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Sommaire
4.1 Étalonnage d'un transmetteur : zéro, étendue, erreurs et constat avant/après réglage
Étalonner un transmetteur, c'est comparer sa réponse à des étalons connus, puis l'ajuster si nécessaire. Ce chapitre distingue étalonnage, ajustage et réglage de l'étendue, présente les quatre erreurs types, la procédure en cinq points montée et descente, le constat avant et après réglage (as-found, as-left) et la question de l'intervalle de réétalonnage selon le guide ILAC-G24.
Un étalonnage en cinq points, à la montée puis à la descente
| Point | Pression appliquée (0-10 bar) | Courant attendu | Sens |
|---|---|---|---|
| 0 % | 0 bar | 4,00 mA | montée |
| 25 % | 2,5 bar | 8,00 mA | montée |
| 50 % | 5 bar | 12,00 mA | montée |
| 75 % | 7,5 bar | 16,00 mA | montée |
| 100 % | 10 bar | 20,00 mA | montée, puis redescendre par les mêmes points |
Étalonner, ajuster, régler l'étendue : trois opérations à ne pas confondre
Sur un transmetteur, trois opérations portent des noms proches mais ne servent pas à la même chose.
- L'étalonnage compare la réponse de l'instrument à des étalons de valeurs connues, dans les conditions spécifiées (chapitre 1.1). Il ne modifie rien : il constate. On ne peut pas étalonner sans soumettre l'appareil à une grandeur réelle de valeur connue.
- L'ajustage corrige la réponse (zéro, étendue, linéarité sur certains modèles) pour qu'elle corresponde aux indications prescrites. Il suit un étalonnage et appelle un nouvel étalonnage.
- Le réglage de l'étendue (« ranger », en anglais) fixe les valeurs basse (LRV) et haute (URV) que l'appareil associe à 4 et 20 mA.
Sur un transmetteur analogique, les mêmes réglages servent à régler l'étendue et à ajuster : changer l'étendue oblige à réétalonner. Sur un transmetteur intelligent, ils sont séparés : on peut modifier l'étendue sans refaire l'étalonnage. La confusion est fréquente chez les débutants comme chez les expérimentés : régler numériquement LRV et URV n'est pas un étalonnage.
Exemple : un transmetteur réglé de 0 à 10 bar a un capteur fatigué qui lit seulement 9,6 bar quand on applique 10 bar. Le microprocesseur « croit » que la pression est de 9,6 bar et délivre 4 + 16 × 0,96 = 19,36 mA au lieu de 20 mA. Le réglage de LRV et URV est parfait, et pourtant la mesure est fausse. Seule l'application d'une pression connue le révèle. C'est la fonction du réglage numérique du capteur (sensor trim) et de celui de la sortie 4-20 mA (output trim).
Les quatre erreurs d'étalonnage : zéro, étendue, linéarité, hystérésis
Comme la réponse idéale d'un transmetteur est une droite (sortie = pente × entrée + décalage), les erreurs se rangent en quatre types.
| Erreur | Ce qui se passe | Remède |
|---|---|---|
| Décalage de zéro | La droite est translatée : la même erreur à tous les points | Régler le zéro |
| Erreur d'étendue | La pente change : l'erreur croît avec la valeur | Régler l'étendue |
| Erreur de linéarité | La réponse n'est plus une droite | Réglage de linéarité s'il existe ; sinon répartir l'erreur entre le haut et le bas de l'échelle |
| Hystérésis | La réponse diffère à la montée et à la descente (frottement, jeu mécanique) | Ne se corrige pas par réglage : remplacer ou réparer le composant en cause |
Dans la pratique, la plupart des erreurs combinent plusieurs de ces défauts, et une erreur de zéro accompagne presque toujours les autres. C'est pourquoi on fait souvent un test rapide à un seul point. S'il est dans la tolérance, l'étalonnage est probablement bon sur toute la plage ; s'il est hors tolérance, il faut étalonner. Sur un transmetteur de pression différentielle, ce test est facile : on ferme les deux vannes d'isolement, on ouvre l'égalisation et on obtient une pression différentielle nulle. L'appareil doit alors lire zéro (chapitre 1.2).
Le montage d'étalonnage : un étalon plus exact que l'appareil
Un étalonnage consiste à appliquer à l'entrée une grandeur de valeur connue et à relever la sortie. Il faut donc deux « étalons » : un pour l'entrée et un pour la sortie.
- Transmetteur de pression. Source de pression (pompe à main ou régulateur), manomètre ou calibrateur de référence en entrée, multimètre ou calibrateur de courant en sortie. Pour un appareil communiquant en HART, la boucle doit comporter une résistance de charge (chapitre 2.3).
- Transmetteur de température. Un simulateur de sonde ou de thermocouple délivre la résistance ou la tension correspondant à la température demandée ; on lit le courant en sortie.
Une règle d'or : l'incertitude de l'étalon doit être nettement inférieure à celle de l'instrument contrôlé. Sinon, l'étalonnage devient un exercice vain. Un rapport de 4 pour 1 au minimum (idéalement 10 pour 1) est la règle empirique habituelle, dite test uncertainty ratio. Un technicien qui tenterait de régler un transmetteur à ± 0,25 % de l'étendue avec un manomètre de contrôle à ± 1 % tournerait sans fin sur les vis de réglage, car l'étalon varie plus que la tolérance visée.
La traçabilité des étalons exige une chaîne ininterrompue : l'étalon de l'atelier est périodiquement étalonné par un laboratoire, lui-même raccordé à des références de niveau supérieur. En France, l'accréditation des laboratoires d'étalonnage selon l'ISO/IEC 17025 est délivrée par le Cofrac, et le LNE est le laboratoire national de métrologie. Le certificat d'étalonnage d'un étalon de terrain est une pièce du dossier : sans lui, la traçabilité de tout l'étalonnage tombe.
La procédure : zéro et étendue, cinq points, montée et descente
La méthode la plus simple pour un instrument analogique est celle du zéro et de l'étendue :
- appliquer la valeur basse de l'étendue et attendre la stabilisation ;
- agir sur le réglage de zéro jusqu'à ce que l'instrument lise juste ;
- appliquer la valeur haute et attendre la stabilisation ;
- agir sur le réglage d'étendue jusqu'à ce que l'instrument lise juste ;
- recommencer autant que nécessaire : sur un appareil analogique, zéro et étendue interagissent.
On améliore cette procédure en contrôlant plusieurs points intermédiaires : le contrôle à cinq points (0, 25, 50, 75 et 100 %), ou à 10, 25, 50, 75 et 90 % avec des réglages faits aux extrémités. On peut ensuite refaire le contrôle à la descente (étalonnage « aller-retour ») pour mesurer l'hystérésis. Pendant l'essai, ne dépassez jamais un point : si cela arrive, revenez en arrière et abordez le point par le même sens qu'avant, faute de quoi la mesure d'hystérésis est faussée.
Pour un transmetteur intelligent, l'ajustage s'appelle le réglage numérique (trim) et ses fonctions basse et haute ne sont généralement pas interactives : on applique chaque valeur une seule fois. On règle le capteur (valeur basse puis haute), puis la sortie (on lit avec précision le courant délivré et on le saisit), et ce n'est qu'après que l'on règle les valeurs LRV et URV. On peut ensuite changer l'étendue autant de fois qu'on veut sans réétalonner ; on ne refait un étalonnage que pour contrôler la dérive dans le temps.
Consigner l'état avant et après réglage (as-found, as-left)
Un principe fondamental : documenter l'état de l'instrument tel qu'il a été trouvé et tel qu'il a été laissé après réglage. Avec les deux relevés, on mesure la dérive de l'appareil au fil des étalonnages. Si l'on n'en consigne qu'un, il est impossible de savoir comment l'instrument tient son étalonnage dans la durée, et une dérive excessive est souvent le signe d'une panne à venir.
Le format habituel est un tableau avec les points d'essai, les réponses idéales, les réponses mesurées et l'erreur calculée à chaque point, avec son signe : erreur = (valeur mesurée − valeur idéale) ÷ étendue × 100. Exemple, pour le transmetteur 0-10 bar (étendue de signal de 16 mA) :
| Point | Courant idéal | Avant réglage (as-found) | Erreur | Après réglage (as-left) | Erreur |
|---|---|---|---|---|---|
| 0 % | 4,00 mA | 4,02 mA | +0,13 % | 4,00 mA | 0,00 % |
| 25 % | 8,00 mA | 8,05 mA | +0,31 % | 8,00 mA | 0,00 % |
| 50 % | 12,00 mA | 12,06 mA | +0,38 % | 12,01 mA | +0,06 % |
| 75 % | 16,00 mA | 16,05 mA | +0,31 % | 16,00 mA | 0,00 % |
| 100 % | 20,00 mA | 20,03 mA | +0,19 % | 20,01 mA | +0,06 % |
Ce relevé montre un écart positif de 0,02 à 0,06 mA à tous les points : avec une tolérance de ± 0,5 % de l'étendue, l'appareil était encore acceptable avant réglage, mais l'écart de même signe sur toute la plage suggère une dérive qu'on suivra d'un étalonnage à l'autre. Dans les industries très réglementées (pharmacie, par exemple), chaque intervention sur un instrument est consignée et archivée pour pouvoir remonter aux causes d'un incident de fabrication.
Intervalle de réétalonnage, amortissement et critères d'acceptation
À quelle fréquence étalonner ? Le guide ILAC-G24 / OIML D 10:2022 (publication gratuite) décrit cinq méthodes pour réviser un intervalle de réétalonnage : réglage automatique par paliers (« escalier »), carte de contrôle, temps d'utilisation, contrôle en service (« boîte noire ») et autres approches statistiques. Il recommande de réétalonner plus fréquemment un équipement neuf pour observer une tendance, et déconseille les intervalles fixes, sauf s'ils sont imposés par un document normatif (procédure de mesure de référence, méthode spécifiée, norme de consensus). La règle générale : l'intervalle se justifie par l'historique des étalonnages, pas par l'habitude.
Une confusion fréquente : un certificat d'étalonnage n'a pas à contenir de recommandation d'intervalle, sauf accord avec le client (ISO/IEC 17025:2017, § 7.8.4.3, norme payante citée pour son objet). L'intervalle est une décision de l'utilisateur, fondée sur ses propres données.
L'amortissement est un réglage de transmetteur à ne pas confondre avec l'étalonnage : c'est un filtre passe-bas qui réduit le bruit rapporté. Utile pour une pression instable à la sortie d'une pompe, il ralentit la réponse. Le meilleur remède reste de supprimer le bruit à la source, par exemple en déplaçant la prise de pression à un endroit moins turbulent.
La tolérance d'étalonnage est fixée par le besoin du procédé et le dossier de l'installation, jamais par ce que l'étalon est capable de démontrer. Notez-la sur le mode opératoire, avec le critère d'acceptation (écart maximal en % de l'étendue) et la conduite à tenir en cas d'écart hors tolérance (réglage, mise hors service, information de la qualité).
Ordre des opérations pour un transmetteur intelligent
Isoler, signaler et raccorder les étalons
Boucle en manuel ou neutralisée, appareil isolé du procédé et vérifié (chapitre 4.3).
Relever l'état trouvé (as-found)
Cinq points montée et descente, sans régler : on constate d'abord.
Régler le capteur (valeur basse puis haute)
Une application de chaque valeur suffit, les réglages ne s'influencent pas.
Régler la sortie 4-20 mA
Lire le courant avec un instrument de référence et saisir la valeur.
Régler l'étendue (LRV, URV) puis relever l'état laissé (as-left)
Nouveau contrôle à cinq points, enregistrement, remise en service.
Sources
- Tony R. Kuphaldt, Lessons in Industrial Instrumentation, v2.32, ch. 18 (étalonnage des instruments), licence CC BY 4.0 — ibiblio.org/kuphaldt/socratic/sinst/
- ILAC-G24:2022 / OIML D 10:2022, Guidelines for the determination of recalibration intervals of measuring equipment — oiml.org
- Vocabulaire international de métrologie (VIM), JCGM 200:2012, entrées 2.39, 2.41, 2.44 et 3.11 — bipm.org
- ISO/IEC 17025:2017 : norme payante, citée pour son objet (exigences pour les laboratoires d'étalonnage et d'essais) — cofrac.fr
Les normes NF, EN, IEC et ISA sont payantes : seul leur objet est cité ici, jamais leurs valeurs. Vérifiez toujours l'édition applicable. Contenu vérifié en octobre 2026.
À retenir
- Étalonner = constater ; ajuster = corriger ; ranger = fixer LRV et URV. Régler LRV et URV n'est pas un étalonnage.
- Quatre erreurs : zéro, étendue, linéarité, hystérésis ; seule l'hystérésis ne se règle pas.
- L'étalon doit être plus exact que l'instrument (4 pour 1 au minimum) et son certificat fait partie du dossier.
- Contrôler à cinq points, à la montée puis à la descente, sans jamais dépasser un point.
- Toujours consigner l'état as-found et l'état as-left : c'est ce qui permet de mesurer la dérive.
- L'intervalle de réétalonnage se révise sur l'historique ; les intervalles fixes sont déconseillés sauf imposition normative.
Contenu relu par le Pôle Sectoriel & Industrie · Politique éditoriale