Éco-conduite · VU Éco-conduite & Véhicules Utilitaires

Module 4 : Énergies alternatives et transition

Sommaire complet de la formation
Module 4 : Énergies 22 min de lecture

4.3 Crit'Air, ZFE et fin du thermique 2035

Le cadre réglementaire de la transition automobile, remis à jour au regard du droit applicable en 2026 : les 6 vignettes Crit'Air, l'état réel des ZFE-m après la censure de leur suppression par le Conseil constitutionnel, le retrofit, la prime « coup de pouce » qui a remplacé le bonus écologique, le malus 2026 et l'échéance européenne de 2035, dont la Commission a proposé la révision le 16 décembre 2025.

Les 6 classes Crit'Air — vignette obligatoire en ZFE-m
0
Vert
BEV + H2
1
Violet
Essence Euro 5-6, PHEV
2
Jaune
Diesel Euro 5-6 (≥ 2011)
3
Orange
Diesel Euro 4 (2006-2010)
4
Bordeaux
Diesel Euro 3 (2001-2005)
5
Gris
Diesel pré-2001

Vignette : 3,11 € plus frais d'envoi, sur certificat-air.gouv.fr.

1

Crit'Air — certificat qualité de l'air

Le certificat qualité de l'air dit « Crit'Air » est une vignette autocollante obligatoire pour circuler en ZFE-m ou lors d'épisodes de circulation différenciée.

Sa classe (de 0 à 5) dépend du carburant et de la norme Euro du véhicule (date de première immatriculation, rubrique B du certificat d'immatriculation). Les tranches de dates sont les mêmes pour les voitures et les utilitaires légers, à l'exception des plus anciennes : un utilitaire léger est « non classé » s'il a été immatriculé avant le 1er octobre 1997.

Les 6 classes en détail
  • Vignette verte, dite Crit'Air 0 : véhicules électriques et à hydrogène
  • Crit'Air 1 (violet) : essence Euro 5 et 6 (depuis 2011), véhicules au gaz, hybrides rechargeables
  • Crit'Air 2 (jaune) : diesel Euro 5 et 6 (≥ 2011), essence Euro 4 (2006-2010)
  • Crit'Air 3 (orange) : diesel Euro 4 (2006-2010), essence Euro 2 et 3 (1997-2005)
  • Crit'Air 4 (bordeaux) : diesel Euro 3 (2001-2005)
  • Crit'Air 5 (gris) : diesel Euro 2 (1997-2000)
  • Non classés : voitures immatriculées avant 1997, utilitaires légers avant le 1er octobre 1997
Tarif : 3,11 € plus frais d'envoi. Site officiel certificat-air.gouv.fr (ministère de la Transition écologique). Méfiance : des sites non officiels la revendent nettement plus cher en se faisant passer pour le service public.
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ZFE-m — Zones à Faibles Émissions Mobilité

La loi Climat et Résilience (n° 2021-1104 du 22 août 2021) avait généralisé les ZFE-m aux agglomérations de plus de 150 000 habitants. Ce schéma a été très nettement resserré depuis. Deux évolutions doivent être connues avant de bâtir une politique de flotte.

1. Le recentrage sur Paris et Lyon (depuis le 1er janvier 2025)

Seules les agglomérations en dépassement régulier des valeurs limites de qualité de l'air (NO2) restent des « territoires ZFE effectifs », tenues d'interdire les Crit'Air 3 : en pratique le Grand Paris et la Métropole de Lyon. Les autres agglomérations concernées (Marseille, Strasbourg, Rouen, Toulouse, Grenoble, Nice, Lille, Nantes, Bordeaux…) sont passées en « territoires de vigilance » : la ZFE existe, mais les restrictions y sont largement laissées à la main des collectivités.

2. La suppression des ZFE votée… puis censurée

L'Assemblée nationale a voté le 17 juin 2025 la suppression des ZFE dans le cadre du projet de loi de simplification de la vie économique. Cette disposition a été censurée par le Conseil constitutionnel comme cavalier législatif et ne figure pas dans la loi n° 2026-403 du 26 mai 2026 finalement publiée. Les ZFE-m restent donc en vigueur en 2026.

Ne pas confondre restriction et verbalisation. L'interdiction peut être en vigueur alors que la période pédagogique se poursuit : le contrôle réel dépend de chaque collectivité et évolue vite. Vérifier la ZFE de chaque bassin d'activité sur le site de la métropole concernée avant d'arbitrer un renouvellement de flotte.

Statut des ZFE en 2026
TerritoireStatutRestrictionVerbalisation
Grand ParisTerritoire ZFECrit'Air 3, 4, 5 et non classésSelon la politique de contrôle de la collectivité
Métropole de LyonTerritoire ZFECrit'Air 3, 4, 5 et non classésSelon la politique de contrôle de la collectivité
Autres agglomérations de plus de 150 000 habitantsTerritoires de vigilanceFixées localement, souvent limitées aux véhicules les plus anciensVariable
Dérogations

Le Code général des collectivités territoriales prévoit des dérogations nationales (notamment véhicules d'intérêt général, véhicules portant une carte mobilité inclusion « stationnement », véhicules de collection). Chaque collectivité y ajoute ses propres dérogations, par exemple pour certaines activités professionnelles ou pour les petits rouleurs : leur liste et leurs conditions se consultent sur le site de la métropole concernée.

Sanctions prévues : amende forfaitaire de 68 € pour une voiture particulière ou un VU, 135 € pour un poids lourd, un autobus ou un autocar. Encore faut-il que la collectivité ait mis fin à sa période pédagogique.
3

Retrofit : transformer un thermique en électrique

Le retrofit consiste à remplacer le moteur thermique d'un véhicule existant par une motorisation électrique, en conservant la coque, la carrosserie et l'aménagement.

Cadre légal
  • Arrêté du 13 mars 2020 « relatif aux conditions de transformation des véhicules à motorisation thermique en motorisation électrique à batterie ou à pile à combustible »
  • Homologation obligatoire du prototype pour chaque combinaison véhicule / kit, avant toute transformation en série
  • Le permis requis reste déterminé par le PTAC inscrit sur le certificat d'immatriculation après transformation
Un marché encore étroit

Le retrofit reste porté par une poignée d'acteurs spécialisés, chacun homologué pour un nombre limité de couples véhicule / kit. La question à poser en amont n'est pas « peut-on retrofiter ? » mais « ce modèle précis, dans cette version, est-il homologué ? » : sans homologation du prototype, l'opération est impossible.

Coût et financement
  • Ordre de grandeur pour un VU léger : plusieurs dizaines de milliers d'euros, à comparer au prix d'un utilitaire électrique neuf.
  • Les aides nationales à l'achat ont été profondément remaniées : se reporter à la zone 4 ci-dessous plutôt qu'aux montants du bonus écologique, supprimé.
  • Des aides régionales ou métropolitaines existent, très variables : à instruire au cas par cas.
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Aides à l'achat : ce qui a disparu, ce qui subsiste

Deux dispositifs très cités n'existent plus. La prime à la conversion a été supprimée le 2 décembre 2024. Le bonus écologique a été supprimé au 1er juillet 2025 et remplacé par une prime financée non plus par le budget de l'État mais par les certificats d'économies d'énergie (CEE). Tout barème antérieur (7 000 €, 5 000 € « VU pro », 4 000 €…) est caduc.
La prime « coup de pouce véhicules particuliers électriques »

Elle a pris la suite du bonus au 1er juillet 2025. Deux points structurants pour un gestionnaire de flotte :

  • Elle est réservée aux particuliers, sous conditions de ressources : une personne morale n'y est pas éligible.
  • Les entreprises restent, elles, dans le régime CEE de droit commun (fiches d'opérations standardisées du secteur transport, voir module 5).

Côté utilitaires, le bonus sur les camionnettes a lui aussi disparu le 2 décembre 2024, et les personnes morales n'avaient déjà plus droit au bonus sur les voitures neuves depuis le 14 février 2024.

Le vrai levier pour une flotte n'est donc plus l'aide à l'achat, mais la fiscalité (zone 6) et les CEE. C'est un changement de logique : on ne subventionne plus l'acquisition, on renchérit le maintien du thermique.
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Fin du thermique en 2035 — règlement UE 2023/851

Le règlement (UE) 2023/851 du 19 avril 2023 (« Fit for 55 »), modifiant le règlement 2019/631, fixe une réduction de 100 % des émissions de CO2 des voitures et VU neufs au 1er janvier 2035.

Ce que cela signifie concrètement
  • Concerne uniquement les véhicules neufs (immatriculés à partir du 01/01/2035)
  • Voitures particulières + VU légers (catégorie M1 et N1)
  • Tous les modèles thermiques émettant du CO2 sont interdits à la vente neuve
  • Les véhicules thermiques d'occasion restent autorisés à la circulation (sauf restrictions ZFE-m locales)
La clause de revoyure a été activée par anticipation

Le réexamen était prévu pour 2026 ; il a été déclenché dès le 16 décembre 2025, date à laquelle la Commission européenne a publié une proposition de révision du règlement. Elle ramènerait l'objectif 2035 de -100 % à -90 % d'émissions de CO2, autorisant de fait une part résiduelle de véhicules thermiques et hybrides neufs, les 10 % restants devant être compensés (acier bas carbone produit dans l'UE, carburants durables). À l'automne 2026, le texte est toujours en discussion au Parlement européen et au Conseil.

Il s'agit d'une proposition, pas d'un texte applicable : elle doit encore être adoptée par le Parlement européen et le Conseil. Le règlement 2023/851 reste le droit en vigueur. À suivre avant tout arbitrage de renouvellement à horizon 2030.
PL et autocars : règlement (UE) 2024/1610 du 14 mai 2024 fixe -90 % CO2 en 2040 pour les nouveaux poids lourds. Pas d'interdiction totale, mais quasi.
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6

Bonus-malus CO2 + taxes véhicules de société

Malus à l'immatriculation : le barème 2026

Calculé sur les émissions WLTP CO2 homologuées du véhicule, il se durcit chaque année selon une trajectoire pluriannuelle :

AnnéeSeuil de déclenchementPlafond du malus CO2
2025113 g/km70 000 €
2026108 g/km80 000 € (au-delà de 191 g/km)
2027103 g/km90 000 €

Le malus au poids s'y ajoute : son seuil est descendu à 1 500 kg en 2026.

Utilitaires : une camionnette n'est soumise au malus et aux taxes d'affectation que si elle comporte, ou peut facilement comporter, au moins trois rangs de places assises ; un pick-up d'au moins cinq places est taxé. Un fourgon classique reste hors champ.
Ex-TVS : deux taxes annuelles, plus une troisième depuis 2025

La taxe sur les véhicules de société (TVS) a été remplacée par deux taxes annuelles distinctes, codifiées au code des impositions sur les biens et services :

  • Taxe annuelle sur les émissions de CO2 : barème WLTP progressif.
  • Taxe annuelle sur les émissions de polluants atmosphériques (et non « sur l'ancienneté ») : 0 € en catégorie E (électrique, hydrogène), 130 € en catégorie 1 et 650 € pour les véhicules les plus polluants depuis le 1er mars 2026 (contre 0, 100 et 500 € en 2025).
  • Les véhicules fonctionnant exclusivement à l'électricité ou à l'hydrogène sont exonérés des deux taxes. Depuis 2025, les hybrides rechargeables ne bénéficient plus de l'exonération de taxe CO2.
Nouveauté structurante pour les grandes flottes : l'obligation de quotas de véhicules à faibles émissions qui figurait à l'article L. 224-10 du code de l'environnement a été supprimée par la loi de finances pour 2025 pour les voitures particulières et les VUL. Elle est remplacée par une taxe annuelle incitative visant les entreprises disposant d'au moins 100 véhicules légers : l'écart au taux cible d'intégration de véhicules à faibles émissions — 18 % en 2026 — est taxé, sur la base d'un tarif unitaire de 4 000 €.

Pour une flotte de véhicules de société, l'arbitrage se joue donc désormais moins sur l'aide à l'achat que sur le cumul : malus d'immatriculation évité, exonération des deux taxes annuelles, et taxe incitative neutralisée.

À retenir
  • Crit'Air : 6 classes (0 à 5). Crit'Air 0 = électrique et hydrogène, Crit'Air 1 = essence Euro 5-6 et hybrides rechargeables.
  • ZFE-m : toujours en vigueur — leur suppression, votée le 17 juin 2025, a été censurée par le Conseil constitutionnel et ne figure pas dans la loi n° 2026-403 du 26 mai 2026.
  • Périmètre réel : depuis 2025, seuls le Grand Paris et la Métropole de Lyon sont des territoires ZFE effectifs (Crit'Air 3 interdit) ; les autres agglomérations sont des « territoires de vigilance ».
  • Amendes prévues : 68 € (VL et VU), 135 € (PL, autobus, autocars) — sous réserve de la fin de la période pédagogique locale.
  • Aides à l'achat : prime à la conversion supprimée le 2 décembre 2024, bonus écologique supprimé au 1er juillet 2025 et remplacé par la prime « coup de pouce » financée par les CEE, réservée aux particuliers.
  • Malus 2026 : déclenchement à 108 g CO2/km, plafond 80 000 €, malus au poids dès 1 500 kg.
  • Ex-TVS : taxe CO2 + taxe sur les polluants atmosphériques (0 / 130 / 650 € depuis mars 2026). Électrique et hydrogène exonérés des deux ; plus d'exonération CO2 pour les hybrides rechargeables.
  • Flottes ≥ 100 véhicules légers : quotas de l'article L. 224-10 supprimés par la loi de finances pour 2025, remplacés par une taxe annuelle incitative (cible 18 % en 2026, tarif unitaire 4 000 €).
  • 2035 : le règlement (UE) 2023/851 reste en vigueur, mais la Commission a proposé le 16 décembre 2025 d'abaisser l'objectif de -100 % à -90 %. Proposition non encore adoptée.
Sources de ce chapitre
  • Loi n° 2021-1104 du 22 août 2021 (Climat et Résilience) et loi n° 2019-1428 du 24 décembre 2019 (LOM) — Légifrance
  • Loi n° 2026-403 du 26 mai 2026 de simplification de la vie économique (après censure partielle du Conseil constitutionnel) — Légifrance
  • Vignette Crit'Air et ZFE-m — ministère de la Transition écologique et service-public.gouv.fr
  • Prime « coup de pouce véhicules particuliers électriques » — economie.gouv.fr
  • Malus, taxes annuelles sur l'affectation des véhicules et taxe incitative — code des impositions sur les biens et services, BOFiP
  • Règlement (UE) 2023/851 et proposition de révision du 16 décembre 2025 — EUR-Lex
Sommaire de la formation

Contenu relu par le Pôle HSE & Risques industriels · Politique éditoriale