Instrumentation & régulation
Mesurer : vocabulaire, pression et température

Module 1 / 4 · Sommaire complet

Module 1 : Mesurer, pression et température 23 min de lecture

1.2 Mesure de pression : manomètre, transmetteur, absolue, relative et différentielle

La pression est la grandeur la plus mesurée dans une usine, et celle où l'on commet le plus d'erreurs d'interprétation : absolue ou relative, une prise inversée, une ligne d'impulsion bouchée. Ce chapitre explique les trois références de pression, les capteurs mécaniques et électroniques, le transmetteur différentiel, et surtout les accessoires qui permettent d'intervenir sans risque.

Trois références pour une même pression

Absolue

Référence : le vide parfait. Le zéro est le vide, jamais négatif.

Relative (effective)

Référence : l'atmosphère ambiante. Négative en dépression.

Différentielle

Référence : une seconde prise. Elle mesure l'écart entre deux points.

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Absolue, relative ou différentielle : la référence change tout

Une pression ne se mesure jamais « dans l'absolu » : on la compare toujours à quelque chose. La pression absolue se compare au vide parfait. La pression relative, dite aussi effective ou « gauge », se compare à la pression atmosphérique ambiante : c'est celle qu'indique la plupart des manomètres. La pression différentielle compare deux pressions du procédé, par exemple l'amont et l'aval d'un filtre.

Le décalage entre absolue et relative est l'atmosphère normale, soit 101,325 kPa (environ 1,013 bar). Exemple : un réseau d'air à 6 bar relatifs est à environ 7,01 bar absolus. Les unités qui expriment toujours une pression absolue (l'atmosphère, le torr) n'ont pas de version « relative ».

MesureRéférenceExemple d'usagePiège à éviter
AbsolueVide parfaitVide d'un sécheur, procédé sous videRemplacer un capteur absolu par un capteur relatif décale la mesure d'une atmosphère
RelativeAtmosphère ambiantePression d'un réseau d'air, d'une pompeUne dépression s'exprime en valeur négative
DifférentielleDeuxième prise de pressionColmatage de filtre, perte de charge d'un échangeurInverser les prises haute (H) et basse (L) renverse le sens de la mesure
Une erreur classique au remplacement
Les plaques signalétiques précisent la nature de la pression et l'étendue. Avant de commander ou de monter un transmetteur de remplacement, vérifiez la référence (absolue, relative, différentielle) et pas seulement la plage et le raccord.
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Les éléments mécaniques : tube de Bourdon, soufflet, membrane

Les instruments les plus simples convertissent la pression en une force, donc en un déplacement. Trois éléments sensibles mécaniques dominent :

  • le tube de Bourdon : un tube métallique élastique, cintré, qui tend à se redresser sous la pression interne ; il entraîne une aiguille par un petit mécanisme. La plupart des manomètres l'utilisent ;
  • le soufflet, qui ressemble à un accordéon métallique et s'allonge quand la pression augmente ;
  • la membrane, un disque mince qui se bombe sous la pression. La plupart des transmetteurs de pression en sont équipés.

Ces trois éléments peuvent mesurer une pression relative, absolue ou différentielle. Il suffit d'exposer la seconde face de l'élément à une autre pression (mesure différentielle) ou à une chambre sous vide (mesure absolue). Pour une mesure relative, la seconde face est tout simplement à l'air libre.

Le manomètre donne une lecture locale, sans énergie ni signal. Il rend un service précieux à côté du transmetteur : il permet de vérifier au pied de l'installation, en quelques secondes, la valeur affichée en salle de contrôle.

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Les transmetteurs électroniques : jauge de contrainte et capacité

Pour envoyer la mesure à un régulateur, on remplace l'aiguille par un élément qui produit un signal électrique. Plusieurs technologies cohabitent :

  • le capteur piézorésistif (jauge de contrainte) : une résistance collée sur la membrane dont la valeur varie quand elle se déforme. Les modèles métalliques peuvent perdre leur justesse après une surpression, car le métal fatigue et peut « fluer » au-delà de sa limite élastique. Les jauges en silicium sont plus linéaires ;
  • le capteur capacitif : une membrane sensible, placée entre deux plaques fixes, forme deux condensateurs. Une différence de pression la fait fléchir et modifie leurs capacités. Un liquide d'isolement, de type huile silicone, transmet la pression et sert aussi de diélectrique ;
  • le capteur à élément résonant, dont la fréquence de vibration dépend de la contrainte.

Le transmetteur convertit ensuite cette grandeur électrique en signal normalisé : 4-20 mA analogique (chapitre 2.3), éventuellement enrichi du protocole HART, ou signal numérique de bus de terrain.

Retenez une règle de prudence : la surpression est le premier ennemi d'un capteur de pression. Un coup de bélier ou un test hydraulique de ligne peuvent dépasser la limite de surcharge du capteur ; l'appareil continue d'afficher une valeur, mais sa justesse n'est plus garantie. Après toute surpression suspectée, il est prudent de contrôler l'étalonnage (chapitre 4.1).

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Le transmetteur de pression différentielle

Le transmetteur différentiel dispose de deux ports : « H » (haute) et « L » (basse). Il ne mesure que l'écart entre les deux pressions, quelle que soit leur valeur absolue. Appliquer 10 bar d'un côté et 9 bar de l'autre donne exactement le même signal qu'appliquer 1 bar d'un côté et laisser l'autre à l'air libre.

Cette polyvalence en fait l'instrument le plus répandu en instrumentation de procédé. Selon la façon dont on raccorde les ports, le même appareil mesure :

  • une perte de charge : colmatage d'un filtre (prise H à l'amont, prise L à l'aval : plus le filtre se colmate, plus le signal monte), encrassement d'un échangeur ;
  • une pression relative (port L à l'air libre) ou une pression absolue (port L fermé sur une chambre sous vide) ;
  • un débit, par la chute de pression créée par un organe déprimogène (chapitre 2.1) ;
  • un niveau, par la pression hydrostatique d'une colonne de liquide (chapitre 2.2).

Les tubes qui relient le transmetteur au procédé s'appellent les lignes d'impulsion (ou prises de pression). Ils transmettent la pression sans la modifier, à condition de rester propres, étanches et sans poche d'air ni de liquide parasite : une ligne bouchée ou mal purgée donne une mesure lente, figée ou décalée.

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Manifold, purge et protections : les accessoires qui sauvent le transmetteur

Un transmetteur de pression ne se raccorde presque jamais en direct. Le manifold (bloc de vannes) permet de l'isoler du procédé pour le contrôler ou le remplacer sans arrêter l'installation.

  • Manifold à 3 vannes pour un différentiel : une vanne d'isolement côté haute pression, une côté basse pression, une vanne d'égalisation entre les deux. Un purgeur évacue la pression piégée.
  • Manifold à 5 vannes : même principe, avec une purge intégrée qu'on peut déporter à un endroit sûr plutôt que de vider le fluide sur le transmetteur.
  • Bloc d'isolement et de purge pour une mesure relative : une vanne d'isolement et une vanne de purge.

Deux règles sont à connaître par cœur. Pour isoler un transmetteur différentiel, on ferme d'abord la vanne haute pression, on ouvre l'égalisation, on ferme la vanne basse pression, puis on ouvre la purge en dernier : ainsi l'appareil n'est jamais soumis à une forte pression différentielle et la pression piégée est aussi faible que possible. Et surtout, l'égalisation ne doit jamais être ouverte alors que les deux vannes d'isolement le sont : le fluide du procédé passerait de la haute à la basse pression, avec le risque d'atteindre le transmetteur et de blesser l'intervenant (vapeur, fluide chaud).

Isolement = consignation
Une vanne d'isolement fermée est une consignation comme une autre : elle se signale et, si possible, se verrouille, pour que personne ne la rouvre alors que l'appareil est purgé ou déposé. Le chapitre 4.3 détaille ces règles de sécurité.

D'autres accessoires protègent l'instrument selon le fluide :

  • manomètre rempli de glycérine ou d'huile pour amortir les vibrations et les pulsations modérées ;
  • amortisseur de pulsations (restriction à l'entrée de l'appareil, par exemple une vanne pointeau mi-ouverte) : elle filtre les pics de pression, mais elle peut se boucher avec des impuretés et rendre la mesure lente ;
  • séparateur à membrane relié par un capillaire rempli d'un liquide de transfert : il isole l'instrument du fluide du procédé, par exemple en agroalimentaire où un tube de raccordement stagnant favoriserait la prolifération de micro-organismes ;
  • ligne d'impulsion remplie d'un liquide neutre : elle crée sa propre pression selon la différence de hauteur avec le point de prise, ce qui impose un décalage de zéro volontaire à l'étalonnage.
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Le montage : trois contrôles avant la mise en route

La plupart des mesures de pression fausses viennent de l'installation, pas du capteur. Trois contrôles évitent l'essentiel des déconvenues.

  • La prise de pression. Elle doit être au bon endroit, bien dégagée, avec une vanne d'isolement. Vérifiez le sens (haut et bas d'un différentiel) et l'absence de poche d'air (en liquide) ou de condensat (en gaz).
  • Le zéro. Une ligne d'impulsion remplie de liquide exerce sa propre pression selon la différence de hauteur entre le point de prise et l'appareil : cette valeur ne vient pas du procédé. On la compense par un décalage de zéro volontaire, noté dans le dossier d'étalonnage.
  • La compatibilité. Matériaux de la membrane et des joints avec le fluide, limite de surpression, température maximale du procédé et de l'environnement.

Un test simple permet de contrôler un différentiel en quelques minutes : fermer les deux vannes d'isolement et ouvrir l'égalisation pour obtenir 0 de pression différentielle. L'instrument doit alors lire zéro. Si ce n'est pas le cas, il faut le réétalonner ; s'il le fait, son étalonnage est probablement correct sur toute la plage.

Isoler un transmetteur différentiel : l'ordre des opérations

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Fermer la vanne d'isolement haute pression

L'appareil ne voit plus la pression haute.

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Ouvrir la vanne d'égalisation

Les deux côtés de la membrane se retrouvent à la même pression.

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Fermer la vanne d'isolement basse pression

Le transmetteur est isolé du procédé des deux côtés.

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Ouvrir la purge en dernier

La pression piégée s'évacue vers un endroit sûr avant toute dépose.

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Signaler l'isolement

Étiquette, cadenas : on ne rouvre pas des vannes avec un appareil purgé ou déposé.

Sources

  • Tony R. Kuphaldt, Lessons in Industrial Instrumentation, v2.32, § 2.11.5 (systèmes de mesure de pression) et ch. 19 (mesure continue de pression), licence CC BY 4.0 — ibiblio.org/kuphaldt/socratic/sinst/
  • Vocabulaire international de métrologie (VIM), JCGM 200:2012 — bipm.org

Les normes NF, EN, IEC et ISA sont payantes : seul leur objet est cité ici, jamais leurs valeurs. Vérifiez toujours l'édition applicable. Contenu vérifié en octobre 2026.

À retenir

  • Absolue (vide), relative (atmosphère) et différentielle (deux prises) ne sont pas interchangeables : le décalage absolue/relative est d'environ 1,013 bar.
  • Le tube de Bourdon équipe la plupart des manomètres, la membrane la plupart des transmetteurs ; la surpression peut dégrader la justesse sans casser l'appareil.
  • Le transmetteur différentiel mesure un écart : filtre colmaté, perte de charge, mais aussi débit et niveau selon le montage.
  • Pour isoler un différentiel : haute pression fermée, égalisation ouverte, basse pression fermée, purge en dernier.
  • Ne jamais ouvrir l'égalisation avec les deux vannes d'isolement ouvertes ; une vanne d'isolement est une consignation à signaler.
  • Une ligne d'impulsion bouchée, mal purgée ou inversée donne une mesure lente, figée ou de signe contraire.

Contenu relu par le Pôle Sectoriel & Industrie · Politique éditoriale