Module 4 / 4 · Sommaire complet de la formation
4.2 Questions à réponses rédigées : méthode et exemples
Plusieurs concours évaluent les connaissances par des questions auxquelles on répond en quelques paragraphes rédigés. L'exemple le plus exigeant est l'épreuve de « réponses à une série de questions » du concours externe de rédacteur territorial. Ce chapitre décrit son format, ce qu'en disent la note de cadrage et les rapports de jury, puis une méthode de réponse appliquée à une question fictive.
Rédacteur territorial externe : quatre domaines au choix
a) Finances
Les finances, les budgets et l'intervention économique des collectivités territoriales
b) Droit public
Le droit public en relation avec les missions des collectivités territoriales
c) Sanitaire et social
L'action sanitaire et sociale des collectivités territoriales
d) Droit civil
Le droit civil en relation avec les missions des collectivités territoriales
Choix fait à l'inscription et définitif à la clôture des inscriptions (note de cadrage). Durée 3 heures, coefficient 1.
Ce que prévoient le décret et la note de cadrage
Le décret n° 2012-942 du 1er août 2012, qui organise les concours de rédacteur territorial, prévoit pour le concours externe deux épreuves d'admissibilité de 3 heures, coefficient 1 chacune : la rédaction d'une note sur dossier (traitée au module 2) et des « réponses à une série de questions » portant sur l'un des quatre domaines ci-dessus, choisi lors de l'inscription. Toute note inférieure à 5 sur 20 à l'une des épreuves d'admissibilité est éliminatoire.
Le décret ne dit rien du nombre de questions ni de la longueur des réponses. Ces précisions viennent de la note de cadrage nationale des centres de gestion, qui n'a pas la valeur d'un texte réglementaire mais décrit comment les sujets sont construits :
- les sujets comportent « au maximum dix questions » ;
- le barème de chaque question est indiqué sur le sujet, « afin que les candidats puissent arrêter leur stratégie de traitement du sujet » ;
- « certaines questions peuvent requérir un développement structuré, d'autres des réponses plus brèves destinées à vérifier des connaissances » ;
- « sauf indications contraires dans le sujet, des réponses intégralement rédigées sont attendues et seront notamment évaluées en fonction du respect des règles syntaxiques » ;
- l'épreuve « ne comporte pas de programme réglementaire ».
La même note de cadrage énumère ce que l'épreuve évalue : les connaissances du candidat dans le domaine choisi, son intérêt pour les questions d'actualité du domaine, sa capacité à rendre compte de ses connaissances de manière cohérente et ses qualités rédactionnelles. La connaissance ne suffit donc pas : elle doit être exposée.
Ce qu'en disent les rapports de jury
Les rapports de jury publiés par les centres de gestion convergent sur trois défauts : des connaissances insuffisantes, des réponses mal structurées et une expression trop sommaire.
| Rapport | Ce que relèvent les correcteurs |
|---|---|
| CDG du Finistère, session 2023 | « un grand manque de préparation à cette épreuve » ; les réponses « doivent être développées et structurées (Intro, parties, conclusion) » ; « certains candidats utilisent un style télégraphique de type prise de note pour répondre ce qui nuit à la qualité des réponses » ; il est recommandé de « bien lire les questions pour éviter les hors sujets ». |
| CDG du Calvados, session 2023 | « des connaissances souvent trop superficielles et imprécises pour des candidats qui ont choisi eux-mêmes l'épreuve » ; « le plus souvent, les réponses ne sont pas assez structurées (organisation, cohérence...) ». |
Les chiffres publiés par ces rapports confirment la difficulté de l'épreuve. Au CDG du Finistère (session 2023), la moyenne des candidats externes était de 5,78 sur 20 à l'épreuve de questions, contre 8,66 à la note. Au CDG du Calvados (session 2023), les moyennes par domaine de l'épreuve de questions allaient de 5,33 à 6,85 sur 20. Ces résultats valent pour une session et un centre de gestion donnés, mais la leçon est claire : c'est souvent l'épreuve de questions qui fait échouer les candidats externes.
Le rapport du Finistère ajoute un conseil de préparation : « il est indispensable de suivre l'actualité relative aux collectivités territoriales, d'acquérir les connaissances de base dans le domaine choisi, les références juridiques afin de pouvoir traiter les questions ».
Une méthode de réponse en cinq gestes
Les conseils qui suivent sont une méthode de travail, compatible avec ce que demandent la note de cadrage et les rapports de jury cités.
Lire le sujet entier et le barème. Le barème, porté sur le sujet, indique le poids de chaque question. Une question notée sur 4 points n'appelle pas le même développement qu'une question sur 1 point. Il permet aussi de répartir le temps : sur 3 heures, avec environ 20 points à gagner, un repère simple est de 7 à 8 minutes par point, en gardant 15 minutes pour la relecture.
Introduire en une ou deux phrases. Situer la notion (le texte qui la fonde, son contexte) et annoncer ce que la réponse va montrer. Pour une question brève, une phrase suffit.
Définir. Un terme juridique ou budgétaire se définit avant d'être commenté. C'est souvent là que se joue la différence entre une connaissance « superficielle » et une connaissance précise.
Structurer. Pour une question notée sur plusieurs points, deux ou trois paragraphes, chacun portant une idée, reliés par des transitions. Des titres courts ou une numérotation peuvent aider si le sujet ne l'interdit pas. Les rapports demandent une structure « intro, parties, conclusion » : une phrase de conclusion suffit à boucler la réponse.
Illustrer et référencer. Citer l'article, la loi ou l'exemple concret qui appuie l'idée, sans énumérer des références que l'on ne sait pas expliquer. Une référence exacte vaut mieux que trois approximatives.
Exemple fictif : deux réponses à la même question
Question (3 points). Qu'est-ce que la clause générale de compétence ? Quelles collectivités territoriales en disposent aujourd'hui ?
Réponse faible
Clause générale = toutes les compétences. Supprimée par la loi NOTRe. Les communes l'ont encore, pas les départements ni les régions.
Réponse solide
La clause générale de compétence permet à une collectivité de régler l'ensemble des affaires qui la concernent, sans que la loi ait à lui attribuer chaque compétence. La commune la conserve : selon l'article L2121-29 du code général des collectivités territoriales, « le conseil municipal règle par ses délibérations les affaires de la commune ». En revanche, depuis la loi n° 2015-991 du 7 août 2015 portant nouvelle organisation territoriale de la République, dite loi NOTRe, le conseil départemental et le conseil régional règlent les affaires de leur collectivité « dans les domaines de compétences que la loi lui attribue » (articles L3211-1 et L4221-1). Le Conseil constitutionnel a jugé cette suppression conforme à la Constitution pour les départements (décision n° 2016-565 QPC). Seule la commune dispose donc aujourd'hui de cette clause.
Pourquoi la première réponse perd des points. Elle est exacte sur le fond mais écrite en style télégraphique, sans définition réelle (« toutes les compétences » est inexact : la clause porte sur les affaires de la collectivité, pas sur toutes les compétences publiques), sans date ni référence. C'est exactement le défaut qu'un rapport de jury décrit comme un « style télégraphique de type prise de note ».
Ce que fait la seconde. Elle définit la notion, cite l'article qui la fonde, date la réforme, donne les articles qui la traduisent pour le département et la région, puis conclut en répondant exactement à la seconde partie de la question. Elle tient en un paragraphe, proportionné à une question notée sur 3 points.
Les autres formes de questions rédigées
Le même savoir-faire sert dans d'autres épreuves, avec des formats plus courts.
- Questions de compréhension d'un texte. Au concours de gardien-brigadier de police municipale, la seconde épreuve d'admissibilité porte sur des « réponses à des questions » sur un texte remis et l'explication d'une ou plusieurs expressions (1 h, coefficient 2). Le rapport du jury du CDG des Alpes-Maritimes (session 2022) note que « les réponses sont trop courtes et souvent formulées dans un style verbal » et qu'« il faut veiller à éviter la paraphrase » ; celui du CDG d'Ille-et-Vilaine (session 2022) relève « un fort usage de la paraphrase ».
- Questions à réponses courtes. Le rapport de la préfecture de région Hauts-de-France pour le concours d'adjoint administratif principal de 2e classe (session 2021) mentionne une épreuve de « questions à réponses courtes » en français et en mathématiques.
Éviter la paraphrase, c'est reformuler avec ses propres mots et montrer que l'on a compris, plutôt que recopier la phrase du texte qui contient la réponse. Une bonne réponse courte cite brièvement le passage utile, puis l'explique.
Se préparer sans programme officiel
L'absence de programme réglementaire ne laisse pas le candidat sans repère. La note de cadrage du concours de rédacteur territorial renvoie, « à titre purement indicatif », au programme des anciennes épreuves du concours : pour le domaine des finances, par exemple, les principes budgétaires, les budgets locaux, la séparation de l'ordonnateur et du comptable, les ressources et les dépenses des collectivités.
Une préparation efficace combine trois exercices :
- des fiches courtes par notion : définition, texte de référence, une ou deux illustrations, un point d'actualité daté ;
- des réponses chronométrées à des questions tirées au hasard dans ses fiches, en respectant le repère de temps par point ;
- la relecture de ses réponses avec les critères de la note de cadrage : exactitude, cohérence, qualités rédactionnelles.
Pour réviser les notions du concours, le portail propose un quiz de révision du concours de rédacteur territorial. Il ne reproduit pas l'épreuve, qui est rédigée, mais permet de vérifier des connaissances avant de s'entraîner à les écrire. La formation culture administrative pour les concours reprend les institutions, les collectivités et les finances locales.
Réponse qui perd des points / réponse qui en gagne
À éviter
- Style télégraphique, prise de notes
- Notion employée sans être définie
- Références vagues ou non datées
- Réponse hors de la question posée
- Même longueur pour toutes les questions, quel que soit le barème
À viser
- Phrases complètes, correctes, reliées
- Définition, puis explication
- Article ou loi exacts, date de la réforme
- Réponse à chaque partie de la question
- Développement proportionné au barème
Sources
- Décret n° 2012-942 du 1er août 2012 fixant les modalités d'organisation des concours pour le recrutement des rédacteurs territoriaux — Légifrance
- Note de cadrage nationale de l'épreuve de réponses à une série de questions du concours externe de rédacteur territorial (centres de gestion) — agirhe-concours.fr
- Rapports du jury du concours de rédacteur territorial, CDG du Finistère et CDG du Calvados, session 2023 — cdg29.bzh, cdg14.fr
- Rapports du jury du concours de gardien-brigadier de police municipale, CDG des Alpes-Maritimes et CDG d'Ille-et-Vilaine, session 2022 — cdg06.fr, cdg35.bzh
- Code général des collectivités territoriales, articles L2121-29, L3211-1 et L4221-1 ; loi n° 2015-991 du 7 août 2015 ; décision du Conseil constitutionnel n° 2016-565 QPC — Légifrance, conseil-constitutionnel.fr
À retenir
- Rédacteur territorial externe : série de questions, 3 h, coefficient 1, dans un domaine choisi à l'inscription (décret n° 2012-942).
- « Au maximum dix questions », barème sur le sujet, réponses intégralement rédigées : ce sont des précisions de la note de cadrage, pas du décret.
- Les rapports de jury relèvent des connaissances superficielles, des réponses peu structurées et un style télégraphique.
- Méthode : lire le barème, introduire, définir, structurer, illustrer, conclure en une phrase.
- Le développement se proportionne au barème de chaque question.
- Dans les questions de compréhension, on reformule : la paraphrase est relevée par les jurys.