Lignes électriques, autres appareils de levage et foudre
Garder ses distances avec les lignes aériennes nues, ne pas entrer en collision avec une autre grue, arrêter par temps d'orage : trois risques d'environnement du thème « Exploitation des grues mobiles ». 6 points sur 100 au test théorique du CACES R483.
Ce que vérifie le test théorique R483
Cette fiche couvre 6 points sur 100, dans le thème « Exploitation des grues mobiles » (34 points) :
- Distance de sécurité vis-à-vis des lignes aérienne nues sous tension (2 pts)
- Interférence avec d'autres appareils de levage (2 pts)
- Risques liés à la foudre (2 pts)
Source : R.483A, barème du test théorique, p. 27 et suivante. Pour réussir : 70/100 et au moins la moyenne dans chaque thème.
Ce que le test demande
Le barème du test théorique consacre 2 points à la « distance de sécurité vis-à-vis des lignes aériennes nues sous tension », 2 points à l'« interférence avec d'autres appareils de levage » et 2 points aux « risques liés à la foudre » (R.483A, p. 27). Le référentiel liste les « risques liés à l'environnement (obstacles divers, lignes électriques, zones interdites ; voie de circulation…) », l'« interférence avec d'autres appareils de levage (grue à tour...) » et les « risques liés aux conditions climatiques (vent, orage, neige, gel…) » (annexe 2, A2|1 G, p. 24).
Lignes aériennes nues : les distances en vigueur
Les distances de sécurité sont fixées par l'arrêté du 5 juillet 2024 relatif à la prévention du risque électrique lié aux travaux d'ordre non électrique réalisés dans l'environnement d'ouvrages ou installations électriques sous tension (JO du 7 juillet 2024). Son article 2 impose à l'employeur d'organiser les travaux de telle sorte que les travailleurs, les équipements de travail, les matériels ou les charges manutentionnés ne franchissent pas les distances du tableau A :
| Tension U | Distance de sécurité |
|---|---|
| U inférieure ou égale à 50 000 volts | 3 mètres |
| U supérieure à 50 000 et inférieure ou égale à 500 000 volts | 5 mètres |
Attention à la borne exacte. À 50 000 V pile, la distance est de 3 mètres (« inférieure ou égale »). Les anciens articles R4534-107 et R4534-108 (« moins de 50 000 volts : 3 mètres ; 50 000 volts et plus : 5 mètres ») sont abrogés. Le manuel INRS ED 6107 (2018, p. 55-56) les cite encore : ne pas les apprendre.
L'article 3 de l'arrêté précise ce qu'il faut prendre en compte pour apprécier ces distances : les mouvements et dilatations des conducteurs, les mouvements, déplacements, balancements et fouettements des équipements de travail et des matériaux ou objets manutentionnés, et la hauteur de ligne communiquée par l'exploitant, qui est une hauteur théorique minimale que l'entreprise doit vérifier avant de commencer. L'article 4 demande à l'employeur de définir des modes opératoires adaptés, en privilégiant la protection collective, et de prendre en compte notamment la hauteur maximale des équipements, l'état et la déclivité du terrain, le travail de nuit, les conditions météorologiques prévisibles (direction et force maximale du vent), la visibilité, le travail isolé et l'accessibilité aux secours. Le Code du travail ajoute que les organes de levage et les charges suspendues ne doivent à aucun moment entrer en contact direct ou provoquer un amorçage avec les parties actives non isolées d'installations électriques (R4323-30).
Les mesures de prévention
L'arrêté (art. 5 à 8) et l'INRS (ED 6107, p. 54 à 58) convergent sur l'ordre des mesures : d'abord éliminer le risque, ensuite l'éloigner ou l'interposer, enfin organiser.
- Supprimer ou déplacer la ligne, ou la mettre hors tension : le moyen le plus sûr pour la suppression ; la mise hors tension n'est relativement sûre que si toutes les phases de la consignation ont été réalisées (séparation, condamnation, identification, vérification d'absence de tension, mise à la terre et court-circuit). Une ligne est considérée sous tension tant qu'elle n'est pas consignée (p. 55-57).
- Restreindre la zone de travail, éloigner la ligne, poser des obstacles entre la ligne et la zone de travail, en accord avec l'exploitant ; en basse tension, pose d'obstacles ou d'isolant (art. 5). Les gaines isolantes ne peuvent être posées que par l'exploitant (p. 57).
- Ne pas circuler sous les lignes avec les engins ; si le passage est indispensable, équiper la zone de gabarits ou dispositifs équivalents (art. 6 et 7). Pas de zone de stockage sous une ligne, sauf mesures pour que les distances ne soient pas franchies (art. 8).
- Mesures organisationnelles : déterminer la distance en tenant compte de la tension, du balan de la charge dû à l'inertie et à la prise au vent, du balancement des câbles ; déterminer au sol la zone de positionnement de la grue et la longueur de flèche maximale ; mettre en place un chef de manœuvre en liaison radio avec le grutier, dédié à la surveillance des distances (ED 6107, p. 57-58). L'arrêté prévoit aussi, si nécessaire, un surveillant de sécurité électrique (art. 5).
- Détecteurs de lignes : ils n'offrent pas une sécurité absolue, supposent de connaître la tension de la ligne et ne sont qu'un complément, une aide à la conduite (p. 58).
- Informations préalables : l'exploitant ou le chef d'établissement communique le type de réseau, son tracé, la hauteur et la tension des lignes (art. 2). L'INRS rappelle la déclaration de projet de travaux et la déclaration d'intention de commencement de travaux auprès des exploitants (p. 55-56).
La mise à la terre de la grue ne suffit pas. L'INRS précise qu'elle n'est pas systématiquement une mesure suffisante et peut même donner une fausse impression de sécurité (p. 56). Et un amorçage peut avoir lieu à distance, avec des effets comparables à ceux d'un contact direct, aussi bien pour les engins sur chenilles que sur pneus (p. 55). L'INRS note que, dans la base d'accidents EPICEA, à peu près le quart des accidents impliquant des grues sont dus à un contact de la grue ou de la charge avec des lignes nues sous tension, la victime étant le plus souvent l'opérateur qui aide au sol (p. 54).
En cas de contact ou d'amorçage
- Garder son calme, même si les pneus commencent à brûler, et rester au poste de conduite, où l'on est à l'abri.
- Manœuvrer l'engin pour le dégager de la zone dangereuse, si possible.
- Avertir les tiers de se tenir à l'écart et de ne pas toucher l'engin ; établir un périmètre de sécurité d'au moins 5 mètres.
- Ne descendre que lorsque l'engin est éloigné de la ligne, séparé d'elle d'au moins 5 mètres.
- S'il est impossible de dégager l'engin et en cas de nécessité absolue, quitter le poste en sautant à pieds joints, sans toucher en même temps l'engin et le sol.
- Ne pas toucher aux câbles, même tombés au sol, ni aux pylônes ; vérifier la grue et remplacer les pneumatiques avant toute nouvelle utilisation.
Source : INRS ED 6107, p. 58. Pour aller plus loin sur le risque électrique : la formation AIPR (travaux à proximité des réseaux) et la formation chef de manœuvre, car la surveillance des distances relève souvent de lui.
Interférence avec d'autres appareils de levage
Quand deux ou plusieurs équipements de levage de charges non guidées sont installés de telle sorte que leurs champs d'action se recouvrent, « des mesures sont prises pour éviter les collisions entre les charges ou avec des éléments des équipements de travail eux-mêmes » (R4323-38). Le référentiel cite expressément l'interférence avec d'autres appareils de levage, comme une grue à tour (R.483A, p. 24).
L'INRS donne trois exemples de mesures, présentés comme non exhaustifs (ED 6107, p. 38) :
- réserver un espace dédié à chaque équipement : limitation de la zone de travail en orientation sur la grue mobile et système de gestion des zones interdites sur la grue à tour ;
- décaler les temps de travail (le matin pour l'une, l'après-midi pour l'autre, par exemple) ;
- mettre en place un chef de manœuvre en liaison phonique permanente avec les deux grutiers, chargé de la seule surveillance des collisions potentielles.
Il précise que la première démarche est une réflexion sur l'organisation du chantier pour ne pas mettre les appareils en situation d'interférence, que des mesures organisationnelles ou techniques et « non une simple consigne » doivent être mises en place, et que les procédures reposant uniquement sur la vigilance des deux grutiers ne garantissent pas un niveau de sécurité adapté (p. 37-38). Des dispositifs de gestion de l'interférence existent entre grue à tour et grue mobile, sans solution universelle ; il n'en existe pas entre grues mobiles (p. 37). Si la longueur de flèche de la grue mobile dépasse la hauteur sous crochet de la grue à tour diminuée de 2 mètres, l'INRS suggère un limiteur de hauteur qui restreint la grue mobile à cette hauteur diminuée de 2 mètres au moins (p. 38).
Une charge levée par deux grues relève d'un autre cas, plus délicat : voir la fiche opérations interdites et délicates. Si le grutier ne voit pas tout le trajet de la charge, un chef de manœuvre en communication avec lui le dirige (R4323-41).
Foudre et orage
La recommandation cite l'orage parmi les risques climatiques (A2|1 G, p. 24) et demande, en prise de poste, d'apprécier l'« impact des conditions météorologiques sur les manutentions prévues (coup de vent, orage…) » ; l'épreuve pratique note « évaluer les conditions météorologiques » sur 3 points (p. 25 et 28). Elle ne détaille pas le phénomène. Les consignes que les sources permettent d'écrire sont les suivantes :
- Par temps orageux, la grue mobile doit être mise à l'arrêt ; il peut être utile de s'abonner à un service météo prévenant du risque d'orage ou de se renseigner au jour le jour (ED 6107, p. 58 et 66).
- L'emploi à l'air libre d'un équipement de levage cesse dès que la dégradation des conditions météorologiques peut compromettre la sécurité et exposer une personne à un risque ; l'employeur se dote des moyens d'être informé de l'évolution de la météo et prend des mesures de protection, notamment contre le renversement (R4323-46).
- Près d'une antenne d'émission hertzienne, l'appareil peut recevoir une tension induite : des mesures adéquates sont prises pour faciliter l'écoulement des charges électrostatiques (ED 6107, p. 58). C'est un autre risque électrique, à ne pas confondre avec la foudre.
- Les levages sont programmés en tenant compte des rapports météorologiques, en particulier pour les changements soudains de vitesse ou de direction du vent lors de passages de fronts (p. 66).
Aucune distance ni durée d'attente n'est fixée par ces textes : la notice de la grue et les consignes du site font foi.
Pièges classiques
- Écrire « moins de 50 000 V : 3 m ». En vigueur : inférieure ou égale à 50 000 V, 3 m ; au-delà et jusqu'à 500 000 V, 5 m.
- Citer R4534-107 ou R4534-108 : abrogés ; la référence est l'arrêté du 5 juillet 2024.
- Mesurer la distance à la flèche au repos. Balancements, fouettements et mouvements de la charge comptent.
- Croire une ligne « hors tension » sans consignation, ou la mise à la terre de la grue suffisante.
- Compter sur la seule vigilance de deux grutiers pour éviter une collision.
- Continuer « jusqu'au bout » quand l'orage approche : la consigne est l'arrêt.
Questions fréquentes
Quelle distance de sécurité respecter entre une grue mobile et une ligne électrique aérienne nue ?
3 mètres pour une tension inférieure ou égale à 50 000 V, 5 mètres au-delà de 50 000 V et jusqu'à 500 000 V (arrêté du 5 juillet 2024, tableau A de l'article 2), grue et charge comprises, balancements inclus.
Une ligne est-elle sans danger si elle est « hors tension » ?
Elle est considérée sous tension tant qu'elle n'est pas consignée (ED 6107, p. 55) ; certaines lignes peuvent être remises sous tension après un laps de temps (p. 58).
Faut-il toucher la ligne pour être en danger ?
Non : un amorçage peut se produire à distance, avec des effets comparables à ceux d'un contact direct (ED 6107, p. 55).
Que faire en cas de contact entre la grue et une ligne ?
Rester à son poste, dégager la grue si possible, écarter les tiers avec un périmètre d'au moins 5 mètres, ne descendre qu'une fois l'engin éloigné de la ligne (ED 6107, p. 58).
Que faire par temps d'orage avec une grue mobile ?
La mettre à l'arrêt (ED 6107, p. 58 et 66) ; l'employeur doit pouvoir suivre l'évolution de la météo (R4323-46).
Sources : recommandation R.483A de l'Assurance Maladie, 2e édition, mai 2026 (annexe 2, A2|1 G, p. 24 ; A2|2 A, p. 25 ; barème du test théorique, p. 27 ; grille pratique, p. 28) ; arrêté du 5 juillet 2024 relatif à la prévention du risque électrique lié aux travaux d'ordre non électrique (JO du 7 juillet 2024, art. 2 à 8) ; INRS ED 6107, Grues mobiles. Manuel de sécurité, novembre 2018 (p. 37-38, 54 à 58, 66 ; les articles R4534 qu'il cite sont abrogés) ; Code du travail, articles R4323-30, R4323-38, R4323-41, R4323-46. INRS · Assurance Maladie. Vérifié le 23 octobre 2026. Notre méthode · Tout sur le CACES R483.