Travail Isolé : PTI & DATI
Module 3 : DATI — Dispositifs d'Alarme pour Travailleur Isolé
3.2 Détections : chute, immobilité, perte verticalité, agression
La norme NF X35-103 (révision 2020) classe les alertes DATI en quatre familles fonctionnelles, auxquelles s'ajoutent des détections dérivées (agression, gaz, géofence). Comprendre l'algorithme de chaque type d'alerte est indispensable pour calibrer correctement les seuils et contenir le fléau du marché : près de 80 % de fausses alertes dans les centres de télésurveillance, principal facteur d'abandon du dispositif par les salariés.
Les 6 types d'alerte DATI — NF X35-103 (rév. 2020) et dérivées
Quatre types normalisés (NF X35-103) + deux familles dérivées de plus en plus courantes.
Alerte volontaire — bouton SOS
L'alerte volontaire est la fonction historique et la plus fiable : un appui sur un bouton dédié déclenche immédiatement la transmission de l'alarme. Sur les boîtiers récents, l'appui simple est souvent remplacé par un maintien 3 à 5 secondes ou un double-clic rapide pour éviter les déclenchements accidentels dans la poche.
Deux conceptions ergonomiques coexistent : le bouton dédié physique, en saillie en haut du boîtier (parfois sous appellation TÉTE, Touch Trigger Emergency, conçu pour un accès rapide même avec gants), et l'arrachage de cordon (lanyard rip cord) qui déclenche l'alerte lorsque le boîtier est arraché de force — utile en cas d'agression.
Délai de réponse : l'alerte est confirmée et transmise au centre de télésurveillance en quelques secondes (typiquement 5 à 15 secondes selon le réseau). Aucune temporisation d'annulation n'est appliquée : l'alerte volontaire est par nature délibérée. Cas d'usage typiques : agression visible, malaise conscient avec demande d'aide, intrusion, incident technique nécessitant secours.
Détection de chute — accéléromètre 3 axes
La détection de chute repose sur un algorithme d'analyse des données d'un accéléromètre 3 axes. Le principe physique : une chute libre se traduit par un pic d'accélération supérieur à 1,5 G sur un temps très court (50 à 300 ms), suivi d'un impact (deuxième pic d'accélération de signe inverse) puis d'une phase calme caractéristique d'un corps au sol.
Pour limiter les faux positifs, le boîtier déclenche d'abord une pré-alarme sonore et lumineuse, avec une temporisation de 10 à 30 secondes pendant laquelle un porteur conscient peut annuler en appuyant sur un bouton. Sans annulation, l'alarme est confirmée et transmise au centre de télésurveillance.
Précision : 85 à 95 % en environnement standard (industrie, BTP, soins à domicile). Elle descend à 60-80 % en environnement « bruyant » : vibrations machines, saut volontaire, sport, vélo, escalade, port à la poche basse. La sensibilité est réglable sur la plupart des modèles (3 à 5 niveaux), pour adapter le seuil au profil du métier.
Le DATI moderne combine quasi systématiquement la détection chute avec une détection d'immobilité post-chute : si le porteur ne se relève pas dans les 30 secondes après l'impact, l'alerte est confirmée même sans temporisation supplémentaire. Cette double validation est la pratique standard depuis la révision 2020 de la NF X35-103.
Détection d'immobilité — gyroscope & accéléromètre
La détection d'immobilité répond à un scénario distinct : pas de chute brutale, mais une perte de conscience progressive — malaise vagal, hypoglycémie, AVC, intoxication CO, déshydratation, syncope cardiaque. La victime peut s'effondrer lentement contre un mur, glisser sur le sol, ou simplement ne plus pouvoir bouger.
L'algorithme mesure les micro-mouvements du porteur via accéléromètre et gyroscope. Si aucun mouvement significatif n'est détecté pendant X minutes (typiquement 30 secondes à 2 minutes, paramétrable), une pré-alarme sonore et lumineuse se déclenche pendant 30 secondes. Sans annulation manuelle, l'alarme est confirmée.
Faux positifs : lecture prolongée d'un dossier, conduite en autoroute, attente debout en accueil, pause repas. Solution moderne : coupler avec une détection « activité minimale » (le boîtier détecte la respiration ou les micro-oscillations posturales) plutôt qu'une « immobilité totale ». Quelques marques (Magneta, Telefield) intègrent désormais ce raffinement.
« La détection d'immobilité est techniquement la plus délicate à calibrer : trop sensible, elle génère 5 à 10 fausses alertes par jour et finit désactivée ; pas assez sensible, elle laisse passer le malaise lent qu'elle est censée détecter. »
— Retour d'expérience CARSAT Nord-Picardie sur l'évaluation DATI dans le secteur sanitaire (rapport 2022).
Détection de perte de verticalité
La perte de verticalité est une détection complémentaire de la chute et de l'immobilité, particulièrement utile pour les malaises avec affaissement lent. L'algorithme s'appuie sur le gyroscope : si l'angle d'inclinaison du porteur (par rapport à la verticale) dépasse 60 degrés pendant plus de 10 à 30 secondes, une pré-alarme se déclenche.
Cette détection capte des scénarios manqués par la chute (pas d'impact brutal) et par l'immobilité pure (le porteur peut continuer à bouger légèrement, mais en position couchée ou affaissée). Elle est précieuse pour les métiers à risque cardio-vasculaire ou neurologique (postes de chaleur, manutention lourde, exposition CO).
Le seuil de 60° est un standard de fait du marché français, repris par la majorité des constructeurs. Quelques modèles permettent de descendre à 45° pour les postures déjà inclinées (mécanicien sous véhicule, électricien en gaine technique) ou de monter à 75° pour réduire les faux positifs sur les métiers naturellement penchés.
Combinaison recommandée : verticalité + immobilité, avec déclenchement uniquement si les deux conditions sont remplies simultanément. Cette logique « ET » divise par 3 à 5 les fausses alertes selon les retours d'opérateurs de télésurveillance.
Détection d'agression — algorithmes spécifiques
L'agression physique (hold-up, attaque sur la voie publique, rixe avec usager) est une menace majeure pour certains métiers : agents bancaires, pharmaciens de garde, agents de sécurité, livreurs nocturnes, agents d'accueil hôpital. Les algorithmes dédiés combinent plusieurs signaux faibles.
- Arrachage du collier ou lanyard (rip cord) : déclenchement immédiat si le boîtier est arraché de force.
- Accélération anormale brutale : pattern différent d'une chute (mouvement horizontal soutenu plutôt que vertical court).
- Microphone détectant cris ou explosions : les smartphones avec ML embarqué (AppArmor, Vigilance Verte) catégorisent les signatures sonores.
- Bouton double-pression discrète : un pré-positionnement de la main sur le boîtier, sans regarder.
- Geste secret : 3 secousses rapides du boîtier, geste appris en formation, indétectable pour un agresseur.
Marques pionnières : AppArmor (Securitas) avec son algorithme ML d'analyse sonore, Magneta avec capteur de chute certifié ATEX et fonction agression intégrée, Vigilance Verte avec son « bouton anti-stress » discret. Le niveau d'acceptabilité par les utilisateurs est très élevé : dans les enquêtes interne du secteur bancaire, plus de 80 % des conseillers déclarent se sentir plus en sécurité avec ce type de fonction.
Détections sectorielles, calibrage et statistique des alertes
Au-delà des quatre familles normalisées, certains DATI embarquent des capteurs sectoriels spécifiques au métier :
- Capteur H₂S (espaces confinés, traitement des eaux, raffinage) : déclenchement à 10 ppm, seuil VLEP réglementaire ; alerte renforcée à 20 ppm.
- Capteur CO (incendie, parkings souterrains, combustion incomplète) : seuil 30 ppm sur 8h, 200 ppm instantané.
- Capteur de température extrême (chambre froide, four, fonderie) : déclenchement à seuils paramétrables.
- Géofencing GPS : alerte si le salarié sort d'une zone géographique autorisée ou y entre (utile en gardiennage, en transport sensible, ou pour la sécurité d'un travailleur isolé qui ne doit pas s'éloigner du véhicule).
Calibrage paramètres : chaque DATI doit être configuré pour le contexte d'usage avant déploiement. Sensibilité chute selon le métier (vélo ? travail en hauteur ?), seuil immobilité selon l'activité (poste statique ou dynamique ?), temporisations selon la proximité des secours, niveau sonore de la pré-alarme adapté à l'environnement (chantier bruyant : vibration + flash plutôt que sirène).
Réduction des faux positifs : c'est le facteur critique d'acceptabilité. Un DATI qui sonne 5 fois par jour à tort est désactivé par le salarié, désactivation parfois implicite (boîtier oublié au vestiaire, batterie volontairement déchargée). Bonnes pratiques : réglage progressif sur les deux premières semaines (mode « apprentissage »), retour utilisateur structuré, double validation chute + immobilité, mise à jour logicielle régulière.
Statistique des centres de télésurveillance (APSAD P5, données 2022-2024) : environ 80 % des alertes sont des fausses alertes (gestes accidentels, oublis d'annulation, mauvais calibrage) ; 15 % sont des alertes confirmées résolues par assistance téléphonique (malaise géré à distance, conseil au porteur) ; 5 % seulement nécessitent l'envoi de secours réels (SAMU, pompiers, gendarmerie ou police). Cette répartition justifie l'importance du levée de doute humaine avant escalade.
Que deviennent les alertes DATI ? — Statistique centres de télésurveillance APSAD P5
Fausses alertes
Gestes accidentels en poche, oubli d'annulation, mauvais calibrage, sport, vélo, saut volontaire. Levée de doute par appel — sans suite.
Confirmées — assistance téléphonique
Malaise géré à distance, conseil au porteur, contact d'un collègue ou de la hiérarchie. Pas d'envoi de secours.
Envoi de secours réels
SAMU, pompiers, gendarmerie ou police. Vraies urgences vitales ou agressions effectives.
D'où l'importance du calibrage initial et de la levée de doute humaine avant escalade — sans elle, les secours seraient saturés par les 80 % de fausses alertes.
À retenir
- 4 types d'alerte normalisés NF X35-103 (rév. 2020) : volontaire (bouton SOS), chute (accélération > 1,5 G), immobilité (30 s à 2 min sans mouvement), perte de verticalité (angle > 60°).
- Détection chute : précision 85-95 % en environnement standard, 60-80 % en environnement bruyant. Toujours combinée à une immobilité post-chute pour double validation.
- Détection agression : arrachage cordon, accélération anormale, microphone ML (AppArmor), geste secret 3 secousses. Critique pour bancaire, pharmacie de garde, gardiennage.
- Capteurs sectoriels : H₂S (seuil 10 ppm VLEP), CO, température extrême, géofencing GPS.
- Calibrage progressif les 2 premières semaines indispensable : un DATI qui sonne 5 fois par jour à tort est désactivé.
- Statistique centres APSAD P5 : 80 % de fausses alertes, 15 % résolues par téléphone, 5 % envoi de secours réels. La levée de doute humaine est non négociable.