Document Unique d'Évaluation des Risques Professionnels

Module 3 : Les grandes familles de risques professionnels

Sommaire complet de la formation
Module 3 : Familles de risques 22 min de lecture

3.1 Risques physiques (TMS, bruit, chutes, manutention)

Les risques physiques concentrent la majorité des accidents du travail et des maladies professionnelles indemnisées en France. Identifier chaque famille (TMS, bruit, chutes, vibrations, ambiances) avec son article et sa valeur seuil est la base de la cotation DUERP.

Les valeurs seuils à inscrire au DUERP
Bruit — valeur limite
87 dB(A)
protection auditive comprise (R4431-2)
Bruit — déclenchement
80 / 85
dB(A) sur 8 h, sans les EPI
Port de charges
55 kg
au-delà : avis médical, max 105 kg
Vibrations main-bras
5 m/s²
action 2,5 m/s² — A(8)
Vibrations corps entier
1,15 m/s²
action 0,5 m/s² — A(8)
Rayonnements ionisants
20 mSv
par an, 12 mois consécutifs
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TMS : la première cause de maladies professionnelles

Les Troubles Musculo-Squelettiques (TMS) représentent près de 90 % des maladies professionnelles reconnues au régime général selon le rapport annuel 2024 de l'Assurance Maladie – Risques professionnels, et ils continuent de progresser (+ 6,6 % sur l'année). Les tableaux de maladies professionnelles concernés sont principalement le tableau 57 (affections périarticulaires provoquées par certains gestes et postures — de loin le plus fourni), le tableau 69 (affections provoquées par les vibrations et chocs transmis aux membres supérieurs), le tableau 97 (affections chroniques du rachis lombaire provoquées par les vibrations) et le tableau 98 (affections chroniques du rachis lombaire provoquées par la manutention manuelle de charges lourdes).

Le cadre juridique des manutentions manuelles est posé par les articles R4541-1 à R4541-10 du Code du travail, transposant la directive 90/269/CEE. La définition légale : « toute opération de transport ou de soutien d'une charge, dont le levage, la pose, la poussée, la traction, le port ou le déplacement, qui exige l'effort physique d'un ou plusieurs travailleurs » (article R4541-2).

Deux référentiels coexistent ici, et il faut absolument éviter de les mélanger — c'est l'erreur la plus fréquente sur le sujet.

Le Code du travail, d'abord. L'article R4541-9 pose des limites hautes, et seulement lorsque la manutention manuelle n'a pas pu être évitée :

  • Un travailleur ne peut porter de façon habituelle des charges supérieures à 55 kg qu'à la condition d'y avoir été reconnu apte par le médecin du travail, sans que ces charges puissent dépasser 105 kg.
  • Les femmes ne sont pas autorisées à porter des charges supérieures à 25 kg, ni à transporter des charges supérieures à 40 kg à l'aide d'une brouette, brouette comprise.

Ces valeurs sont des plafonds réglementaires, pas des recommandations ergonomiques : porter 50 kg est légal et reste une très mauvaise idée. Le texte reste par ailleurs genré, ce qui n'est plus le cas des référentiels techniques.

La norme NF X35-109, ensuite, dans sa version révisée de 2011, qui n'est plus genrée : elle retient une valeur maximale acceptable de 15 kg sous conditions, une valeur maximale sous contrainte de 25 kg, et un tonnage journalier de référence de 7,5 tonnes par jour pour une durée de travail de huit heures. C'est ce référentiel-là qu'on utilise pour évaluer un poste, pas les 55 kg du Code du travail.

La méthode NIOSH, enfin, calcule un Recommended Weight Limit à partir de six facteurs : distance horizontale de la charge, hauteur de prise, déplacement vertical, angle de torsion, fréquence et qualité de la prise. L'indice de levage (poids réel / RWL) doit rester inférieur à 1 ; au-delà, le poste est à reconcevoir. C'est l'outil le plus adapté pour objectiver une situation de manutention répétitive dans le DUERP.

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Bruit : VLEP 87 dB(A) et seuils d'action

Le risque bruit est régi par les articles R4431-1 et suivants du Code du travail, transposant la directive 2003/10/CE. L'article R4431-2 définit trois niveaux de référence, exprimés en niveau d'exposition quotidienne sur 8 heures (Lex,8h) et en niveau de pression acoustique de crête :

SeuilValeur 8hPic crêteObligations employeur
Valeur d'exposition inférieure de déclenchement80 dB(A)135 dB(C)Information et formation, mise à disposition des protecteurs auditifs, examen audiométrique proposé
Valeur d'exposition supérieure de déclenchement85 dB(A)137 dB(C)Port des protecteurs obligatoire, signalisation et limitation d'accès des zones, programme de réduction du bruit
Valeur limite d'exposition87 dB(A)140 dB(C)À ne jamais dépasser
La différence qui change tout : les deux valeurs de déclenchement (80 et 85) s'apprécient sans tenir compte des protecteurs auditifs, alors que la valeur limite de 87 dB(A) s'apprécie protection auditive comprise. Confondre les deux conduit à croire qu'un poste à 95 dB(A) équipé de bouchons est « hors obligation » : il reste au-dessus de 85, donc port obligatoire, zone signalée et programme de réduction du bruit.

Pour ordre d'idées : une conversation normale se situe autour de 60 dB(A), une perceuse autour de 95, un marteau-piqueur autour de 105. Chaque + 3 dB double l'énergie sonore reçue : à niveau constant, diviser par deux la durée d'exposition fait gagner 3 dB sur la dose quotidienne.

La surdité professionnelle figure au tableau 42 des maladies professionnelles du régime général. Elle est irréversible : les cellules ciliées de la cochlée ne se régénèrent pas. Mesures préventives par ordre de priorité : agir sur le procédé, encoffrer la source, traiter acoustiquement le local, éloigner les postes — et seulement ensuite équiper, en choisissant une atténuation adaptée au niveau réel, ni insuffisante ni excessive (une sur-protection isole l'opérateur des signaux d'alerte).

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Chutes de plain-pied et de hauteur

Les chutes — de plain-pied et de hauteur — comptent parmi les premières causes d'accidents du travail avec arrêt, et les chutes de hauteur parmi les premières causes d'accidents mortels, tout particulièrement dans le BTP. Le cadre juridique : articles R4323-58 et suivants pour le travail en hauteur, R4224-3 pour les sols et passages.

Chutes de plain-pied : sol glissant (huile, eau, poussière), encombré, irrégulier, dénivelé non signalé, éclairage insuffisant, chaussure inadaptée. Elles sont banalisées et souvent absentes des DUERP alors qu'elles produisent des arrêts longs (entorses, fractures du poignet). Prévention : traitement du revêtement, plan de nettoyage et de traitement des fuites, marquage au sol des dénivelés, éclairage, chaussures adaptées au risque réel du poste.

Chutes de hauteur : l'article R4323-58 impose la priorité aux équipements de protection collective. Le Code du travail ne fixe aucune hauteur minimale à partir de laquelle la protection deviendrait obligatoire : le risque s'apprécie au cas par cas, et des accidents graves surviennent à moins d'un mètre. La règle pour le DUERP est donc simple — tout poste exposant à une chute de hauteur est coté et fait l'objet d'une mesure, sans seuil de déclenchement inventé.

  • Garde-corps (R4323-59) : protection comprise entre 1 m et 1,10 m, plinthe de butée d'au moins 10 à 15 cm, lisse intermédiaire à mi-hauteur — ou tout autre moyen assurant une sécurité équivalente.
  • Systèmes d'arrêt de chute : harnais EN 361, longe avec absorbeur d'énergie EN 355, point d'ancrage EN 795. Le tirant d'air doit être calculé avant toute mise en service : un absorbeur qui se déploie sur une hauteur insuffisante n'arrête rien.
  • Échelles et escabeaux : moyens d'accès, pas postes de travail (R4323-63), sauf impossibilité technique de recourir à un équipement assurant la protection collective.
  • PEMP : conduite soumise à autorisation de l'employeur après formation, recommandation CACES R.486.
Suspension inerte dans le harnais : un opérateur suspendu immobile après une chute est en danger vital à court terme. Aucun poste avec système d'arrêt de chute ne doit être ouvert sans un plan de sauvetage écrit, des moyens de récupération disponibles sur place et un travailleur isolé jamais laissé seul.
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Vibrations corps entier et main-bras

Les vibrations mécaniques sont traitées par les articles R4441-1 et suivants, transposant la directive 2002/44/CE. Deux types d'exposition sont distingués :

  • Vibrations transmises au système main-bras (meuleuses, marteaux-piqueurs, perforateurs) — risque : syndrome de Raynaud d'origine professionnelle (tableau MP n° 69), troubles ostéo-articulaires du coude et du poignet
  • Vibrations transmises à l'ensemble du corps (engins de chantier, chariots, poids lourds) — risque : affections chroniques du rachis lombaire (tableau MP n° 97)

Valeurs de référence, exprimées en exposition quotidienne rapportée à 8 heures — notée A(8) :

TypeValeur d'actionVLEP (à ne pas dépasser)
Main-bras (A(8))2,5 m/s²5 m/s²
Corps entier (A(8))0,5 m/s²1,15 m/s²

Mesures préventives : choisir des équipements à faible niveau vibratoire (mesurage selon ISO 5349 pour le système main-bras, ISO 2631 pour le corps entier), entretenir les organes amortisseurs et les sièges suspendus, réduire les vitesses et améliorer l'état des sols de circulation — un sol dégradé est souvent le premier contributeur à l'exposition corps entier —, puis limiter la durée d'exposition continue.

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Ambiances thermiques : chaleur, froid, courants d'air

Les articles R4223-13 à R4223-15 imposent le maintien d'une température adaptée à l'organisme humain dans les locaux fermés, sans la chiffrer : il n'existe pas de « température légale de travail », ni minimale ni maximale. Les fourchettes de confort citées un peu partout (18-22 °C pour un travail de bureau, moins pour un travail physique) sont des repères de confort thermique, pas des obligations.

Ce qui a changé, en revanche, est important et récent. Le décret n° 2025-482 du 27 mai 2025 relatif à la protection des travailleurs contre les risques liés à la chaleur, entré en vigueur le 1er juillet 2025, a créé les articles R4463-1 à R4463-8 du Code du travail. Il pose trois obligations qui touchent directement le DUERP :

  • Évaluer le risque lié à la chaleur — chaleur ambiante, exposition au soleil, pénibilité physique du poste, port d'EPI — et le transcrire dans le DUERP, avec les actions de prévention correspondantes dans la liste d'actions ou le PAPRIPACT.
  • Déclencher des mesures renforcées en épisode de chaleur intense, défini par référence aux niveaux de vigilance jaune, orange ou rouge de Météo-France : adaptation de l'organisation et des horaires, aménagement des postes, pauses, suspension des travaux si nécessaire.
  • Mettre à disposition de l'eau potable et fraîche — au moins trois litres par jour et par travailleur sur les chantiers du BTP — et informer les salariés sur les signes du coup de chaleur et la conduite à tenir.

Une formation ou un DUERP rédigé avant l'été 2025 et qui ne mentionne pas ce décret est périmé sur un point que l'inspection du travail contrôle activement.

Aération et renouvellement d'air : l'article R4222-6 fixe les débits minimaux d'air neuf par occupant en locaux à pollution non spécifique — 25 m³/h en bureaux et locaux sans travail physique, 30 m³/h en locaux de restauration et de vente, 45 m³/h en ateliers et locaux avec travail physique léger, 60 m³/h pour les autres ateliers.

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Rayonnements et éclairage

Rayonnements ionisants (X, gamma, neutrons) — articles R4451-1 et suivants, transposant la directive Euratom 2013/59. Concernent notamment la radiologie médicale, le contrôle non destructif et l'industrie nucléaire. Limite d'exposition d'un travailleur : 20 mSv sur douze mois consécutifs pour le corps entier. Le classement en catégorie A intervient au-delà de 6 mSv d'exposition annuelle susceptible d'être reçue : suivi individuel renforcé et dosimétrie passive complétée d'une dosimétrie opérationnelle en zone contrôlée ; en catégorie B en dessous de ce seuil.

Rayonnements optiques artificiels (laser, UV, IR, soudure à l'arc) — articles R4452-1 à R4452-31. Le soudage à l'arc émet un rayonnement UV intense pouvant provoquer kérato-conjonctivites ("coup d'arc") dès 30 secondes d'exposition sans protection. EPI : masque LBP (filtre à teinte automatique), écran de soudage, lunettes EN 169 / EN 170.

Champs électromagnétiques — articles R4453-1 et suivants (décret 2016-1074). Concernent les opérateurs d'IRM, télécoms, soudage par induction, électrolyse.

Éclairage — l'article R4223-4 fixe des minima réglementaires très bas (de l'ordre de quelques dizaines de lux pour les voies de circulation intérieures, de l'ordre de la centaine pour les locaux de travail), qui suffisent à circuler mais pas à travailler. Les valeurs d'usage, elles, viennent de la norme NF EN 12464-1 et se situent typiquement autour de 300 lux pour un travail de bureau, 500 lux et au-delà pour un travail de précision. Ne présentez jamais les valeurs de la norme comme des obligations du Code du travail : ce sont deux niveaux d'exigence différents, et c'est le second qui évite la fatigue visuelle et les chutes.

Mesure DUERP : mesurage au luxmètre poste par poste, plan d'éclairage par zone, maintenance et remplacement préventif des sources — l'éclairement d'un luminaire décroît bien avant sa panne.

Matrice synthèse : article + valeur seuil + mesure préventive
Manutention
R4541-1 et s.
55 / 105 kg
NF X35-109 : 15 / 25 kg
Bruit
R4431 à R4437
87 dB(A)
Encoffrement + EPI
Chutes hauteur
R4323-58 et s.
1 à 1,10 m
hauteur du garde-corps
Vibrations
R4441-1 et s.
5 / 1,15 m/s²
Sièges suspendus
Chaleur
R4463-1 à R4463-8
Vigilance
décret du 27 mai 2025
Ionisants
R4451-1 et s.
20 mSv/an
Dosimétrie + cat. A/B
À retenir
  • Les TMS représentent près de 90 % des MP reconnues (rapport annuel 2024 de l'Assurance Maladie), tableaux 57, 69, 97 et 98.
  • Manutention : ne pas mélanger le Code du travail (R4541-9 : 55 kg avec avis médical, 105 kg maximum, 25 kg pour les femmes) et la norme NF X35-109 de 2011, non genrée (15 kg acceptable, 25 kg sous contrainte, 7,5 t/jour). Objectiver avec la méthode NIOSH (indice de levage < 1).
  • Bruit (R4431-2) : déclenchement à 80 puis 85 dB(A) — appréciés sans les protecteurs —, valeur limite 87 dB(A) appréciée protection comprise.
  • Chutes de hauteur : aucune hauteur minimale dans le Code du travail ; priorité à la protection collective (R4323-58), garde-corps entre 1 m et 1,10 m (R4323-59), tirant d'air à calculer.
  • Vibrations : valeurs d'action 2,5 (main-bras) et 0,5 m/s² (corps entier), valeurs limites 5 et 1,15 m/s² en A(8).
  • Chaleur : décret n° 2025-482 du 27 mai 2025 (articles R4463-1 à R4463-8), en vigueur depuis le 1er juillet 2025 — évaluation obligatoire au DUERP, mesures renforcées en vigilance Météo-France, eau potable et fraîche.
Sources de ce chapitre
  • Code du travail : R4541-1 à R4541-10 (manutention), R4431-1 et suivants (bruit), R4441-1 et suivants (vibrations), R4323-58 et suivants (travail en hauteur), R4222-6 (aération), R4223-4 (éclairage), R4451-1 et suivants (rayonnements ionisants), R4463-1 à R4463-8 (chaleur) — Légifrance
  • Décret n° 2025-482 du 27 mai 2025 relatif à la protection des travailleurs contre les risques liés à la chaleur
  • Norme NF X35-109 (2011), méthode NIOSH, normes ISO 5349 et ISO 2631, NF EN 12464-1
  • Tableaux de maladies professionnelles 42, 57, 69, 97 et 98 du régime général — INRS et Assurance Maladie – Risques professionnels
Sommaire de la formation

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