Article L4741-2 · En vigueur

Article L4741-2 — Amendes du délégataire mises à la charge de l'employeur

L'article L4741-2 permet au juge de mettre tout ou partie des amendes prononcées contre un délégataire à la charge de l'employeur, lorsque l'infraction santé-sécurité a provoqué la mort ou des blessures et que l'employeur a été cité à l'audience.

Ce que dit l'article L4741-2

Texte officiel en vigueur depuis le 11/07/2025 :

Lorsqu'une des infractions énumérées à l'article L. 4741-1, qui a provoqué la mort ou des blessures dans les conditions définies aux articles 221-6, 221-6-1, 221-18 à 221-20 et 222-19 à 222-20-1 du code pénal ou, involontairement, des blessures, coups ou maladies n'entraînant pas une incapacité totale de travail personnelle supérieure à trois mois, a été commise par un délégataire, la juridiction peut, compte tenu des circonstances de fait et des conditions de travail de l'intéressé, décider que le paiement des amendes prononcées sera mis, en totalité ou en partie, à la charge de l'employeur si celui-ci a été cité à l'audience.

Source : Légifrance

Nature
Partie législative
Partie IV
Santé et sécurité au travail
Livre
Livre VII — Contrôle
Titre
Titre IV — Dispositions pénales
Chapitre
Chapitre Ier — Infractions aux règles de santé et de sécurité

Déléguer ses pouvoirs en matière de sécurité ne met pas l'employeur à l'abri. L'article L4741-2 permet au juge de mettre tout ou partie des amendes prononcées contre le délégataire à la charge de l'employeur, lorsque l'infraction a provoqué la mort ou des blessures — à condition que l'employeur ait été cité à l'audience.

En clair, qu'est-ce que ça veut dire ?

La délégation de pouvoirs est une pratique courante : le chef d'entreprise confie à un directeur de site, un responsable de production ou un chef de chantier la charge d'appliquer la réglementation santé-sécurité. Lorsque cela est régulièrement fait, c'est le délégataire qui répond pénalement de l'infraction. L'article L4741-2 organise le retour de responsabilité vers l'employeur.

Le mécanisme suppose la réunion de quatre éléments.

ConditionContenu
1. Une infraction visée L'une des infractions énumérées à l'article L4741-1
2. Un dommage corporel L'infraction a provoqué la mort ou des blessures dans les conditions définies par les articles du code pénal que le texte énumère, ou, involontairement, des blessures, coups ou maladies n'entraînant pas une incapacité totale de travail supérieure à trois mois
3. Un délégataire L'infraction a été commise par un délégataire, et non par l'employeur lui-même
4. Une citation à l'audience L'employeur doit avoir été cité à l'audience — sans cette citation, le transfert est impossible

Réunies, ces conditions ouvrent une faculté pour la juridiction, non une automaticité : elle « peut » décider, compte tenu des circonstances de fait et des conditions de travail de l'intéressé, que le paiement des amendes sera mis en totalité ou en partie à la charge de l'employeur.

Le critère décisif : les conditions de travail du délégataire

Le juge apprécie « les circonstances de fait et les conditions de travail de l'intéressé ». Autrement dit : le délégataire avait-il réellement les moyens, l'autorité et le budget d'exercer sa délégation ? Une délégation sur le papier, sans moyens, ramène la charge vers celui qui les détenait. C'est le cœur du contentieux de la délégation de pouvoirs.

Qui est concerné ?

  • Les employeurs et dirigeants qui ont mis en place une délégation de pouvoirs en matière de santé et sécurité ;
  • les délégataires : directeurs de site, responsables de production, chefs de chantier, responsables QHSE investis d'une délégation ;
  • les entreprises multi-sites, où la délégation est structurellement nécessaire ;
  • les victimes et leurs ayants droit, ainsi que les élus du CSE parties prenantes après un accident grave ;
  • les groupes industriels, où l'articulation entre siège et établissements est déterminante.

Ce que cela implique en pratique

Trois enseignements pour les entreprises.

Une délégation ne se décrète pas, elle s'équipe. Pour être efficace, elle suppose un périmètre écrit et précis, une compétence réelle du délégataire, et surtout des moyens — autorité hiérarchique, budget, capacité d'arrêter une production. C'est exactement ce que le juge examine au titre des « conditions de travail de l'intéressé ».

La citation à l'audience est le verrou procédural. L'employeur qui n'a pas été cité ne peut pas se voir imposer le paiement. Symétriquement, c'est un point que les parties civiles et le ministère public surveillent après un accident grave.

Le fond du dossier reste l'organisation de la prévention. La délégation ne déplace pas l'obligation de sécurité de l'article L4121-1 : évaluation des risques via le DUERP, principes généraux de prévention de l'article L4121-2, formation à la sécurité de l'article L4141-1. Notre générateur de DUERP et notre générateur de plan de prévention aident à tracer cette organisation, y compris le périmètre confié à chaque délégataire.

Une version récente, alignée sur le code pénal

La version en vigueur depuis le 11 juillet 2025 actualise les renvois au code pénal : outre les articles 221-6, 221-6-1 et 222-19 à 222-20-1, le texte vise désormais les articles 221-18 à 221-20. Ces renvois délimitent les atteintes involontaires à la vie et à l'intégrité couvertes par le mécanisme.

La portée pratique reste identique : le champ visé couvre les accidents mortels, les blessures graves et — c'est un point souvent mal lu — les blessures ou maladies n'entraînant pas une incapacité totale de travail supérieure à trois mois. Le dispositif ne se limite donc pas aux accidents les plus lourds.

Risques en cas de non-respect

L'article L4741-2 n'énonce pas une obligation à respecter : il organise une conséquence. Le risque, pour l'employeur, est de découvrir après un accident que sa délégation ne le protège pas.

  • Le paiement des amendes peut lui être imposé en totalité ou en partie, alors que la condamnation vise le délégataire ;
  • Les sanctions de l'article L4741-1 continuent de s'appliquer par ailleurs, l'amende étant appliquée autant de fois qu'il y a de travailleurs concernés ;
  • La faute inexcusable se joue sur un autre terrain, celui de la responsabilité civile, où l'organisation défaillante de la prévention pèse directement au regard de l'article L4121-1.

Pour le délégataire, la lecture est inverse : accepter une délégation sans moyens l'expose personnellement, la faculté ouverte au juge de reporter la charge sur l'employeur n'étant qu'une possibilité, appréciée au cas par cas.

À titre informatif : la validité d'une délégation de pouvoirs et l'étendue de la responsabilité pénale s'apprécient au cas par cas. Si une procédure est engagée, faites-vous assister sans délai par un avocat ; pour sécuriser une délégation en amont, faites-la auditer par un professionnel du droit social.

Articles connexes du Code du travail

L'article L4741-2 se lit en lien avec :

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Cas pratiques

Cas n°1 — Un accident mortel sur un site délégué

Un accident mortel survient sur un établissement dont la direction bénéficie d'une délégation de pouvoirs en matière de sécurité. Le délégataire est poursuivi. L'employeur ayant été cité à l'audience, la juridiction peut décider de mettre à sa charge tout ou partie des amendes prononcées, au vu des circonstances de fait et des conditions de travail du délégataire.

Cas n°2 — Une délégation sans budget

Le délégataire établit qu'il n'avait ni budget d'investissement ni autorité pour arrêter la ligne de production. Ce sont précisément les « conditions de travail de l'intéressé » que le juge apprécie : une délégation formelle, dépourvue de moyens, favorise le report de la charge des amendes sur l'employeur.

Cas n°3 — L'employeur non cité à l'audience

La procédure ne vise que le délégataire et l'employeur n'a pas été cité. Le texte subordonne expressément le transfert à cette citation : les amendes restent à la charge du seul délégataire.

Cas n°4 — Des blessures légères

L'accident a causé des blessures n'entraînant pas d'incapacité totale de travail supérieure à trois mois. Le mécanisme s'applique malgré tout : le texte vise expressément cette hypothèse, et ne se limite donc pas aux accidents les plus graves.

Cas n°5 — Une infraction sans dommage corporel

Un contrôle relève une infraction aux règles de sécurité, sans accident. L'article L4741-2 exige que l'infraction ait provoqué la mort ou des blessures : le mécanisme ne joue pas, mais les sanctions de l'article L4741-1 demeurent applicables.

Cas n°6 — Un partage entre employeur et délégataire

La juridiction estime la délégation réelle mais l'organisation générale de la prévention insuffisante. Le texte lui permet de mettre les amendes à la charge de l'employeur « en totalité ou en partie » : un partage est possible, il n'y a pas de tout ou rien.

Questions fréquentes

Pas totalement. L'article L4741-2 permet à la juridiction de décider que le paiement des amendes prononcées contre le délégataire sera mis, en totalité ou en partie, à la charge de l'employeur, si celui-ci a été cité à l'audience.

Lorsqu'une des infractions énumérées à l'article L4741-1 a provoqué la mort ou des blessures dans les conditions définies par les articles du code pénal visés, ou, involontairement, des blessures, coups ou maladies n'entraînant pas une incapacité totale de travail supérieure à trois mois, et qu'elle a été commise par un délégataire.

Non. Le texte ouvre une faculté : la juridiction « peut » décider ce transfert, compte tenu des circonstances de fait et des conditions de travail de l'intéressé. Elle peut aussi le limiter à une partie des amendes.

Les circonstances de fait et les conditions de travail du délégataire, c'est-à-dire concrètement s'il disposait des moyens, de l'autorité et du budget nécessaires pour exercer réellement sa délégation. Une délégation formelle sans moyens favorise le report de la charge sur l'employeur.

Le transfert est impossible. Le texte subordonne expressément la mise à la charge des amendes à la citation de l'employeur à l'audience.

Non. Il exige que l'infraction ait provoqué la mort ou des blessures. En l'absence de dommage corporel, seules les sanctions de l'article L4741-1 sont applicables.

Elle actualise les renvois au code pénal, en visant désormais également les articles 221-18 à 221-20 aux côtés des articles 221-6, 221-6-1 et 222-19 à 222-20-1. La portée pratique du mécanisme reste identique.
Cet article a une vocation pédagogique. Pour toute application concrète à votre situation, référez-vous au texte officiel sur Légifrance et, si nécessaire, consultez un professionnel du droit social.
Page mise à jour le 30/07/2026.