Module 1 / 5 · Sommaire complet de la formation métrologie
1.2 Le Système international et les étalons depuis 2019
Chaque millimètre lu sur un pied à coulisse remonte, par une chaîne d'étalonnages, jusqu'à la définition du mètre. Depuis le 20 mai 2019, toutes les unités de base du Système international reposent sur des constantes de la physique, et plus aucune sur un objet conservé dans un coffre. Ce chapitre explique ce que contient le SI, comment les étalons s'organisent du laboratoire national jusqu'à l'atelier, et comment écrire correctement unités et nombres.
Sept unités de base, sept constantes fixées
Depuis la révision de 2019, chaque unité de base est définie en fixant la valeur numérique exacte d'une constante (Brochure sur le SI, 9e édition).
Pourquoi un système d'unités commun à tous les pays
Une pièce usinée en France, montée en Allemagne et contrôlée au Japon doit avoir la même cote pour tous. Cela suppose que le millimètre soit le même partout, et qu'il le reste dans le temps. C'est la raison d'être du Système international d'unités, le SI.
Son origine est un traité : la Convention du Mètre, signée en 1875. Elle a créé le Bureau international des poids et mesures (BIPM), installé à Sèvres, près de Paris, qui coordonne encore aujourd'hui la métrologie mondiale. Les décisions sur les unités sont prises par la Conférence générale des poids et mesures (CGPM), qui réunit les États membres. Le fonctionnement de ces instances est détaillé au chapitre 1.3.
Le texte de référence du SI est la Brochure sur le SI, publiée par le BIPM et téléchargeable gratuitement. Sa 9e édition, datée de 2019, correspond au SI révisé. C'est elle qui fixe les définitions, les symboles, les préfixes et les règles d'écriture présentées plus bas.
| Type d'unité | Principe | Exemples |
|---|---|---|
| Unités de base | Sept unités, définies chacune à partir d'une constante | m, kg, s, A, K, mol, cd |
| Unités dérivées | Produits de puissances des unités de base ; certaines ont un nom spécial | newton (N), pascal (Pa), joule (J), watt (W), degré Celsius (°C) |
| Multiples et sous-multiples | Formés avec les préfixes SI | km, mm, µm, kN, MPa |
Pour l'atelier, l'intérêt pratique est simple : toute grandeur mesurée, qu'il s'agisse d'une longueur, d'un couple de serrage ou d'une pression, s'exprime dans des unités dont la définition est commune et stable. C'est la condition pour que la traçabilité métrologique, vue plus bas, ait un sommet unique.
Les sept constantes qui définissent le SI
Le SI révisé ne définit plus une unité en décrivant un objet ou une expérience. Il fixe, une fois pour toutes, la valeur numérique exacte de sept constantes. Les unités se déduisent de ces valeurs : si la vitesse de la lumière vaut exactement 299 792 458 mètres par seconde, et si la seconde est connue, le mètre l'est aussi.
| Constante | Symbole | Valeur exacte fixée | Unité de base concernée |
|---|---|---|---|
| Fréquence de la transition hyperfine de l'état fondamental du césium 133 | ΔνCs | 9 192 631 770 Hz | seconde |
| Vitesse de la lumière dans le vide | c | 299 792 458 m/s | mètre |
| Constante de Planck | h | 6,626 070 15 × 10⁻³⁴ J s | kilogramme |
| Charge élémentaire | e | 1,602 176 634 × 10⁻¹⁹ C | ampère |
| Constante de Boltzmann | k | 1,380 649 × 10⁻²³ J/K | kelvin |
| Constante d'Avogadro | NA | 6,022 140 76 × 10²³ mol⁻¹ | mole |
| Efficacité lumineuse d'un rayonnement monochromatique de fréquence 540 × 10¹² Hz | Kcd | 683 lm/W | candela |
Ces valeurs ne sont pas arbitraires. Elles ont été choisies à partir des meilleures mesures disponibles avant la révision, de sorte que le mètre, le kilogramme ou le kelvin d'après 2019 aient la même grandeur qu'avant. La révision a changé la façon de définir les unités, pas leur taille.
Une valeur fixée n'a plus d'incertitude. Avant 2019, la constante de Planck était mesurée, avec une incertitude. Depuis, sa valeur est exacte par définition ; c'est la masse d'un étalon de 1 kg, réalisée à partir de h, qui porte désormais une incertitude. Le raisonnement s'est inversé.
La seconde, définie à partir du césium, joue un rôle central : le mètre, le kilogramme, l'ampère, le kelvin et la candela utilisent tous, dans leur définition, la seconde. La maîtrise du temps et des fréquences est donc au sommet de presque toutes les chaînes de mesure.
La révision du 20 mai 2019 et la fin du prototype du kilogramme
La révision a été adoptée par la 26e CGPM en novembre 2018 et elle est entrée en vigueur le 20 mai 2019, date anniversaire de la signature de la Convention du Mètre. Elle a redéfini quatre unités de base qui dépendaient encore d'un objet ou d'une convention matérielle : le kilogramme, l'ampère, le kelvin et la mole.
Pendant 130 ans, le kilogramme a été, par définition, la masse d'un objet unique. Le VIM le cite d'ailleurs encore comme exemple d'étalon international et d'étalon primaire « créé comme objet choisi par convention » (VIM 5.2 et 5.4, exemples). Cette situation avait deux défauts : l'objet pouvait évoluer, et personne ne pouvait le vérifier par rapport à autre chose que lui-même ; toute l'échelle des masses dépendait d'un accès à un seul cylindre.
Désormais, le kilogramme peut être réalisé, en principe, dans tout laboratoire qui maîtrise les méthodes adaptées, comme la balance de Kibble ou le comptage d'atomes dans une sphère de silicium. Le prototype reste un objet historique ; il n'est plus la définition.
- kilogramme : masse du prototype international ;
- kelvin : lié au point triple de l'eau ;
- mole : liée à la masse de carbone 12 ;
- ampère : défini par une force entre conducteurs.
- kilogramme : constante de Planck h ;
- kelvin : constante de Boltzmann k ;
- mole : constante d'Avogadro NA ;
- ampère : charge élémentaire e.
Le mètre, unité reine de la mesure dimensionnelle
Le mètre est la longueur du trajet parcouru dans le vide par la lumière pendant une durée de 1/299 792 458 de seconde. Cette définition découle directement de la valeur fixée de c, 299 792 458 m/s. Le mètre n'a donc pas été modifié en 2019 : il était déjà rattaché à la vitesse de la lumière, et la révision a seulement reformulé sa définition dans le cadre des constantes.
Une définition n'est pas un instrument. Pour s'en servir, il faut la réaliser. Le VIM cite l'emploi de lasers stabilisés en fréquence pour construire un étalon du mètre (VIM 5.1, note 3). En pratique, les laboratoires nationaux réalisent le mètre par interférométrie laser, puis transfèrent la longueur vers des étalons matériels plus commodes.
- Le laboratoire national réalise le mètre à partir de sa définition, par interférométrie laser.
- Il étalonne des cales étalons de référence (ISO 3650:1998, longueurs nominales de 0,5 à 1 000 mm, classes K, 0, 1 et 2).
- Un laboratoire accrédité étalonne, avec ces références, des cales de travail ou des bancs de mesure.
- Le service métrologie de l'usine vérifie ses pieds à coulisse et ses micromètres sur ces cales de travail.
Chaque étape ajoute une incertitude, et c'est normal. Plus on descend dans la chaîne, plus l'incertitude grandit, tout en restant documentée à chaque maillon. Les cales étalons et leur emploi au quotidien sont présentés au chapitre 2.2.
Le mètre suppose une température. Une longueur matérielle change avec la température. Les spécifications géométriques des produits se rapportent à 20 °C (ISO 1:2022). À titre d'ordre de grandeur, une pièce en acier de 100 mm, dont le coefficient de dilatation vaut environ 11,5 × 10⁻⁶ /°C, s'allonge d'environ 100 × 11,5 × 10⁻⁶ × 5 ≈ 0,006 mm lorsqu'elle passe de 20 °C à 25 °C.
La hiérarchie des étalons et ce que 2019 change pour l'atelier
Un étalon est, selon le VIM, la « réalisation de la définition d'une grandeur donnée, avec une valeur déterminée et une incertitude de mesure associée, utilisée comme référence » (5.1). Un étalon n'a donc pas de sens sans son incertitude. Le VIM classe les étalons selon deux logiques qu'il ne faut pas mélanger.
| Terme VIM | Définition (extrait exact) | Logique |
|---|---|---|
| Étalon international (5.2) | « étalon reconnu par les signataires d'un accord international pour une utilisation mondiale » | Reconnaissance |
| Étalon national (5.3) | « étalon reconnu par une autorité nationale pour servir, dans un état ou une économie, comme base à l'attribution de valeurs à d'autres étalons de grandeurs de la même nature » | Reconnaissance |
| Étalon primaire (5.4) | « étalon établi à l'aide d'une procédure de mesure primaire ou créé comme objet choisi par convention » | Méthode d'obtention |
| Étalon secondaire (5.5) | « étalon établi par l'intermédiaire d'un étalonnage par rapport à un étalon primaire d'une grandeur de même nature » | Méthode d'obtention |
| Étalon de référence (5.6) | « étalon conçu pour l'étalonnage d'autres étalons de grandeurs de même nature dans une organisation donnée ou en un lieu donné » | Usage |
| Étalon de travail (5.7) | « étalon qui est utilisé couramment pour étalonner ou contrôler des instruments de mesure ou des systèmes de mesure » | Usage |
Dans une entreprise, la distinction utile est celle de l'usage. Le jeu de cales rangé au laboratoire, étalonné à l'extérieur et réservé à l'étalonnage d'autres cales, est l'étalon de référence de l'organisation. Les cales sorties chaque semaine pour vérifier les micromètres sont des étalons de travail, habituellement étalonnés par rapport à l'étalon de référence (VIM 5.7, note 1). Le VIM ajoute qu'un étalon de travail servant à la vérification est aussi appelé « étalon de contrôle ».
Cette cascade n'a de valeur que si elle est ininterrompue. C'est la définition de la traçabilité métrologique : la « propriété d'un résultat de mesure selon laquelle ce résultat peut être relié à une référence par l'intermédiaire d'une chaîne ininterrompue et documentée d'étalonnages dont chacun contribue à l'incertitude de mesure » (VIM 2.41). La façon d'organiser ce raccordement est comparée à l'étalonnage et à la vérification dans l'article étalonnage, vérification et raccordement en industrie.
Les instruments, leurs indications, les certificats déjà émis, les périodicités et les procédures. Un micromètre étalonné en 2018 n'est pas devenu faux en 2019 : les unités ont gardé leur grandeur.
Le sommet de la chaîne. La référence ultime n'est plus un objet unique mais une constante, accessible à tout laboratoire capable de la réaliser. La chaîne reste la même ; son point d'ancrage est devenu universel et stable.
Les unités dérivées de l'atelier : force, pression, couple, température
Au-delà des longueurs, un service métrologie gère des clés dynamométriques, des manomètres, des thermomètres, des dynamomètres. Leurs unités sont des unités dérivées du SI, construites à partir des unités de base.
| Grandeur | Unité et symbole | Expression | Instrument type |
|---|---|---|---|
| Force | newton (N) | kg·m·s⁻² | Dynamomètre, capteur de force |
| Pression | pascal (Pa) | N/m² | Manomètre, capteur de pression |
| Moment d'une force (couple) | newton mètre (N·m) | N·m | Clé dynamométrique, couplemètre |
| Énergie | joule (J) | N·m | — |
| Puissance | watt (W) | J/s | Wattmètre |
| Température Celsius | degré Celsius (°C) | t/°C = T/K − 273,15 | Thermomètre, sonde |
Le couple et l'énergie ont la même expression en unités de base, mais ce ne sont pas les mêmes grandeurs. On exprime un couple de serrage en N·m, jamais en joules. De même, le symbole s'écrit N·m (ou N m) : « Nm » collé, ou « mN », qui désignerait le millinewton, sont des erreurs fréquentes.
- 20 °C correspond à 20 + 273,15 = 293,15 K.
- Une différence de température a la même valeur dans les deux unités : passer de 20 °C à 23 °C, c'est une variation de 3 °C, soit 3 K.
- On écrit « kelvin », sans « degré » : « 293,15 K » et non « 293,15 °K ».
Le bar, très présent sur les manomètres, ne fait pas partie du SI ; par définition, 1 bar = 100 000 Pa (10⁵ Pa), soit 0,1 MPa. Quand un plan, une notice et un certificat n'emploient pas la même unité, la conversion doit être écrite et vérifiée, jamais faite de tête au moment du contrôle.
Écrire correctement unités et nombres
Un rapport de contrôle se lit par d'autres : le client, l'auditeur, le collègue qui reprend le dossier. La Brochure sur le SI fixe des règles d'écriture qui évitent les ambiguïtés. Elles ne relèvent pas de la coquetterie : « 5 mm » et « 5 Mm » diffèrent d'un facteur un milliard.
| Règle | Correct | Incorrect |
|---|---|---|
| Une espace sépare le nombre du symbole, y compris pour °C et % | 25 mm ; 20 °C ; 50 % | 25mm ; 20°C ; 50% |
| Exception : degré, minute et seconde d'angle plan, accolés | 30° ; 12′ | 30 ° |
| Les symboles sont invariables, sans point abréviatif | 3 kg ; 12 mm | 3 kgs ; 12 mm. |
| La casse du symbole est imposée (majuscule si l'unité vient d'un nom propre) | N ; Pa ; K ; kg | n ; pa ; Kg |
| Le préfixe est accolé au symbole ; jamais de double préfixe | µm ; kN ; MPa | micron ; mµm |
| Produit : espace ou point à mi-hauteur ; quotient : une seule barre oblique | N·m ; m/s² ; W/(m·K) | Nm ; m/s/s |
| Les chiffres se groupent par trois avec une espace, sans point ni virgule | 12 500 N ; 0,000 25 mm | 12.500 N ; 12,500 N pour douze mille cinq cents |
En français, le séparateur décimal est la virgule. Dans un tableau qui mélange des sources, « 1,000 » peut se lire « un » en français et « mille » en anglais : c'est précisément pour lever ce doute que la Brochure interdit le point et la virgule comme séparateurs de milliers.
Le « micron » n'existe plus. Le millième de millimètre s'appelle le micromètre, de symbole µm. Le mot « micron » reste courant à l'oral dans les ateliers, mais il n'a pas sa place dans un rapport, un certificat ou une gamme de contrôle.
Même rigueur pour le nombre de décimales : écrire 25,0 mm ou 25,000 mm n'est pas équivalent, car le nombre de chiffres signale la résolution de la lecture. On arrondit un résultat en cohérence avec son incertitude, notion introduite au chapitre 1.1 et développée au module 4.
De la constante à l'instrument : la pyramide des étalons
laboratoire national de métrologie
laboratoire accrédité ou laboratoire de l'entreprise
cales, bagues, masses utilisées au quotidien
pieds à coulisse, micromètres, comparateurs, clés dynamométriques
Sources
- BIPM, Le Système international d'unités (SI), Brochure, 9e édition, 2019 : définitions, constantes, unités dérivées, règles d'écriture — bipm.org
- 26e Conférence générale des poids et mesures (novembre 2018), résolution sur la révision du SI, entrée en vigueur le 20 mai 2019 — bipm.org
- JCGM 200:2012, Vocabulaire international de métrologie (VIM), définitions 2.41, 5.1 à 5.7 — jcgm.bipm.org/vim/fr
- ISO 3650:1998 (cales étalons) et ISO 1:2022 (température de référence de 20 °C) — iso.org
À retenir
- Le SI compte 7 unités de base (s, m, kg, A, K, mol, cd), définies depuis le 20 mai 2019 par 7 constantes à valeur exacte.
- Le kilogramme ne dépend plus du prototype de 1889 mais de la constante de Planck ; la grandeur des unités n'a pas changé.
- Le mètre est lié à c = 299 792 458 m/s ; je rapporte toute cote à 20 °C avant de la comparer au plan.
- Je distingue l'étalon de référence (réservé à l'étalonnage d'autres étalons) de l'étalon de travail (utilisé au quotidien), et je vérifie que la chaîne est ininterrompue.
- J'exprime un couple en N·m, une pression en Pa (1 bar = 10⁵ Pa), une température en °C ou en K sans « degré Kelvin ».
- J'écris 25 mm, 20 °C, 3 kg, µm : une espace avant l'unité, des symboles invariables, jamais de « micron » dans un rapport.