de la norme NF ISO 4309 (INRS ED 6105, § 5.3).
Le pontier fait-il l'examen d'adéquation du pont roulant ?
Non. L'examen d'adéquation de l'arrêté du 1er mars 2004 relève de la responsabilité du chef d'établissement. Le pontier vérifie, lui, avant chaque levée, que le pont et les accessoires conviennent à l'opération (charge, portée…) : cette vérification ne doit pas être confondue avec l'examen d'adéquation (R.484A, annexe 2, nota p. 24).
Où se range le pont roulant en fin de poste ?
Le référentiel demande de le mettre en position hors service : au garage, à l'arrêt, crochet à vide en position haute, puis de rendre compte des anomalies (R.484A, annexe 2, p. 24). L'ED 6105 précise qu'aucune charge ni élingue ne reste suspendue et que le crochet est ramené dans sa position normale de repos (§ 6.6.5).
Sources : recommandation R.484A de l'Assurance Maladie, 2e édition (annexe 2 p. 23 et 24, barème du test théorique p. 26, grilles pratiques p. 27 et 28, épreuves p. 21) ; INRS ED 6105, Ponts roulants, 2e édition 2018 (§ 3.6, 3.7, 5.1 à 5.3, 6.5 à 6.7) ; INRS ED 6178, Mémento de l'élingueur, 3e édition 2023 (§ 8.5.1 et 8.5.2, figure 41) ; arrêté du 1er mars 2004 relatif aux vérifications des appareils et accessoires de levage (art. 3, 5, 9, 19 à 24), sur Légifrance ; INRS. Vérifié le 23 octobre 2026. Notre méthode · Tout sur le CACES R484.