Éco-conduite · VU Éco-conduite & Véhicules Utilitaires

Module 1 : Enjeux et cadre éco-conduite

Sommaire complet de la formation
Module 1 : Enjeux 18 min de lecture

1.3 Éco-conduite et risque routier professionnel

L'éco-conduite n'est pas qu'une affaire de carburant. Anticiper, stabiliser sa vitesse, garder ses distances : ce sont exactement les comportements que vise la prévention du risque routier professionnel, qui pèse lourd dans la mortalité au travail — 549 personnes tuées en 2024 lors d'un trajet lié au travail selon les estimations de l'ONISR. Ce chapitre montre comment inscrire l'éco-conduite dans la démarche de prévention que l'employeur doit de toute façon conduire.

Le risque routier professionnel en chiffres

549
personnes tuées en 2024
en trajet lié au travail : 407 domicile-travail, 142 professionnel (ONISR)
≈ 30%
des décès dans le cadre du travail
sont des tués en trajet ou en mission, salariés du régime général et agricole, 2023 (ONISR)
222
décès routiers de trajet en 2024
sur 318 décès d'accidents de trajet, régime général (Assurance Maladie)
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Mission et trajet : deux régimes, un même enjeu

Le Code de la sécurité sociale distingue deux situations, dont les conséquences pour l'employeur diffèrent :

Accident de mission
Survenu pendant un déplacement effectué pour le travail (livraison, intervention, rendez-vous client). C'est un accident du travail au sens de l'article L411-1 ; le salarié est protégé pendant toute la durée de la mission (Cass. soc., 19 juillet 2001, n° 99-21.536).
Accident de trajet
Survenu entre le domicile et le lieu de travail, ou entre le travail et le lieu habituel de repas (article L411-2). Il est pris en charge par la branche risques professionnels, mais n'est pas imputé au compte de l'employeur de la même façon.

Pour une flotte d'utilitaires, c'est surtout le risque mission qui est en jeu : l'employeur choisit le véhicule, organise les tournées et fixe les délais. C'est aussi sur ce terrain que l'éco-conduite agit directement.

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L'obligation de sécurité de l'employeur

L'article L4121-1 du Code du travail impose à l'employeur de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé des travailleurs : actions de prévention, actions d'information et de formation, organisation et moyens adaptés. Ces mesures suivent les principes généraux de prévention de l'article L4121-2.

DécisionCe qu'elle a posé
Cass. soc., 28 février 2002, n° 00-10.051 (arrêts « amiante »)Définition de la faute inexcusable : l'employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger et n'a pas pris les mesures nécessaires
Cass. soc., 25 novembre 2015, n° 14-24.444L'employeur s'exonère s'il démontre avoir pris toutes les mesures prévues par les articles L4121-1 et L4121-2 : on parle d'obligation de moyens renforcée
Cass. 2e civ., 16 novembre 2023, n° 22-10.357Un livreur avait signalé sa fatigue avant l'accident : le risque signalé et non traité caractérise la faute inexcusable
Ce que cela change pour l'éco-conduite : une formation à la conduite, tracée et suivie, fait partie des mesures qu'un employeur peut produire pour démontrer qu'il a agi. Elle ne l'exonère pas de tout, mais son absence, face à un risque connu, pèse lourd.
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Le référentiel : les codes de bonnes pratiques de l'Assurance Maladie

La prévention du risque routier au travail s'appuie sur deux codes de bonnes pratiques adoptés par les partenaires sociaux au sein de la commission des accidents du travail et maladies professionnelles : l'un sur le risque mission (5 novembre 2003), l'autre sur le risque trajet (28 janvier 2004). Ils n'ont pas force de loi, mais ils décrivent ce qu'on attend d'un employeur et servent de grille aux préventeurs des caisses régionales.

Le code « mission » s'organise en quatre axes :

Déplacements
les réduire, les organiser, prévoir les pauses
Véhicules
choix, équipements, entretien
Communications
pas d'appel en conduisant
Compétences
formation des conducteurs
L'éco-conduite relève de l'axe « compétences », mais elle ne produit ses effets de sécurité que si les trois autres suivent : une tournée intenable ou un téléphone qui sonne en permanence annulent le bénéfice de la meilleure formation.
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Inscrire le risque routier au DUERP

L'employeur évalue les risques et consigne cette évaluation dans le document unique (articles L4121-3 et R4121-1 du Code du travail). Dès qu'un salarié conduit pour le travail, le risque routier y a sa place, unité de travail par unité de travail. Dans les entreprises d'au moins 11 salariés, le document est mis à jour au moins chaque année (R4121-2).

  • Identifier les postes qui conduisent, les véhicules utilisés, les kilométrages et les contraintes de délai.
  • Évaluer selon la méthode de cotation de l'entreprise (gravité, exposition).
  • Planifier les mesures : organisation des tournées, entretien, règles de communication, formation à la conduite — l'éco-conduite trouve ici sa place de mesure de prévention.

Le module de la formation DUERP détaille la méthode d'évaluation.

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Véhicule et communications : les règles qui encadrent

Le véhicule est un équipement de travail

L'employeur met à disposition des équipements appropriés au travail à réaliser (article R4321-1) et les maintient en état de conformité (article R4322-1). Pour un utilitaire, cela passe par un entretien suivi et une remontée rapide des défauts constatés par les conducteurs (chapitre 3.3).

Le téléphone

L'usage d'un téléphone tenu en main en conduisant est puni de 135 € et 3 points, et les dispositifs portés à l'oreille (oreillettes, casques) sont interdits depuis le 1er juillet 2015 (article R412-6-1 du Code de la route). La Sécurité routière rappelle que téléphoner en conduisant multiplie par 3 le risque d'accident, et que lire un message le multiplie par 23.

L'Appel national des employeurs pour la sécurité routière, lancé le 11 octobre 2016, propose des engagements volontaires dont celui de limiter l'usage du téléphone aux cas d'urgence et d'intégrer les temps de repos dans l'organisation des déplacements. Une politique d'éco-conduite gagne à s'y adosser.
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Une seule démarche, des indicateurs communs

Éco-conduite et sécurité se pilotent avec les mêmes données. La vitesse en est le meilleur exemple : selon le modèle de puissance établi par les travaux de Nilsson et d'Elvik, 1 % de vitesse moyenne en plus entraîne environ 4 % d'accidents mortels en plus. Réduire et stabiliser la vitesse fait donc baisser en même temps la consommation (chapitre 2.3) et le risque.

IndicateurEffet carburantEffet sécurité
Accélérations et freinages brusquesÉnergie gaspilléeSignal de conduite sans anticipation
Vitesse moyenne et dépassementsRésistance de l'air croissanteGravité et fréquence des accidents
Accidents responsablesImmobilisations, réparationsIndicateur de résultat de la prévention

L'indicateur de résultat côté sécurité est le taux d'accidents responsables, relevé avant le lancement et suivi ensuite : c'est le poste sur lequel le comportement du conducteur a réellement prise. Son effet sur la prime d'assurance flotte dépend du contrat et de l'historique : il se négocie, il ne se décrète pas.

À retenir

  • Chiffres : 549 personnes tuées en 2024 en trajet lié au travail, dont 142 en déplacement professionnel ; environ 30 % des décès dans le cadre du travail sont routiers (ONISR).
  • Mission = accident du travail (L411-1 CSS) ; trajet = domicile-travail (L411-2).
  • Obligation de sécurité (L4121-1) : obligation de moyens renforcée depuis 2015 ; la formation tracée fait partie des mesures démontrables.
  • Référentiel : codes de bonnes pratiques mission (2003) et trajet (2004) ; l'éco-conduite relève de l'axe compétences.
  • Pilotage : mêmes indicateurs pour le carburant et la sécurité — vitesse, événements brusques, accidents responsables.

Sources de ce chapitre

  • La sécurité routière en France, bilan de l'année 2024 (chapitre « Les accidents liés au travail ») — ONISR
  • Rapport annuel 2024 de l'Assurance Maladie – Risques professionnels et codes de bonnes pratiques risque routier — ameli.fr
  • Code du travail (L4121-1 à L4121-3, R4121-1, R4121-2, R4321-1, R4322-1), Code de la sécurité sociale (L411-1, L411-2), Code de la route (R412-6-1) — Légifrance
  • Téléphone au volant et Appel des employeurs — Sécurité routière
Sommaire de la formation

Contenu relu par le Pôle HSE & Risques industriels · Politique éditoriale