Chute de la charge, opérations interdites et opérations délicates au pont roulant

La chute de la charge est la cause d'accident la plus fréquente avec les ponts roulants. Le test théorique R484 y consacre 4 points, plus 4 points aux opérations interdites ou délicates : charge laissée suspendue, levage de personne, levage en biais, vent, deux ponts, retournement.

Ce que vérifie le test théorique R484

Cette fiche couvre 8 points sur 100, dans le thème « Exploitation des ponts roulants et des portiques » (30 points) :

  • Chute de la charge (4 pts)
  • Opérations interdites / opérations délicates (4 pts)

Source : R.484A, barème du test théorique, p. 26 et suivante. Pour réussir : 70/100 et au moins la moyenne dans chaque thème.

Pourquoi ces deux points comptent

Les accidents du travail qui font l'objet d'une enquête des services de prévention de l'Assurance Maladie sont enregistrés dans la base nationale Epicéa. Pour les ponts roulants, portiques et potences, elle recense 244 accidents entre 1981 et 2016. La chute de la charge y est la cause la plus fréquente avec les ponts roulants ; elle est due à un mauvais élingage, à une conduite inappropriée ou, plus rarement, à une rupture mécanique (INRS ED 6105, § 1.1, p. 6).

Le référentiel de connaissances de la R.484A traite ce risque sous deux angles : « retombée ou renversement de la charge » parmi les risques liés à l'utilisation des appareils (annexe 2, A2|1 F, p. 23), puis les opérations interdites et délicates dans les règles d'exploitation (A2|1 G, p. 23). Au barème du test théorique, « chute de la charge » vaut 4 points et « opérations interdites / opérations délicates » 4 points, soit 8 points sur les 30 du thème « Exploitation » (R.484A, p. 26).

Chute de la charge : causes et prévention

L'INRS retient trois origines : le mauvais élingage, la conduite inappropriée et, plus rarement, la rupture mécanique. La prévention suit les mêmes trois entrées.

Causes de chute de la charge et mesures associées (INRS ED 6105, p. 6, 41 à 45, 54, 58 ; Code du travail).
OrigineCe qui peut arriverCe qui l'évite
ÉlingageGlissement des câbles ou chaînes sur le crochet ou sur la charge ; accessoire inadapté ou abîmé ; décrochage.Accessoires choisis selon la charge, les points de préhension et le mode d'élingage (R4323-47) ; linguet de sécurité présent et en état ; élingue en mauvais état retirée du service (R4323-49) ; arêtes vives protégées (ED 6105, p. 45).
ConduiteSurcharge, à-coups, balancement, charge balancée pour être déposée hors de portée normale.Aucune charge supérieure à celle marquée sur l'appareil (R4323-33) ; démarrages et arrêts progressifs pour maîtriser le balancement (ED 6105, p. 58) ; interdiction de balancer la charge pour la déposer hors de portée (R4323-45).
AppareilRupture mécanique, panne d'énergie qui ne permet pas de retenir la charge.Vérifications d'usage à la prise de poste (câble, linguet, fins de course : R.484A, p. 24) ; mesures prévues en prévision d'une panne d'énergie (R4323-44).

Le Code du travail pose le principe général : des mesures sont prises pour empêcher la chute ou l'accrochage des matériaux, agrès ou autres pièces soulevées (R4323-34). Quand une charge passe au-dessus d'une voie de circulation, des mesures spéciales sont prises pour prévenir tout danger résultant de sa chute éventuelle (R4323-37).

Le levage en trois temps

L'INRS décrit la prise de la charge pour les ponts commandés du sol (ED 6105, § 6.6.2, p. 54) :

  1. Raidir les élingues sans soulever la charge.
  2. Laisser l'élingueur s'écarter suffisamment, ou s'écarter soi-même si l'on a élingué la charge.
  3. Soulever légèrement la charge pour vérifier le bon amarrage, l'équilibre, la tenue du frein et la valeur de la charge soulevée (indicateur ou limiteur de charge), puis l'élever à hauteur de transport.

Si l'un de ces contrôles échoue, on repose la charge. Soulever d'emblée à hauteur de transport, sans ce contrôle, supprime la dernière occasion de reposer la charge avant qu'elle ne soit au-dessus des personnes.

Les opérations interdites

La R.484A en cite quatre, avec des points de suspension : « laisser une charge suspendue en fin de poste, levage de personne, levage en biais ou « tirage au renard », travail sous condition de vent hors-limites… » (annexe 2, A2|1 G, p. 23). Chacune a sa base dans les textes.

1. Laisser une charge suspendue en fin de poste

  • Principe : lorsqu'un équipement de levage est à l'arrêt, aucune charge ne peut être suspendue au crochet (R4323-35). Il est interdit de laisser les charges suspendues sans surveillance, sauf si l'accès à la zone de danger est empêché et si la charge est accrochée et maintenue en toute sécurité (R4323-44).
  • En fin de poste : ni charge ni élingue ne restent suspendues au crochet, et le crochet est ramené vers le haut dans sa position de repos (plus de 2 mètres de haut selon l'INRS), l'interrupteur du pont ouvert (ED 6105, § 6.5.4 et 6.6.5, p. 53 et 56). La R.484A le résume en mise « en position hors service (au garage, à l'arrêt, crochet à vide en position haute) » (A2|2 C, p. 24).
  • En cas de panne ou d'avarie avec une charge suspendue : déposer la charge si possible et la faire décrocher ; sinon baliser au sol la zone sous la charge pour empêcher le personnel de passer dessous (ED 6105, § 6.5.3 et 6.6.3, p. 52 et 55).

2. Levage de personne

  • Règle : le levage de personnes n'est permis qu'avec un équipement de travail et des accessoires prévus à cette fin (R4323-31). Un pont roulant de manutention de charges n'en fait pas partie.
  • Dérogations du Code du travail (R4323-32) : soit pour accéder à un poste de travail lorsque l'utilisation d'un équipement spécialement conçu est techniquement impossible ou expose à un risque plus important lié à l'environnement de travail, avec des spécifications fixées par arrêté ; soit, en cas d'urgence, lorsque l'évacuation des personnes le nécessite. L'INRS rappelle que l'élévation de personnel dans une nacelle par pont roulant n'est admise que dans des circonstances exceptionnelles et sous des conditions techniques et d'organisation particulières (ED 6105, § 6.9, p. 60).
  • Ce qui reste toujours interdit au personnel : monter sur les charges ou se suspendre aux crochets et aux élingues pour se faire transporter (ED 6105, p. 51, 55 et 60).
Deux schémas côte à côte vus de face : à gauche, le crochet est à l'aplomb du centre de gravité de la charge et les élingues restent verticales ; à droite, le crochet est décalé, les élingues et le câble sont obliques et la charge se déplace latéralement au décollage Crochet à l'aplomb Crochet décalé : levage en biais
Schéma de principe, sans échelle ni valeur d'angle. À gauche, le crochet est à la verticale de la charge (pointillé vert). À droite, le crochet est décalé : la traction est oblique et la charge se déplace latéralement quand elle décolle, avec les dangers décrits par l'INRS (mouvement latéral ou rotation, mauvais enroulement du câble, décrochage). Le sens du déplacement est indiqué par la flèche rouge.

3. Levage en biais ou « tirage au renard »

  • Texte : il est interdit de soulever ou de tirer les charges en oblique, sauf à l'aide d'appareils conçus à cette fin (R4323-45). La R.484A rapproche « levage en biais » et « tirage au renard » (p. 23).
  • Pourquoi : selon l'INRS, une traction oblique peut provoquer un mouvement latéral ou la mise en rotation de la charge, mettant en danger le personnel au sol ; un mauvais enroulement du câble de levage ou sa sortie du tambour ; le contact du câble avec la ligne d'alimentation, avec danger d'électrocution pour les élingueurs ou coupure du câble par arc ; le décrochage de la charge, avec balancement du moufle (ED 6105, § 6.8.1, p. 59).
  • Geste correct : amener le crochet à la verticale de la charge avant de la soulever. Si la charge est mal placée, on la repose et on replace le crochet, on ne la ramène pas en tirant.

4. Travail sous condition de vent hors limites

  • Aucune valeur générale : les textes lus ne donnent pas de vitesse de vent valable pour tous les appareils. La limite d'emploi est celle de la notice d'instructions du constructeur, que la R.484A demande de savoir lire à la prise de poste (« notice d'instructions (règles d'utilisation, restrictions d'emploi…) », A2|2 A, p. 24).
  • Principe réglementaire : au-delà d'une hauteur fixée par arrêté, l'emploi à l'air libre d'un équipement de levage de charges non guidées cesse dès que la dégradation des conditions météorologiques est susceptible de compromettre la sécurité et d'exposer une personne à un risque ; l'employeur se dote des moyens de connaître l'évolution de la météo et prend des mesures de protection (R4323-46).
  • Au poste : la prise de poste inclut l'« impact des conditions météorologiques sur les manutentions prévues (coup de vent, orage…) » et, pour les appareils à l'extérieur, la mise en configuration d'exploitation, notamment le déverrouillage (R.484A, p. 24). Le vent agit aussi sur la charge elle-même : sa pression dynamique est l'une des causes du balancement (ED 6105, § 6.8.1, p. 58).
  • Hors service : pour un pont implanté à l'extérieur, des moyens de calage, d'amarrage ou de freinage immobilisent l'appareil à l'arrêt en tenant compte des plus fortes rafales prévisibles dans la région, y compris un vent tempête dit « hors service » (ED 6105, § 3.7.5, p. 28 et 31).

Autres interdictions à connaître

La liste de la R.484A se termine par des points de suspension : d'autres interdictions du Code du travail et de l'INRS relèvent du même point d'évaluation.

  • Surcharge : il est interdit de soulever, hors essais ou épreuves, une charge supérieure à celle marquée sur l'appareil et, le cas échéant, sur la plaque de charge (R4323-33).
  • Balancer la charge pour la déposer en un point qui ne peut pas être atteint normalement (R4323-45 ; ED 6105, p. 58).
  • Transporter une charge au-dessus de personnes : interdit, sauf si cela est requis pour le bon déroulement des travaux, auquel cas un mode opératoire est défini et appliqué (R4323-36). Le pontier veille à ne jamais survoler du personnel, notamment au-dessus des allées de circulation (ED 6105, p. 36).
  • Manœuvrer dans une zone limitée par des parois si du personnel se tient entre la charge et ces parois (casiers, wagons, silos…) (ED 6105, p. 51).
  • Ordres multiples : la manœuvre s'arrête si plusieurs personnes commandent en même temps ou si les gestes ne sont pas compréhensibles (ED 6105, p. 51).

Les opérations délicates

Une opération délicate n'est pas interdite : elle est permise sous conditions, avec une préparation et un encadrement. La R.484A cite « levage au moyen de deux ponts ou portiques, retournement de pièces… » (A2|1 G, p. 23). L'INRS les range parmi les « manœuvres délicates ou spéciales » (ED 6105, § 6.8, p. 58 à 60).

Opérations délicates citées par la R.484A et conditions posées par les textes.
OpérationConditionSource
Levage d'une charge avec deux ponts roulantsUn mode opératoire est défini et appliqué pour assurer la bonne coordination des opérateurs et des opérations. Préparation détaillée, surveillance d'un chef de manœuvre particulièrement qualifié pour coordonner les deux appareils et faire respecter le mode opératoire.R4323-43 ; ED 6105, § 6.8.4, p. 59
Basculement et retournement de chargesHabituellement avec un palan ou un treuil auxiliaire, ou un appareil de manutention spécialement conçu. À titre exceptionnel avec un seul crochet, sous les directives d'un chef de manœuvre, avec des précautions contre le ripage intempestif de la charge et la détérioration des câbles, mécanismes et charpente, dans le cadre d'une consigne particulière.ED 6105, § 6.8.5, p. 59-60
Guidage manuel de la chargeLe personnel au sol ne doit jamais exercer directement un effort sur les charges ou les élingues ; il peut utiliser un cordage, un crochet ou une gaffe.ED 6105, § 6.8.2, p. 59

Le point commun : un mode opératoire écrit et un chef de manœuvre. Si le pontier ne dispose ni de l'un ni de l'autre, il refuse la manœuvre : l'INRS lui demande de refuser toute manœuvre contraire aux consignes de sécurité ou si les instructions d'élingage ne sont pas respectées (ED 6105, § 6.5.2, p. 51).

Le rôle du chef de manœuvre est détaillé dans la fiche rôles et responsabilités.

Les règles d'élingage qui préviennent la chute de la charge sont dans la fiche règles d'élingage.

Les pièges du test

  • « Le levage à deux ponts est interdit. » Non : la R.484A le classe parmi les opérations délicates, permises avec un mode opératoire et un chef de manœuvre. Les deux listes sont distinctes dans le référentiel.
  • « On peut laisser une petite charge au crochet pendant la pause. » Le principe est l'interdiction de laisser une charge suspendue sans surveillance, avec une seule exception strictement encadrée (accès à la zone empêché, charge maintenue en toute sécurité : R4323-44). La fin de poste, elle, se fait crochet vide et en position haute.
  • « Le levage de personne est toujours interdit. » Le référentiel le range parmi les opérations interdites, mais le Code du travail prévoit des dérogations limitées (R4323-32). Ce qui n'a aucune dérogation pour le personnel : monter sur la charge ou se suspendre au crochet.
  • « Au-delà de tant de km/h, on arrête. » Aucun seuil général n'est donné par les textes lus : on applique la notice du constructeur et les consignes du site.
  • « On corrige une charge de travers en tirant en biais. » C'est précisément le levage en biais interdit : on repose la charge et on replace le crochet à son aplomb.

Questions fréquentes

Peut-on laisser une charge suspendue en fin de poste ?

Non. C'est une opération interdite (R.484A, p. 23). Aucune charge ne reste au crochet d'un appareil à l'arrêt (R4323-35) et il est interdit de laisser une charge suspendue sans surveillance, sauf accès à la zone empêché et charge maintenue en toute sécurité (R4323-44).

Qu'est-ce que le levage en biais ou « tirage au renard » ?

Une traction oblique sur la charge, interdite sauf appareils conçus à cette fin (R4323-45). Elle peut provoquer un mouvement latéral ou une rotation de la charge, un mauvais enroulement du câble et le décrochage (ED 6105, p. 59).

Le levage de personnes avec un pont roulant est-il permis ?

Seulement avec un équipement prévu à cette fin (R4323-31). Les dérogations de R4323-32 sont limitées : impossibilité technique ou risque plus important avec un équipement spécialement conçu, ou évacuation d'urgence. Monter sur la charge ou se suspendre au crochet reste interdit (ED 6105, p. 60).

À partir de quel vent faut-il arrêter ?

Aucun seuil général dans les textes lus : la limite est celle de la notice du constructeur. À l'air libre, l'emploi cesse dès que la dégradation météorologique peut compromettre la sécurité (R4323-46).

Peut-on lever avec deux ponts roulants ?

C'est une opération délicate : mode opératoire obligatoire (R4323-43) et chef de manœuvre particulièrement qualifié (ED 6105, p. 59).

S'entraîner sur ce thème

Approfondir dans la formation en ligne : module 4, chapitre 3.

Sources : recommandation R.484A de l'Assurance Maladie (annexe 2, A2|1 F et G, p. 23 ; A2|2 A et C, p. 24 ; barème du test théorique, p. 26) ; Code du travail, art. R4323-31 à R4323-37 et R4323-43 à R4323-47 ; INRS, Ponts roulants, ED 6105, 2e édition, 2018 (pagination imprimée : § 1.1, p. 6 ; § 3.7.5, p. 28 et 31 ; § 4.2.2 et 4.3, p. 35-36 ; § 6.5 et 6.6, p. 51 à 56 ; § 6.8 et 6.9, p. 58 à 60). Racines officielles : inrs.fr, legifrance.gouv.fr, ameli.fr. L'ED 6105 renvoie encore, pour le levage de personnes, à l'arrêté du 2 décembre 1998 : il n'est pas repris ici (texte abrogé). Vérifié le 23 octobre 2026. Notre méthode · Tout sur le CACES R484.