4.1 Ce que dit le Code du travail : installations, vérifications et surveillance
La sécurité électrique n'est pas qu'une affaire de bon sens : le Code du travail impose des obligations précises à ceux qui conçoivent, utilisent, vérifient et font intervenir sur les installations. Ce chapitre vous dit qui doit quoi, et quel rôle chacun joue au quotidien.
Les quatre volets du Code du travail sur le risque électrique
Conception
Articles R4215-1 à R4215-17 : règles que doit respecter le maître d'ouvrage pour concevoir et réaliser les installations.
Utilisation
Articles R4226-1 à R4226-13 : maintien en conformité, surveillance, maintenance, locaux à risques.
Vérifications
Articles R4226-14 à R4226-21 : vérification initiale, périodique, sur demande de l'inspection du travail.
Opérations
Articles R4544-1 à R4544-11 : formation, habilitation, travaux hors tension, voisinage, sous tension.
Qui fixe les règles : le Code du travail, les arrêtés et les normes
La réglementation relative à la prévention du risque électrique figure dans le Code du travail. Ces règles s'imposent aux maîtres d'ouvrage pour la conception et la réalisation des installations, et aux employeurs qui utilisent ces installations, en assurant les vérifications et en effectuant des opérations sur ou à proximité de ces installations. Elles visent aussi bien les installations permanentes que temporaires (chantiers, cirques, lieux d'expositions ou de spectacle, marchés, stands de champs de foire).
Le Code du travail fixe des objectifs et renvoie à des arrêtés pour l'application pratique. Les normes, élaborées et diffusées en France par l'AFNOR, en sont le complément technique et pratique, et constituent « la meilleure expression des règles de l'art à un instant donné » (INRS). Le respect des normes d'installation publiées par l'AFNOR, et des guides associés, confère à l'installation une présomption de conformité aux prescriptions réglementaires ; pour le matériel, les normes européennes harmonisées donnent présomption de conformité aux textes européens, dont la directive « Basse tension ».
Les installations électriques peuvent aussi relever d'autres textes que ceux du ministère du Travail : le ministère de l'Intérieur pour les établissements recevant du public (ERP) et les immeubles de grande hauteur (IGH), le ministère chargé de l'Environnement pour les installations classées (ICPE).
Le poids du risque : ce que disent les statistiques
La brochure INRS ED 6127 donne des chiffres sur les années 2014 à 2018 (régime général de l'Assurance maladie) :
660
accidents du travail d'origine électrique par an en moyenne, soit 0,10 % du total
0,43 %
de ces accidents sont mortels, contre 0,08 % pour l'ensemble des risques
6,6 %
sont graves (incapacité permanente), contre 5,5 % pour l'ensemble des risques
Le nombre d'accidents est faible, leur gravité ne l'est pas. L'INRS observe que bien des accidents surviennent sur des installations restées sous tension ou non complètement consignées, et que, le plus souvent, une meilleure préparation du travail aurait permis la mise hors tension complète de la zone concernée.
Les obligations de l'employeur qui utilise une installation
L'INRS résume ce que doit respecter l'employeur qui utilise des installations électriques sur les lieux de travail :
- maintenir l'installation en conformité avec les dispositions constructives applicables à la date de sa mise en service (article R4226-5) ;
- assurer la surveillance et la maintenance de l'installation ;
- appliquer les mesures propres aux locaux ou emplacements à risques spécifiques : incendie, explosion, choc électrique ;
- respecter les règles des installations de soudage électrique ;
- encadrer l'utilisation et le raccordement des appareils électriques amovibles ;
- assurer l'éclairage de sécurité (conception, mise en œuvre, exploitation, maintenance).
Lorsque l'employeur réalise une installation nouvelle ou en modifie une existante, il respecte les règles applicables aux maîtres d'ouvrage, et ces opérations doivent être réalisées par des professionnels qualifiés.
Les vérifications : initiale, périodique, à la demande de l'inspection
L'employeur est tenu de vérifier ou de faire vérifier les installations qu'il utilise. L'INRS distingue trois types de vérifications pour les installations permanentes :
| Vérification | Quand | Qui | Objectif |
|---|---|---|---|
| Initiale | À la mise en service et après une modification de structure (par exemple, augmentation de la puissance du transformateur principal, création d'un atelier) | Organisme accrédité | Conformité aux prescriptions réglementaires de sécurité |
| Périodique | Périodiquement : tous les ans, ou tous les deux ans sous conditions fixées par l'arrêté du 26 décembre 2011 | Organisme accrédité ou personne qualifiée appartenant à l'entreprise | Maintien de la conformité aux règles de santé et de sécurité |
| Sur demande de l'inspection du travail | Quand l'inspection le demande | Organisme accrédité | Conformité de tout ou partie de l'installation |
Pour les installations temporaires (chantiers, foires…), la première vérification, la vérification complémentaire et la vérification périodique annuelle sont réalisées par un organisme accrédité ou une personne qualifiée.
L'accréditation est la procédure par laquelle un organisme faisant autorité (le Cofrac en France) reconnaît formellement qu'un organisme ou une personne est compétent pour effectuer des tâches spécifiques. La personne qualifiée interne doit posséder une formation juridique, technique, professionnelle et en santé et sécurité, pratiquer régulièrement la vérification et savoir rédiger les rapports ; il est préférable qu'elle ne soit pas l'utilisateur habituel de l'installation, qui pourrait s'être adapté à un fonctionnement dégradé.
Ce que contrôle une vérification
Les vérifications portent d'abord sur les points qui permettent de faire cesser sans délai les risques relevés lors de la surveillance, puis sur :
Le contenu détaillé et les méthodes font l'objet d'un arrêté du ministre du Travail. Les résultats des vérifications, et les justifications des travaux faits pour remédier aux défectuosités constatées, sont consignés sur un registre auquel les rapports d'un organisme accrédité sont annexés (article R4226-19).
La surveillance au quotidien : le rôle de chacun
L'INRS insiste pour ne pas confondre la surveillance des installations, aussi fréquente que de besoin, avec les vérifications, périodiques. La surveillance est assurée par une personne désignée par le chef d'établissement, qui n'a pas besoin d'une qualification en électricité. Sa mission est de s'assurer que les conducteurs et pièces normalement sous tension restent hors de portée, que les conducteurs souples et leurs raccordements sont en bon état, que la signalisation des défauts d'isolement fonctionne et que le matériel est propre.
Les signaux que n'importe quel travailleur peut repérer, et qu'il doit remonter à cette personne :
- l'odeur caractéristique d'isolants surchauffés ;
- des grésillements à l'extérieur ou à l'intérieur d'un appareil ;
- une prise qui chauffe au toucher (mauvais contact, surcharge) ;
- des câbles souples dont la gaine est abîmée ou réparée sommairement ;
- des prises, interrupteurs ou autres éléments en mauvais état.
Les documents qui prouvent que l'installation est suivie
Quatre documents reviennent dans les textes ; savoir lesquels existent dans votre entreprise est un premier réflexe de prévention.
Dossier technique
Prévu par l'article R4215-2 ; l'employeur le complète et le met à jour lors d'adjonctions ou de modifications de structure (article R4226-6).
Registre des vérifications
Y sont consignés les résultats des vérifications et les justifications des travaux faits pour remédier aux défectuosités ; les rapports d'un organisme accrédité y sont annexés (article R4226-19).
Titre d'habilitation et carnet de prescriptions
Remis par l'employeur à chaque travailleur habilité (article R4544-10).
Rapports de vérification
Établis par l'organisme accrédité ou la personne qualifiée : leur contenu est fixé par arrêté.
Ces documents ne vous sont pas demandés pour travailler, mais ils existent pour que la sécurité soit traçable. En cas de doute, la personne chargée de la surveillance sait où les trouver.
Surveillance ou vérification : à ne pas confondre
La surveillance
- Aussi fréquente que nécessaire
- Assurée par une personne désignée par le chef d'établissement, sans qualification électrique requise
- Repère les signes visibles : odeur, bruit, chaleur, câbles abîmés
La vérification
- Initiale, périodique ou sur demande de l'inspection du travail
- Réalisée par un organisme accrédité ou une personne qualifiée
- Contrôle la conformité, la terre, les différentiels, l'identification des circuits
Sources
- INRS, ED 6345 « L'électricité » (novembre 2019) — inrs.fr, § 4.1, 4.2 et 4.5 (réglementation, utilisation, surveillance et vérification des installations)
- INRS, ED 6127 « L'habilitation électrique » (3e édition, décembre 2020) — inrs.fr, § 1.1 (accidents du travail d'origine électrique, années 2014 à 2018)
- Code du travail, articles R4215-1 à R4215-17, R4226-1 à R4226-21 et R4544-1 à R4544-11 — Légifrance
- Arrêté du 26 décembre 2011 relatif aux vérifications des installations électriques (périodicité et contenu des vérifications)
À retenir
- Le Code du travail vise quatre volets : conception, utilisation, vérifications, opérations.
- Le respect des normes publiées par l'AFNOR confère une présomption de conformité aux règles du Code du travail.
- Vérification initiale par un organisme accrédité ; périodique tous les ans ou tous les deux ans sous conditions, par un organisme accrédité ou une personne qualifiée.
- Chaque année en moyenne (2014-2018) : 660 accidents du travail d'origine électrique, dont 0,43 % mortels contre 0,08 % tous risques.
- La surveillance (au quotidien, personne désignée) n'est pas la vérification (périodique, organisme accrédité ou personne qualifiée).
- Une anomalie se signale à la personne chargée de la surveillance : on ne la répare pas soi-même.
Ressources liées
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