Formation métrologie industrielle
Les instruments de mesure dimensionnelle

Module 2 / 5  ·  Sommaire complet de la formation métrologie

Module 2 : Les instruments de mesure dimensionnelle 25 min de lecture

2.2 Comparateurs, cales étalons et calibres : mesurer par comparaison

Le comparateur ne sait pas combien mesure une pièce : il sait seulement de combien elle s'écarte d'une référence. C'est précisément ce qui le rend si efficace, à condition que la référence soit juste et le montage rigide. Ce chapitre traite des trois familles de la mesure par comparaison : les comparateurs, les cales étalons qui servent de référence, et les calibres qui répondent par oui ou par non.

La mesure par comparaison en quatre temps

1. Référence
Empilage de cales à la cote nominale
2. Mise à zéro
Comparateur réglé sur la référence
3. Écart lu
La pièce remplace la référence
4. Résultat
Cote = référence + écart

L'instrument ne travaille que sur quelques centièmes de sa course : ses erreurs sur la longueur totale disparaissent, celles de la référence restent.

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Mesure directe ou mesure par comparaison

En mesure directe, l'instrument porte sa propre échelle sur toute la longueur mesurée : un pied à coulisse qui lit 41,12 mm engage toute sa règle, de zéro à 41 mm. Ses erreurs d'échelle, de parallélisme et de basculement s'accumulent sur cette longueur.

En mesure par comparaison, on confie la longueur à un étalon (cales étalons, bague ou pièce de référence) et on ne demande à l'instrument que l'écart entre la pièce et cet étalon. Le comparateur ne parcourt alors que quelques centièmes ou quelques microns, là où ses erreurs sont les plus faibles.

Critère Mesure directe Mesure par comparaison
InstrumentsPied à coulisse, micromètre, colonne de mesure, MMTComparateur à cadran ou à levier, comparateur électronique, sur support
Ce que lit l'instrumentLa dimension entièreL'écart à la référence
Erreurs dominantesÉchelle de l'instrument sur toute l'étendueLongueur réelle de la référence, rigidité du montage, température
Usage typiquePièces variées, petites sériesSéries, cotes serrées, contrôles de forme et de position (battement, planéité)

La comparaison n'est pas réservée aux longueurs. Le battement d'un arbre entre pointes, la planéité d'une face sur marbre ou le parallélisme de deux faces se contrôlent en promenant un comparateur et en lisant la variation de l'indication. Dans ce cas, il n'y a pas de référence de longueur : la référence est géométrique (l'axe des pointes, le plan du marbre).

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Comparateur à cadran et comparateur à levier

Le comparateur à cadran (ISO 463:2006 pour les modèles mécaniques) transforme le déplacement axial d'une tige palpeuse en rotation d'une aiguille, par crémaillère et engrenages. Une petite aiguille compte les tours. La graduation courante est de 0,01 mm, avec des versions au 0,001 mm pour les travaux fins.

Le comparateur à levier (ISO 9493:2010) porte une touche pivotante : le déplacement angulaire de la touche est amplifié vers l'aiguille. Sa faible course et sa touche orientable le destinent aux endroits peu accessibles : alésages, rainures, centrage d'une pièce sur une machine.

À tige : axe perpendiculaire

L'axe de la tige doit être perpendiculaire à la surface palpée et dans la direction de la cote. Une tige inclinée lit un déplacement qui n'est pas celui que l'on veut mesurer.

À levier : touche parallèle

La touche doit être à peu près parallèle à la surface. Si elle fait un angle θ avec cette position, le déplacement réel vaut environ l'indication × cos θ : c'est l'erreur de cosinus.

Exemple pédagogique : erreur de cosinus

Un comparateur à levier indique 0,050 mm, touche inclinée de 30° : déplacement réel ≈ 0,050 × cos 30° = 0,050 × 0,866 ≈ 0,043 mm.

L'erreur (0,007 mm, environ 13 % de l'indication) est d'autant plus gênante que l'on mesure un écart important. Pour un simple réglage à zéro d'un centrage, elle compte peu ; pour chiffrer un défaut, elle compte beaucoup.

Un comparateur ne s'utilise pas en bout de course. On le précontraint de quelques dixièmes ou d'un tour d'aiguille, pour qu'il puisse lire dans les deux sens. On évite aussi les chocs de la touche : un lâcher brutal de la tige use le mécanisme et dégrade la fidélité, sans que rien ne se voie sur le cadran.

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Monter un comparateur : marbre, support et mise à zéro

Un comparateur ne vaut que ce que vaut son montage. Toute flexion du support entre la référence et la pièce s'ajoute à la mesure. La chaîne à maîtriser va du marbre (surface de référence plane, en granit ou en fonte) au pied du support, puis à la colonne, au bras et enfin à la tige.

  • Support rigide : pied lourd ou magnétique bien bridé, colonne courte, bras le plus rentré possible.
  • Surfaces propres : marbre, dessous de la pièce et cales essuyés ; une poussière sous la pièce ajoute son épaisseur.
  • Même trajectoire : la pièce et la référence glissent sous la touche de la même façon, sans soulever le support.
  • Zéro recontrôlé : on repasse la référence en fin de série ; une dérive du zéro invalide les mesures de la série.
Exemple pédagogique : hauteur d'un épaulement
  1. Cote à contrôler : 41,125 mm. On compose un empilage de cales de 41,125 mm (méthode en zone 5).
  2. L'empilage est posé sur le marbre ; on amène la touche dessus avec une précontrainte, puis on tourne le cadran pour mettre l'aiguille à zéro.
  3. On glisse la pièce à la place des cales. L'aiguille indique + 0,012 mm.
  4. Résultat : 41,125 + 0,012 = 41,137 mm.
  5. On repasse l'empilage : l'aiguille revient à zéro, la série est valide.

Dans cet exemple, l'incertitude du résultat dépend surtout de la longueur réelle de l'empilage, de la répétabilité du comparateur sur 0,012 mm et de l'écart de température entre cales et pièce. La longueur totale de 41 mm n'est plus lue par l'instrument : c'est l'avantage de la méthode.

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Les cales étalons : classes, adhérence et soin

Une cale étalon est un bloc à deux faces planes et parallèles, dont la distance est la longueur de la cale. La norme ISO 3650:1998 en fixe les caractéristiques pour des longueurs nominales de 0,5 à 1 000 mm. Ce sont les étalons de longueur les plus courants de l'industrie : ils servent à régler les comparateurs, à vérifier les pieds et micromètres, à étalonner d'autres instruments.

Classe ISO 3650 Caractéristique Emploi habituel
K (classe d'étalonnage)Tolérances de planéité et de variation de longueur les plus serréesRéférence d'un laboratoire, employée avec l'écart réel lu sur son certificat d'étalonnage
0Écarts limites de longueur les plus faibles des classes 0, 1, 2Laboratoire, salle de contrôle, étalonnage d'instruments
1Écarts limites intermédiairesContrôle, réglage de comparateurs
2Écarts limites les plus largesAtelier, réglage de machines et de montages

Les écarts limites de chaque classe se lisent dans la norme selon la longueur nominale. Le choix d'une classe se fait par rapport au besoin : une cale de classe 2 dont on connaît l'écart réel par étalonnage peut servir de référence plus fine que sa classe ne le laisse croire, à condition d'appliquer la correction.

L'adhérence

Deux cales propres, glissées l'une sur l'autre avec une légère pression, adhèrent par leurs faces planes. On parle d'adhérence (en anglais wringing). L'empilage se manipule alors comme un bloc unique, et le film qui sépare les faces est très mince, sans être nul : chaque jonction ajoute un peu d'incertitude.

Soin des cales. On les manipule avec des gants ou des pinces pour ne pas les réchauffer, on les nettoie avant l'adhérence, on ne laisse pas un empilage monté plus longtemps que nécessaire, et on les protège de la corrosion avant rangement. Une cale rayée ou marquée n'adhère plus correctement et doit être contrôlée.

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Composer un empilage de cales : méthode et exemple

Un coffret de cales permet d'obtenir un grand nombre de longueurs avec un nombre limité de blocs. La règle est d'utiliser le moins de cales possible, pour limiter le nombre de jonctions et le cumul des écarts. La méthode consiste à éliminer les décimales en partant de la dernière.

Exemple pédagogique : obtenir 41,125 mm

Coffret fictif comprenant notamment : une série de 1,001 à 1,009 mm (pas de 0,001), une série de 1,01 à 1,49 mm (pas de 0,01), une série de 0,5 à 24,5 mm (pas de 0,5) et des cales de 25, 50, 75 et 100 mm.

Étape Cale choisie Reste à obtenir
Départ—41,125 mm
Éliminer le millième (5)1,005 mm41,125 − 1,005 = 40,120 mm
Éliminer les centièmes (0,12)1,12 mm40,120 − 1,12 = 39,000 mm
Compléter jusqu'à un multiple de 2514 mm39 − 14 = 25,000 mm
Fin25 mm0

Contrôle : 1,005 + 1,12 + 14 + 25 = 41,125 mm, avec quatre cales seulement.

Avant de monter l'empilage, on vérifie que les cales choisies sont dans le coffret et en bon état, et on note leurs numéros si l'on veut appliquer leurs écarts d'étalonnage. La longueur de l'empilage est alors la somme des longueurs réelles, et non des longueurs nominales.

L'incertitude de l'empilage combine celles de chaque cale, les jonctions et l'écart de température entre les cales et la pièce. La manière de les combiner est l'objet du chapitre 4.2 : il suffit ici de retenir qu'un empilage de quatre cales est préférable à un empilage de sept pour la même longueur.

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Calibres entre et n'entre pas, principe de Taylor

Un calibre à limites ne mesure rien : il matérialise les deux limites de la tolérance. Le tampon contrôle un alésage, la bague un arbre, le calibre à mâchoires une épaisseur ou un diamètre extérieur. Chacun a un côté « entre » et un côté « n'entre pas ». Les calibres lisses de dimension linéaire font l'objet de la norme ISO 1938-1, qui fixe notamment leurs tolérances de fabrication et d'usure.

Les limites s'appuient sur le système ISO de tolérances (ISO 286-1 et ISO 286-2). Pour un alésage Ø 20 H7, l'écart inférieur de H est nul et l'intervalle de tolérance IT7 vaut 21 µm pour les diamètres de 18 à 30 mm : l'alésage doit mesurer entre 20,000 et 20,021 mm. La lecture de ces symboles est détaillée dans la formation Lecture de plans, chapitre cotation et tolérances.

Côté « entre » : 20,000 mm

Il correspond à la limite au maximum de matière (le plus petit alésage admis). Selon Taylor, il reproduit la forme complète de l'élément antagoniste, sur la longueur de l'ajustement : il vérifie que la pièce s'assemblera.

Côté « n'entre pas » : 20,021 mm

Il correspond à la limite au minimum de matière (le plus grand alésage admis). Selon Taylor, il contrôle une seule dimension à la fois, idéalement par des touches ponctuelles, pour détecter un diamètre local trop grand.

Le principe de Taylor explique pourquoi les deux côtés d'un calibre ne se ressemblent pas. Un alésage légèrement ovale peut laisser passer un tampon « n'entre pas » cylindrique complet dans une direction et pas dans l'autre ; un tampon « entre » court peut s'engager dans un alésage courbé qui refusera l'arbre réel. Le côté « entre » est donc long et complet, le côté « n'entre pas » court ou à touches.

Un calibre s'use surtout du côté « entre », celui qui frotte à chaque contrôle. Il se vérifie périodiquement, comme tout moyen de mesure, et se retire quand il atteint sa limite d'usure. Un calibre usé accepte des pièces qu'il aurait dû refuser.

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Contrôle attributif ou mesure variable : que choisir ?

Le calibre donne un attribut : bon ou mauvais. Le comparateur ou le micromètre donnent une variable : une valeur chiffrée. Les deux ont leur place, mais ils ne renseignent pas du tout de la même façon sur le procédé.

Critère Contrôle attributif (calibre) Mesure variable
InformationConforme ou non, sans valeurValeur, écart au nominal, tendance
RapiditéTrès rapide, peu de formationPlus lente, demande un opérateur formé
Détection d'une dériveSeulement quand la pièce sort de la toléranceAvant la sortie de tolérance, par suivi des valeurs
StatistiquesProportions de non-conformes, grands échantillonsCartes de contrôle, capabilité, étude R&R
Proche des limitesDécision sans marge connueDécision avec incertitude chiffrée

En pratique, le calibre convient aux cotes fonctionnelles d'assemblage contrôlées en grande série, quand le procédé est stable et que l'on veut une réponse immédiate au poste. La mesure variable s'impose dès que l'on veut piloter le procédé, prouver une capabilité ou décider près des limites.

Le choix de l'instrument se fait aussi par rapport à la tolérance : on compare sa résolution et l'incertitude attendue à l'intervalle de tolérance. Le calculateur d'aptitude des moyens de mesure fait ce calcul du rapport entre incertitude et tolérance et du rapport résolution sur tolérance.

Aptitude du moyen. Un moyen attributif comme un moyen variable doit être évalué avant d'être déclaré apte. Pour les moyens variables, l'étude de répétabilité et reproductibilité est traitée au chapitre 5.1.

Quel moyen de comparaison pour quel besoin ?

Chiffrer un écart en série

Comparateur à tige sur support rigide, zéro sur empilage de cales, zéro recontrôlé en fin de série.

Palper un endroit difficile

Comparateur à levier, touche parallèle à la surface, correction de cosinus si l'écart est important.

Créer une référence de longueur

Cales étalons ISO 3650 de la classe adaptée, le moins de cales possible, écarts réels appliqués si nécessaire.

Trier vite au poste

Calibre entre et n'entre pas conforme au principe de Taylor, usure du côté « entre » suivie.

Sources

  • ISO 463:2006, GPS — Équipement de mesure dimensionnelle : comparateurs à cadran mécaniques — iso.org
  • ISO 9493:2010, GPS — Équipement de mesure dimensionnelle : comparateurs à levier — iso.org
  • ISO 3650:1998, GPS — Étalons de longueur — Cales étalons (classes K, 0, 1, 2) — iso.org
  • ISO 1938-1, GPS — Équipement de mesure dimensionnelle — Partie 1 : calibres lisses de dimension linéaire — iso.org
  • ISO 286-1 et ISO 286-2, GPS — Système de codification ISO pour les tolérances sur les tailles linéaires — iso.org

À retenir

  • En comparaison, la longueur est portée par l'étalon : je vérifie la référence et la rigidité du montage avant de faire confiance à l'écart lu.
  • Je place la tige d'un comparateur perpendiculaire à la surface et la touche d'un comparateur à levier parallèle ; sinon, erreur de cosinus.
  • Je recontrôle le zéro sur la référence en fin de série avant de valider les mesures.
  • Cales ISO 3650 : classes K, 0, 1, 2 ; je compose l'empilage avec le moins de cales possible en éliminant les décimales par la fin.
  • Calibre : côté « entre » au maximum de matière, complet ; côté « n'entre pas » au minimum de matière, ponctuel (principe de Taylor). Ø 20 H7 = 20,000 à 20,021 mm.
  • Je choisis un contrôle attributif pour trier vite, une mesure variable pour piloter le procédé et décider près des limites.

Sommaire de la formation métrologie