Formes de DATI et transmission de l'alarme

Module 3 / 5 · Sommaire complet

Module 3 : DATI 28 min de lecture

3.1 Les formes de DATI et la transmission de l'alarme

Un DATI n'a pas de forme imposée. L'INRS en recense une demi-douzaine, du badge à la tablette, et rappelle que le choix se fait à partir de l'analyse préliminaire — pas d'un catalogue. Ce chapitre décrit les formes existantes, les modes de transmission de l'alarme, la réception au poste de surveillance et le problème le plus sous-estimé : la localisation du travailleur.

Sous quelle forme peut se présenter un DATI ?
Badge, médaillon
Montre
Émetteur-récepteur radio
Téléphone DECT
Téléphone cellulaire
Tablette, assistant numérique

Liste des formes recensées par l'INRS (ED 6288, annexe 3). Aucune n'est prescrite : « le choix des fonctions à retenir pour le DATI dépendra de l'analyse préliminaire ».

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Aucune forme n'est prescrite : partir de l'usage

Il n'existe ni catégorie réglementaire ni typologie officielle des DATI. L'INRS énumère simplement les formes rencontrées : badge ou médaillon, montre, émetteur-récepteur radio (avec ou sans messagerie), téléphone mobile DECT ou cellulaire (dédié ou standard), tablette tactile, assistant numérique personnel.

Cette absence de norme est une bonne nouvelle : elle signifie qu'un moyen de communication déjà en place peut constituer tout ou partie du dispositif. Dans l'exemple hospitalier de la brochure, c'est l'infrastructure téléphonique DECT de l'établissement qui sert à la levée de doute. Dans l'exemple de l'équipe en site étendu, ce sont des radios avec micro et écouteur intégrés au casque. Aucun des deux ne suppose l'achat d'un équipement spécialisé.

Les critères de choix se déduisent de l'analyse préliminaire (chapitre 2.1), qui a déjà documenté :

  • le type d'activité, la durée et la nature de l'isolement ;
  • les conditions dans lesquelles le travail est effectué — dans ou hors de l'établissement, postures pendant le travail, horaires ;
  • l'environnement de travail : présence d'un poste de surveillance, de personnels à proximité, éloignement des secours ;
  • l'infrastructure de communication existante : filaire, couverture GSM ;
  • la possibilité de localiser le salarié : GPS, itinéraire de ronde.

Le critère « postures pendant le travail » mérite une attention particulière, car il conditionne la pertinence des détections automatiques. Un opérateur qui travaille régulièrement incliné ou allongé — c'est le cas du technicien de maintenance décrit par l'INRS, « activités dans toutes les positions (incliné, allongé), parfois peu de mouvements » — déclenchera en permanence une détection de perte de verticalité ou d'immobilité mal réglée. Le sujet est traité au chapitre 3.2.

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Premier maillon : le déclenchement de l'alarme

Les dispositifs présents sur le marché permettent de déclencher l'alarme de deux façons.

Manuellement, par une action volontaire du travailleur isolé : action sur un bouton matériel, action sur un bouton virtuel (écran tactile), ou arrachage du DATI.

Automatiquement, par des capteurs « adaptés aux situations auxquelles le salarié peut être confronté pendant son activité ». L'INRS en dresse la liste :

  • détection d'immobilité ;
  • perte de verticalité ;
  • chute ;
  • détection de choc ;
  • inclinaison (angle programmable) ;
  • algorithme de « détection de vie » ;
  • arrachage ;
  • détection de présence de gaz toxique ou d'absence d'oxygène.

Le choix du mode de déclenchement n'est pas une option de confort. L'INRS : « Le choix du mode de déclenchement automatique ou manuel de l'alarme doit avant tout dépendre des risques propres au site, des activités du salarié, de sa posture lors de l'exécution des tâches, etc. et non pas seulement du fait que le dispositif offre cette possibilité. » Activer toutes les détections parce qu'elles sont disponibles est une erreur de conception : « la systématisation du déclenchement automatique de l'alarme entraîne souvent la multiplication des fausses alertes, au risque de provoquer une perte de confiance dans le DATI et la tentation de le mettre hors-service ou de ne plus tenir compte du déclenchement d'une alarme ».

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Deuxième maillon : la transmission vers le poste de surveillance

Une fois déclenchée, l'alarme doit parvenir au poste de surveillance. Deux architectures :

  • Transmission directe — par liaison filaire (réseau téléphonique, informatique) ou par liaison hertzienne (radio, réseau cellulaire, téléphone satellitaire).
  • Transmission indirecte — par un relais intermédiaire, « en combinant par exemple une liaison radio entre le DATI et le relais, et une liaison filaire ou GSM entre le relais et le poste de surveillance ».

Certaines techniques permettent de joindre au message des informations de localisation : coordonnées satellitaires, ou référence de la dernière balise franchie. « Les choix techniques dépendent de l'organisation du travail, de la couverture réseau, de l'infrastructure existante… »

C'est sur ce maillon que se concentrent les défaillances les plus fréquentes. L'INRS liste les causes possibles : « canal de transmission rompu (couverture GPS imparfaite, saturation des réseaux, cage de Faraday, relais intermédiaire en panne, etc.) » et « délais de transmission altérés (saturation des réseaux, etc.) ».

L'effet « cage de Faraday » mérite d'être compris parce qu'il explique l'essentiel des mauvaises surprises : une structure métallique ou un ouvrage en béton armé atténue fortement les ondes radio. Sous-sols, cuves, silos, locaux techniques enterrés, ascenseurs, parkings, navires, gaines : ce sont précisément les endroits où l'on est isolé, et ce sont ceux où la transmission échoue. D'où une règle de méthode : tester la couverture réelle dans les locaux concernés, et pas sur une carte d'opérateur. C'est exactement ce que fait l'établissement hospitalier de l'exemple INRS, qui prescrit de « vérifier l'absence de trous de couverture DECT dans tous les locaux de l'établissement où sont susceptibles d'intervenir des travailleurs isolés » et, le cas échéant, de « corriger les trous de couverture ».

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Troisième maillon : la réception au poste de surveillance

« À la réception de l'alarme, le poste de surveillance doit appliquer la procédure de déclenchement des secours à destination du travailleur isolé. » Là encore, les moyens dépendent de l'organisation, de l'infrastructure ou des matériels existants. L'INRS énumère : échange vocal, alarme sonore ou visuelle, messagerie texte, message vocal synthétisé, appel ou message sur un téléphone filaire, sans-fil numérique IP ou DECT, ou cellulaire, SMS ou MMS, courriel, affichage sur une carte des lieux consultable par un moyen informatique, application mobile dédiée.

Deux points d'attention que l'on découvre en général trop tard :

La réception doit être occupée, pas seulement alimentée. Parmi les causes de dysfonctionnement énumérées par l'INRS figure l'« indisponibilité du poste de réception des alarmes ». Une alarme qui s'affiche sur un écran devant une chaise vide n'a servi à rien. C'est pourquoi le chapitre 2.3 insiste sur la présence effective du surveillant et sur la continuité lors des relèves.

L'alerte doit contenir de quoi agir. Le surveillant doit disposer des informations utiles pour « localiser le plus précisément possible » le travailleur et intervenir dans de bonnes conditions : c'est le rôle du signalement de début d'intervention (lieu, moyen d'accès, durée probable, nature de l'intervention), consigné au poste de surveillance. Le message d'alarme du dispositif complète cette information ; il ne la remplace pas.

Enfin, le poste de surveillance doit disposer des moyens d'accéder à tous les locaux où des travailleurs isolés sont susceptibles d'intervenir. Une alarme correctement reçue, localisée précisément, devant une porte dont personne n'a la clé à deux heures du matin, reste une alarme sans effet.

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Localiser le travailleur : ce qui marche, ce qui ne marche pas

« Le délai de prise en charge d'un salarié dépend directement des possibilités de pouvoir le localiser sur son site d'intervention. » Quatre solutions existent, avec des limites que l'INRS expose sans complaisance.

MoyenPrincipeLimite signalée par l'INRS
Échange vocal ou par message Le travailleur indique lui-même où il se trouve. Utile « lorsque le travailleur isolé en situation de détresse est en capacité de le faire » — donc inopérant dans le cas qui motive le dispositif.
Alarme sonore embarquée Le dispositif déclenche une alarme sonore intermittente qui guide à l'oreille. « Cette fonctionnalité dépend de l'autonomie des batteries du DATI. »
Positionnement par satellite Les coordonnées géographiques sont jointes au message d'alerte. « Il convient de rester très prudent sur la précision des coordonnées transmises » (nombre de satellites captés, obstacles), et surtout ces dispositifs « sont inopérants à l'intérieur des bâtiments ».
Balises Les locaux sont équipés de balises ; le dispositif transmet la référence de la dernière balise rencontrée. Elles peuvent être radio ou infrarouge (enregistrement automatique), ou de type code-barres à flasher (action volontaire du salarié). Suppose un équipement préalable des locaux. Une balise à action volontaire n'est pas enregistrée si le salarié oublie de la flasher.

L'INRS ajoute, sur le suivi à l'intérieur des bâtiments : « Des solutions pour le suivi du déplacement des personnes à l'intérieur des locaux sont actuellement en cours de développement. Elles restent relativement imprécises lorsque la cartographie exacte des lieux n'est pas disponible. »

La conclusion pratique vaut mieux que n'importe quel argumentaire technique : dans un bâtiment, la localisation ne vient pas du dispositif mais de l'organisation — le signalement du lieu d'intervention à la prise de poste, la consignation de cette information au poste de surveillance, et la disponibilité des plans et des moyens d'accès. C'est gratuit, et c'est plus fiable que n'importe quel capteur.

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Les dispositifs complémentaires — et le sifflet

L'INRS consacre une section aux « dispositifs techniques complémentaires », qui peuvent être déployés « afin d'optimiser la prise en charge des travailleurs isolés en situation de détresse, que l'alarme ait été déclenchée par la procédure de suivi des salariés ou par l'intermédiaire d'un DATI ». Deux familles :

Un moyen de communication — talkie-walkie, téléphone cellulaire, etc. — « compatible avec la situation de travail, l'infrastructure de l'établissement ». Son rôle est explicite : « par cet intermédiaire, le poste de secours pourra procéder à la levée de doute avant l'envoi des secours, en essayant de contacter le travailleur isolé pour confirmer la nécessité d'intervention ». Un moyen de communication indépendant du dispositif d'alarme est donc préférable à une fonction intégrée qui tombe avec lui.

Un moyen sonore pour faciliter la localisation sur place. C'est ici que la brochure surprend : « doter les travailleurs isolés de moyens sonores permettant de signaler leur présence sur site : sifflet, buzzer, moyen de communication avec les secours…, permettra d'accélérer leur localisation et donc d'améliorer leur prise en charge ».

Le sifflet figure donc bien dans la doctrine de l'INRS — mais comme moyen d'aider les secours à localiser un travailleur une fois l'alerte donnée, pas comme moyen d'alerte. La nuance est exactement celle qui a fondé la condamnation dans l'arrêt Cass. crim. 5 décembre 2000, n° 00-82.108 : le salarié « ne disposait d'aucun moyen efficace pour communiquer avec ses collègues hormis un sifflet ». Un sifflet complète un dispositif ; il ne le remplace pas.

Le principe qui gouverne l'ensemble du chapitre : « Le choix éventuel de tels équipements devra résulter de l'analyse préliminaire des situations de travail isolé à prendre en compte. » On part du travail réel et des scénarios de détresse ; on ne part jamais d'une fiche produit. Les critères d'achat, la conformité réglementaire et le cadre de la géolocalisation sont traités aux chapitres 3.3 et 4.1.

Les cinq causes de dysfonctionnement d'un DATI recensées par l'INRS
Capteur défaillant
Le déclenchement n'a pas lieu
Boîtier défaillant
Batteries, panne électronique
Canal rompu
Couverture imparfaite, saturation, cage de Faraday, relais en panne
Délais altérés
Saturation des réseaux
Réception indisponible
Personne au poste de surveillance
La parade
Les mesures organisationnelles, qui « permettront de pallier aux situations où les DATI seraient inopérants »

« À ce jour, la technique ne peut prétendre à elle seule résoudre cette difficulté. » — INRS, ED 6288

À retenir
  • Aucune forme de DATI n'est prescrite : badge ou médaillon, montre, émetteur-récepteur radio, téléphone DECT ou cellulaire, tablette, assistant numérique. Un moyen de communication déjà en place peut suffire.
  • Déclenchement manuel (bouton matériel, bouton tactile, arrachage) ou automatique (immobilité, perte de verticalité, chute, choc, inclinaison, détection de vie, arrachage, gaz toxique ou absence d'oxygène).
  • Le mode de déclenchement se choisit d'après les risques, l'activité et la posture — « non pas seulement du fait que le dispositif offre cette possibilité ». Tout activer multiplie les fausses alertes et fait mettre le dispositif hors service.
  • Transmission directe (filaire, hertzienne, satellitaire) ou indirecte par relais. Principale cause d'échec : canal rompu — couverture imparfaite, saturation, cage de Faraday, relais en panne. Tester la couverture dans les locaux concernés.
  • Localisation : le positionnement par satellite est « inopérant à l'intérieur des bâtiments » ; les balises supposent d'équiper les locaux ; l'alarme sonore dépend de la batterie. En bâtiment, la localisation vient de l'organisation (lieu signalé et consigné, plans et accès disponibles).
  • Dispositifs complémentaires recommandés : un moyen de communication pour la levée de doute, et un moyen sonore (sifflet, buzzer) pour aider les secours à localiser — jamais comme moyen d'alerte principal.

Sources

INRS — Dispositifs d'alarme du travailleur isolé · brochure ED 6288, § 2.5.1, 2.5.2 et annexe 3 « Le DATI » · Légifrance (jurisprudence Cass. crim. 5 décembre 2000, n° 00-82.108).

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Contenu relu par le Pôle HSE & Risques industriels · Politique éditoriale