Formation métrologie industrielle
Les instruments de mesure dimensionnelle

Module 2 / 5  ·  Sommaire complet de la formation métrologie

Module 2 : Les instruments de mesure dimensionnelle 30 min de lecture

2.3 MMT, rugosimètre et température de référence à 20 °C

La machine à mesurer tridimensionnelle et le rugosimètre produisent des résultats d'apparence très précise, avec plusieurs décimales. Ces chiffres ne valent pourtant que par la stratégie de palpage, le filtre choisi et la température de la pièce. Ce chapitre donne les principes de ces deux moyens, les normes qui les encadrent, puis la règle qui s'applique à toutes les mesures dimensionnelles : une cote s'entend à 20 °C.

Trois moyens, une même condition

MMT à palpeur
Points palpés, éléments géométriques associés
ISO 10360
Sans contact
Vision, capteurs optiques, laser
ISO 10360-7 / -8
Rugosimètre
Profil de surface, Ra, Rz
ISO 21920
Pour tous
Spécifications définies à 20 °C
ISO 1:2022
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La MMT : des points aux caractéristiques

Une machine à mesurer tridimensionnelle déplace un système de palpage selon trois axes, chacun muni d'une règle de mesure. À chaque contact, elle enregistre les coordonnées X, Y, Z du point. Elle ne mesure donc jamais directement un diamètre ou une distance : elle collecte des points, et c'est le logiciel qui en déduit des caractéristiques.

1. Palper des points sur les surfaces
2. Associer des éléments (plan, cercle, cylindre)
3. Construire le référentiel de la pièce
4. Évaluer et comparer à la spécification

L'étape d'association est décisive : à partir des points d'un alésage, le logiciel calcule un cylindre selon un critère (moindres carrés, cylindre maximal inscrit, cylindre minimal circonscrit…). Des critères différents appliqués aux mêmes points donnent des diamètres différents, d'autant plus que la forme réelle s'écarte de la forme idéale.

Le référentiel (ou alignement) place ensuite un système d'axes lié à la pièce, construit sur les éléments de référence désignés par le plan. Toutes les positions et orientations sont exprimées dans ce repère. Un référentiel construit sur les mauvaises surfaces fausse toutes les cotes de position, même si chaque point est parfaitement mesuré.

C'est pourquoi la MMT est indissociable de la cotation GPS : le programme de mesure traduit la spécification du plan en opérations (quels éléments, quel critère d'association, quel référentiel). Ce chapitre ne remplace pas un cours de tolérancement ; la lecture des symboles et des références spécifiées est traitée dans la formation Lecture de plans, chapitre tolérances géométriques.

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Le palpage et la série ISO 10360

Le système de palpage le plus répandu est un palpeur à contact muni d'un stylet terminé par une bille. Le point enregistré n'est pas le point de contact : c'est le centre de la bille, que le logiciel décale de son rayon dans la direction de palpage. Il faut donc connaître précisément le diamètre effectif de la bille et la position du stylet.

C'est le rôle de la qualification du stylet : on palpe une sphère de référence, fixée sur le marbre de la machine, pour déterminer le diamètre effectif de la bille et sa position. Toute configuration de stylet (orientation, rallonge, stylet en étoile) se qualifie avant usage, et se requalifie après un choc ou un changement.

Partie de l'ISO 10360 Objet
ISO 10360-2:2009MMT utilisées pour mesurer des dimensions linéaires : essais d'erreur de mesure de longueur, par mesure de longueurs étalons dans plusieurs positions du volume
ISO 10360-5:2020MMT à systèmes de palpage à contact, à stylet unique ou multiple, en mode points discrets ou en scanning
ISO 10360-7MMT équipées de systèmes de palpage à imagerie
ISO 10360-8MMT à capteurs optiques de distance

La série ISO 10360 définit des essais de réception (à la livraison) et de vérification périodique (au cours de la vie de la machine). Ces essais comparent les erreurs constatées aux erreurs maximales tolérées déclarées par le constructeur pour la configuration testée.

Une EMT de machine n'est pas une incertitude de mesure sur votre pièce. Les essais ISO 10360 caractérisent la machine sur des étalons simples, dans des conditions définies. L'incertitude sur une caractéristique de votre pièce dépend en plus de la forme réelle, du nombre de points, du référentiel et de la température : elle est souvent plus grande.

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Les sources d'erreur d'une mesure sur MMT

Une MMT en bon état et correctement vérifiée peut malgré tout produire un résultat faux. Les erreurs viennent rarement de la machine seule ; elles viennent de la façon dont on s'en sert.

Source Mécanisme Parade
TempératurePièce, règles et structure de la machine à des températures différentes de 20 °C, ou qui varient pendant la mesureSalle maîtrisée, pièce stabilisée, compensation si la machine la propose, sans s'y fier aveuglément
PalpeurStylet mal qualifié, rallonge trop longue, bille usée ou encrasséeQualification sur la sphère de référence, stylet le plus court et le plus rigide possible
Stratégie de palpageTrop peu de points ou points groupés : défauts de forme ignorésNombre et répartition des points adaptés à la forme et à la spécification
RéférentielAlignement construit sur des surfaces autres que les références du planProgramme relu au regard du plan, références dans l'ordre spécifié
BridagePièce déformée par le serrage ou mal appuyéeBridage léger, appuis définis, pièce non contrainte

La stratégie de palpage mérite une attention particulière. Trois points suffisent mathématiquement à définir un cercle, mais ils ne disent rien de sa forme : un alésage ovale palpé en trois points peut donner un diamètre conforme alors que l'arbre ne rentrera pas. Plus la tolérance de forme est serrée, plus la densité de points doit être grande, jusqu'au scanning.

Le programme de mesure est donc un document à valider comme un autre : on vérifie qu'il mesure ce que le plan spécifie, avec le bon référentiel et une stratégie cohérente, avant de l'utiliser pour déclarer des pièces conformes.

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La mesure sans contact : optique et laser

Les moyens sans contact ne touchent pas la pièce : ils l'observent. On y trouve les machines de mesure par vision (caméra et traitement d'image, pour les contours de pièces plates ou petites), les capteurs optiques de distance montés sur une MMT, et les scanners qui projettent une ligne laser ou une lumière structurée pour acquérir un nuage de points.

Atouts
  • Aucune force de mesure : pièces souples, fines ou fragiles.
  • Très grand nombre de points en peu de temps.
  • Comparaison globale d'une surface à son modèle numérique.
Limites
  • Sensibilité à l'état de surface : brillance, transparence, couleur.
  • Zones non vues (alésages profonds, contre-dépouilles).
  • Incertitude qui dépend fortement de la configuration et de la surface.

Ces moyens relèvent eux aussi de la série ISO 10360 quand ils équipent une machine de mesure : la partie 7 pour les systèmes à imagerie, la partie 8 pour les capteurs optiques de distance. Les essais de réception y sont adaptés à leur mode de mesure.

Le nuage de points séduit par sa densité, mais il ne dispense pas des mêmes questions qu'en palpage : quel élément associe-t-on, avec quel critère, dans quel référentiel, à quelle température ? Une carte de couleurs très lisible ne vaut pas une déclaration de conformité si ces étapes ne sont pas maîtrisées.

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Mesurer la rugosité : profil, filtre, Ra et Rz

Le rugosimètre à palpeur déplace une pointe fine sur la surface, en ligne droite, et enregistre le profil. Ce profil mélange trois échelles de défauts : la forme (écart à la géométrie nominale), l'ondulation et la rugosité. Pour isoler la rugosité, on retire la forme puis on applique un filtre qui sépare les grandes longueurs d'onde (ondulation) des petites (rugosité).

La valeur de coupure du filtre, notée λc, fixe la frontière entre ondulation et rugosité. Elle détermine aussi la longueur de chaque tronçon d'analyse. Changer de filtre, c'est changer de mesurande : deux laboratoires qui n'ont pas retenu le même λc ne mesurent pas la même chose.

Ra : écart moyen arithmétique

Moyenne des valeurs absolues des écarts du profil par rapport à sa ligne moyenne. Robuste et très répandu, mais aveugle à la forme des pics : des surfaces très différentes peuvent avoir le même Ra.

Rz : hauteur maximale du profil

Somme de la plus grande hauteur de saillie et de la plus grande profondeur de creux, calculée par tronçon puis moyennée. Plus sensible aux défauts isolés, donc plus parlant pour l'étanchéité ou le frottement.

Un même symbole, plusieurs définitions dans le temps. L'ancien « Rz » des éditions de normes antérieures à 1997 désignait une hauteur calculée sur dix points, différente du Rz actuel. Sur un plan ancien, on vérifie la norme de référence avant de comparer des valeurs.

La mesure elle-même demande les précautions habituelles : direction de mesure perpendiculaire aux stries d'usinage (sauf indication contraire), surface propre, pièce stable, et vérification régulière du rugosimètre sur un étalon de rugosité. La longueur mesurée doit couvrir le nombre de tronçons requis, plus les longueurs d'approche nécessaires au filtre.

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ISO 21920 : ce qui a changé pour les états de surface

Fin 2021, la série ISO 21920 (parties 1, 2 et 3) a remplacé trois normes historiques de l'état de surface par profil : ISO 1302 (indication sur les dessins), ISO 4287 (termes, définitions et paramètres) et ISO 4288 (règles et procédures). Pour les mesures surfaciques, en trois dimensions, c'est la série ISO 25178 qui s'applique.

Norme ISO 21920 Remplace Contenu
ISO 21920-1:2021ISO 1302Indication des états de surface sur les dessins
ISO 21920-2:2021ISO 4287Termes, définitions et paramètres d'état de surface
ISO 21920-3:2021ISO 4288Opérateurs de spécification : règles de mesure et valeurs par défaut

Plusieurs changements touchent directement la mesure. Le terme de « longueur de base » devient longueur de section. La plupart des paramètres sont désormais calculés une seule fois sur toute la longueur d'évaluation, alors que les anciennes normes les calculaient sur chaque longueur de base avant d'en faire la moyenne. Les paramètres de pics et de creux, dont Rz, restent évalués par section puis moyennés, pour éviter des résultats instables.

Les réglages par défaut (filtre, longueur de section, nombre de sections, longueur d'évaluation) sont eux aussi réorganisés. Un rugosimètre configuré selon l'ancienne norme et un autre selon ISO 21920 peuvent donc donner des valeurs différentes sur la même surface : certains paramètres y sont peu sensibles, d'autres beaucoup plus.

Lire un plan antérieur à 2021

Un plan s'interprète selon les normes en vigueur à sa date ou selon celles qu'il cite. Devant une spécification de rugosité, je repère la date du plan et sa référence normative, je règle l'instrument en conséquence et j'indique dans le rapport la norme appliquée. En cas de doute, la règle de mesure se convient avec le client avant le contrôle.

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20 °C : la température de référence et la dilatation

La norme ISO 1:2022 fixe à 20 °C la température normale de référence des spécifications géométriques des produits. Une cote de plan s'entend pour une pièce à 20 °C. Mesurer à une autre température n'est pas interdit, mais il faut alors corriger le résultat ou en tenir compte dans l'incertitude.

La dilatation linéaire suit la relation ΔL = L × α × Δt, avec α le coefficient de dilatation du matériau : environ 11,5 × 10⁻⁶ /°C pour un acier (entre 10 et 13 × 10⁻⁶ selon la nuance) et environ 23 × 10⁻⁶ /°C pour un aluminium.

Exemples pédagogiques de calcul
Situation (valeurs fictives) Calcul Écart
Pièce acier de 200 mm à 23 °C200 × 11,5 × 10⁻⁶ × 30,006 9 mm (6,9 µm)
Pièce aluminium de 200 mm à 23 °C200 × 23 × 10⁻⁶ × 30,013 8 mm (13,8 µm)
Pièce aluminium mesurée avec des cales acier, les deux à 23 °C200 × (23 − 11,5) × 10⁻⁶ × 30,006 9 mm d'écart apparent

Quand pièce et étalon sont du même matériau et à la même température, leurs dilatations se compensent en grande partie. Quand les matériaux diffèrent, seule la différence des coefficients est « vue » par la comparaison.

Le temps de stabilisation est la condition pratique de tout cela. Une pièce qui sort d'usinage, d'un lavage ou d'un stockage extérieur n'est pas à la température de la salle. Il n'existe pas de durée universelle : elle dépend de la masse, du matériau, de l'écart de température et de la façon dont la pièce est posée. On la détermine par essai, par exemple en mesurant la même cote à intervalles réguliers jusqu'à ce qu'elle ne bouge plus, puis on l'inscrit dans le mode opératoire.

Les conditions d'une salle de mesure (température, gradients, hygrométrie, vibrations) sont détaillées dans l'article consacré à la salle de métrologie et ses conditions d'environnement. Pour le métier qui pilote ces moyens au quotidien, voir la fiche technicien en métrologie.

Dilatation d'une longueur de 100 mm au-dessus de 20 °C

Calcul ΔL = 100 × α × Δt, acier α = 11,5 × 10⁻⁶ /°C, aluminium α = 23 × 10⁻⁶ /°C (ordres de grandeur).

Acier + 1 °C
1,15 µm
Acier + 3 °C
3,45 µm
Acier + 5 °C
5,75 µm
Alu + 5 °C
11,5 µm

Pour une tolérance IT7 de quelques dizaines de microns, 5 °C d'écart sur une pièce en aluminium consomment déjà une part notable de la tolérance.

Sources

  • ISO 10360-2:2009 et ISO 10360-5:2020, GPS — Essais de réception et de vérification périodique des machines à mesurer tridimensionnelles ; parties 7 et 8 pour l'imagerie et les capteurs optiques — iso.org
  • ISO 21920-1, -2 et -3:2021, GPS — État de surface : méthode du profil (remplacent ISO 1302, ISO 4287 et ISO 4288) ; série ISO 25178 pour l'état de surface surfacique — iso.org
  • ISO 1:2022, GPS — Température normale de référence pour la spécification géométrique et la vérification des produits — iso.org
  • JCGM 100:2008 (GUM), pour le traitement de la température comme grandeur d'influence dans l'incertitude — bipm.org

À retenir

  • Une MMT collecte des points ; le diamètre ou la position dépendent du critère d'association et du référentiel construit sur les références du plan.
  • Je qualifie le stylet sur la sphère de référence avant usage et après tout choc ou changement de configuration.
  • Les essais ISO 10360 caractérisent la machine ; ils ne donnent pas l'incertitude sur ma pièce.
  • Je vérifie le filtre et la norme de référence avant de comparer une rugosité : ISO 21920 remplace ISO 1302, 4287 et 4288 depuis fin 2021.
  • Une cote s'entend à 20 °C (ISO 1:2022) : ΔL = L × α × Δt, soit environ 6,9 µm pour 200 mm d'acier à 23 °C.
  • Je laisse la pièce se stabiliser dans la salle pendant une durée établie par essai avant toute mesure fine.

Sommaire de la formation métrologie