Gerbeur accompagnant : renversement, palettier et transport de personnes

Trois points du test théorique R485 sur lesquels on perd des points faute de précision : ce qui fait renverser le gerbeur ou sa charge, ce qui fait céder un palettier, et pourquoi on ne monte jamais sur les bras de fourche. 9 points sur les 50 du thème « Exploitation ».

Ce que vérifie le test théorique R485

Cette fiche couvre 9 points sur 100, dans le thème « Exploitation des gerbeurs à conducteur accompagnant » (50 points) :

  • Renversement et basculement du gerbeur ou de la charge (4 pts)
  • Ruine de tout ou partie d'un palettier (3 pts)
  • Transport et élévation de personnes (2 pts)

Source : R.485A, barème du test théorique, p. 27 et suivante. Pour réussir : 70/100 et au moins la moyenne dans chaque thème.

Ce que le référentiel attend

Dans l'annexe 2 de la recommandation R.485A, la rubrique F (« Risques liés à l'utilisation des gerbeurs à conducteur accompagnant ») liste les risques à savoir nommer, avec leurs facteurs et leurs moyens de prévention. Trois d'entre eux font l'objet de cette fiche : le renversement ou basculement du gerbeur ou de la charge (4 points), la ruine de tout ou partie d'un palettier (3 points) et le transport et l'élévation de personnes (2 points) (R.485A, p. 21 et 27). Pour le dernier, le texte demande de « connaître les interdictions (élévation sur les bras de fourche…) » et de « savoir expliciter et justifier les applications autorisées ».

Le gerbeur que l'on mène à pied, au timon, n'a ni siège ni ceinture : le conducteur marche à côté. Les risques de renversement ne sont donc pas ceux d'un chariot à conducteur porté, mais l'engin garde la même physique : une charge en porte-à-faux, levée haute, sur un sol qui doit rester sain. Pour la notion de centre de gravité et le renversement d'un chariot à conducteur porté, la fiche R489 stabilité et renversement détaille le raisonnement ; ici, on s'en tient au gerbeur accompagnant. La fiche R485 stabilité, renversement et basculement traite l'angle « technologie » du même thème de physique. La fiche causes d'accident et position du conducteur complète la suite des risques d'exploitation.

Renversement et basculement : les facteurs de la R.485A

Le référentiel distingue deux scénarios pour l'engin, plus un troisième pour la charge (R.485A, annexe 2, F, p. 21) :

Facteurs cités par la R.485A (annexe 2, F, p. 21), avec la règle de conduite associée dans les brochures INRS.
RisqueFacteurs citésCe que l'on en retient
Renversement latéral du gerbeur Dévers, sol en mauvais état, translation charge haute, vitesse excessive en courbe Circuler fourche basse, virages lents, sol dégagé. Le texte INRS prévoit de garder la fourche à environ 15 cm du sol en transport (ED 766, § 3.6).
Basculement vers l'avant Pente, surcharge, translation charge haute Ne jamais dépasser la capacité de la plaque ; elle diminue quand le centre de gravité s'éloigne des bras de fourche et quand la hauteur d'élévation augmente (ED 766, § 2.3 et 2.5).
Renversement de la charge au sol ou sur un piéton Charge mal équilibrée, mal positionnée, chute lors de la dépose Charge équilibrée, stable, voire amarrée ; dosseret de charge si la hauteur d'élévation dépasse 1,80 m (ED 766, § 2.2.1 et 2.5).

Deux compléments utiles pour répondre sans se tromper :

  • La charge se prépare avant de rouler. L'INRS demande de s'assurer, à la préhension, que la charge est équilibrée et stable, d'engager les bras de fourche à fond sous la charge, de lever légèrement et d'incliner aussitôt le mât en arrière ; lever une charge mal équilibrée ou avec un seul bras de fourche est interdit (ED 766, § 2.5 et 3.9).
  • Personne dans le contrepoids ni sur le châssis. Il est interdit d'augmenter la valeur du contrepoids pour lever plus, en ajoutant un poids ou en faisant monter quelqu'un à l'arrière (ED 766, § 2.5 et 3.9). Sur un gerbeur mené à pied, il est aussi interdit de se faire transporter (ED 766, § 3.4).
Schéma : gerbeur mené à pied, charge levée haute, centre de gravité et sens de basculement basculement vers l'avant si le centre de gravité passe l'axe des roues timon charge levée : centre de gravité haut et en avant
Schéma de principe, sans échelle. Plus la charge est haute et éloignée du tablier, plus le gerbeur est proche du basculement. La capacité réelle se lit toujours sur la plaque de l'engin.

La ruine d'un palettier : trois causes écrites au référentiel

La R.485A cite explicitement la « ruine de tout ou partie d'un palettier » avec trois facteurs : la surcharge de lisse, la détérioration d'échelle et le soulèvement de lisse dû à l'absence de clavette (annexe 2, F, p. 21). Elle cite aussi la chute de la charge lors de la dépose, par mauvais positionnement sur les lisses. Les brochures INRS permettent de comprendre chacun de ces facteurs.

Schéma : échelle, lisses, verrou de sécurité et plaque de charge d'un palettier charge max par niveau (lue au poste) échelle lisse verrou de sécurité (clavette) pieds : calage, ancrage, protection
Schéma de principe d'une travée de palettier. La charge admissible est celle de l'installation, pas celle du gerbeur.

Surcharge de lisse

La surcharge est une cause d'accident reconnue : l'INRS cite le sous-dimensionnement, la surcharge accidentelle et la modification de l'installation sans validation du fournisseur (ED 771, § 3.1). Pour le cariste, la règle est simple : il ne faut pas stocker de charges supérieures à celles stipulées dans la notice d'instructions et transcrites sur la plaque de charge. La charge maximale admissible par emplacement ou par niveau doit être apposée à chaque entrée de rangée, lisible depuis le poste de conduite, et le conducteur doit la prendre en compte et la respecter (ED 771, § 3.2.8, 4.2.3 et 4.2.4). Un gerbeur peut très bien lever une palette qu'un niveau de palettier n'a pas le droit de recevoir : les deux capacités sont indépendantes.

La palette se pose centrée en profondeur sur les lisses, pour répartir la charge sur chacune d'elles (ED 771, § 4.2.6). Une palette mal positionnée est à la fois une cause de chute de charge et une charge mal répartie.

Échelle détériorée

Les chocs provoqués par les engins de manutention contre la structure comptent parmi les causes principales : ils entraînent le décrochage des lisses et des entretoises sous l'effet d'efforts anormaux, et des déformations permanentes (ED 771, § 3.1). Le conducteur est le premier à voir l'échelle heurtée. Après tout choc, l'INRS demande une vérification de la verticalité des échelles, souvent déplacées de leur aplomb, et le remplacement de tout élément déformé ; il proscrit les redressages et les ajouts par soudure, sauf accord écrit du constructeur (ED 771, § 4.2.9). Cette vérification et la vérification périodique approfondie, au moins annuelle, relèvent de l'employeur et d'une personne compétente. Le conducteur, lui, ne « répare » pas : il signale.

La surveillance permanente vise des anomalies visibles à l'œil : éléments déformés, défauts de verticalité, affaissement du sol, verrous de sécurité manquants, absence des fixations de pieds, charges détériorées (ED 771, § 4.2.9). Au test pratique, la R.485A note d'ailleurs « s'assurer du bon état du palettier et de son adéquation aux charges » sur 3 points (grille de stockage et déstockage à tous les niveaux d'un palettier, p. 29).

Absence de clavette

La « clavette » du référentiel est le verrou de sécurité de la liaison lisse / montant. Pour éviter le décrochement des lisses et des entretoises de leur point d'attache, l'INRS préconise des verrous de sécurité qui ne peuvent pas être neutralisés par inadvertance, et chaque liaison lisse / montant doit en être munie (ED 771, § 3.2.6 et 3.2.7). Sans verrou, la lisse n'est plus retenue sur son point d'attache : le référentiel parle de « soulèvement de lisse ». Le conducteur contribue à la prévention en déposant lentement la charge et en dégageant la fourche en l'abaissant légèrement, comme le décrit l'ED 766 pour la pose en palettier (§ 3.6.2), et en signalant tout verrou manquant.

Gerber en palettier : l'ordre des gestes

L'ED 766 décrit la séquence : prendre la charge au sol, l'élever à 15 cm, incliner le mât au maximum vers l'arrière pour transporter, arrêter le chariot devant le palettier, redresser le mât à la verticale, élever la charge en contrôlant l'horizontalité au passage à hauteur des yeux, avancer lentement quand la palette se trouve au-dessus du plan de pose, freiner, déposer lentement, puis dégager la fourche en l'abaissant légèrement. À la reprise, on pénètre dans la palette mât vertical, on soulève, on recule après avoir regardé derrière, on incline le mât en arrière et on descend la charge à 15 cm du sol avant de la transporter (§ 3.6.2).

Autour du palettier, l'INRS interdit aux piétons l'accès aux allées de service (ED 771, § 4.2.8). Les bonnes pratiques d'utilisation, d'exploitation et de maintenance de l'installation sont détaillées dans la brochure ED 771 « Les rayonnages métalliques ».

Transport et élévation de personnes : interdit, sauf équipement prévu

Le principe est écrit dans le Code du travail : le levage de personnes n'est permis qu'avec un équipement de travail et des accessoires prévus à cette fin (art. R4323-31). L'INRS le décline en interdictions pour le cariste : il est interdit d'élever des personnes avec des chariots non spécialement conçus à cet effet et de transporter des personnes sur des chariots non spécialement aménagés à cet effet (ED 766, § 3.8 et 3.9). Sur un gerbeur mené à pied, la règle est plus directe encore : ne pas se faire transporter sur le chariot (ED 766, § 3.4).

Ce n'est pas une règle théorique. Parmi les circonstances d'accidents recensées par l'enquête de la Cnam rapportée par l'INRS figure la chute de hauteur d'un opérateur monté sur la fourche, et parmi les causes l'utilisation de la fourche pour lever des personnes (ED 766, annexe).

Les « applications autorisées » que le test peut interroger

Le référentiel demande de savoir justifier les applications autorisées. Le Code du travail prévoit deux dérogations à l'article R4323-31 pour un équipement non prévu pour le levage de personnes (art. R4323-32) :

  • pour accéder à un poste de travail ou exécuter un travail, lorsque l'utilisation d'un équipement spécialement conçu est techniquement impossible ou expose les personnes à un risque plus important lié à l'environnement de travail ; un arrêté conjoint fixe alors les spécifications des équipements et leurs conditions d'utilisation ;
  • en cas d'urgence, lorsque l'évacuation des personnes le nécessite.

Ces dérogations sont strictes et ne s'appliquent pas à la commodité d'atteindre un carton en hauteur. L'ED 812 indique d'ailleurs que le levage de personnes est possible avec certains chariots spécialement équipés (poste de conduite élevable, bras télescopiques équipés pour le levage de personnes), pas avec un gerbeur ordinaire ; les entreprises devraient s'orienter vers des appareils de levage de personnes (§ 3.4). Pour atteindre un article en rayonnage, la bonne réponse est le moyen d'accès conçu pour cela, jamais la fourche, même « à peine surélevée ».

Les pièges du test

  • Confondre les capacités. La capacité de la plaque du gerbeur n'est pas la charge admissible du niveau de palettier : il faut respecter la plus faible des deux.
  • Penser que le gerbeur accompagnant ne se renverse pas. La R.485A cite le renversement latéral (dévers, sol en mauvais état, vitesse en courbe) et le basculement avant parmi les risques de l'engin.
  • « On peut monter une seule fois, pour dépanner. » Le Code du travail ne prévoit pas cette exception : seules les deux dérogations de l'article R4323-32 existent.
  • Réparer l'échelle soi-même. Redressage et soudure sont proscrits sauf accord écrit du constructeur ; le conducteur signale l'anomalie selon la consigne de l'entreprise.

Questions fréquentes

Quelles causes de ruine d'un palettier faut-il connaître au CACES R485 ?

La R.485A cite la surcharge de lisse, la détérioration d'échelle et le soulèvement de lisse dû à l'absence de clavette. L'INRS ajoute les chocs d'engins de manutention contre la structure (ED 771, § 3.1).

Peut-on monter sur les bras de fourche pour atteindre un article ?

Non. Le levage de personnes n'est permis qu'avec un équipement et des accessoires prévus à cette fin (R4323-31). L'INRS interdit d'élever des personnes avec un chariot non conçu à cet effet (ED 766, § 3.9).

Comment un gerbeur à conducteur accompagnant peut-il basculer vers l'avant ?

Pente, surcharge et translation charge haute (R.485A, p. 21). La capacité baisse quand le centre de gravité de la charge s'éloigne des bras de fourche et quand la hauteur d'élévation augmente (ED 766, § 2.3).

Où lire la charge maximale admissible d'un palettier ?

À l'entrée de chaque rangée, par emplacement ou par niveau, lisible depuis le poste de conduite (ED 771, § 3.2.8). Le conducteur doit la respecter (§ 4.2.4).

S'entraîner sur ce thème

Sources : recommandation R.485A de l'Assurance Maladie, 2e édition, mai 2026 (annexe 2, rubrique F, p. 21 ; barème du test théorique, p. 27 ; grille pratique de stockage en palettier, p. 29) ; INRS ED 766, Chariots automoteurs de manutention, manuel de conduite, 4e édition, avril 2019 (§ 2.2.1, 2.3, 2.5, 3.4, 3.6.2, 3.8, 3.9, annexe) ; INRS ED 812, Chariots automoteurs de manutention, choix et utilisation, 2e édition (§ 3.4) ; INRS ED 771, Les rayonnages métalliques, 3e édition, septembre 2017 (§ 3.1, 3.2.6 à 3.2.8, 4.2.3, 4.2.4, 4.2.6, 4.2.8, 4.2.9) ; Code du travail, articles R4323-31 et R4323-32 (Légifrance) ; INRS. Vérifié le 23 octobre 2026. Notre méthode · Tout sur le CACES R485.